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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2100917

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2100917

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2100917
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP GRAVELLIER - LIEF - DE LAGAUSIE - RODRIGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 février 2021, le 8 février 2022 et le 14 mars 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) représentée par Me de Lagausie, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 385 émis à son encontre le 30 janvier 2020 par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), d'un montant de 49 696,46 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le titre exécutoire est fondé sur une créance éteinte dès lors qu'elle a réglé l'intégralité de la somme le 21 avril 2021.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 22 mars 2021 et le 2 mars 2022, l'ONIAM conclut au rejet de la requête.

Il soutient que si la somme due a bien été versée par la SHAM, le bien-fondé de la créance et son assiette sont acquis de sorte que le titre exécutoire ne peut pas être annulé.

Par ordonnance du 2 mars 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 15 mars 2022 à 12 heures.

Par un courrier du 10 février 2023, la SHAM a confirmé le maintien de sa requête conformément aux dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du titre exécutoire émis par l'ONIAM au motif que le titre de recette émis pour le recouvrement de la condamnation prononcée par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 19 novembre 2019 n'avait pas de portée juridique propre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,

- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,

- et les observations de Me de Lagausie, représentant la SHAM.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 décembre 2011, Mme B, alors âgée de 79 ans, a subi au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux une intervention chirurgicale pour le traitement d'une sténose de la carotide gauche. Six heures après la fin de cette thromboendartériectomie, la patiente a présenté un malaise avec collapsus en relation avec un volumineux hématome compressif au niveau de la zone opératoire. La reprise chirurgicale réalisée en urgence a révélé une hémorragie causée par la rupture du fil de suture de l'artère carotide. La compression manuelle nécessaire à la limitation de cette hémorragie a provoqué un accident vasculaire cérébral massif qui a eu pour conséquences une hémiplégie droite complète et flasque, une aphasie et des troubles cognitifs. M. B, devenu tuteur de son épouse, a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) de la région Aquitaine, qui a rendu le 22 janvier 2014 un avis selon lequel la réparation des préjudices subis par Mme B du fait de la défectuosité du fil chirurgical incombe à l'assureur du CHU de Bordeaux. La SHAM ayant refusé de présenter une offre d'indemnisation à la victime, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) s'est substitué à cet assureur, en application des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, et a conclu avec M. B deux protocoles transactionnels pour un montant total d'indemnisation de 274 457,49 euros. Par un jugement du 10 octobre 2017, le tribunal administratif de Bordeaux a condamné le centre hospitalier universitaire de Bordeaux et la SHAM a versé solidairement à l'ONIAM la somme de 235 341,48 euros, ainsi que les intérêts au taux légal et leur capitalisation en réparation de l'indemnisation de Mme B par l'ONIAM et la somme de de 23 534,14 euros à titre de pénalité en application de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique. Par un arrêt du 19 novembre 2019, la cour administrative d'appel de Bordeaux a porté ces sommes respectivement à 266 504,77 euros et 39 975,71 euros. La Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles (SHAM), demande l'annulation du titre exécutoire n° 385 émis à son encontre le 30 janvier 2020 par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), pour un montant de 49 696,46 euros, en qualité de subrogé dans les droits de M. B, en sa qualité de tuteur de son épouse.

Sur les conclusions tendant à l'annulation du titre exécutoire :

2. L'article L. 11 du code de justice administrative dispose que : " Les jugements sont exécutoires ". Par ailleurs, l'article L. 111-3 du code des procédures civiles d'exécution, dans sa rédaction applicable, dispose que : " Seuls constituent des titres exécutoires : / 1° Les décisions des juridictions de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif lorsqu'elles ont force exécutoire, ainsi que les accords auxquels ces juridictions ont conféré force exécutoire () ".

3. Il résulte de l'instruction que le titre de recette exécutoire émis le 30 janvier 2020 par l'ONIAM l'a été à seule fin d'assurer le recouvrement de la condamnation prononcée à l'encontre de la SHAM par l'arrêt du 19 novembre 2019 de la cour administrative d'appel de Bordeaux devenu définitif. Dans ces conditions, ce titre de recette, qui n'a pas de portée juridique propre, n'est pas susceptible de recours.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire émis par l'ONIAM à son encontre le 30 janvier 2020 sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'ONIAM qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme sollicitée par la SHAM au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société hospitalière d'assurances mutuelles est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à la société hospitalière d'assurances mutuelles et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

M. A

La première conseillère,

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

A. JAMEAU

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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