mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101245 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BIROT-RAVAUT ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
H une requête, enregistrée le 11 mars 2021, M. B A, agissant en son nom personnel et en sa qualité d'ayant-droit de M. C D, lui-même ayant-droit de son vivant de Mme G E épouse D, représentée H Me Pigeanne, avocate, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Office national des accidents médicaux et des affections iatrogènes (ONIAM) à lui verser la somme totale de 81 873,82 euros en réparation des préjudices subis H Mme D, M. D et H lui-même du fait de la prise en charge médicale de Mme D au sein du centre hospitalier Sud Gironde ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices subis en son nom propre et en sa qualité d'ayant-droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique ; Mme D est décédée des suites d'une phlébite infra clinique, laquelle trouve son origine dans l'alitement prolongé et le contexte inflammatoire du fait de l'infection nosocomiale qu'elle présentait ; un bloc de branche gauche n'a pu causer une embolie pulmonaire contrairement à ce que retient la première expertise ; la phlébite est la conséquence de l'infection qui a empêché la repose d'une prothèse et contraint Mme D à subir un alitement prolongé ; aucune faute du centre hospitalier n'est à relever ;
- en sa qualité de victime H ricochet, il a subi un préjudice d'affection qu'il évalue à 10 000 euros ; il entretenait avec ses grands-parents des relations stables et fréquentes ; Mme D faisait office de figure maternelle depuis le décès de sa mère en 2010 ; il a été placé chez M. D H un jugement en assistance éducative du 14 février 2017 ;
- en sa qualité d'ayant-droit de M. D, il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices subis H ce dernier en qualité lui-même d'ayant-droit de Mme D et en sa qualité de victime H ricochet ; il lui sera alloué la somme de 3 300 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total du 20 juin 2016 au 24 septembre 2016, la somme de 35 000 euros au titre des souffrances endurées évaluées à 5,5 sur une échelle de 7 H les experts ; au titre des préjudices de M. D en sa qualité de victime H ricochet, il lui sera alloué la somme de 651 euros au titre des honoraires du médecin-conseil, la somme de 7 892,82 euros au titre des frais d'obsèques et la somme de 25 000 euros au titre du préjudice d'affection.
H des mémoires en défense, enregistrés les 26 mai, 15 novembre 2021 et 23 février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté H Me Ravaut, avocat, conclut dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, à ce que son obligation indemnitaire n'excède pas 50% du dommage ;
2°) à titre principal, à ce que les chefs de préjudices soient ramenés à de plus justes proportions et qu'ils ne dépassent pas la somme de 727,50 euros pour le déficit fonctionnel temporaire de Mme D, la somme de 2 500 euros pour les souffrances endurées H Mme D, la somme de 325,50 euros au titre des frais divers, la somme de 2 500 euros au titre des frais d'obsèques, la somme de 1 625 euros au titre du préjudice d'affection de M. A et la somme de 7 750 euros au titre du préjudice d'affection de M. D ;
3°) à titre principal, à ce que la demande de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit rejetée ;
4°) à titre subsidiaire, à ce que le centre hospitalier Sud Gironde soit condamné à le garantir de toutes condamnations à hauteur de 50% en application des dispositions de l'article L. 1142-21 du code de la santé publique ;
5°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit mis à la charge du centre hospitalier Sud Gironde la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il ne conteste pas devoir prendre en charge les préjudices résultant de l'infection nosocomiale dont a été victime Mme D à hauteur de 50% ;
- si Mme D a été victime d'une infection nosocomiale, sa prise en charge de cette infection H le centre hospitalier Sud Gironde n'a pas été conforme aux règles de l'art comme l'ont relevé les premiers experts ;
- le centre hospitalier Sud Gironde a commis une faute dans la prise en charge de l'infection de Mme D d'après les premiers experts et le médecin-conseil de M. D ; le problème de l'infection aurait dû être pris en charge en priorité et le problème de démontage de l'ostéosynthèse aurait dû faire l'objet d'une prise en charge ultérieure ; le centre hospitalier aurait dû réaliser un lavage dès le 20 juin 2016 lors de l'apparition de l'hématome avec une augmentation concomitante de la CRP ; la dépose de la prothèse le 16 août 2016 a permis de guérir l'infection ;
- en sa qualité de victime H ricochet, il sera alloué à M. A la somme de 1 625 euros correspondant à 50% de la somme de 3 250 euros ;
- en sa qualité d'ayant-droit de M. D, M. A se verra allouer la somme de 727,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire en tenant compte du taux de perte de chance de 50%, la somme de 2 500 euros au titre des souffrances endurées H Mme D, la somme de 325,50 euros au titre des frais de médecin conseil, la somme de 2 500 euros au titre des frais d'obsèques et la somme de 7 750 euros au titre du préjudice d'affection de M. D ;
- il est fondé à exercer une action récursoire à l'encontre du centre hospitalier Sud Gironde à hauteur de 50% des condamnations qui seront mises à sa charge.
H un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, le centre hospitalier Sud Gironde, représenté H Me de Lagausie, avocate, conclut :
1°) à titre principal, à ce qu'il soit mis hors de cause ou, à titre subsidiaire, à ce que sa responsabilité soit limitée à une perte de chance de survie de 50% ;
2°) à ce que l'indemnisation des préjudices subis soit ramenée à de plus justes proportions ;
3°) au rejet des conclusions présentées H M. A et l'ONIAM sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- si Mme D a bien subi une infection nosocomiale, celle-ci n'est pas à l'origine de son décès qui est intervenu des suites d'une embolie pulmonaire en lien avec son état antérieur et la présence d'un bloc de branche gauche ; il ne peut être certain que l'alitement soit en lien avec l'infection dès lors que Mme D présentait des troubles de la marche ;
- il n'a commis aucune faute en lien avec le décès ;
- les préjudices doivent être ramenés à de plus justes proportions ; le déficit fonctionnel temporaire ne saurait dépasser 57 jours dès lors que les experts ont indiqué qu'à défaut de complications la patiente aurait été hospitalisée deux mois et la somme devra être fixée à 427,50 euros en tenant compte de la perte de chance de 50% ; les souffrances endurées ont été évaluées à 4/7 H les premiers experts qui n'ont pas retenu la conscience du caractère inéluctable de son décès et cette somme devra être limitée à 2 500 euros ; les frais divers devront être limités à 651 euros, les frais d'obsèques à 5 970 euros, le préjudice d'affection de M. D à 15 000 euros et le préjudice d'affection de M. A à 2 000 euros, auxquels il conviendra d'appliquer le taux de perte de chance de 50%.
Les écritures ont été adressées à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde qui n'a pas produit d'observations.
Le centre hospitalier Sud Gironde a produit un mémoire enregistré le 3 mars 2023 qui n'a pas fait l'objet d'une communication.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Vitek, représentant l'ONIAM et de Me de Lagausie, représentant le centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 mai 2016, Mme G D, née le 19 novembre 1944, a été hospitalisée au centre hospitalier Sud Gironde à la suite d'une chute. Un scanner a été réalisé le même jour et a permis de mettre en évidence une fracture du bassin H impaction de la prothèse totale de la hanche. Le 8 juin 2016, une traction trans-tibiale a été réalisée et le cotyle a été retiré le 15 juin 2016 afin que soit mis en place une croix de Kerboul. Les suites opératoires ont été compliquées H l'apparition d'un hématome le 20 juin 2016. H la suite, Mme D a été hospitalisée dans le service de soins et de réadaptation du centre hospitalier de Bazas. Au cours de son séjour, la patiente a subi une luxation de la prothèse de hanche justifiant qu'une réduction de la luxation soit réalisée au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux le 2 août 2016. Dans le même temps, un lavage de la plaie a été réalisé et un prélèvement bactériologique peropératoire a isolé un staphyloccoccus aureus résistant à la Méticiline. Le 16 août 2016, le retrait de la prothèse de hanche de Mme D a été effectué, sans qu'une nouvelle prothèse ne soit posée et les prélèvements bactériologiques ont permis de retrouver une nouvelle fois le Staphylococcus aureus méti-R déjà connu. Le 21 septembre 2016, Mme D a été admise dans le service de rééducation fonctionnelle du centre hospitalier de Bazas où elle est décédée le 24 septembre 2016.
2. M. C D, son époux, a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) d'Aquitaine le 15 mai 2017. Une première expertise a été diligentée H la CCI et un premier rapport a été remis le 27 décembre 2017. Toutefois, considérant ce rapport incomplet, la CCI a désigné deux nouveaux experts en vue de déterminer les causes du décès de la patiente, qui ont rendu un rapport le 4 octobre 2018. H un avis du 20 décembre 2018, la CCI a estimé que le décès de Mme D était dû à une embolie pulmonaire liée à un alitement prolongé du fait de l'infection nosocomiale dont elle souffrait, ouvrant droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale, en l'absence de toute faute. Le 11 février 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a présenté une offre d'indemnisation à hauteur de 26 955 euros, qui a été refusée H M. B A, petit-fils et ayant-droit de M. D qui est décédé le 8 mars 2019. H une ordonnance n°2101755 du 26 octobre 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a condamné l'ONIAM à verser à M. A une provision de 26 955 euros. H la présente requête, M. A demande au tribunal de mettre à la charge de l'ONIAM le versement d'une somme totale de 81 873,82 euros en réparation du préjudice de M. D, en sa qualité d'ayant-droit, et de son propre préjudice. L'ONIAM présente à titre subsidiaire une action récursoire à l'encontre du centre hospitalier Sud Gironde.
Sur la mise en œuvre de la solidarité nationale :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Selon l'article L. 1142-1-1 de ce code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé H référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués H ces infections nosocomiales ; / () ". En vertu des articles L. 1142-17 et L. 1142-22 du même code, la réparation au titre de la solidarité nationale est assurée H l'ONIAM.
4. L'ONIAM est tenu d'assurer la réparation au titre de la solidarité nationale des dommages résultant des infections nosocomiales, à la seule condition qu'elles aient entraîné un taux d'incapacité permanente supérieur à 25 % ou le décès du patient. Il ne peut s'exonérer de cette obligation en invoquant, sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du même code, la responsabilité de l'établissement de santé dans lequel l'infection a été contractée. L'office peut uniquement demander à cet établissement de l'indemniser de tout ou partie des sommes ainsi à sa charge en exerçant à l'encontre de ce dernier l'action subrogatoire prévue au septième alinéa de l'article L. 1142-17 du même code, s'il a versé une indemnité à titre transactionnel, ou l'action récursoire prévue au deuxième alinéa de l'article L. 1142-21 du même code, si une indemnité a été mise à sa charge H une décision juridictionnelle ou, dans le cadre d'une instance dirigée contre lui, pour le cas où serait prononcée une telle décision.
5. Il résulte de l'instruction que Mme D a été opérée le 15 juin 2016 au CHU de Bordeaux pour changement de cotyle, mise en place d'une croix de kerboull et installation d'une nouvelle prothèse totale de hanche. Il est constant que les prélèvements pré-opératoires superficiels et profonds sont revenus stériles. Le 20 juin 2016, Mme D a présenté un hématome au niveau de la cicatrice opératoire qui était partiellement désunie, ainsi qu'un écoulement sur le haut de la plaie entre deux agrafes au cours de son hospitalisation au centre hospitalier Sud Gironde. Le personnel soignant a alors procédé à un nettoyage de la plaie H savon doux avec séchage puis évacuation de l'hématome. Le lendemain, la plaie a été qualifiée de propre et non inflammatoire mais un léger écoulement sero-méatique a été retrouvé. Un nouveau nettoyage au savon doux a été réalisé avec changement du pansement et l'une des deux agrafes a été retirée. Mme D a alors été transférée en service de soins de suite et réadaptation sur le site de La Réole le 21 juin 2016. Le 23 juin 2016, un drainage manuel de l'hématome collecté sous la cicatrice opératoire a été effectué et un nouvel hématome a été collecté le 24 juin 2016 ainsi que le 26 juin 2016 avec mise en place d'une mèche. Le 29 juin 2016, une antibiothérapie a été prescrite à la patiente. Le 3 juillet 2016, la plaie de Mme D était propre, bourgeonnante et un suintement séreux était visible sur une incision cicatrisée mais très fine. Cependant, H la suite, l'inflammation de la plaie de Mme D s'est aggravée et son taux de protéine C réactive (CRP) était de 93,1 mg H litre le 14 juillet 2016. Suite à la luxation de sa prothèse de hanche le 2 août 2016, Mme D a été de nouveau opérée. Les résultats microbiologiques ont fait apparaitre la présence d'un Staphylococcus aureus Méticilline résistant. Ces résultats ont été confirmés le 12 août 2016 avec une CRP à 422,4 mg H litre et une évolution locale défavorable. Le 16 août 2016, Mme D a subi une opération chirurgicale en vue de la dépose de sa prothèse de hanche infectée sans qu'une repose de prothèse ne soit effectuée. Les prélèvements bactériologiques effectués au cours de l'opération ont permis de retrouver une nouvelle fois le Staphylococcus aureus méti-R déjà connu. Le 21 septembre 2016, Mme D a été admise dans le service de rééducation fonctionnelle du centre hospitalier de Bazas où elle est décédée le 24 septembre 2016.
6. Il résulte de l'instruction que la première expertise diligentée à la demande de la CCI a conclu que le décès de Mme D était intervenu des suites d'une embolie pulmonaire massive et d'un choc cardiogénique entraînés H un bloc de branche gauche. Cependant, ces conclusions ont été contestées H le médecin-conseil de M. D, selon lequel il ne peut exister de relation entre le bloc de branche gauche et l'embolie pulmonaire dès lors que ce type de blocage ne peut pas entraîner de choc cardiogénique. Suite à cette analyse, la CCI d'Aquitaine a diligenté une nouvelle expertise en nommant deux nouveaux experts afin qu'ils se prononcent sur la question de savoir si l'embolie pulmonaire trouvait son origine dans les antécédents cardiaques de la patiente ou dans le syndrome inflammatoire chronique qu'elle présentait du fait de l'infection nosocomiale dont elle souffrait, qui avait entraîné un alitement prolongé. Dans un second rapport, les experts ont confirmé que le bilan cardiaque de la patiente réalisé le 21 juillet 2016 était satisfaisant et ont conclu que le décès de Mme D était intervenu des suites d'une embolie pulmonaire, caractérisée H une douleur aigüe dans le dos, une perte de conscience, une dyspnée, une difficulté majeure à respirer puis un arrêt cardiaque, constatés H son époux qui était présent à ses côtés. Selon les experts, Mme D souffrait d'une infection nosocomiale à Staphylococcus aureus Méti-R depuis le 20 juin 2016 qui a empêché la repose d'une nouvelle prothèse de hanche le 16 août 2016 lors du retrait du matériel initial, entraînant un alitement prolongé de la patiente. Les experts ont considéré que l'embolie était intervenue des suites de cette infection ainsi que de l'immobilisation de la patiente et qu'elle ne présentait pas de lien avec le bloc de branche gauche. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est apporté en défense aucun élément de nature à établir, en contradiction avec les affirmations du médecin-conseil et des seconds experts, que le bloc de branche pourrait être à l'origine d'un choc cardiogénique, il résulte de l'instruction que l'infection survenue au cours de l'hospitalisation de Mme D, qui ne présentait pas de caractère évitable, doit être regardée comme présentant un lien direct avec le décès de la patiente. Dès lors, la réparation intégrale du dommage corporel subi H Mme D et ses ayants-droits en lien avec l'infection nosocomiale incombe à l'ONIAM.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de Mme D :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
7. Il résulte de l'instruction que Mme D a contracté une infection nosocomiale qui s'est déclarée le 20 juin 2016 H l'apparition d'un hématome au niveau de la cicatrice opératoire. Elle a H la suite été hospitalisée sans discontinuité jusqu'à son décès le 24 septembre 2016. Il résulte des conclusions de la première expertise, confirmées H le médecin-conseil de M. D, que l'hospitalisation de Mme D aurait été de deux mois à compter de son arrivée aux urgences du centre hospitalier Sud Gironde le 29 mai 2016. Dans ces conditions, le déficit fonctionnel temporaire de Mme D en lien avec l'infection court à compter du 30 juillet 2016 jusqu'au 24 septembre 2016, correspondant à 57 jours. H suite, en retenant un taux journalier d'indemnisation de 21 euros, il sera fait une exacte appréciation du déficit fonctionnel temporaire de la victime en le fixant à la somme de 1 197 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
8. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées H Mme D ont été évaluées à 4 sur une échelle de 7 H les premiers experts qui relèvent que la patiente s'est vue injecter un traitement antibiotique ainsi qu'un traitement morphinique en raison de douleurs très importantes, et à 5,5 sur la même échelle H les seconds experts. Si le requérant soutient que Mme D a eu conscience du fait qu'elle allait mourir, ce qui aurait pu être source d'une douleur morale spécifique qui justifierait l'indemnisation d'un tel chef de préjudice, il ne résulte pas de l'instruction que tel aurait été le cas alors que l'embolie présentée s'est matérialisée H une douleur violente dans le dos puis une perte de connaissance, avant que le décès de la patiente ne soit constaté. Il sera, dans ces conditions, fait une juste appréciation du préjudice afférent en l'évaluant à la somme de 13 500 euros.
En ce qui concerne les préjudices de M. D :
S'agissant des frais d'obsèques :
9. Les victimes indirectes ont droit au remboursement des frais relatifs à une sépulture décente, pourvu qu'ils ne soient pas excessifs ou dépourvus de lien de causalité directe avec le dommage. En l'espèce, M. A justifie que M. D a exposé des frais relatifs à l'organisation des obsèques, l'achat d'un cercueil et le transport de la défunte pour un montant de 5 970 euros ainsi que des frais de marbrerie relatifs à la dépose tombale, au creusement de la terre et à la taxe d'inhumation pour un montant de 1 286 euros et la somme de 123,88 euros au titre de la gravure sur stèle. Cependant, l'achat d'une photographie en porcelaine, qui constitue une dépense accessoire liée aux obsèques, n'est pas directement la conséquence du décès de Mme D et n'est donc pas indemnisable. H suite, il sera fait une exacte appréciation des frais d'obsèques dont le règlement est établi H les pièces versées à la somme de 7 379,88 euros.
S'agissant des frais divers :
10. M. A justifie que M. D a exposé des frais de médecin-conseil pour une consultation et la rédaction d'un compte rendu de consultation pour un montant de 651 euros. Il est mis à la charge de l'ONIAM le paiement de cette somme.
S'agissant du préjudice d'affection :
11. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de M. D, époux de Mme D avec laquelle il était marié depuis 1965, à hauteur de 25 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices de M. A :
12. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de M. A du fait du décès de sa grand-mère avec laquelle il ne vivait pas à hauteur de 4 000 euros.
13. Il résulte de ce qui précède que l'ONIAM est condamné à verser à M. A la somme de 51 727,88 euros, sous déduction de la provision de 26 955 euros déjà mise à sa charge H l'ordonnance du 26 octobre 2022 du juge des référés du tribunal administratif.
Sur l'action récursoire de l'ONIAM :
14. Aux termes de l'article L. 1142-21 du code de la santé publique : " Lorsqu'il résulte de la décision du juge que l'office indemnise la victime ou ses ayants droit au titre de l'article L. 1142-1-1, celui-ci ne peut exercer une action récursoire contre le professionnel, l'établissement de santé, le service ou l'organisme concerné ou son assureur, sauf en cas de faute établie à l'origine du dommage, notamment le manquement caractérisé aux obligations posées H la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales. () ". Le législateur n'a pas entendu exclure l'exercice de cette action lorsqu'une faute établie a entraîné la perte d'une chance d'éviter l'infection nosocomiale ou d'en limiter les conséquences.
15. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise H l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
16. L'ONIAM fait valoir que la prise en charge de l'infection de Mme D H le CH Sud-Ouest n'a pas été conforme aux règles de l'art et qu'elle a fait perdre à la patiente une chance de 50% de guérir de son infection. L.'ONIAM se prévaut du premier rapport d'expertise remis le 26 décembre 2017 aux termes duquel les experts ont considéré que l'infection de Mme D n'avait pas été correctement prise en charge du 20 juin 2016 au 7 juillet 2016 et qu'un tel manquement était constitutif d'une faute ayant fait perdre à la patiente une chance de 50% d'éviter le décès. Les experts précisent notamment qu'à partir du 20 juin 2016, un lavage aurait dû être réalisé. Cependant, il résulte de l'instruction et notamment de ce même rapport d'expertise, que les prélèvements superficiels et profonds réalisés avant l'opération du 15 juin 2016 sont revenus stériles. Si, le 20 juin 2016, Mme D a présenté un hématome au niveau de la cicatrice opératoire qui était partiellement désunie, ainsi qu'un écoulement sur le haut de la plaie entre deux agrafes au cours de son hospitalisation au centre hospitalier Sud Gironde, ces mêmes experts précisent que l'équipe médicale a bien procédé à un nettoyage de la plaie H savon doux avec séchage puis évacuation de l'hématome. Le lendemain, la plaie était propre et non inflammatoire mais un léger écoulement sero-méatique était retrouvé de sorte qu'un nouveau nettoyage au savon doux a été réalisé avec changement du pansement et que l'une des deux agrafes a été retirée. Il résulte également de l'instruction que le 23 juin 2016, alors que Mme D avait été transférée en service de soins de suite et réadaptation sur le site de La Réole le 21 juin 2016, un drainage manuel de l'hématome collecté sous la cicatrice opératoire a été effectué H le personnel soignant et un nouvel hématome a été collecté le 24 juin 2016 et le 26 juin 2016, avec mise en place d'une mèche. Le 29 juin 2016, une antibiothérapie a été prescrite à la patiente et le 3 juillet 2016, la plaie était propre, bourgeonnante et un suintement séreux était visible sur une incision cicatrisée, très fine et inflammatoire. Dans la seconde expertise du 30 août 2018, les experts concluent quant à eux que le diagnostic et le traitement de l'infection ont respectés les règles de l'art. Ils précisent qu'aucune ponction de l'hématome n'a été effectué le 20 juin 2016, comme cela était recommandé et insistent sur le fait que seul le changement prothétique constituait une possibilité thérapeutique pour la patiente mais était inenvisageable au regard de son état général. Dans ces conditions, aucune faute dans la prise en charge de l'infection nosocomiale de Mme D ne peut être retenue contre le centre hospitalier Sud Gironde. H suite, l'ONIAM n'est pas fondé à demander que le centre hospitalier Sud Gironde soit condamné à le garantir à hauteur de 50% des sommes mises à sa charge.
Sur les frais de justice :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 500 euros à verser à M. A et une somme de 1 500 euros à verser au centre hospitalier Sud Gironde en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM versera à M. A une somme globale de 51 727,88 euros, sous déduction de la provision de 26 955 euros déjà mise à sa charge H l'ordonnance du 26 octobre 2022 du juge des référés du tribunal administratif.
Article 2 : L'ONIAM versera une somme de 1 500 euros à M. A et une somme de 1 500 euros au centre hospitalier Sud Gironde en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au centre hospitalier Sud-Ouest et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public H mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
La rapporteure,
M. F
La première conseillère, faisant fonction de présidente,
B. MOLINA-ANDRÉOLa greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026