mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101534 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | JU-5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ABEILLE ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Bordeaux le 29 mars 2021, M. E A, représenté par Me Callon, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier (CH) de Libourne à lui verser la somme de 4 000 euros à titre indemnitaire, outre intérêts au taux légal et anatocisme, à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise pour déterminer si la prise en charge dont il a fait l'objet au CH de Libourne a été conforme aux règles de l'art et indiquer les éléments utiles à la détermination de ses préjudices nés de cette prise en charge ;
2°) de mettre à la charge du CH de Libourne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le CH de Libourne a commis une faute en ne lui délivrant l'information relative à la possibilité pour le chirurgien l'ayant opéré le 3 juin 2016, de renoncer à la ligamentoplastie au cours du geste chirurgical dans l'hypothèse où celui-ci ne découvrirait alors aucune instabilité de la cheville mais se rendrait compte que la pathologie était causée par un état antérieur (arthrose) sans rapport avec l'entorse de la cheville survenue trois années plus tôt ;
- le montant des préjudices subis s'élève à la somme de 4 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 16 avril 2021, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Gironde informe le tribunal qu'elle n'entend pas former de demande contentieuse à l'encontre du CH de Libourne.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2021, le CH de Libourne conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Béroujon, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Béroujon, magistrat désigné,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cuordifede, représentant le CH de Libourne.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A a été victime d'une entorse de la cheville gauche au mois de mai 2013. En raison de la persistance de douleurs, il a fait l'objet d'une intervention chirurgicale au centre hospitalier (CH) de Libourne le 3 août 2016. Estimant ne pas avoir été informé des conditions de réalisation de cette intervention, il demande la condamnation du CH de Libourne à lui verser la somme de 4 000 euros à titre indemnitaire.
Sur la responsabilité du CH de Libourne :
2. M. A a subi une intervention chirurgicale le 3 août 2016 au CH de Libourne qui avait notamment pour objet la plastie du ligament tibio fibulaire antérieur avec excision de sa portion ossifiée. Toutefois, au cours de l'opération, le chirurgien a renoncé à cet acte au motif qu'il a découvert que la cheville ne souffrait d'aucune instabilité, et a seulement pratiqué la résection d'un petit ostéophyte talien et une injection de plasma riche en plaquettes (PRP). Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire du docteur D du 22 avril 2019, que les douleurs persistantes éprouvées par M. A au niveau de sa cheville gauche et l'enraidissement de celle-ci, qui limite la flexion dorsale et plantaire de l'articulation tibio tarsienne et les mouvements de latéralité de la sous astragalienne et de la médio tarsienne, ne sont pas liés à l'abandon de la plastie au cours de l'intervention du 3 août 2016 au CH de Libourne mais à un état antérieur d'arthrose évoluant pour son propre compte.
3. En premier lieu, si le CH de Libourne demande que le rapport d'expertise du docteur C réalisée le 24 avril 2019 à la demande de l'assurance de M. A, et les avis du docteur B produits par le requérant soient écartés des débats au motif qu'ils n'ont pas été menés de manière contradictoire, rien ne fait obstacle à ce que ces éléments, soumis au contradictoire au cours de la présente instance, soient pris en compte au même titre que les autres pièces produites par les parties.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique dans sa version alors applicable : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. Elle est également informée de la possibilité de recevoir, lorsque son état de santé le permet, notamment lorsqu'elle relève de soins palliatifs au sens de l'article L. 1110-10, les soins sous forme ambulatoire ou à domicile () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / La volonté d'une personne d'être tenue dans l'ignorance d'un diagnostic ou d'un pronostic doit être respectée, sauf lorsque des tiers sont exposés à un risque de transmission. () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen () ".
5. Il résulte des dispositions précitées que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question. Il appartient à l'hôpital d'établir avoir exécuté cette obligation d'information.
6. Le CH de Libourne fait valoir que l'information du risque d'un renoncement à la plastie du ligament tibio fibulaire antérieur au cours de l'opération a été délivrée à M. A et produit en ce sens le " consentement éclairé aux soins " signé par M. A avant l'intervention, qui indique notamment que celui-ci " reconnait avoir été informé que toute intervention chirurgicale comporte un pourcentage de complications et de risques y compris vitaux tenant non seulement à la maladie dont je suis affecté mais également à des variations individuelles, non toujours prévisibles " et qu'il " a été prévenu(e) qu'au cours de l'intervention, le chirurgien peut se trouver en face d'une découverte ou d'un événement imprévu nécessitant des actes complémentaires ou différents de ceux initialement prévus ". Toutefois, de telles formules types, qui ne délivrent aucune information précise ni circonstanciée, ne précisent pas que la plastie du ligament tibio fibulaire antérieur programmée le 3 août 2016 pouvait être abandonnée au cours de l'opération dans l'hypothèse où le chirurgien découvrait qu'elle n'était alors plus utile au moment de l'acte chirurgical. Dans ces conditions, le CH de Libourne n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, d'avoir valablement informé M. A du risque d'un abandon de l'opération programmée au cours de l'intervention, et ce défaut est constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur l'évaluation des préjudices :
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire du docteur D du 22 avril 2019, que postérieurement à l'opération du 3 août 2016, M. A a consulté un nouveau chirurgien orthopédiste qui a pratiqué la ligamentoplastie de la cheville gauche sous arthroscopie à la clinique du sport de Bordeaux Mérignac le 21 juin 2017 et que cette intervention n'a entrainé aucune amélioration de l'état de la cheville, dont l'état est considéré consolidé au 31 décembre 2017. M. A, qui a ainsi décidé de recourir à la ligamentoplastie de la cheville le 21 juin 2017, ne demande pas l'indemnisation du préjudice de perte de chance de s'être soustrait à l'intervention du 3 août 2016 s'il avait été informé du risque de renoncement à une telle ligamentoplastie en cours d'opération.
En ce qui concerne les souffrances endurées :
8. M. A demande la condamnation du CH de Libourne à l'indemniser à hauteur de 3 000 euros au titre des souffrances endurées " en raison de la réalisation de la nouvelle intervention et la nécessité d'immobiliser pendant 15 jours la cheville ". Toutefois, ainsi que le requérant l'indique lui-même, les souffrances dont il demande l'indemnisation n'ont été causées ni par le défaut d'information relevé précédemment, ni par le défaut de réalisation de la plastie du ligament tibio fibulaire antérieur lors de l'intervention du 3 août 2016, mais par l'intervention à laquelle M. A a décidé de recourir le 21 juin 2017, qui n'a pas amélioré l'état de sa cheville gauche, causé par un état antérieur d'arthrose évoluant pour son propre compte ainsi qu'il a déjà été relevé. La demande de M. A ne peut qu'être écartée sur ce point.
En ce qui concerne le préjudice d'impréparation :
9. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.
10. Il résulte de l'instruction que le défaut d'information de M. A sur la possibilité de renoncement de la ligamentoplastie de la cheville gauche au cours de l'intervention pratiquée le 3 août 2016 l'a privé de la possibilité de se préparer moralement à l'absence de réalisation de l'acte et de la perspective, envisagée avec le praticien, d'amélioration de l'état de sa cheville par un tel acte. Il en sera fait une juste évaluation en condamnant le CH de Libourne à verser la somme de 500 euros à M. A à ce titre.
Sur les intérêts :
11. M. A a droit aux intérêts au taux légal à compter du 29 janvier 2021, date de réception de sa demande préalable d'indemnisation par le CH de Libourne. Ces intérêts seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts à compter du 29 janvier 2022.
Sur les frais d'expertise :
12. Les frais d'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 1 800 euros par ordonnance du 13 mai 2019 du président du tribunal administratif de Bordeaux. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de les mettre à la charge du CH de Libourne
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Dans les circonstances de l'espèce, le CH de Libourne versera une somme de 1 000 euros à M. A, au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Libourne est condamné à verser à M. A la somme de 500 euros à titre indemnitaire.
Article 2 : La somme mentionnée à l'article 1 du présent jugement portera intérêts au taux légal à compter du 29 janvier 2021. Les intérêts capitalisés produiront eux-mêmes intérêts à compter du 29 janvier 2022.
Article 3 : Le centre hospitalier de Libourne versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre du remboursement des frais irrépétibles.
Article 4 : Les dépens, d'un montant global de 1 800 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Libourne.
Article 5 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au centre hospitalier de Libourne et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 20 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. BÉROUJON La greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2101534
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026