jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101770 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | COUBRIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 avril 2021 et le 1er février 2022,
Mme C, représentée par Me Coubris, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge en droits et pénalités des suppléments d'impôts et de contributions sociales auxquels elle a été assujettie au titre de l'année 2015 ;
2°) de faire droit à sa demande de sursis de paiement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative les frais de procédure qu'elle a engagés.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
- elle ne pouvait être taxée sans mise en œuvre d'une procédure contradictoire à l'égard de la société au titre du rehaussement des bases d'imposition de celle-ci, ni mise en œuvre de la procédure de désignation prévue à l'article 117 du code général des impôts ;
- elle n'a pas bénéficié des garanties accordées au contribuable dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire qui aurait dû être mise en œuvre.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
- les sommes qui font l'objet d'une rectification d'impôt sur le revenu sont aussi imposées par l'administration fiscale au titre des droits de succession, or l'administration fiscale ne peut imposer deux fois les mêmes montants ;
- aucune distribution occulte ne peut être retenue dès lors qu'il s'agissait de remboursements de comptes courants d'associés dont son propre compte ;
- la société ne s'est pas appauvrie, elle s'est désendettée en remboursant des dettes contractées précédemment ;
- les comptes de la société ont fait l'objet d'une vérification sur les années 2015 et 2016 qui n'a donné lieu à aucun rehaussement du bénéfice, il ne peut donc y avoir de distribution occulte.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2021, la directrice régionale des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par action simplifiée à associé unique (SASU) MEEKING SAS, créée en 2013 par Mme A décédée le 7 septembre 2015, dont Mme C, sa fille, est devenue associée en 2014 puis gérante le 1er janvier 2015, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité concernant l'impôt sur les sociétés de l'année 2015, engagée par un avis du 20 juin 2016 et conclue par un avis d'absence de rectification au titre de cet impôt le 28 novembre 2016. Tirant les conséquences d'éléments recueillis lors de ce contrôle, l'administration fiscale a adressé à
Mme C une proposition de rectification de son impôt sur le revenu le 27 mars 2017 dans le cadre de la procédure de contrôle sur pièces, pour tenir compte de trois virements du compte courant d'associé de Mme A vers le compte personnel de Mme C. Les rehaussements à l'impôt sur le revenu ont été imposés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers de l'année 2015 sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts (CGI) et assortis des intérêts de retard et de la majoration pour manquement délibéré prévus aux articles 1727 et 1729-a du même code. A l'issue de la procédure, les rehaussements ont été mis en recouvrement par avis du 30 avril 2019, pour un total de 93 640 euros au titre de l'impôt sur le revenu, cotisations sociales et pénalités au titre de l'année 2015. Puis, ce montant a été majoré de 9 364 euros par la mise en demeure du 8 juillet 2019. Mme C a adressé une réclamation préalable à l'administration fiscale le 27 juillet 2019. Sans réponse de l'administration,
Mme C conteste cette décision implicite de rejet et demande la décharge de la totalité des suppléments d'impôts, contributions sociales et pénalités qui lui sont réclamés au titre de l'année 2015.
Sur la demande de sursis de paiement :
2. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire. Les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent donc privées d'objet.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
3. Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales (LPF) : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. Cette procédure s'applique également lorsque l'administration effectue la reconstitution du montant déclaré du bénéfice industriel ou commercial, du bénéfice non commercial, du bénéfice agricole ou du chiffre d'affaires déterminé selon un mode réel d'imposition. ". L'article L.57 du même livre dispose : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours. ". Aux termes de l'article R 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article.".
4. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : ()2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. Les sommes imposables sont déterminées pour chaque période retenue pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés par la comparaison des bilans de clôture de ladite période et de la période précédente selon des modalités fixées par décret en conseil d'État. ".
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a effectué une vérification des comptes de la société MEEKING SAS au titre de l'impôt sur les sociétés, contrôle qui a été clôturé sans redressement au titre de cet impôt, mais au cours duquel l'administration fiscale a dressé un procès-verbal de présentation de comptabilité irrégulière le 11 juillet 2016, après qu'elle ait constaté trois virements du compte courant d'associée de Mme A sur le compte personnel de Mme C , d'un montant de 19 556,48 euros le 24 février 2015, de 60 000 euros le 27 août 2015 et de 40 000 euros le 31 août 2015, directement encaissés par la requérante. L'administration fiscale a exercé une demande de communication auprès des banques et établi que le virement de 19 556,48 euros avait servi l'acquisition d'un véhicule " mini cooper " au nom de Mme C, ce que cette dernière ne conteste pas et que les deux autres virements avaient été enregistrés sur son compte personnel. En conséquence, l'administration fiscale a imposé ces trois sommes, pour un total de 119 556,48 euros, sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Mme C soutient qu'elle ne pouvait être taxée sans mise en œuvre d'une procédure contradictoire à l'égard de la société au titre du rehaussement des bases d'imposition de celle-ci et de la mise en œuvre de la procédure de demande de communication du nom des bénéficiaires des distributions occultes prévue à l'article 117 de ce même code. Cependant, d'une part, en l'espèce, l'administration fiscale a taxé Mme C sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 qui impose seulement la démonstration de l'appréhension effective sans contrepartie par un associé ou porteur de part, ce que, ainsi qu'il a été dit, l'administration fiscale établit s'agissant de Mme C. D'autre part, la procédure de désignation prévue à l'article 117 du CGI n'était pas obligatoire dès lors que l'administration, s'agissant du 2° du 1 de l'article 109, a précisément identifié le bénéficiaire des sommes mises à dispositions qui n'ont pas davantage été regardées comme des distributions de dividendes. En outre, la procédure de contrôle de la société et la procédure d'imposition de Mme C sont distinctes en vertu du principe d'indépendance des procédures et de distinction des contribuables. Au surplus, une irrégularité de la procédure de vérification des comptes de la société MEEKING SAS ne peut être utilement soulevée à l'appui de la procédure de contrôle de l'impôt sur le revenu de Mme C. Par suite, ce moyen doit être écarté en toutes ses branches.
6. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a sollicité de la part de Mme C, associée et gérante de la société, des précisions sur ces virements, demande à laquelle Mme C a répondu le 19 décembre 2016 et qu'à l'issue de ces échanges, l'administration fiscale a envoyé une première, puis une deuxième proposition de rectification au titre de son impôt sur le revenu le 27 mars 2017 puis le 26 septembre 2017, les deux étant motivées et auxquelles Mme C a répondu. Il résulte également de l'instruction que la proposition de rectification explicite le redressement proposé en le justifiant, précise le mode de calcul et que Mme C a pu faire valoir ses arguments, elle a répondu avec l'aide d'un conseil aux deux propositions de rectification. Ainsi, Mme C a été informée, à la fois en tant qu'associée et gérante de la société et en tant que personne physique redevable de l'impôt sur le revenu, et elle a pu faire valoir ses observations, arguments et justificatifs au cours de la procédure. Aucune disposition n'oblige à un entretien et il ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier que la requérante l'aurait sollicité. Enfin, les délais ont été respectés. Par suite, le moyen selon lequel les garanties du contribuable n'auraient pas été respectées doit être écarté.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
7. En premier lieu, aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année. ".
8. Mme C soutient que les sommes en litige ont également fait l'objet d'une imposition au titre de la succession et que l'administration fiscale a commis une erreur de procédure. Toutefois, cette allégation n'est pas justifiée, alors même que la proposition de rectification au titre de l'impôt sur les successions du 2 octobre 2017 qu'elle a reçue précise que ces sommes ne sont pas considérées dans le périmètre de la donation et, par conséquent, pas imposées à ce titre. En outre, l'administration fiscale indique sans être contredite que le solde du compte de Mme A était de 127 446 euros au jour de son décès, le 7 septembre 2015 et qu'il ne pouvait pas inclure les sommes en litige dès lors qu'elles avaient déjà été débitées à une date antérieure. Par suite, le moyen est écarté.
9. En deuxième lieu, s'il n'a pas conduit à l'établissement d'une cotisation d'impôt sur les sociétés en l'absence de solde bénéficiaire, pour autant, le rehaussement des résultats d'une société ne saurait par lui-même révéler l'existence de bénéfices ou produits non mis en réserve ou incorporés au capital, taxables entre les mains de leur bénéficiaire comme revenus distribués. Pour soumettre ces sommes à l'impôt sur le revenu sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts (CGI), il incombe à l'administration d'établir qu'elles ont été mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts. La circonstance que le contribuable soit le maître de l'affaire est à cet égard sans incidence.
10. Cependant, ainsi qu'il a été dit, en l'espèce, l'administration établit que les sommes en causes ont été encaissées directement par la requérante ou qu'elles ont servies directement à l'acquisition d'un véhicule à son nom, ce que Mme C ne conteste pas sérieusement. Par ailleurs, si Mme C soutient que les sommes de 60 000 euros et 40 000 euros correspondent à des remboursements suite à des avances sur travaux dans l'appartement qu'elle aurait payés, elle se borne à formuler cette allégation sans l'assortir du moindre justificatif. Surtout, contrairement à ce qu'elle soutient, il ne peut s'agir d'un remboursement en compte courant d'associé, dès lors que les sommes proviennent du compte courant d'associé de Mme A qui a émis les chèques en cause et qui était seule créancière des sommes y figurant. Dès lors, Il y a bien eu désinvestissement, puisque les sommes n'ont pas effectivement servi à solder la dette de la société vis-à-vis de Mme A, mais ont bénéficié directement à sa fille, sans avoir été déclarées en tant que donation ou en tant que transfert de créances. Ainsi, l'administration fiscale établit que la société MEEKING SAS a mis à disposition en franchise d'impôt ces sommes à une associée. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a taxé ces sommes dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du CGI.
11. En troisième lieu, Mme C soutient que dès lors que le contrôle de la société MEEKING SAS n'a pas donné lieu à redressement au titre de l'impôt sur les sociétés, elle apporte la preuve qu'il n'y a pas d'irrégularité sur les bénéfices et par conséquent, pas de distribution occulte. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, les opérations de vérification de la société ont donné lieu à un procès-verbal de comptabilité irrégulière et l'administration fiscale a imposé ces sommes au titre de l'impôt sur le revenu de Mme C, en vertu du 2° du 1. de l'article 109 du code général des impôts, elles sont donc indépendantes du bénéfice. Par suite, le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme E et Mme D, premières conseillères,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
La rapporteure,
S. D
Le président,
D. FERRARILe greffier en chef,
A. BOUAZIZ
La République mande et ordonne au ministre des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026