mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101929 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MEILLON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 16 avril et 26 novembre 2021, Mme C D, représentée par Me Bach, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 février 2021 par laquelle le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner le CHU de Bordeaux à lui verser une somme de 141 452,25 euros en réparation des préjudices subis du fait de son accident de service du 2 mai 2014, cette somme devant être assortie des intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2020, date de réception de sa réclamation indemnitaire préalable, et de la capitalisation des intérêts ;
3°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux les entiers dépens, ainsi que la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été victime le 2 mai 2014 d'un accident de travail reconnu imputable au service ;
- le CHU de Bordeaux a commis une faute en refusant de la faire reprendre alors même qu'elle était apte à la reprise du service, et en diffusant une fiche portant des propos dénigrant à son encontre qui a été jointe à son dossier soumis à la commission de réforme ; ces fautes lui ont causé un préjudice moral qui peut être évalué à 15 000 euros ;
- en refusant de lui accorder le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité (ATI) depuis son accident en 2014, le CHU de Bordeaux a commis une faute ; l'indemnisation du préjudice subi doit conduire le CHU de Bordeaux à lui verser la somme capitalisée de 57 591,12 euros ;
- par application des jurisprudences du Conseil d'Etat résultant des décisions Moya-Caville du 4 juillet 2003, n° 211106 et centre hospitalier de Royan du 16 décembre 2013, n° 353798, la responsabilité du CHU de Bordeaux est engagée sur les fondements de la responsabilité sans faute ;
- les pathologies dont elle souffre sont en lien direct et certain avec ses fonctions ; d'ailleurs le CHU de Bordeaux a reconnu leur imputabilité au service ;
- elle est en droit de demander l'indemnisation de ses préjudices ; en premier lieu, elle a subi un déficit fonctionnel temporaire de 30%, qui doit être évalué sur une base de 30 euros par jour, à la somme de 10 175 euros ; en deuxième lieu, ses souffrances endurées, qui peuvent être évaluées à 3 sur une échelle de 7, doivent être indemnisées à hauteur de 5 000 euros ; en troisième lieu, elle subit un déficit fonctionnel permanent de 8 % pour la partie psychiatrique et de 5% pour la partie physique, qui peut être évalué à hauteur de 15 135,90 euros ; en quatrième lieu, elle a subi un préjudice esthétique en raison d'un discret affaissement de l'épaule droite qui peut être évalué à 1 sur une échelle de 7 et doit être indemnisé à hauteur de 1 100 euros ; en cinquième lieu, les troubles dans les conditions d'existence doivent être indemnisés à hauteur de 10 000 euros ; en sixième lieu, en raison de son état de santé, elle a subi une perte de traitement qui peut être évaluée à 29 676,90 euros ; en septième lieu, lors de sa reprise en 2017, elle a perdu le bénéfice de sept jours de congés, ce qui équivaut à un préjudice de 373,33 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2021, le CHU de Bordeaux, représenté par Me Meillon, avocat, conclut à la réduction à de plus justes proportions des prétentions indemnitaires de Mme D présentées sur le fondement de la responsabilité sans faute, lesquelles ne sauraient excéder la somme totale de 21 925,90 euros, au rejet des autres demandes indemnitaires formulées par Mme D et des demandes formées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- l'existence d'une faute de sa part n'est pas démontrée ;
- en l'absence de refus fautif de sa demande d'ATI, la demande de condamnation du CHU de Bordeaux à indemniser ce préjudice doit être également rejetée comme infondée et en tout état de cause le calcul de cette indemnité ne saurait excéder les cinq années à compter de la date de reprise des fonctions après consolidation ;
- le CHU de Bordeaux n'a pas refusé de faire reprendre la requérante alors même qu'elle a présenté de manière continue du 18 août 2017 au 29 mai 2020 des certificats d'arrêt de travail établis par son médecin traitant, la requérante n'étant pas fondée à demander une indemnisation au titre d'un préjudice moral rattaché à une faute inexistante ;
- la requérante n'établit pas avoir subi un quelconque préjudice moral du fait du versement à son dossier de la commission de réforme d'une note péjorative la concernant ;
- Mme D ne peut prétendre, sur le fondement de la responsabilité sans faute, qu'à une indemnisation complémentaire limitée ; l'indemnisation de son déficit fonctionnel temporaire ne saurait excéder, sur le fondement d'une base journalière de 20 euros et d'un taux moyen de 14 % la somme de 3 290 euros ; l'expert n'a pas retenu l'existence d'un déficit fonctionnel temporaire rapporté à la névralgie cervico-brachiale de sorte qu'il n'y a pas lieu de retenir un taux complémentaire de 10 % ; l'indemnisation au titre des souffrances endurées ne saurait excéder la somme de 3 500 euros ; la demande d'indemnisation du déficit fonctionnel permanent formé par la requérante est fondée en son principe et n'est manifestement pas excessive en son quantum en étant fixée à 15 135,90 euros ; l'expert n'a pas retenu l'existence d'un préjudice esthétique en lien avec l'accident de service survenu au CHU de Bordeaux, de sorte que l'indemnisation de ce chef de préjudice doit être rejetée ; la demande d'indemnisation formée au titre d'un prétendu trouble dans les conditions de l'existence doit être rejetée comme infondée ; de même, la réalité d'une perte de traitement n'est pas établie et en tout état de cause non imputable à l'accident de service survenu au CHU de Bordeaux, de sorte que l'indemnisation de ce chef de préjudice doit être rejetée ; en outre, la requérante n'apporte aucun élément au soutien de sa demande d'indemnisation d'une perte de congé de sept jours qui doit donc être rejetée.
Par ordonnance du 30 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 17 janvier 2022.
Vu :
- le rapport d'expertise ;
- l'ordonnance du 7 janvier 2019 par laquelle le président du tribunal administratif de Bordeaux a taxé et liquidé les frais de l'expertise réalisée par le docteur B A, à la somme de 1 640 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mounic, rapporteure ;
- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public ;
- les observations de Me Rouget, substituant Me Bach, représentant Mme D ;
- et les observations de Me Meillon, représentant le CHU de Bordeaux.
Une note en délibéré, enregistrée le 9 mai 2023, a été produite pour Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, née le 22 juillet 1980 et exerçant les fonctions d'aide-soignante au CHU de Bordeaux depuis 2010, a été victime, le 2 mai 2014, d'un accident survenu dans le cadre de son activité, reconnu imputable au service et qui a provoqué des dommages corporels au niveau du rachis cervical et un traumatisme psychologique. Saisi par Mme D, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a, par une ordonnance du 12 décembre 2017, ordonné une expertise médicale en vue notamment de déterminer le lien éventuel entre les séquelles présentées par l'agent et l'accident de service. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 1er décembre 2018. Mme D a alors présenté une demande indemnitaire préalable auprès du CHU de Bordeaux, reçue le 21 décembre 2020 qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née le 21 février 2020 du silence gardé par le CHU de Bordeaux et de le condamner à lui verser une somme de 141 452,25 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime consécutifs à son accident du 2 mai 2014.
Sur les conclusions à fin d'annulation
2. La décision implicite, née le 21 février 2021 du silence gardé par le CHU de Bordeaux pendant deux mois, à la demande indemnitaire préalable formée par la requérante a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la requérante, qui en formulant, les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère de recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. En l'espèce, la requérante n'apporte aucun moyen au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de cette décision. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire ne peuvent être que rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du CHU
3. La requérante invoque des fautes du CHU de Bordeaux, sans lien avec son accident mais résultant du refus du CHU de Bordeaux de la faire reprendre alors qu'elle était apte à la reprise du service et de la constitution par le CHU de Bordeaux d'une fiche portant des propos dénigrant à son encontre qui a été sciemment jointe à son dossier soumis à la commission de réforme. Elle estime que ces fautes lui ont causé un préjudice moral qui peut être évalué à 15 000 euros.
4. D'une part, s'il est constant que la requérante a été déclarée apte à la reprise à compter du 18 août 2018 ce qu'a confirmé l'expertise judiciaire du 1er décembre 2018, elle a toutefois justifié sur la période continue du 18 août 2017 au 29 mai 2020, de son incapacité à reprendre le travail, même avec aménagement, par production de certificats d'arrêt de travail établis par son médecin traitant. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le CHU de Bordeaux aurait de manière fautive refusé sa reprise.
5. D'autre part, si la fiche synthétique du service maintien dans l'emploi jointe au dossier de la requérante présenté à la commission de réforme comporte des mentions péjoratives et sans fondement en affirmant notamment que la requérante a un " profil pour instrumentaliser sa situation et jouir de l'intégralité de ses droits, d'autant plus qu'on soupçonne un cumul d'activité non autorisé, sans toutefois avoir pu l'établir ", la commission de réforme a été informée par courrier en date du 8 juillet 2020 que cette pièce ne devait pas être prise en compte et devait être retirée de son dossier. Toutefois, la requérante est fondée à soutenir que le CHU de Bordeaux aurait commis une faute en portant de telles allégations dans son dossier. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral ainsi causé en l'indemnisant à hauteur de 500 euros.
En ce qui concerne le non-versement de l'ATI
6. Aux termes de l'article 2 du décret n°2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " L'allocation est attribuée aux fonctionnaires maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : a) () d'un accident de service ayant entrainé une incapacité permanente d'un taux au moins égal à 10% () ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " La demande d'allocation doit, à peine de déchéance, être présentée dans le délai d'un an à compter du jour où le fonctionnaire a repris ses fonctions après la consolidation de la blessure ou de son état de santé ". Aux termes de l'article 6 du décret précité dans sa version alors en vigueur : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, leurs conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé. Le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination ". Enfin, aux termes de l'article 9 de ce même décret : " L'allocation temporaire d'invalidité est accordée pour une période de cinq ans. A l'expiration de cette période, les droits du fonctionnaire font l'objet d'un nouvel examen dans les conditions fixées à l'article 6 et l'allocation est soit attribuée sans limitation de durée, sous réserve des dispositions de l'alinéa suivant et des articles 10 et 11, sur la base du nouveau taux d'invalidité constaté, soit supprimée. / Postérieurement, la révision des droits du fonctionnaire dans les conditions précitées peut intervenir sur demande de l'intéressé formulée au plus tôt cinq ans après le précédent examen. La date d'effet de cette révision est fixée à la date du dépôt de la demande. "
7. Il ressort de l'instruction que la requérante a présenté une demande d'ATI par courrier en date du 29 avril 2019, réceptionné par le CHU de Bordeaux le 2 mai 2019, qui l'a refusée par courrier du 20 mai 2019 au motif que, suite à la commission de réforme du 21 septembre 2017, l'accident de travail était consolidé sans séquelle en date du 19 juillet 2017 et que pour bénéficier de ladite allocation, le taux de séquelle doit être supérieur à 10%. En défense, le CHU de Bordeaux ajoute que la demande était prescrite car formulée au-delà du délai d'un an suite à la date de consolidation fixée au 19 juillet 2017. Il n'est pas contesté que Mme D a repris ses fonctions le 18 juillet 2017 et que son état de santé était consolidé au 19 juillet 2017. Il résulte de l'instruction que la requérante n'a sollicité une allocation temporaire d'invalidité au titre de sa maladie que le 29 avril 2019, soit après l'expiration du délai fixé par l'article 3 du décret précité. Il ne résulte également pas que les dispositions du décret précité conditionnent la prescription à la circonstance que le CHU ait, à cette date, reconnu l'existence d'une infirmité permanente, mais uniquement à ce que les conséquences préjudiciables soient alors définitivement fixées dans toute leur étendue, et qu'ainsi la victime de l'accident puisse en mesurer l'importance. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité pour faute du CHU de Bordeaux est engagée s'agissant du versement de l'ATI à laquelle elle pouvait prétendre.
En ce qui concerne la responsabilité du CHU de Bordeaux :
8. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
9. De plus, conformément à ce qui a été dit au point 3, la requérante peut prétendre, même en l'absence de faute démontrée du CHU de Bordeaux, à la réparation de l'ensemble des préjudices personnels et patrimoniaux qui ont résulté de son accident du 2 mai 2014, reconnu imputable au service par le CHU de Bordeaux le 12 mai 2014, exception faite des préjudices résultant des pertes de revenus et de l'incidence professionnelle.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
10. La requérante sollicite l'indemnisation d'une perte de traitement de 29 676 euros pour la période du 1er janvier 2015 et le 31 mai 2020. En l'absence de faute du CHU de Bordeaux, ce préjudice n'est pas indemnisable.
11. La requérante allègue que lors de sa reprise à temps plein intervenue le 18 juillet 2017, elle a perdu sept jours de congés. En l'absence de faute du CHU de Bordeaux, ce préjudice n'est pas indemnisable. Par suite, la demande d'indemnisation de ce chef de préjudice doit être rejetée.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
12. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'avis sapiteur du Dr E F en date du 9 novembre 2018, que la requérante a été atteinte, s'agissant des troubles psychiques post-traumatique du fait de son accident de service du 4 mai 2014, d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de " 20% dégressif, jusqu'à atteindre le taux de DFP [déficit fonctionnel permanent], du fait générateur à la consolidation " fixé à 8%, sur la période comprise entre le 4 mai 2014 et le 19 juillet 2017, date de la consolidation. S'agissant de la névralgie, en dépit de l'absence d'évaluation par l'expert de ce chef de préjudice, et considérant qu'il n'est pas contesté que la requérante reste atteinte d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 5% quant au traumatisme cervical et qu'il a été consolidé à la date du 4 novembre 2014, un taux moyen de 5% peut être retenu. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, à la somme de 4 000 euros.
13. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise médicale diligentée par le tribunal, que les souffrances de la requérante ont été évaluées à 3 sur une échelle de 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant la somme de 3 500 euros.
14. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté par les parties, que la requérante reste atteinte d'un déficit fonctionnel permanent imputable à l'accident de service du 4 mai 2014, qui peut être évalué à 5 % s'agissant du traumatisme cervical et à 8% s'agissant du traumatisme psychologique. Alors que la requérante était âgée de 37 ans à la date de consolidation de son état de santé en lien l'accident de service en cause, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant une indemnité de 15 000 euros. Cette somme ayant vocation à indemniser l'ensemble des troubles de l'existence ayant affecté la requérante, cette dernière n'est pas fondée à demander une indemnisation supplémentaire de 10 000 euros au titre de troubles de l'existence, qui doit par conséquent être rejetée.
15. La requérante prétend qu'elle supporterait un préjudice esthétique tenant à " un discret affaissement de son épaule droite par rapport à l'épaule gauche " que constate le Dr. A dans son expertise le 1er décembre 2018. Toutefois, il ne ressort pas de l'instruction qu'un lien de causalité direct et certain serait établi entre l'accident et cet affaissement, ni même, en tout état de cause qu'un préjudice esthétique résulterait de cet affaissement. Par suite, la demande d'indemnisation de ce chef de préjudice doit être rejetée.
16. Il résulte de tout ce qui précède que le CHU de Bordeaux doit être condamné à verser à Mme D la somme de 22 500 euros en réparation des préjudices résultant de son accident de service du 2 mai 2014.
17. Il résulte des points 5 et 16 que le CHU de Bordeaux doit être condamné à verser à la requérante la somme totale de 23 000 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
18. Mme D a droit, ainsi qu'elle le demande, aux intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2020, date de réception de sa demande préalable par le CHU de Bordeaux. Il y a également lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts à compter du 21 décembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date.
Sur les frais liés à l'instance :
19. Les frais et honoraires de l'expertise ont été taxés et liquidés par le président du tribunal administratif de Bordeaux par ordonnance du 7 janvier 2019, à la somme de 1 640 euros. Par jugement n° 1800515 en date du 27 décembre 2019, le tribunal administratif a mis ces frais à la charge définitive du CHU de Bordeaux. Par suite, les conclusions présentées par la requérante doivent être rejetées.
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du CHU de Bordeaux une somme de 1 500 euros à verser à Mme D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux est condamné à verser à Mme D la somme de 23 000 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2020. Les intérêts seront capitalisés au 21 décembre 2021, ainsi qu'à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date, afin de produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux versera à Mme D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La rapporteure,
S. MOUNIC Le président,
Ph. DELVOLVÉ
Le greffier,
A. PONTACQ
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026