mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2102365 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL RIPERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 mars et 20 novembre 2021 et 30 janvier 2022, Mme A B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Fondation Roux à lui verser la somme de 4 400 euros en réparation de l'ensemble des préjudices subis en raison d'heures d'astreinte supplémentaires impayées sur la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2017.
Elle soutient que :
- elle a travaillé en qualité d'adjointe des cadres hospitaliers au sein de l'EHPAD Fondation Roux du 14 juillet 1974 au 31 décembre 2017, date de sa mise à la retraite, et effectué des astreintes à raison d'une semaine sur deux, nuits, jours et week-end inclus, en alternance avec une collègue, Mme C ;
- ces astreintes ont été rémunérées à raison d'un barème fixé à 144 heures par mois alors qu'elle effectuait 236 heures d'astreinte par mois ;
- ses collègues dans d'autres EHAD situés à Castelnau et Soulac sont rémunérés au temps réel des astreintes effectuées ; une uniformisation en la matière devait avoir lieu entre ces établissements et l'EHPAD Fondation Roux ;
- elle est fondée à solliciter l'indemnisation de son préjudice, elle a subi un préjudice matériel de 4 400 euros sur la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2017.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 septembre 2021, 21 janvier et 17 février 2022, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Fondation Roux, représenté par Me Ripert, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que, d'une part, la requérante ne l'a pas saisi d'une demande indemnitaire préalable, et, d'autre part, ses conclusions ne sont pas chiffrées ;
- à titre subsidiaire, d'une part, la créance sollicitée par la requérante est prescrite pour la période antérieure au 1er janvier 2017 et, d'autre part, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 31 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mars 2022.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le tribunal a adressé le 8 mars 2023 à Mme B une demande de pièces pour compléter l'instruction. Ces pièces, réceptionnées le 14 mars 2023, ont été communiquées à l'EHPAD Fondation Roux le 16 mars suivant.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le tribunal a adressé le 8 mars 2023 à l'EHPAD Fondation Roux une demande de pièces pour compléter l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 2002-9 du 4 janvier 2002 ;
- le décret n° 2003-507 du 11 juin 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,
- et les conclusions de M. Dufour, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a occupé les fonctions d'adjoint des cadres hospitaliers au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Fondation Roux, situé à Vertheuil en Gironde, entre le 14 juillet 1974 au 31 décembre 2017, date de sa mise à la retraite. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner l'EHPAD Fondation Roux à lui verser la somme de 4 400 euros en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison d'heures d'astreinte supplémentaires impayées sur la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2017.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
4. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 15 mars 2021 intitulé " réclamation astreintes impayées " et produit en défense, Mme B a demandé au directeur de l'EHPAD Fondation Roux réparation du fait de l'absence de paiement de ses heures d'astreinte mensuelles effectuées au-delà de 144 heures. Le silence gardé par l'EHPAD sur cette demande a eu pour effet de faire naître en cours d'instance une décision implicite de rejet qui a lié le contentieux indemnitaire à l'égard de l'intéressée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point doit être écartée.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de sa requête, Mme B a chiffré les conclusions de sa requête, en sollicitant que l'EHPAD Fondation Roux soit condamné à lui verser la somme de 4 400 euros en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison d'heures d'astreinte supplémentaires impayées sur la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2017. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. Aux termes de l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les dispositions du présent titre s'appliquent aux personnes qui, régies par les dispositions du titre premier du statut général, ont été nommées dans un emploi permanent à temps complet ou à temps non complet dont la quotité de travail est au moins égale au mi-temps, et titularisées dans un grade de la hiérarchie des établissements ci-après énumérés : / 1° Etablissements publics de santé relevant du titre IV du livre Ier de la sixième partie du code de la santé publique ; / 2° Centre d'accueil et de soins hospitaliers mentionné à l'article L. 6147-2 du code de la santé publique ; / 3° Etablissements publics locaux accueillant des personnes âgées relevant du 6° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles, () ". Aux termes de l'article 20 du décret du 4 janvier 2002 relatif au temps de travail et à l'organisation du travail dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa rédaction applicable : " Une période d'astreinte s'entend comme une période pendant laquelle l'agent, qui n'est pas sur son lieu de travail et sans être à la disposition permanente et immédiate de son employeur, a l'obligation d'être en mesure d'intervenir pour effectuer un travail au service de l'établissement. La durée de chaque intervention, temps de trajet inclus, est considérée comme temps de travail effectif. () Le chef d'établissement établit, après avis du comité technique d'établissement ou comité technique, la liste des activités, des services et des catégories de personnels concernés par les astreintes, ainsi que le mode d'organisation retenu, compte tenu de l'évaluation des besoins, notamment du degré de réponse à l'urgence, des délais de route et de la périodicité des appels. () Les dispositions des articles 20 à 25 ne sont pas applicables aux astreintes auxquelles sont soumis, en raison de leurs fonctions, les personnels de direction ainsi que les cadres, désignés par le chef d'établissement, qui bénéficient soit d'une concession de logement pour nécessité absolue de service, soit d'une indemnité compensatrice définies par décret. ". Aux termes de l'article 21 de ce décret : " Les astreintes sont organisées en faisant prioritairement appel à des agents volontaires ". Aux termes de l'article 23 de ce décret : " Un même agent ne peut participer au fonctionnement du service d'astreinte que dans la limite d'un samedi, d'un dimanche et d'un jour férié par mois. La durée de l'astreinte ne peut excéder 72 heures pour quinze jours. () ". Aux termes de l'article 25 de ce décret : " Le temps passé en astreinte donne lieu soit à compensation horaire, soit à indemnisation. Les conditions de compensation ou d'indemnisation des astreintes sont fixées par décret. () ".
7. En cas de litige relatif à l'existence ou au nombre d'heures de travail ou d'astreinte accomplies, il appartient, en premier lieu, à l'agent d'étayer sa demande par la production d'éléments suffisamment précis quant aux horaires qu'il estime avoir réalisés ou pendant lesquels il devait être en mesure d'intervenir pour permettre à l'employeur de répondre en fournissant ses propres éléments de nature à justifier les horaires effectivement réalisés par l'agent ou pendant lesquels il devait effectivement être en mesure d'intervenir. Au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles.
8. Pour soutenir qu'elle a réalisé jusqu'à la date de sa mise à la retraite des astreintes à raison d'une semaine sur deux, nuits, jours et week-end inclus, lesquelles ont été payées sur la base d'un forfait mensuel de 144 heures au lieu des 236 heures effectivement réalisées, Mme B produit, d'une part, des plannings de permanences administratives à la maison de retraite allant du 2 février au 1er mars 2015, du 2 au 29 mars 2015, du 9 novembre au 6 décembre 2015 et du 7 décembre 2015 au 3 janvier 2016 dont il ressort que la requérante était de permanence du lundi au dimanche inclus, à raison de deux fois par mois, en alternance avec une collègue, Mme C. D'autre part, Mme B produit des attestations de collègues selon lesquels elle assurait tous les mois, en alternance avec une collègue, deux semaines d'astreinte, payées pour un total de 144 heures. Ces pièces sont suffisamment précises pour permettre à l'EHPAD Fondation Roux de répondre à l'argumentation de la requérante en fournissant tous éléments de nature à justifier le nombre d'heures d'astreintes effectivement réalisées par cette dernière.
9. L'EHPAD Fondation Roux se borne à répondre aux allégations de Mme B par des arguments d'ordre général en faisant valoir, d'une part, que le protocole d'astreintes de l'établissement, rédigé le 30 janvier 2017 prévoit que le paiement de l'indemnité est lissé sur l'année pour chaque professionnel d'astreinte et que les temps d'intervention et de trajet aller-retour sont compensés en temps d'égale durée récupérable dans les semaines suivants l'intervention, d'autre part qu'il n'a pas conservé les compteurs de temps d'astreinte et, enfin, que les pièces produites par la requérante concernent une période prescrite. Il ajoute que la requérante gérait son temps de travail en toute autonomie et connaissait le régime juridique des astreintes. Toutefois, s'il résulte du protocole d'astreintes qu'en principe, le temps passé en astreinte donne droit soit à une compensation horaire, soit à une indemnisation, l'EHPAD ne conteste pas que les heures d'astreinte supplémentaires effectuées par la requérante n'ont jamais été récupérées. Par ailleurs, si les plannings produits par la requérante concernent une période prescrite, pour laquelle Mme B ne sollicite au demeurant pas le paiement d'heures d'astreinte supplémentaires impayées, il résulte de la comparaison de l'ensemble des bulletins de paie produits par la requérante, portant sur les mois de novembre 2015, février 2016 et novembre 2017 que cette dernière a été rémunérée à hauteur d'environ 550 euros par mois au titre de ses astreintes, pour un total de 144 heures, ce qui corrobore ses allégations selon lesquelles le système des astreintes était identique chaque mois. Enfin, tandis que le tribunal a demandé à l'EHPAD de produire le planning des astreintes de l'intéressée sur l'ensemble de la période concernée, l'établissement n'a pas déféré à cette mesure d'instruction. Dans ces conditions, Mme B doit être regardée comme établissant avoir effectué, entre le 1er janvier et le 31 décembre 2017, des astreintes à raison d'une semaine sur deux, nuits, jours et week-end inclus, lesquelles lui ont été rémunérées à raison de 144 heures par mois.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander le paiement de ses heures d'astreinte supplémentaires effectuées du 1er janvier au 31 décembre 2017 au-delà de 144 heures par mois. Toutefois, les pièces versées au dossier ne permettent pas au tribunal de déterminer le montant exact de la somme due. Par suite, il y a lieu de renvoyer Mme B devant l'administration pour qu'il soit procédé à la liquidation de la somme qui lui est due au titre de son préjudice matériel.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'EHPAD Fondation Roux est condamné à verser à Mme B une indemnité au titre de son préjudice matériel, correspondant à la rémunération qu'elle aurait dû percevoir au titre de ses heures supplémentaires d'astreinte impayées, selon les modalités définies précédemment.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que réclame l'EHPAD Fondation Roux au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : L'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Fondation Roux versera à Mme B une indemnité correspondant aux heures d'astreinte supplémentaires que l'intéressée aurait dû percevoir selon les modalités définies au point 10 du présent jugement.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Fondation Roux au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Fondation Roux.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La rapporteure,
C. PASSERIEUX
Le président,
Ph. DELVOLVÉ
Le greffier,
A. PONTACQ
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2102365
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026