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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2102453

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2102453

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2102453
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU-5ème chambre
Avocat requérantPANFILI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 10 mars et 24 avril 2020 et le 16 février 2021, au greffe du tribunal administratif de Toulouse, M. A B, représenté par Me Jean-Marc Panfili, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 janvier 2020 par laquelle la ministre des armées a refusé la révision de sa pension de retraite prenant en compte une surcote ;

2°) d'enjoindre à la ministre des armées de réviser sa pension de retraite en prenant en compte la surcote et lui verser la pension recalculée avec effet rétroactif à la date de cessation de ses fonctions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 55 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les dispositions de l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale, les articles 13 et 16 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat et les articles 1, 2 et 3 du décret du 12 juillet 2005.

Par deux mémoire en défense, enregistrés les 3 février 2020 et le 23 mars 2021, le ministre des armées conclut à l'incompétence territoriale du tribunal administratif de Toulouse, à l'appel en cause de la caisse des dépôts et consignations et au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 avril 2021, le dossier de la requête de M. B a été transmis au tribunal administratif de Bordeaux.

Par un mémoire, enregistré le 11 août 2021, la caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête de M. B.

Elle soutient que :

- elle a pris en compte dans le calcul de la pension de M. B les services qu'il a accomplis postérieurement à sa limite d'âge jusqu'à sa radiation des contrôles intervenue le 8 mai 2017 ;

- M. B ne totalisant que 150 trimestres de services liquidables, inférieur aux 158 trimestres nécessaires à l'obtention du pourcentage maximum de pension de 75% prévu à l'article 13 du décret du 5 octobre 2004, il ne remplit pas l'une des conditions pour prétendre à l'attribution du coefficient de majoration prévu au III de l'article 16 ;

- il ne peut prétendre aux avantages prévus par le décret n° 2005-785 du 12 juillet 2005 sur le départ anticipé à la retraite au titre des travaux insalubres dans le calcul de sa pension ;

- il appartenait à M. B de vérifier les informations qui lui ont été délivrées dans le cadre des simulations de pension éditées en 2012, 2016 et 2017.

Par un mémoire, enregistré le 16 aout 2021, M. B conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens.

Il soutient en outre que s'il appartient aux agents d'apprécier eux-mêmes compte tenu des services accomplis antérieurement, les avantages et inconvénients qu'ils peuvent retirer de leur demande de mise à la retraite, en revanche l'administration doit communiquer une évaluation exacte et éventuellement corriger les erreurs sauf à commettre une faute de nature à engager sa responsabilité.

Par un mémoire, enregistré le 17 septembre 2021, le ministre des armées maintient ses observations présentés dans son mémoire du 3 février 2021.

Par une ordonnance du 14 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 ;

- le décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 ;

- le décret n° 2004-1057 du 5 octobre 2004 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Chauvin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aurélie Chauvin, présidente-rapporteure,

- et les conclusions de Mme Mariane Champenois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 mars 2017, M. A B, né le 7 mai 1952, ouvrier d'Etat du ministère des armées, a été radié des contrôles et admis à faire valoir ses droits à la retraite le 8 mai 2017, à l'âge de soixante-cinq ans, après avoir prolongé son service au-delà de la limite d'âge. Le fonds spécial des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat lui a adressé le 7 janvier 2019 un brevet de pension accompagné d'un avis de situation. Le montant de la pension versée étant inférieur à celui annoncé dans les simulations qu'il avait effectuées avant son départ à la retraite, M. B a, le 20 février 2019, contesté le calcul de sa pension de retraite sollicitant le bénéfice d'une surcote. Il demande au tribunal d'annuler la décision du 17 janvier 2020 rejetant cette demande de révision de sa pension de retraite prenant en compte la surcote.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles l'administration s'est fondée. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait.

3. En deuxième lieu, M. B n'est pas fondé à invoquer les dispositions du décret du 12 juillet 2005 relatif au coefficient de majoration de la pension des ouvriers de l'Etat relevant du ministère de la défense bénéficiant d'un départ anticipé au titre des travaux insalubres dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un tel départ.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 13 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat : " I. -La durée des services et bonifications admissibles en liquidation s'exprime en trimestres. Le nombre de trimestres nécessaires pour obtenir le pourcentage maximum de la pension est fixé à cent soixante trimestres. / Ce pourcentage maximum est fixé à 75 % des émoluments de base déterminés à l'article 14. () II.- Le nombre de trimestres mentionnés au premier alinéa du I évolue dans les conditions définies aux II et III de l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite. ". Aux termes du III de l'article 16 du même décret devenu IV à compter du 1er janvier 2015 : " Lorsque la durée d'assurance est supérieure au nombre de trimestres nécessaires pour obtenir le pourcentage maximum mentionné à l'article 13 et que l'intéressé a atteint l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale, un coefficient de majoration s'applique au montant de la pension liquidée en application des articles 13 et 14. / Le nombre de trimestres pris en compte pour ce calcul est égal, à la date de liquidation de la pension, au nombre de trimestres d'assurance effectués après le 1er janvier 2004, au-delà de l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale et en sus du nombre de trimestres nécessaires pour obtenir le pourcentage maximum mentionné à l'article 13. / Sont pris en compte pour ce calcul les trimestres entiers cotisés. / Le coefficient de majoration est de 1,25 % par trimestre supplémentaire. ". Pour les agents nés, comme M. B, à compter du 1er janvier 1952, l'âge prévu au second alinéa de l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale est fixé par l'article D. 161-2-1-9 du même code à soixante ans et neuf mois.

5. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret du 5 octobre 2004 relatif à la limite d'âge du personnel relevant du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat : " Sous réserve des droits au recul des limites d'âge reconnus au titre des dispositions de la loi du 18 août 1936 concernant les mises à la retraite par ancienneté, la limite d'âge des personnels relevant du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat est fixée à soixante-sept ans. / Toutefois, pour le personnel ayant effectivement accompli dix-sept ans de services dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité, la limite d'âge est fixée à soixante-deux ans. " et selon les articles 2 et 3 du même décret, cette limite d'âge était abaissée, en ce qui concerne le personnel ayant été exposé comme M. B à des travaux insalubres, à cinquante-huit ans et six mois. Aux termes de l'article 7 du même décret : " Les services accomplis postérieurement à la limite d'âge sont pris en compte dans les conditions prévues par l'article 1er-1 de la loi du 13 septembre 1984 susvisée.". Aux termes de cet article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 modifiée relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public, dans sa version alors en vigueur et applicable aux ouvriers de l'Etat: " Sous réserve des droits au recul des limites d'âge reconnus au titre des dispositions de la loi du 18 août 1936 concernant les mises à la retraite par ancienneté, les fonctionnaires dont la durée des services liquidables est inférieure à celle définie à l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite peuvent, lorsqu'ils atteignent les limites d'âge applicables aux corps auxquels ils appartiennent, sur leur demande, sous réserve de l'intérêt du service et de leur aptitude physique, être maintenus en activité. / La prolongation d'activité prévue à l'alinéa précédent ne peut avoir pour effet de maintenir le fonctionnaire concerné en activité au-delà de la durée des services liquidables prévue à l'article L. 13 du même code ni au-delà d'une durée de dix trimestres. / Cette prolongation d'activité est prise en compte au titre de la constitution et de la liquidation du droit à pension. ".

6. Il est constant que M. B, parent de trois enfants au moment où il atteignait sa cinquantième année, a pu prétendre au recul de la limite d'âge pour une année jusqu'au 7 novembre 2011. A cette date, il totalisait une durée de services liquidables inférieure à la durée nécessaire pour bénéficier d'une pension à taux plein, raison pour laquelle il a pu légalement bénéficier d'une prolongation d'activité de dix trimestres jusqu'au 7 mai 2014. Par un arrêté du 17 janvier 2014, il a également été autorisé à prolonger son activité pour trois années supplémentaires à compter du 8 mai 2014 jusqu'au 7 mai 2017, date à laquelle l'intéressé a atteint l'âge de soixante-cinq ans. Il a bénéficié pendant cette période de mesures dérogatoires prévues par une note du 5 aout 2013 portant règlement de la question des ouvriers de l'Etat en dépassement de la limite d'âge des travaux insalubres. Il résulte de l'instruction que la caisse des dépôts et consignations a pris en compte dans le calcul de sa pension, les services qu'il avait accomplis postérieurement à sa limite d'âge, y compris ceux réalisés au-delà des dix trimestres de prolongation d'activité dont il a bénéficié en application de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984, jusqu'à sa radiation des cadres intervenue le 8 mai 2017, mais n'a pas appliqué le coefficient de majoration dit surcote prévu à l'article 16 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat cité au point 2.

7. L'article 1-1 introduit dans la loi du 13 septembre 1984 permet aux fonctionnaires ayant atteint la limite d'âge mais dont la durée des services liquidables est inférieure à celle prévue à l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite, ce qui ne leur permet pas de bénéficier d'une pension à taux plein, de demander à être maintenus en activité. Si le maintien en activité d'un fonctionnaire dont la durée de services est supérieure ou égale à celle prévue à l'article L. 13 est illégal et ne permet pas à ce fonctionnaire d'acquérir de nouveaux droits à pension postérieurement à la limite d'âge, il ne constitue toutefois pas un acte inexistant.

8. Si M. B a été autorisé à prolonger son activité, une première fois au titre des dispositions de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984, jusqu'au 7 mai 2014, au-delà de la limite d'âge applicable à sa situation de cinquante-huit ans et six mois, puis pour trois années supplémentaires jusqu'au 7 mai 2017, les dispositions précitées de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 faisaient obstacle à ce que la seconde prolongation dont il a bénéficié par arrêté du 17 janvier 2014, à compter du 7 mai 2014, soit au-delà de la durée des services liquidables prévue à l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite et des dix trimestres prévus par ces dispositions, lui permette d'acquérir de nouveaux droits à pension postérieurement à cette date. Toutefois, il n'est pas contesté que M. B né le 7 mai 1952, comptabilisait à la date de sa radiation des cadres une durée totale de services de 197 trimestres tous régimes confondus, soit une durée supérieure à celle requise, dont plusieurs trimestres après le 1er janvier 2004, et, au-delà de l'âge mentionné à l'article L. 161-17-1 du code de la sécurité sociale, de soixante ans et neuf mois qu'il a atteint le 7 février 2013. Il pouvait ainsi prétendre au coefficient de majoration prévu par les dispositions du III de l'article 16 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat. La circonstance que M. B ait bénéficié d'un dépassement de la limite d'âge au-delà des possibilités de prolongation prévues par la réglementation ne faisait pas obstacle à ce qu'il bénéficie de cette surcote pour les services effectués jusqu'au 7 mai 2014, date à laquelle son maintien en activité est devenu illégal. Il suit de là que le requérant est fondé à demander la prise en compte des trimestres cotisés entre la date à laquelle il a atteint l'âge requis par l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale, le 7 février 2013, et le 7 mai 2014, date de la fin de prolongation légale de son activité, soit cinq trimestres correspondant à un coefficient de majoration de 6,25%.

9. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des simulations de pension éditées à sa demande qui n'avaient qu'une valeur informative et ne sont pas créatrices de droit ainsi qu'il est d'ailleurs précisé en bas de page.

10. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de son brevet de pension en tant qu'il ne prend pas en compte le coefficient de majoration au titre des cinq trimestres accomplis jusqu'à la fin de la prolongation légale de son activité, et à demander l'annulation de la décision du 17 janvier 2020 par laquelle la ministre des armées a refusé, dans cette mesure, la révision de sa pension de retraite.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement implique nécessairement la révision du montant de la pension de M. B. Il y a lieu d'enjoindre au ministre des armées de procéder à la rectification de son titre de pension afin d'intégrer dans la liquidation de sa pension le coefficient de majoration de 6,25% correspondant à cinq trimestres, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais d'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 17 janvier 2020 par laquelle la ministre des armées a rejeté la demande de M. B tendant à la révision de sa pension de retraite prenant en compte un coefficient de majoration est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de procéder à la rectification du titre de pension de M. B afin d'intégrer la prise en compte d'un coefficient de majoration de 6,25% correspondant à cinq trimestres, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. B, à la caisse des dépôts et consignations et au ministre des armées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La présidente désignée,

A. ChauvinLa greffière,

A. Jameau

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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