jeudi 29 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2102558 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | GUETTA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mai 2021 et le 7 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Guetta, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ;
2°) à titre subsidiaire, outre la décharge des pénalités qui lui ont été infligées pour manquement délibéré, de réduire le bénéfice de l'exercice 2015 et de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu afférent ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été privé de la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire pendant la vérification de sa comptabilité ;
- l'administration ne pouvait légalement modifier la date de son exercice comptable de l'année 2015 fixée au 31 août 2015 et intégrer à son résultat celui de la période comprise entre le 1er septembre et le 31 décembre 2015 ;
- l'administration a refusé la déduction de son résultat de l'exercice de l'année 2015 de la somme de 45 628 euros correspondant au rappel de cotisations sociales qu'il a dû acquitter en méconnaissance de l'article 38-2 du code général des impôts ;
- les pénalités pour manquement délibéré infligées au titre de l'année 2015 en application de l'article 1729-a du code général des impôts ne sont pas justifiées.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wohlschlegel, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A exerce une activité d'artisan peintre et vitrier. Il a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle l'administration a notamment rehaussé le chiffre d'affaires des années 2014 et 2015 et réintégré au résultat imposable de ces années des sommes correspondant à des charges non justifiées. Des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu ont été mis en recouvrement le 15 septembre 2017 et le 31 octobre 2017 pour un montant total de 430 628 euros. M. A a présenté une première réclamation préalable qui a conduit l'administration à lui accorder, le 9 août 2018, le dégrèvement total de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu qui lui avait été réclamée à hauteur de 14 775 euros au titre de l'année 2013, et un dégrèvement partiel à hauteur de 81 420 euros et de 40 387 euros des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015. Il demande au tribunal, à titre principal, de prononcer la décharge de la totalité des impositions qui lui demeurent réclamées et à titre subsidiaire, outre la décharge des majorations pour manquement délibéré, de réduire son résultat de l'exercice 2015 et de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu afférent.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. () ". Ces dispositions ont pour conséquence que toute vérification de comptabilité doit, en principe, se dérouler dans les locaux de l'entreprise vérifiée, en présence de personnes habilitées à la représenter.
3. Il résulte de l'instruction que la vérification de la comptabilité de M. A a été engagée par un avis du 25 octobre 2016 prévoyant que la première intervention se tiendrait le 17 novembre 2016. Ce courrier est revenu revêtu de la mention " pli avisé et non réclamé ". Par un second courrier du 24 novembre 2016, une nouvelle date d'intervention a été fixée au 1er décembre 2016, dont le requérant a demandé le report au 7 ou au 9 décembre suivant. Cette intervention s'est tenue le 7 décembre dans les locaux de l'entreprise. Une réunion de synthèse s'est ensuite tenue le 15 mars 2017 dans les locaux de l'administration. Ces deux réunions se sont déroulées en présence du comptable mandaté par le requérant pour le représenter durant les opérations de contrôle fiscal. Aucun élément ne démontre l'existence d'autres interventions du service en dehors des locaux de l'entreprise dans l'intervalle. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas été mis en mesure de bénéficier d'un débat oral et contradictoire, et aurait été privé de la garantie prévue par les dispositions précitées doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la déduction du résultat de l'exercice 2015 de la somme de 45 628 euros :
4. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () ". Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire de ses bénéfices imposables des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées par elle qu'ultérieurement, à la condition qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances de fait constatées à la date de clôture de l'exercice, et qu'elles soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante.
5. M. A n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que la régularisation de ses cotisations sociales personnelles au regard du résultat définitif de son exercice de l'année 2015 serait probable à hauteur de la somme de 45 628 euros qu'il a constituée à titre de provision. Celle-ci ne répondant pas aux conditions de précision prévues par les dispositions précitées du 5° de l'article 39 du code général des impôts, c'est à bon droit que l'administration en a décidé la réintégration dans le résultat de l'exercice concerné.
En ce qui concerne la déduction du bénéfice de la période comprise entre le 1er septembre et le 31 décembre 2015 :
6. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année. ". Aux termes de l'article 13 du même code : " () 3. Le bénéfice ou revenu net de chacune des catégories de revenus visées au 2 est déterminé distinctement suivant les règles propres à chacune d'elles. () ". L'article 37 de ce code précise que : " Si l'exercice clos au cours de l'année de l'imposition s'étend sur une période de plus ou de moins de douze mois, l'impôt est néanmoins établi d'après les résultats dudit exercice. () ". Aux termes de l'article 287 de ce code : " 1. Tout redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est tenu de remettre au service des impôts dont il dépend et dans le délai fixé par arrêté une déclaration conforme au modèle prescrit par l'administration. 2. Les redevables soumis au régime réel normal d'imposition déposent mensuellement la déclaration visée au 1 indiquant, d'une part, le montant total des opérations réalisées, d'autre part, le détail des opérations taxables. La taxe exigible est acquittée tous les mois. () ".
7. Il résulte de l'instruction que bien que M. A ait décidé, à compter de l'année 2015, de clôturer ses exercices à la date du 31 août et non plus à la date du 31 décembre, l'administration lui a imposé de déposer une déclaration de résultat modificative couvrant toute l'année civile 2015 au motif que son bénéfice de l'ensemble de l'année 2015 devait être pris en compte pour l'établissement de l'impôt sur le revenu de l'année correspondante. Or, il résulte des dispositions précitées que l'impôt sur les revenus perçus par M. A au titre de l'année 2015 devait être liquidé sur la base du seul bénéfice se rattachant à l'exercice clos le 31 août 2015, et que le bénéfice correspondant à la période comprise entre le 1er septembre et le 31 décembre 2015, qui se rattache à l'exercice devant être clos le 31 août 2016, ne pouvait être pris en compte qu'au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2016. En revanche, il résulte des dispositions précitées de l'article 287 du code général des impôts que la date de la clôture d'un exercice est sans incidence sur la taxe sur la valeur ajoutée, qui doit, dans le cas de M. A, être acquittée mensuellement. Il s'ensuit que M. A est seulement fondé à solliciter la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et des pénalités résultant de la réintégration dans ses revenus de l'année 2015 du bénéfice réalisé sur la période comprise entre le 1er septembre et le 31 décembre 2015.
Sur les pénalités :
8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". En outre, aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ".
9. Si M. A soutient que les insuffisances déclaratives qui lui sont reprochées ne concernent que l'année 2014, que le rehaussement d'impôt sur le revenu qui lui a été notifié au titre de l'année 2015 résulte de la modification de la durée de l'exercice 2015 qui lui a été imposée par l'administration, qu'il a bénéficié d'un dégrèvement de 28 125 euros en droits au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2015, et qu'il s'est spontanément acquitté, avant l'engagement des opérations de vérification, du reversement de la taxe sur la valeur ajoutée dont il était redevable au titre de la période comprise entre le 1er janvier et le 31 décembre 2015, l'administration fait cependant valoir, en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée de la période concernée, que les montants des recettes de M. A, qui utilisait à cette fin un second compte bancaire, ont été sciemment minorés. Il résulte par ailleurs de l'instruction, en ce qui concerne l'impôt sur le revenu de l'année 2015, que même en excluant le bénéfice de la période comprise entre le 1er septembre et le 31 décembre 2015, l'écart constaté entre le bénéfice déclaré et le bénéfice contrôlé, demeure très important. Eu égard enfin au caractère répétitif des omissions déclaratives reprochées à M. A, qui ne pouvait ignorer les obligations déclaratives auxquelles il était tenu dès lors qu'il exerce une profession commerciale depuis 1989, l'administration fiscale était fondée à estimer qu'il avait sciemment cherché à éluder les impositions dont il était redevable et à lui infliger des pénalités pour manquement délibéré au titre de toutes les impositions supplémentaires réclamées pour l'année 2015.
Sur les frais liés au litige :
10. L'Etat n'étant pas la partie perdante pour l'essentiel, il n'y a pas lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à sa charge la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : M. A est déchargé de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et des pénalités résultant de la réintégration dans ses revenus de l'année 2015 du bénéfice réalisé sur la période comprise entre le 1er septembre et le 31 décembre 2015.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme D et Mme C, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.
La rapporteure,
E. D
Le président,
D. FERRARI La greffière,
C. POTTIER
La République mande et ordonne au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2102558
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026