jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2102721 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP VEYSSIERE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête un mémoire, enregistrés le 2 juin 2021 et le 11 janvier 2022, M. C A, représenté par Me Veyssière, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des impôts sur les plus-value de cessions immobilière en droits et intérêts de retard qui lui ont été notifiés par avis de mise en recouvrement du 30 octobre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- la procédure suivie par l'administration fiscale n'est pas conforme à la réglementation applicable : premièrement, elle n'a pas procédé à l'estimation immobilière en procédant par comparaison en dépit de la jurisprudence constante de la Cour de Cassation, deuxièmement, elle a méconnu l'article 150 VA du code général des impôts en ne se fondant pas sur le tarif de cession qui figurait dans l'acte notarié et troisièmement, elle a méconnu les droits de la défense en ne lui permettant pas de faire valoir dans les formes de la comparaison prescrite les droits immobiliers qu'il détenait ;
- l'estimation de la valeur des parts de la société Sogbar est mal fondée dès lors que l'administration fiscale n'a pas suivi l'avis pris à l'unanimité de la commission de conciliation qui est notamment composée de représentants de l'administration fiscale et elle n'a pas justifié le montant retenu.
Par des mémoires en défense enregistrés le 21 décembre 2021 et le 7 mars 2023 l'administrateur général, en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscale Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre les droits d'enregistrement qui figurent dans l'avis de recouvrement du 30 octobre 2020 ne sont pas recevables, dès lors qu'en vertu de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales, ces taxes doivent être contestées devant le juge judiciaire et non le juge administratif ;
- les autres moyens soulevés par M. C A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,
- et les observations de Me Veyssière représentant M. C A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, a reçu de ses parents, comme son frère Patrick, par un acte de donation-partage du 24 novembre 2015, un quart en pleine propriété des biens et droits immobiliers d'un immeuble situé à Bordeaux pour 47 500 euros et 100 parts de la société Sobgar, société à responsabilité limitée (SARL) familiale constituée en 1990 et qui exploite un supermarché. Par deux actes notariés du même jour, d'une part, C A a procédé à un échange avec sa sœur Brigitte, il lui a cédé ses droits de propriété dans l'immeuble de Bordeaux et elle lui a cédé 75 parts de la SARL Sobgar qui lui appartenaient depuis 1999 et d'autre part, son frère Patrick a procédé à un échange similaire avec leur sœur Marie-Hélène. A la suite de l'acte de donation-partage et de ces deux actes d'échange, la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest a informé M. C A par une proposition de rectification du 26 septembre 2018, de son intention de procéder, sur le fondement de l'article L. 17 du livre des procédures fiscales et en application de la procédure contradictoire de l'article L. 55, à une réévaluation de la valeur des parts sociales de la société ayant pour effet, d'une part, de réévaluer les droits d'enregistrement de l'acte de donation-partage et, d'autre part, d'imposer les plus-values de cession immobilière des deux échanges. Elle a fait de même pour son frère. M. C A a demandé le 26 octobre 2018 la saisine de la commission départementale de conciliation. A la suite de l'avis rendu par celle-ci, la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest a établi une nouvelle proposition de rectification visant M. C A, datée du 27 juillet 2020 par laquelle elle a fixé la part sociale de la société Sobgar à 1 905,63 euros et recalculé du fait de ce nouveau montant le montant dû au titre des plus-values immobilières. Par des avis de mise en recouvrement du 30 octobre 2020, elle a mis à sa charge les sommes suivantes : 18 130 euros au titre de l'impôt sur les plus-values immobilières, 14 790 euros de contributions sociales, 1 908 euros de taxe sur les plus-values immobilières élevées et 4 109 euros d'intérêts de retard. M. C A a formulé une réclamation contentieuse le 18 novembre 2020, rejetée par décision implicite six mois après réception. Par la présente requête, M. C A demande la décharge totale de l'imposition qui lui a été faite au titre des plus-value de cession immobilières et la taxe sur les plus-values élevées, en droits et intérêts de retard.
Sur l'étendue du litige :
2. Ainsi que le fait valoir la direction spécialisée du contrôle fiscal Sud-Ouest dans le mémoire en défense enregistré le 21 décembre 2021, conformément aux dispositions de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales, les recours relatifs aux droits d'enregistrements sont du ressort du juge judiciaire. Par suite, le présent litige concerne exclusivement les sommes relatives aux plus-values immobilières, en droits et intérêts de retard, figurant dans l'avis de mise en recouvrement du 30 octobre 2020 pour un montant total 38 937 euros.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la procédure d'imposition :
3. Aux termes de l'article 17 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne les droits d'enregistrement et la taxe de publicité foncière ou la taxe sur la valeur ajoutée lorsqu'elle est due au lieu et place de ces droits ou taxe, l'administration des impôts peut rectifier le prix ou l'évaluation d'un bien ayant servi de base à la perception d'une imposition lorsque ce prix ou cette évaluation paraît inférieur à la valeur vénale réelle des biens transmis ou désignés dans les actes ou déclarations./ La rectification correspondante est effectuée suivant la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55, l'administration étant tenue d'apporter la preuve de l'insuffisance des prix exprimés et des évaluations fournies dans les actes ou déclarations. ". Aux termes de l'article 55 du même livre : " () lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. ".
4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'acte de donation-partage entre les parents A et leurs deux fils, l'administration fiscale, a sur le fondement de l'article L. 17 des procédures fiscales précité et en appliquant la procédure de rectification contradictoire de l'article L. 55 du même livre, fait part de son intention de modifier le montant de la valeur unitaire de la part de la société Sobgar. M. C A soutient qu'en procédant ainsi, il n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a appliqué la procédure de rectification contradictoire de l'article L. 55 précité, qu'elle lui a envoyé une première proposition de rectification le 26 septembre 2018, à laquelle il a répondu, que la commission départementale de conciliation a été saisie à sa demande et qu'une deuxième proposition de rectification a été établie, datée du 27 juillet 2020, réévaluant le montant de la part sociale, proposition à laquelle il a également répondu. Dans ces conditions, M. C A a pu faire valoir ses observations tout au long de la procédure et le principe du contradictoire a bien été respecté. Par suite, le moyen tenant à ce que les droits de la défense n'auraient pas été respectés en ce qu'il n'aurait pas été mis à même de faire valoir la valeur de ses droits immobiliers, est écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
S'agissant de la méthode utilisée :
5. Article 1702 du code civil : " L'échange est un contrat par lequel les parties se donnent respectivement une chose pour une autre. ".
6. Aux termes de l'article 150V du code général des impôts : " La plus ou moins-value brute réalisée lors de la cession de biens ou droits mentionnés aux articles 150 U à 150 UC est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition par le cédant. ". Aux termes de l'article 150 VA du code général des impôts : " I. - Le prix de cession à retenir est le prix réel tel qu'il est stipulé dans l'acte. Lorsqu'une dissimulation de prix est établie, le prix porté dans l'acte doit être majoré du montant de cette dissimulation. (). ". Aux termes de l'article 150 VB du même code : " I. - Le prix d'acquisition est le prix effectivement acquitté par le cédant, tel qu'il a été stipulé dans l'acte. Lorsqu'une dissimulation du prix est établie, le prix porté dans l'acte doit être majoré du montant de cette dissimulation. En cas d'acquisition à titre gratuit, le prix d'acquisition s'entend de la valeur retenue pour la détermination des droits de mutation à titre gratuit. () ".
7. L'administration qui constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits ou taxes dues en vertu du code général des impôts et qui entend effectuer un redressement doit faire connaître au redevable la nature et les motifs du redressement envisagé.
8. Il résulte de l'instruction que l'imposition sur les plus-values immobilières de M. C A découle d'un raisonnement en deux étapes. Premièrement, l'administration fiscale a, sur le fondement de l'article L. 17 du livre des procédures fiscales précité, procédé à la réévaluation de la valeur des parts sociales de la SARL Sobgar et, deuxièmement, elle a tiré les conséquences de cette nouvelle valeur de la part sociale de la société sur l'échange entre C et Brigitte A. Il est constant que l'échange est fiscalement considéré comme une double vente. Tout d'abord, le requérant soutient que l'administration fiscale a méconnu la réglementation en vigueur et se prévaut de la jurisprudence de la Cour de Cassation pour soutenir que l'administration fiscale, dès lors qu'elle avait réévalué les parts sociales, aurait dû produire des termes de comparaison pour réévaluer les droits des biens immobiliers. Toutefois, contrairement à ce qu'il affirme, la plus-value immobilière n'est pas fondée sur l'article L. 17 du livre des procédures fiscales mais découle des conséquences de cette nouvelle valeur sur l'échange réalisé. Par ailleurs, il ne résulte pas des dispositions précitées qu'ayant procédé à la réévaluation des parts de la société l'administration aurait dû également réévaluer la valeur des droits immobiliers. Ensuite, contrairement à ce que soutient le requérant, l'administration fiscale, ayant procédé à la réévaluation des parts de la société, était en droit d'en tirer les conséquences sur les échanges réalisés. En outre, contrairement à ce qu'il indique, l'administration fiscale n'a pas procédé à une réévaluation de la valeur des droits immobiliers ni fixé sa valeur à l'identique de la nouvelle valeur des titres de la société mais n'a fait que constater que, Patrick A, recevant 75 parts de sa sœur estimées après avis de la commission à 142 922,25 euros en contrepartie de droits immobiliers d'une valeur de 47 500, réalisait mécaniquement une plus-value. Enfin, à supposer qu'il l'ait souhaité, M. C A avait la possibilité de faire valoir d'autres éléments sur la valorisation de ses droits immobiliers, ce qu'il n'a pas fait. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le directeur spécialisé du contrôle fiscal Sud-Ouest a pu constater une plus-value immobilière pour cet échange puis le taxer à ce titre.
S'agissant de l'avis de la commission départementale de conciliation :
9. Aux termes de l'article L. 59B du livre des procédures fiscales : " La commission départementale de conciliation intervient en cas d'insuffisance des prix ou évaluations ayant servi de base aux droits d'enregistrement ou à la taxe de publicité foncière dans les cas mentionnés au 2 de l'article 667 du code général des impôts ainsi qu'à l'impôt sur la fortune immobilière. "
10. Il résulte de l'instruction que M. C A a demandé la saisine de la commission départementale de conciliation le 26 octobre 2018, que celle-ci s'est réunie le 7 janvier 2020 et que l'avis de la commission de conciliation lui a été envoyé par courrier datés du 27 juillet 2020 l'informant que la commission avait retenu une valeur unitaire de la part de 1 902 euros. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement de l'avis de la commission versé au dossier que le détail du calcul n'était pas explicité et que l'administration fiscale a par une proposition de rectification datée du même jour retenu le montant de 1 905,63 euros, à partir d'une méthode de calcul détaillée et en s'approchant du montant de l'avis de la commission, faute d'avoir pu utiliser celui-ci en l'absence d'explicitation des modalités de calcul. Contrairement à ce qu'indique M. C A, dès lors que la commission rend un avis consultatif, l'administration fiscale n'était pas tenue de retenir un montant identique à celui indiqué par la commission. La circonstance que la commission est pour partie composée de représentants de l'administration fiscale est sans incidence et il ne peut sérieusement se prévaloir d'un principe d'unicité de l'administration fiscale. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de procédure ni d'erreur de droit que le directeur spécialisé du contrôle fiscal Sud-Ouest a pu fixer la part de la société à un montant de 1 905,63 euros approchant celui donné par l'avis de la commission de 1 902 euros et a fortiori justifié par une méthode de calcul détaillée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des impôts sur les plus-values immobilières en droits et intérêts de retard auxquels M. C A a été assujetti doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. C A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'administrateur général, en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme Stéphanie Fazi-Leblanc, première conseillère,
- Mme Jeanne Patard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.
La rapporteure,
S. B
Le président,
D. Ferrari
La greffière,
E. Souris
La République mande et ordonne au ministre des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026