Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2102807

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2102807
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge social

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2021, Mme A C demande au tribunal d'annuler la décision du 9 avril 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental de Lot-et-Garonne lui a refusé la remise de l'indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant restant dû de 11 166, 35 euros, pour la période du 1er février 2019 au 31 janvier 2021.

Elle soutient que :

- elle s'est trompée pour les années 2019 et 2020, n'ayant pas compris les versements qu'elle et sa fille recevaient ; ces versements ont fait suite à des évènements douloureux ; en avril 2017, elle a été avertie par les gendarmes du décès brutal du père de ses enfants ; elle se rétablissait alors d'un accident ; elle a également à sa charge deux filles, l'une autiste de 14 ans, l'autre, étudiante à l'université ; elle se trouvait dans un déni total ; elle a subi un burn-out en décembre 2019 ; elle sollicite la prise en compte de sa situation particulière expliquant son erreur ; elle se propose de rembourser la somme de 7 200 euros, soit les sommes perçues pour sa fille, au titre de la pension de réversion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le département de Lot-et-Garonne, représenté par la présidente du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme B a, au cours de l'audience publique, présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est allocataire du revenu de solidarité active (RSA) depuis le mois de février 2013. A la suite d'une régularisation de sa situation, ses droits au revenu de solidarité active ont été recalculés et ont généré un indu d'un montant initial total de 11 309, 35 euros, notifié par décision de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Lot-et-Garonne en date du 11 février 2021. A la suite du recours gracieux formé le 20 mars 2021 contre cette décision, le département de Lot-et-Garonne, par la décision du 9 avril 2021, dont la requérante demande au tribunal l'annulation, a refusé d'accorder à Mme C la remise de dette du revenu de solidarité active d'un montant restant dû de 11 166, 35 euros, portant sur la période du 1er février 2019 au 31 janvier 2021.

2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, ou ne faisant que partiellement droit à cette demande, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

4. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active dont le remboursement est réclamé à Mme C a pour origine la prise en compte de la pension de réversion, qu'elle et sa fille ont perçue en 2019 et 2020, et qu'elle s'est abstenue de mentionner dans les déclarations trimestrielles de ressources. La requérante ne conteste pas le bien-fondé de l'indu mais sollicite une remise gracieuse de l'indu au motif qu'elle a subi des évènements personnels et familiaux douloureux. Toutefois, elle n'apporte aucun élément de nature à établir l'impossibilité pour elle de rembourser l'indu mis à sa charge. La requérante ne conteste pas l'évaluation de ses revenus et charges, effectuée par le département, selon laquelle elle perçoit des ressources mensuelles de 1 279, 80 euros et doit acquitter un loyer résiduel de 110, 77 euros. Par suite, la requérante n'est pas fondée à solliciter une remise gracieuse de la somme réclamée. La requérante peut, si elle s'y croit fondée, présenter une demande d'échelonnement du remboursement de sa dette auprès du département de Lot-et-Garonne, ainsi que ce dernier le rappelle dans son mémoire en défense.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au département de Lot-et-Garonne et à la caisse d'allocations familiales de Lot-et-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La magistrate désignée,

B. B La greffière,

C. AHIN

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,