mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2102880 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CANTON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 juin, 15 décembre 2021 et 18 novembre 2022, le ministre des armées demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement, sur le fondement de la garantie décennale, les sociétés Arsène Henry-Triaud, Projet et Perspectives, Soler IDE, Assistance Service Construction (ASC) et Delta Construction à lui verser la somme de 1 015 774,02 euros en réparation des conséquences dommageables des désordres affectant le site Gironde de l'établissement de la direction générale de l'armement ;
2°) de mettre les dépens à la charge solidaire des sociétés Arsène Henry-Triaud, Projet et Perspectives, Soler IDE, ASC et Delta Construction.
Il soutient que :
- les désordres liés au désagrément thermique des bâtiments D17 et D18 sont de nature à rendre les immeubles impropres à leurs destinations ;
- les origines de ces désordres ont été identifiées par l'expert judiciaire ;
- ces désordres sont imputables à la société Arsène Henry-Triaud en charge de la conception architecturale du projet, à la société Delta Construction, mandataire du groupement qui a participé à la conception et la réalisation des bâtiments, et de la société Lignes Environnement et Bâtiment, bureau d'étude (BET) " haute qualité environnementale " (HQE) ;
- elle est fondée à rechercher la responsabilité solidaire des cotraitants titulaires du marché de conception, réalisation, aménagement, entretien et maintenance portant sur l'opération en cause, à savoir les sociétés Arsène Henry-Triaud, Projet et Perspectives, Soler IDE, ASC et Delta Construction, sur le fondement de la garantie décennale, en l'absence de convention conclue entre les membres du groupement de ce contrat et elle-même, déterminant les missions accomplies par chacun d'entre eux ;
- aucune faute ne peut lui être reprochée ;
- les mesures palliatives qu'elle a mises en œuvre pour surmonter les désordres en cause constituent un préjudice économique qui doit être évalué à la somme globale de 88 523,22 euros, correspondant à une expertise consécutive à la mise en demeure de l'inspection du travail, à la mise en place de stores intérieurs, à la mise en place de rideaux extérieurs et panneaux pare-soleil en grille sur la façade ouest du bâtiment D18, à la pose et dépose de rideaux effectuées par la société Sogéa Sud-Ouest Hydraulique ainsi qu'au forfait de travaux pour l'année 2020, à la constitution d'un dossier de référence, à une étude d'impact thermique pour l'amélioration du système de thermorégulation et à l'achat de ventilateurs ;
- les travaux de reprises doivent être évalués à la somme de 343 858,80 euros correspondant au calorifugeage des gaines de soufflage extérieures du bâtiment D18, à l'interversion des gaines d'extraction et de soufflage sur le bâtiment D18, à la protection sur plot et bâche de protection solaire, au remplacement de l'ensemble des centrales de traitement de l'air avec intégration d'une batterie froide et au remplacement des châssis avec mise en œuvre de menuiseries intégrant des ouvrants, conformément aux préconisations de l'expert judiciaire ;
- les frais liés à la recherche de solutions, tant palliatives que pérennes, doivent être évalués à la somme de 116 184 euros, correspondant aux études réalisées par la mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage, aux études réalisées par la maîtrise d'œuvre en matière de conception et d'exécution, aux réalisations liées à la coordination de la sécurité et de la protection de la santé et aux réalisations du bureau de contrôle ;
- les frais liés au suivi du dossier technique et financier dans le cadre des opérations d'expertise constituent un préjudice qui doit être évalué à la somme de 164 808 euros ;
- le préjudice d'exploitation de l'établissement de Saint-Médard-en-Jalles, lié à l'impossibilité des agents de se rendre sur le site ainsi qu'à son indisponibilité lors des opérations, l'expertise doit être évalué à la somme de 467 208 euros ; la situation des agents amenés à se rendre sur le site a été décrite par un rapport de l'inspection du travail du contrôle général des armées en date du 22 juillet 2013 ; dès lors que les investigations de l'expert ont porté sur les bâtiments d'un établissement spécialisé dans le domaine des essais au sol effectués sur des propulseurs de missiles et de fusée, le préjudice d'exploitation est nécessairement établi ;
- l'expertise sollicitée par la société Delta Construction, dont la mission porterait sur le préjudice d'exploitation qu'elle a subi, ne présente pas de caractère d'utilité.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 octobre 2021, les 11 février, 28 juillet, 3 novembre et 23 décembre 2022 et le 9 mars 2023, la société Delta Construction, représentée par la SCP Bayle-Joly, conclut :
1°) à ce que le montant de la condamnation sollicitée soit ramenée à de plus justes proportions ;
2°) à ce que les sociétés Arsène Henry-Triaud, Centre d'Etudes Techniques Aquitaine Bâtiment (CETAB), Soler IDE, Projet et Perspectives, ASC, Bobion et Joanin, Apave Sud Europe et Services Conseil Expertises Territoires soient condamnées à la garantir à hauteur de 85% des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre ;
3°) à ce que les conclusions dirigées à son encontre par les sociétés Apave Sud Europe et Bobion et Joanin sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient rejetées ;
4°) à titre subsidiaire, à ce que soit prescrite avant dire droit une expertise judiciaire portant sur le préjudice d'exploitation dont se prévaut le ministre des armées, à ce que le montant de la condamnation sollicitée soit ramenée à de plus justes proportions, à ce que les sociétés Arsène Henry- Triaud, CETAB, Soler IDE, Projet et Perspectives, ASC, Bobion et Joanin, Apave Sud Europe, et Services Conseil Expertises Territoires soient condamnées à la garantir à hauteur de 85% des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre et à ce que les conclusions dirigées à son encontre par les sociétés Apave Sud Europe et Bobion et Joanin sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient rejetées.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour connaître des conclusions dirigées contre la société Bobion et Joanin ;
- compte tenu du partage de responsabilité opéré par l'expert judiciaire et malgré sa qualité de mandataire solidaire du groupement titulaire du contrat en litige, sa part de responsabilité doit être limitée à 15% ;
- elle est fondée à solliciter la mise en cause des sociétés qui ont contribué à la survenance des désordres ;
- le ministre des armées n'est pas fondé à solliciter, au titre des travaux de reprise, une indemnisation excédant le montant de ceux préconisés par l'expert judiciaire ;
- le ministre des armées n'est pas fondé à solliciter, au titre des mesures conservatoires, une indemnisation excédant le montant de celles préconisées par l'expert judiciaire ;
- les préjudices qu'estime avoir subis le ministre des armées et qui n'ont pas été retenus par l'expert judiciaire ne sont pas établis et leur montant n'est pas justifié ;
- si le tribunal estimait que le préjudice d'exploitation subi par le ministre des armées est établi, il y aurait lieu de prescrire une expertise portant sur l'évaluation de ce préjudice.
Par des mémoires en défense enregistrés les 28 juin et 19 décembre 2022, et les 8, 14 et 16 mars 2023, la société Soler IDE, représentée par Me Canton, conclut :
1°) à ce que soit enjoint au département de la Gironde de produire les attestations d'assurance de la société d'économie mixte (SEM) Gironde Développement à partir de la réalisation des travaux, dans un délai de huit jours et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) à sa mise hors de cause ;
3°) à titre subsidiaire, à ce que les sociétés Arsène Henry-Triaud, ASC, Bobion et Joanin, Apave Sud Europe, CETAB, ainsi que le BET C TECH et la SEM Gironde Développement soient condamnés à la garantir des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre ;
4°) à ce que les dépens ainsi qu'une somme de 8 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient mises à la charge des sociétés Arsène Henry-Triaud, ASC, Bobion et Joanin, Apave Sud Europe, CETAB, du BET C TECH et de la SEM Gironde Développement.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour connaître des conclusions dirigées contre la société Bobion et Joanin dès lors qu'elle n'est pas liée par un contrat à cette société qui a participé à un marché de travaux publics ;
- son intervention à l'opération en tant que BET HQE portait exclusivement sur la simulation des conditions thermiques sur la base des données qui lui sont communiquées et la proposition d'ajustements nécessaires ;
- elle a préconisé des protections solaires et a rappelé que les installations devaient correspondre aux débits de ventilation nocturne qu'elle a préconisés et que la gestion technique du bâtiment soit bien configurée pour que le système de ventilation fonctionne selon une configuration particulière en mode " été " ;
- le partage des responsabilités opérées par l'expert judiciaire est défaillant ;
- il n'est pas établi que l'expertise consécutive à la mise en demeure de l'inspection du travail est en lien avec les désordres en cause;
- les frais liés à la mise en place de stores intérieurs, qui avaient été préconisés par ses soins, doivent rester à la charge du maître d'ouvrage ;
- les frais liés à la mise en place de rideaux extérieurs et panneaux pare-soleil en grille sur la façade ouest du bâtiment D18 qui avaient été préconisés par ses soins, doivent rester à la charge du maître d'ouvrage ;
- le lien entre les désordres en cause et la pose et dépose de rideaux effectués par la société Sogea Sud-Ouest Hydraulique ainsi qu'entre ces désordres et le forfait de travaux pour l'année 2020 n'est pas établi ;
- le lien entre les désordres en cause et la constitution d'un dossier de référence n'est pas établi ;
- l'étude d'impact thermique réalisée pour l'amélioration du système de thermorégulation se confond avec la mission de maîtrise d'œuvre et de conception que l'expert judiciaire a estimé nécessaire à la réalisation des travaux de reprise ;
- les frais liés à l'achat de ventilateurs ne sont pas établis ;
- les frais liés au calorifugeage des gaines de soufflage extérieures au bâtiment D18 et l'interversion des gaines d'extraction et de soufflage sur ce même bâtiment sont imputables à un défaut d'exécution commis par la société Bobion et Joanin ;
- le lien entre les frais liés à la protection sur plot et bâche de protection solaire et les désordres en litige n'est pas établi ;
- les frais liés au remplacement de l'ensemble des centrales de traitement de l'air avec intégration d'une batterie froide sont imputables au BET Fluides C TECH et à la société Bobion et Joanin ;
- le remplacement des châssis avec mise en œuvre de menuiseries intégrant des ouvrants, qui a été proposé par l'expert judiciaire comme une option, constitue une amélioration de l'ouvrage ;
- les études réalisées par la mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage ne sont pas nécessaires pour procéder aux travaux de remplacement des centrales de traitement de l'air ;
- le ministre des armées n'est pas fondé à demander une indemnisation au titre de la rémunération de l'agent qui a suivi le dossier puisque celui-ci ne constitue pas un surcoût pour la personne publique ;
- la perte d'exploitation qu'estime avoir subi le ministre des armées n'est pas établie ;
- les désordres sont imputables à la société Delta Construction ou au maître d'ouvrage qui a refusé de suivre ses préconisations tendant à la pose de protection solaire ; le niveau de température est dû à un défaut de conception général des bâtiments imputable à la société Arsène Henry-Triaud et aux défauts d'exécutions de la société Bobion et Joanin ; l'impossibilité de procéder au rafraichissement des locaux est dû à un vice de conception imputable au BET C TECH et aux défauts de mise en œuvre et de programmation imputables à la société Bobion et Joanin ; l'inefficacité générale des système de thermorégulation est imputable à la SEM Gironde Développement, assistant à maîtrise d'ouvrage et à la société CETAB, maître d'ouvrage délégué, qui ont manqué à leur devoir de conseil, et à la société Apave Sud Europe, contrôleur technique qui n'a pas signalé les défaillances constatées ;
- compte tenu de ces fautes et de leur participation aux travaux en cause, elle est fondée à demander que ces sociétés la relèvent et la garantissent des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre.
Par des mémoires en défense enregistrés les 17 novembre 2022 et 20 mars 2023, la société Apave Sud Europe, représentée par la SELARL Berthiaud et associés, conclut :
1°) à sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le montant de la condamnation sollicitée soit ramenée à de plus justes proportions ;
3°) à ce que la condamnation ne soit pas prononcée solidairement et à ce que sa part de responsabilité soit limitée à 2%
4°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que les sociétés Arsène Henry-Triaud, BET C TECH, CETAB, Soler IDE et Delta Construction soient condamnées à la garantir à hauteur de 98% des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre ;
5°) à ce que les dépens ainsi qu'une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient mis à la charge des sociétés Soler IDE et Delta Construction.
Elle soutient que :
- les conclusions en garantie dirigées à son encontre par les sociétés Soler IDE et Delta Construction sont dénuées de fondement ;
- la société Soler IDE n'établit pas l'existence d'une faute qu'elle aurait commise ;
- aucune faute ne peut lui être reprochée dès lors que, si elle est intervenue dans les opérations de travaux en litige, notamment au titre des missions " TH " et " F " qui lui ont été confiées, elle a fait état d'un avis défavorable relatif aux caractéristiques des matériaux de la note de calcul thermique et elle a émis un avis suspendu sur le fonctionnement des installations lors des essais réalisés sur site avec la société Bobion et Joanin puis, à la suite de la transmission d'autres documents, un avis favorable ; au terme de ses investigations, l'expert judiciaire, qui n'a fait état d'aucune violation des dispositions réglementaires relevant de référentiels par rapport auxquels le contrôle technique de l'opération s'effectuait n'a relevé aucune faute qui pourrait lui être reprochée ;
- elle formule les mêmes arguments que les autres défendeurs en ce qui concerne les prétentions indemnitaires du ministre des armées ;
- les dispositions de l'article L. 125-2 du code de la construction et de l'habitation font obstacle que la condamnation prononcée à son encontre présente un caractère solidaire ;
- si le tribunal entend prononcer une condamnation solidaire à son encontre, elle est fondée à demander que les sociétés Arsène Henry-Triaud, BET C TECH, CETAB, Soler IDE et Delta Construction la relèvent et la garantissent des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2023, la société Bobion et Joanin, représentée par Me Bertin, conclut :
1°) à sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le montant de l'indemnité sollicitée par le ministre des armées soit ramené à de plus justes proportions ;
3°) à ce que les sociétés Arsène Henry-Triaud, CETAB, Soler IDE et Delta Construction soient condamnées à la garantir des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre ;
4°) à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de toute partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- dès lors qu'elle est intervenue en qualité de sous-traitante du groupement titulaire du contrat en litige en vertu d'un contrat de droit privé, la juridiction administrative est incompétente pour connaître des conclusions dirigées contre elle par les membres de ce groupement ;
- l'expert judiciaire n'a pas retenu que sa responsabilité pouvait être recherchée ; en particulier, il a relevé que les désordres en cause sont dus à la défaillance de l'enveloppe thermique du bâtiment et non à d'éventuels dysfonctionnements des installations de ventilation double flux liés aux mauvais dimensionnement et paramétrages des centrales de traitement de l'air ;
- toute demande excédant le montant des préjudices déterminé par l'expert doit être rejetée ;
- les travaux de remplacement des châssis avec mise en œuvre de menuiseries intégrant des ouvrants constituent une option qui n'est pas nécessaire à la reprise des travaux à l'origine des désordres et ne présente pas de lien avec eux ;
- le préjudice d'exploitation qu'estime avoir subi le ministre des armées n'est pas établi et l'évaluation de son montant n'est pas justifiée ;
- elle est fondée à demander à ce que les sociétés Arsène Henry-Triaud, Cetab Ingénierie, Soler IDE et Delta Construction la relèvent et la garantissent des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, la société ASC, représentée par Me Noël, conclut :
1°) à sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le montant de l'indemnisation sollicitée par le ministre des armées soit ramené à de plus justes proportions ;
3°) à ce que les sociétés Arsène Henry-Triaud, Soler IDE, Projet Perspective et Delta Construction soient condamnées à la garantir des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre ;
4°) à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de toute partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas participé à l'acte de construction à l'origine des désordres en cause dès lors qu'elle n'est chargée que des travaux d'entretien et de maintenance, qui n'ont pas de lien avec les désordres en cause ;
- aucune faute ne lui est reprochée par l'expert judiciaire et les parties à l'instance ;
- les travaux de remplacement des châssis avec mise en œuvre de menuiseries intégrant des ouvrants constituent une option qui n'est pas nécessaire à la reprise des travaux à l'origine des désordres et ne présente pas de lien avec eux ;
- toute demande excédant le montant des préjudices déterminés par l'expert doit être rejetée ;
- le préjudice d'exploitation qu'estime avoir subi le ministre des armées n'est pas établi et l'évaluation de son montant n'est pas justifié.
Par un mémoire enregistré le 13 mars 2023, le département de la Gironde demande à ce que la SEM Gironde Développement soit mise hors de cause.
Il soutient que dès lors que la dissolution de la SEM Gironde Développement a été décidée par l'assemblée générale du 30 novembre 2021 et publiée au registre du commerce et des sociétés le 17 février 2022, cette société n'a pu être régulièrement appelée en cause dans le cadre de la présente procédure le 20 juillet 2022.
Par une ordonnance du 13 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 avril 2023 à 12 heures.
Un mémoire, enregistré le 24 avril 2023, a été présenté pour la société Soler IDE.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur le moyen, relevé d'office, tiré de de ce que les sociétés ASC et Projet et Perspective ne disposent pas de la qualité de constructeur au sens des principes qui régissent la garantie décennale.
Des observations, enregistrées le 24 avril 2023, ont été produites pour la société ASC et pour le ministre des armées.
Vu :
- l'ordonnance n°1302912 du 23 octobre 2013 prescrivant une expertise à la demande du ministre de la défense et des anciens combattants et désignant M. B A, expert judiciaire ;
- le rapport de l'expert déposé le 10 juin 2020 ;
- l'ordonnance n°1302912 du 11 juin 2020 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B A à la somme de 75 441,91 euros toutes taxes comprises ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Denys, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique ;
- les observations de Me Mora, représentant la société Delta Construction, de Me Canton, représentant la société Lignes environnement-IDE Ingénierie et le service conseil expertises territoires (liquidateur de la solder IDE), et de Me Lachaume représentant la société Bobion et Joanin.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 8 décembre 2010, le ministre de la défense a confié une mission portant à la fois sur la conception, la réalisation, l'aménagement, l'entretien et la maintenance des bâtiments du site Gironde de l'établissement de la direction générale de l'armement (DGA) au groupement solidaire composé des sociétés Arsène Henry-Triaud, Projet et Perspective, Lignes Environnement, ASC et Delta Construction, dont cette dernière est le mandataire. Ce marché a été décomposé en une tranche ferme, portant notamment sur les bâtiments D17 et D18, et une tranche conditionnelle qui n'a pas été affermie, portant sur le bâtiment D3. Pour la réalisation de cette opération, le ministre de la défense s'est adjoint les services de la SEM Gironde Développement, intervenant en qualité d'assistant à maître d'ouvrage, et de la société CETAB, qui l'a assisté dans la programmation du projet. La société C TECH, bureau d'études, est intervenue en qualité de sous- traitant de la société Delta Construction pour la réalisation d'études portant sur les lots électricité, chauffage, ventilation, climatisation (CVC) et voirie et réseaux divers (VRD) et la rédaction de leurs cahiers des clauses techniques particulières (CCTP). La société Bobion et Joanin est également intervenue en qualité de sous-traitant de la société Delta Construction pour l'exécution des prestations objet des lots CVC et plomberie.
2. La réception des travaux a été prononcée, avec réserves, par une décision du 9 novembre 2012, à compter du 19 octobre de la même année. M. A, expert désigné à la demande du ministre de la défense et des anciens combattants par le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux, a déposé, le 10 juin 2020, son rapport concernant les désordres affectant les bureaux et locaux techniques construits sur le site Gironde de l'établissement de la DGA, et notamment leurs systèmes d'aération et de régulation thermique. Le ministre des armées demande au tribunal de condamner solidairement, sur le fondement de la garantie décennale, les sociétés Arsène Henry- Triaud, venant aux droits de la société L. Arsène-Henry et A. Triaud Architectes, Projet et Perspectives, Soler IDE, venant aux droits de la société Lignes Environnement, ASC et Delta Construction à verser à l'Etat la somme de 1 015 774,02 euros en réparation des conséquences dommageables des désordres constatés.
Sur la responsabilité décennale des constructeurs :
3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres, apparus dans le délai d'épreuve de dix ans et affectant l'ouvrage dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, même dissociable, engagent la responsabilité de ces constructeurs au titre de la garantie décennale s'ils sont de nature à compromettre sa solidité ou à le rendre impropre à sa destination.
4. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les sociétés Projet et Perspective et ASC :
5. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'annexe à l'acte d'engagement du marché de conception, de réalisation, d'aménagement, d'entretien et de maintenance des bâtiments du site Gironde de l'établissement de la DGA, qui détermine la nature des prestations incombant à chacun des cotraitants, que la société Projet et Perspective a été chargée de l'ergonomie de l'opération et que la société ASC a été chargée d'une mission de maintenance à réaliser dans le cadre de l'exécution du contrat. En outre, il résulte du rapport d'expertise judiciaire que la société Projet et Perspective, à laquelle a été confiée l'analyse de fonctionnalité des bâtiments, n'a défini aucune solution et moyen technique à mettre en œuvre au stade de la réalisation des travaux et que la société ASC est exclusivement intervenue pour assurer l'entretien et la maintenance des équipements des bâtiments. Dans ces conditions, dès lors que ces sociétés ne disposent pas de la qualité de constructeur au sens des principes qui régissent la garantie décennale, les conclusions tendant à ce que leur responsabilité soit engagée sur ce fondement doivent être rejetées.
En ce qui concerne la nature et de l'origine des désordres :
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, qu'un désagrément thermique affecte les bâtiments D17 et D18 du site Gironde de l'établissement de la DGA, caractérisés par le parti constructif pris de se passer de climatisation active et de pourvoir à la régulation thermique des bâtiments par une logique de construction lourde à forte inertie thermique complétée d'un ensemble de stores ainsi que d'un système de ventilation diurne et d'hyperventilation nocturne. Ces désordres, dont le caractère décennal n'est pas contesté, résultent notamment des choix constructifs peu performants retenus, l'ossature charpente métallique du bâtiment D17 et l'isolation du bâtiment D18, disposée à l'intérieur, contribuant à leur faible inertie thermique. Ils sont également dus à un vice de conception caractérisé par l'insuffisance de protection sur les façades Ouest, Sud et Est du bâtiment D18, peu protégé du rayonnement solaire en période d'été, qui contribue fortement à l'élévation des températures intérieures des bureaux qui ne peut être compensé par l'ouverture des fenêtres, en l'absence d'ouvrants. Ils sont enfin liés aux équipements techniques du système de ventilation diurne et d'hyperventilation nocturne, assurées principalement par des centrales de traitement de l'air dont le fonctionnement souffre d'un vice de conception lié à leur dimensionnement insuffisant pour générer et véhiculer un débit de surventilation nocturne capable de décharger thermiquement les bâtiments et d'un défaut affectant leur paramétrage lors de leur mise en service, qui fait obstacle au déclenchement du système d'hyperventilation nocturne.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :
7. Il résulte de l'instruction que les vices de conception afférents à l'inertie thermique des bâtiments et aux protections solaires présentes sur le bâtiment D18 sont imputables à la société Arsène Henry-Triaud, architecte de conception de l'opération. Ils sont également imputables à la société Soler IDE, qui vient aux droits de la société Lignes Environnement, bureau d'études " haute qualité environnementale ", en charge des simulations thermiques hors dimensionnement des installations, des études thermiques et du suivi des réalisations. Ils sont enfin imputables à la société Delta Construction, entreprise générale qui a participé à la conception et à la réalisation des bâtiments. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la société C TECH, qui a réalisé les études portant sur les lots électricité, chauffage, ventilation, CVC et VRD et a rédigé leurs CCTP est intervenue en qualité de sous-traitant de la société Delta Construction, tout comme la société Bobion et Joanin, qui a exécuté les prestations objet des lots CVC et plomberie. Il s'ensuit que le vice de conception et le défaut d'exécution qui affecte les équipements techniques du système de ventilation diurne et d'hyperventilation nocturne sont imputables à un défaut de contrôle et de surveillance des travaux réalisés par ces sous-traitants, imputable à la société Delta Construction.
8. Il résulte de ce qui précède que le ministre des armées est fondé à rechercher la responsabilité décennale des sociétés Arsène Henry-Triaud, Soler IDE et Delta Construction pour la réparation des préjudices résultant des désordres de nature thermique affectant les bâtiments D17 et D18 du site Gironde de l'établissement de la DGA.
Sur les préjudices et la réparation :
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'inspection du travail dans les armées a, après avoir constaté la situation particulière de risques professionnels engendrés par les désordres en cause, mis en demeure le chef du site Gironde de l'établissement de la DGA de procéder à la vérification du système d'aération et d'assainissement de l'air au sein, en particulier, des bâtiments D17 et D18. Le dossier de référence ainsi que les contrôles demandés ont été réalisés par la société Socotec pour un montant de 7 152,08 euros toutes taxes comprises (TTC). Il y a lieu de fixer à cette somme le montant de l'indemnité destinée à réparer ce chef de préjudice.
10. En deuxième lieu, pour pallier à l'insuffisance des protections solaires, des stores intérieurs et des rideaux de façades ont été mis en place. Si le ministre des armées produit une facture émanant de la société Sogea, qui a procédé à la fourniture et la pose de stores pour les bâtiments D18 et D6 pour un montant de 11 803,95 euros TTC, l'expert judiciaire a fixé à la somme de 7 883,00 euros hors taxe (HT), soit 9 459,60 euros TTC, les frais liés à la fourniture et la pose de stores dans les bâtiments D17 et D18, seuls concernés par les désordres en cause. En outre, il résulte de l'instruction que la société Saint Frères a mis en place des rideaux sur la façade Ouest du bâtiment D18, dont le lien direct et certain avec les désordres en cause a été retenu par l'expert, pour un montant de 9 277,20 euros TTC. Enfin, si l'expert judiciaire a reconnu que la pose de rideaux pare-soleil par la société Sogea a été rendue nécessaire par les désordres en cause au cours des années 2016, 2017 et 2018 pour un montant de 9 161,00 euros HT, soit 10 993,20 euros TTC, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des conclusions expertales, que la pose de tels rideaux en 2019 et en 2020 soit également en lien direct et certain avec les désordres en cause. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer à 29 680 euros la somme destinée à réparer ces chefs de préjudice.
11. En troisième lieu, le ministre des armées n'établit pas avoir fait l'acquisition de ventilateurs pour surmonter les conséquences dommageables des désordres en cause.
12. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que l'expert judiciaire a préconisé, au titre des travaux de reprise, le calorifugeage des gaines de soufflage extérieures du bâtiment D18, l'interversion de la gaine d'extraction et de soufflage du bâtiment D18, la protection sur plot et des bâches de protection solaire et le remplacement de l'ensemble des centrales de traitement de l'air avec intégration d'une batterie froide pour un montant global de 131 514,00 euros HT, soit 157 816,80 euros TTC.
13. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que le remplacement des châssis avec mise en œuvre de menuiseries intégrant les ouvrants, qui a été présenté par l'expert judiciaire comme une option, soit nécessaire afin de mettre un terme aux désordres en cause.
14. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que la réalisation des travaux de reprise justifie le recours à différents marchés de service, portant sur des prestations d'assistance à la maîtrise d'ouvrage, de maîtrise d'œuvre en matière de conception et d'exécution, de coordination sécurité et protection de la santé et de bureau de contrôle, dont le montant global a été évalué par l'expert judiciaire à la somme de 96 820 euros HT, soit 116 184 euros TTC. Il y a lieu de fixer à cette somme le préjudice indemnisable à ce titre.
15. En sixième lieu, en se bornant à produire un tableau qui affirme que du personnel technique et administratif a été mobilisé dans le cadre de la procédure judiciaire, en faisant état du temps passé pour chacune des tâches réalisées et de la rémunération horaire d'un agent de catégorie B, le ministre des armées ne se prévaut d'aucun frais spécifiquement exposé par ses soins pour surmonter les conséquences dommageables des désordres en cause.
16. En septième et dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que l'activité exercée dans les bâtiments affectés par les désordres en cause, qui correspond à la réalisation d'essais au sol effectués sur des propulseurs de missile et de fusée, présente un caractère marchand. Dans ces conditions, en se bornant à faire valoir que les désordres en cause sont à l'origine d'un aménagement des horaires de travail des agents qui correspond à une perte d'heure travaillées estimée à 600 heures par an sur huit années, le ministre n'établit pas la réalité du préjudice d'exploitation qu'il estime avoir subi.
17. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de prescrire, avant dire droit, une expertise complémentaire ni d'ordonner une autre mesure d'instruction, le ministre des armées est fondé à demander la condamnation solidaire des sociétés Arsène Henry-Triaud, Soler IDE et Delta Construction, constructeurs membres du groupement solidaire titulaire du marché de conception, réalisation, aménagement, entretien et maintenance des bâtiments du site Gironde de l'établissement de la direction générale de l'armement, à verser à l'Etat la somme de 310 832,88 euros au titre de la réparation des préjudices résultant des désordres affectant les bâtiments D17 et D18 en cause.
Sur la charge définitive des dépens :
18. Il résulte de l'instruction que, pour déterminer les travaux de reprise à préconiser, l'expert judiciaire a sollicité des études d'impact pour l'amélioration du confort thermique dans les bâtiments D17 et D18 du site Gironde de l'établissement de la DGA qui ont été réalisées par la société Cardonnel pour un montant de 23 976,00 euros TTC.
19. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge définitive et solidaire des sociétés Arsène Henry- Triaud, Soler IDE et Delta Construction les frais cités au point précédent ainsi que les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 75 441,91 euros TTC, soit la somme globale de 99 417,91 euros TTC.
Sur les appels en garantie :
20. D'une part, le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé, sans qu'il y ait lieu de rechercher si les parties sont liées au maître de l'ouvrage par un contrat de droit public.
21. Il résulte de l'instruction que la société Bobion et Joanin a participé à l'exécution des travaux en litige en vertu d'un contrat de sous-traitance de droit privé qu'elle a conclu avec la société Delta Construction, agissant en son nom propre. Dès lors, elle est fondée à soutenir que les conclusions aux fins d'appel en garantie dirigées par la société Delta Construcion à son encontre doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. En revanche, elle n'est pas fondée à soutenir que le même sort doit être réservé aux conclusions en garantie dirigées contre elle par la société Soler IDE, avec laquelle elle n'est liée par aucun contrat.
22. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société Soler IDE, qui vient aux droits de la société Lignes Environnement, en charge des simulations thermiques hors dimensionnement des installations, est principalement responsable du vice de conception afférent à l'inertie thermique des bâtiments. Ont également commis des fautes à l'origine de ce vice, compte tenu de leur mission portant sur la conception des bâtiments, la société Arsène Henry-Triaud et la société Delta Construction. Par ailleurs, les sociétés Arsène Henry-Triaud et Delta Construction sont également responsables du vice de conception affectant les protections solaires présentes sur le bâtiment D18. En revanche, la société Soler IDE, qui a alerté le maître d'ouvrage et ses cotraitants sur la nécessité d'installer des protections solaires sur la totalité des façades, n'est pas responsable de ce vice. En outre, la société C TECH, qui a rédigé le CCTP prévoyant de telles dimensions, est responsable de l'erreur de dimensionnement des centrales de traitement de l'air des bâtiments D17 et D18. La société Bobion et Joanin, chargée de l'exécution des prestations objet du lot relatif à la CVC est, quant à elle, responsable du défaut de paramétrage des centrales de traitement de l'air. Enfin, il résulte de l'instruction qu'une mission de contrôle technique, portant notamment sur les missions " Th " relative à l'isolation thermique et aux économies d'énergie et " F " relative au fonctionnement des installations parmi lesquelles figure la ventilation mécanique, a été confiée à la société Apave Sud Europe. Si la mission " Th ", qui portait sur le respect de normes réglementaires, a été correctement accomplie par la société Apave Sud Europe, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait attiré l'attention du maître de l'ouvrage sur les dysfonctionnements affectant les centrales de traitement de l'air des bâtiments D17 et D18, liés à leur dimensionnement et à leur paramétrage.
23. Eu égard à la contribution respective des constructeurs dans la survenance des désordres en cause, la société Soler IDE doit être condamnée à garantir la société Delta Construction à hauteur de 30% des sommes mentionnées aux points 17 et 19.
24. La société Delta Construction doit être condamnée à garantir la société Soler IDE, à hauteur de 20% des sommes mentionnées aux mêmes points.
25. La société Arsène Henry-Triaud doit être condamnée à garantir les sociétés Soler IDE et Delta Construction, à hauteur de 20% des mêmes sommes.
26. Les sociétés C TECH, Bobion et Joanin et Apave Sud Europe doivent être condamnées à garantir la société Soler IDE à hauteur, respectivement de 17%, 8 % et 5% des mêmes sommes.
27. La société Apave Sud Europe doit également être condamnée à garantir les sociétés Delta Construction et Soler IDE à hauteur de 5% de ces sommes.
28. En revanche, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, les conclusions aux fins d'appel en garantie présentées à l'encontre des sociétés Projet et Perspective et ASC doivent être rejetées.
29. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction, ni du rapport d'expertise judiciaire, que la société CETAB et la SEM Gironde Développement auraient commis des fautes de nature à engendrer les désordres en litige. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'appel en garantie dirigées contre ces sociétés doivent être rejetées.
30. Enfin, les conclusions en garantie présentés par la société Bobion et Joanin, qui n'est pas condamnée par le présent jugement sur le fondement de la garantie décennale, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
31. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : Les conclusions aux fins d'appel en garantie dirigées par la société Delta Construction à l'encontre de la société Bobion et Joanin sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Les sociétés Arsène Henry-Triaud, Soler IDE et Delta Construction sont condamnées solidairement à verser à l'Etat la somme de 310 832,88 euros.
Article 3 : Les dépens, fixés à la somme globale de 99 417,91 euros toutes taxes comprises, sont mis à la charge définitive et solidaire des sociétés Arsène Henry-Triaud, Soler IDE et Delta Construction.
Article 4 : La société Soler IDE garantira la société Delta Construction à concurrence de 30% des sommes mentionnées aux articles 2 et 3.
Article 5 : La société Arsène Henry-Triaud garantira les sociétés Soler IDE et Delta Construction à concurrence de 20% des sommes mentionnées aux articles 2 et 3.
Article 6 : La société Delta Construction garantira la société Soler IDE à concurrence de 20% des sommes mentionnées aux articles 2 et 3.
Article 7 : La société C TECH garantira la société Soler IDE à concurrence de 17% des sommes mentionnées aux articles 2 et 3.
Article 8 : La société Bobion et Joanin garantira la société Soler IDE à concurrence de 8% des sommes mentionnées aux articles 2 et 3.
Article 9 : La société Apave Sud Europe garantira les sociétés Soler IDE et Delta Construction à concurrence de 5% des sommes mentionnées aux articles 2 et 3.
Article 10 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 11 : Le présent jugement sera notifié au ministère des armées, à la société Delta Construction, à la société Arsène Henry-Triaud, à la société Soler IDE, à la société ASC, à la société Projet et Perspective, à la société Bobion et Joanin, à la société Apave Sud Europe, à la société CETAB, à la société C TECH et à la société Services Conseil Expertises Territoires, prise en sa qualité de liquidateur judiciaire de la SEM Gironde Développement.
Copie en sera transmise, pour information, au département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Zuccarello, présidente,
Mme De Paz, première conseillère,
Mme Denys, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
La rapporteure,
A. DENYS
La présidente,
F. ZUCCARELLO Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026