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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2102884

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2102884

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2102884
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantAUGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 juin 2021 et 28 janvier 2022, la commune de Saint-Trojan, représentée par Me Auger, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres exécutoires T.31, T.33 et T.37, respectivement émis le 27 avril 2015 d'un montant de 1 027 euros, le 26 avril 2016 d'un montant de 1 018 euros et le 22 août 2017 d'un montant de 1 590 euros, révélés par la mise en demeure du 15 février 2021 émise par la trésorerie Saint-André-de-Cubzac d'un montant global de 3 635 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ; d'une part, elle ne peut fournir les titres de recette T.31, T.33 et T.37 dès lors qu'elle n'en a eu connaissance qu'à la réception de la mise en demeure du 15 février 2021 ; d'autre part, elle a introduit son recours après réception de l'acte de poursuite du 15 février 2021 ne comportant pas les voies et délais de recours, dans un délai raisonnable n'excédant pas un an ;

- en application de l'article L.1617-5 3e du code général des collectivités territoriales, l'action en recouvrement des titres de recette des collectivités et établissements locaux par les comptables publics se prescrit par quatre ans à compter de la prise en charge du titre de recette ; l'action en recouvrement des sommes sollicitées les 27 avril 2015 et 26 avril 2016 est donc prescrite ;

- ces titres de recette visent des sommes relatives à des services et travaux qui n'ont pas été réalisés par le syndicat du Moron et du Blayais ; les travaux de réfection des canaux et fossés, qui ont été réalisés sur la commune de Saint-Trojan ont été financés par la commune et réalisés par le maire et des employés communaux, comme en attestent les factures et bulletins de paye ;

- par délibération du 13 juillet 2015, approuvée par la sous-préfecture de Blaye la commune s'est retirée du syndicat ; pourtant le syndicat a persisté à lui adresser des factures pour 2015, 2016 et 2017.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 décembre 2021 et 11 avril 2022, le syndicat du Moron, Blayais, Virvée et Renaudiere, représenté par Me Noel, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 200 euros soit mise à la charge de la commune requérante, au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la commune ne produit pas la décision attaquée, en méconnaissance de l'article R.412-1 du code de justice administrative ;

- la requête est tardive dès lors que le délai de recours contentieux de deux mois prévu par l'article L.1617-5 du code général des collectivités territoriales a expiré, s'agissant des trois titres exécutoires émis les 28 juin 2015, 27 juin 2016 et 23 octobre 2017 ; la délibération du 16 juin 2016 produite par la commune atteste de la réception du titre émis le 28 juin 2015, au plus tard le 16 juin 2016 ; elle a été destinataire, d'après ses écritures, du titre exécutoire de 2016, ce qui est d'ailleurs attesté par sa volonté de se retirer du syndicat ; la commune précise, concernant le titre de 2017, avoir fait l'objet d'une relance et refuser le paiement de la participation communale 2017, comme en atteste la délibération du 3 mars 2018 ;

- l'action en recouvrement n'est pas prescrite, au regard de l'émission des titres, des délibérations de la commune et des courriers de relances et de la mise en demeure du 15 février 2021 ; en tout état de cause, la prétendue prescription de l'action en recouvrement est sans incidence sur l'appréciation de la légalité des titres exécutoires ;

- si la commune a voté une délibération du 13 juillet 2015 portant retrait du syndicat, elle n'a pas respecté la procédure prévue à l'article L.5212-29 du code général des collectivités territoriales, de sorte que son retrait n'est pas effectif, et qu'elle était donc redevable des contributions liées à son adhésion ;

- la production de factures et bulletins de paie et d'indemnité ne démontre pas l'absence d'utilité du syndicat et de ses actions pour la commune, notamment la mise en œuvre du programme pluriannuel de gestion qui a fait l'objet au préalable d'une validation en COPIL par l'ensemble des parties prenantes ; les travaux réalisés par la commune relèvent de ses compétences et les contributions demandées à la commune du fait de son adhésion, non révoquée, sont justifiées.

La procédure a été communiquée à la communauté de communes du Grand Cubzaguais.

Par une ordonnance du 16 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 septembre 2022.

En application de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative les parties ont été invitées, par courrier du 4 janvier 2022, à produire des pièces pour compléter l'instruction.

Des pièces ont été enregistrées pour le syndicat le 6 janvier 2023 et communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Portron représentant la commune de Saint-Trojan,

- et celles de Me Deyris, représentant le syndicat du Moron et du Blayais.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Saint-Trojan a adhéré au syndicat de gestion des bassins versants du Moron, Blayais, Virvée et Renaudière. La trésorerie Saint-André-de-Cubzac a émis à l'encontre de la commune, le 15 février 2021, une mise en demeure pour un montant global de 3 635 euros correspondant aux titres exécutoires T.31 émis le 27 avril 2015 d'un montant de 1 027 euros " participation 2015 ", T33 émis le 26 avril 2016 d'un montant de 1 018 euros " participation 2016 " et T37 émis le 22 août 2017 d'un montant de 1 590 euros " participation 2017 ". La commune de Saint-Trojan doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler ces trois titres exécutoires, dont l'existence a été révélée par la réception de la mise en demeure du 15 février 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L.1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 3° L'action des comptables publics chargés de recouvrer les créances des régions, des départements, des communes et des établissements publics locaux se prescrit par quatre ans à compter de la prise en charge du titre de recettes ".

3. La commune de Saint-Trojan, qui conteste des titres exécutoires, ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du 3° de l'article L.1617-5 précité qui ne fixe un délai de prescription que s'agissant de l'action en recouvrement. Ce moyen, dirigé contre des actes de poursuite, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.5211-19 du code général des collectivités territoriales: " Une commune peut se retirer de l'établissement public de coopération intercommunale, sauf s'il s'agit d'une communauté urbaine ou d'une métropole, dans les conditions prévues à l'article L. 5211-25-1, avec le consentement de l'organe délibérant de l'établissement ". Et aux termes de l'article L.5212-29 du même code, relatif au retrait d'un syndicat de communes : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 5211-19, une commune peut être autorisée par le représentant de l'Etat dans le département après avis de la commission départementale de la coopération intercommunale réunie dans la formation prévue au second alinéa de l'article L. 5211-45 à se retirer du syndicat si, par suite d'une modification de la réglementation ou de la situation de la commune au regard de cette réglementation, la participation de cette commune au syndicat est devenue sans objet. L'avis de la commission départementale de la coopération intercommunale est réputé négatif s'il n'a pas été rendu à l'issue d'un délai de deux mois ".

5. La commune de Saint-Trojan soutient qu'elle s'est retirée du syndicat et qu'elle n'est donc pas redevable de participations financières pour les années 2015, 2016 et 2017. S'il est constant que le conseil municipal de la commune de Saint-Trojan a approuvé, aux termes de sa délibération du 13 juillet 2015, le retrait de la commune du syndicat et que cette décision a été confirmée au cours du conseil municipal du 15 juin 2016, il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Saint-Trojan ait respecté la procédure de retrait, fixée par l'article L.5212-29 du code général des collectivités territoriales précitée, applicable à sa situation. Dans ces conditions, et dès lors que la commune de Saint-Trojan n'établit pas s'être effectivement retirée du syndicat, le moyen doit être écarté.

6. En dernier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que trois paramètres sont pris en compte dans le calcul des participations communales au fonctionnement du syndicat à savoir, la surface totale du bassin versant pris en charge, le linéaire des cours d'eau pris en charge et la population du bassin.

7. D'autre part, par une délibération du 21 avril 2015, l'assemblée générale du syndicat a approuvé la grille de répartition de la participation financière des communes au syndicat s'agissant de l'année 2015, diminuée de 3% et calculée en fonction du plan de recensement de la population. Aux termes de cette délibération, la participation de la commune de Saint-Trojan s'élevait, pour l'année 2015, à 1 027 euros. Par une deuxième délibération du 20 avril 2016, l'assemblée générale du syndicat a approuvé la grille de répartition de la participation financière des communes s'agissant de l'année 2016, calculée en fonction du plan de recensement de la population, et la participation de la commune de Saint-Trojan s'élevait pour l'année 2016, à la somme de 1 018 euros. Enfin, par une délibération du 20 avril 2017, l'assemblée générale du syndicat n'a pas approuvé la nouvelle grille de répartition des participations financières des communes, augmentées de 50% pour l'année 2017.

8. En se bornant à soutenir que les titres exécutoires contestés visent des sommes relatives à des services et travaux qui n'ont pas été réalisés par le syndicat sur le territoire de la commune, et à produire des factures de travaux qu'elle a fait réaliser ainsi que des bulletins de paye, la commune de Saint-Trojan ne conteste pas sérieusement, au regard des modalités de calcul de sa participation financière, énoncées aux points 6 et 7, le bien-fondé des titres exécutoires. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions présentées par la commune de Saint-Trojan, aux fins d'annulation des titres exécutoires contestés, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat du Moron, Blayais, Virvée et Renaudière qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Saint-Trojan, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Trojan la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la commune de Saint-Trojan est rejetée.

Article 2 : La commune de Saint-Trojan versera au Syndicat du Moron, Blayais, Virvée et Renaudière la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saint-Trojan, au Syndicat du Moron, Blayais, Virvée et Renaudière et à la communauté de communes du Grand Cubzaguais.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023

La rapporteure

A. A

La présidente

F. MUNOZ- PAUZIÈS La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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