mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2102963 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CB2P AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 juin 2021 et 14 avril 2023 sous le n° 2102963, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Gironde, représentée par Me de Boussac-Di Pace, avocate, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite du 29 août 2020 par laquelle le centre hospitalier universitaire de Bordeaux a rejeté sa demande indemnitaire ;
2°) de condamner in solidum le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser la somme de 130 254 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour son assuré M. A C, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
3°) de condamner in solidum le CHU de Bordeaux et la SHAM à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion en application des dispositions des articles 9 et 10 de l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996 ;
4°) de mettre à la charge in solidum du CHU de Bordeaux et de la SHAM la somme de 1 013 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du droit de plaidoirie.
Elle soutient que :
- le CHU de Bordeaux a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en orientant tardivement M. A C vers un chirurgien urologue malgré la persistance des fistules urétrales au-delà de trois ans après l'intervention de phalloplastie réalisée le 11 mai 2009 ;
- elle a engagé des frais à hauteur de 130 254 euros au titre des frais hospitaliers, frais médicaux et frais pharmaceutiques en lien avec le retard d'orientation de M. C vers un chirurgien urologue à compter du 11 mai 2012.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le CHU de Bordeaux et la SHAM, représentés par Me Milon, avocat, concluent à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'un complément d'expertise soit ordonné, qu'un taux de perte de chance de 50% soit appliqué aux frais d'hospitalisation du 13 au 24 décembre 2012 et du 22 avril 2013 au 5 mai 2013 et que seuls les frais relatifs à la fermeture des fistules soient mis à leur charge s'agissant de l'hospitalisation du 15 janvier au 28 janvier 2014.
Ils soutiennent que :
- aucun défaut d'information ne peut être relevé ;
- aucun retard de transfert du patient vers un service de chirurgie urologique ne peut être reproché au CHU en l'absence de recommandation dans la littérature médicale en ce sens ;
- aucune faute dans la réalisation de la phalloplastie n'est établie ; les fistules sont des complications connues de ce type de chirurgie et peuvent intervenir sans qu'un manquement aux règles de l'art ne soit relevé ;
- aucune faute ne peut être reprochée à l'établissement hospitalier du fait de l'échec d'implantation des prothèses testiculaires et péniennes ;
- aucune infection nosocomiale ne peut être relevée ;
- à titre subsidiaire, une perte de chance de 50% doit être appliquée ; il n'est pas établi qu'une prise en charge plus précoce par un chirurgien urologue aurait permis de soigner les fistules et le tabagisme du patient a pu jouer un rôle sur le succès des interventions réalisées ;
- une indemnité de 286 euros pourra être allouée au titre du déficit fonctionnel temporaire totale ; seules les hospitalisations du 15 janvier 2014 au 28 janvier 2014 et du 10 mai 2015 au 19 mai 2015 ont un lien avec les fistules présentées par le patient ;
- les demandes au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel de 50% doivent être rejetées et les demandes au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel de 25% doivent être limitées à 351 euros correspondant à 27 jours ;
- l'indemnisation des souffrances endurées évaluées à 5 sur une échelle de 7 par l'expert ne peut pas être supérieure à 12 000 euros ;
- le préjudice esthétique évalué à 4 sur une échelle de 7 ne peut pas dépasser la somme de 3 000 euros ;
- la demande relative au déficit sexuel temporaire devra être rejetée dès lors que seul le préjudice sexuel permanent peut être indemnisé ; la perte de libido invoquée par le requérant allant de janvier 2014 à janvier 2019 est incluse dans le déficit fonctionnel permanent ; le préjudice sexuel n'est pas établi ;
- le déficit fonctionnel permanent doit être réduit à 1% et son indemnisation ne pourra être supérieure à 1 100 euros ; à titre subsidiaire, ce déficit doit être fixé à 6% et son indemnisation ne pourra être supérieure à 7 000 euros ;
- aucun préjudice d'agrément imputable au manquement invoqué n'est établi ; le fait que M. A C ne puisse plus jouer de guitare du fait du prélèvement de lambeaux de l'avant-bras gauche est sans lien avec l'apparition des fistules ; le prélèvement de lambeaux n'était pas fautif ;
- les frais de protections urinaires ne sont pas justifiés ; les frais relatifs à la chambre particulière et ceux afférents au bénéfice d'une télévision et d'un téléphone constituent des frais de convenance personnelle qui doivent rester à la charge du patient ; les frais d'huissiers sont sans lien avec le dommage ;
- les frais de médecin-conseil ne sauraient être remboursés sans la preuve qu'ils n'ont pas été pris en charge par une éventuelle protection juridique du patient ;
- l'indemnité sollicitée au titre des frais de déplacement et de logement ne présentent pas de lien avec un quelconque manquement imputable au centre hospitalier ;
- l'indemnité allouée au titre de l'assistance par tierce personne ne peut excéder 1 320 euros ; il y a lieu de déduire les périodes de convalescence qui ont suivi des hospitalisations non imputables au manquement allégué du 13 au 24 décembre 2012 et du 22 avril 2013 au 2 mai 2013 ;
- l'incidence professionnelle n'est pas établie ; M. C ne justifie pas qu'il exerçait une activité professionnelle avant l'intervention ; les difficultés psychologiques et urinaires dont il est atteint sont secondaires à la dysphorie de genre traitée ainsi qu'à l'hypertonie vésicale et sont sans lien avec la faute alléguée du centre hospitalier ; il ne justifie pas de son suivi psychologique ;
- les demandes formées par la CPAM doivent être rejetées en l'absence de faute du centre hospitalier ; à titre subsidiaire, il y a lieu d'appliquer un taux de perte de chance de 50% et d'exclure les hospitalisations du 13 au 24 décembre 2012 et du 22 avril 2013 au 2 mai 2013 qui concernent la pose d'une prothèse pénienne ; en ce qui concerne l'hospitalisation du 15 janvier 2014 au 28 janvier 2014 pour changement des prothèses testiculaires et fermeture de fistules, seuls les frais liés à la fermeture des fistules pourront être mis à leur charge ; les frais relatifs à l'hospitalisation du 10 mai au 19 mai 2015 justifiée par la mise en place de mesures visant à la correction de fistules pourront être mis à leur charge ; ils ne peuvent être condamnés au paiement des frais médicaux et pharmaceutiques autres que ceux en lien avec la fermeture des fistules.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 décembre 2021 et 6 mai 2022 sous le n° 2106447, M. A C, représenté par Me Marie-Balloy, avocate, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de condamner in solidum le CHU de Bordeaux et la SHAM à lui verser la somme totale de 121 553,29 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes commises lors de sa prise en charge, la somme de 15 000 euros au titre de la perte de chance de refuser l'intervention et la somme de 7 000 euros au titre de son préjudice d'impréparation ;
3°) d'ordonner avant dire-droit un complément d'expertise médicale en ce qui concerne l'existence d'une infection nosocomiale et de condamner in solidum le CHU de Bordeaux et la SHAM à lui verser à ce titre une indemnité provisionnelle de 20 000 euros en cas de contre-expertise ;
4°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux et de la SHAM la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- il n'a pas été informé des risques de complication liés à la phalloplastie et à la greffe cutanée ; dans le cas des actes à visée esthétique, l'obligation d'information est renforcée ; ce manque d'information constitue une faute de nature à engager le CHU de Bordeaux ; les comptes rendus de consultation adressés à son médecin traitant ne font pas état d'échanges sur les risques encourus ; les documents de consentement qu'il a signés sont rédigés en des termes généraux et ne contiennent aucune précision quant à la nature des actes envisagés, aux complications et aux risques pouvant survenir et ne sont pas datés ; l'information délivrée par son médecin généraliste était générale sur la démarche envisagée mais ne précisait pas les risques afférents à l'intervention chirurgicale ; l'ampleur des séquelles esthétiques définitives quant au prélèvement d'un lambeau de peau ne lui a jamais été précisée ;
- le CHU a commis une faute dans la prise en charge des complications urologiques et les récidives de fistules urinaires en ne respectant pas le principe de prise en charge pluridisciplinaire spécialisée à laquelle le processus de transformation sexuelle est attaché en méconnaissance des dispositions de l'article R. 4127-33 du code de la santé publique ; le délai de cicatrisation entre l'acte initial et l'obtention d'une cicatrisation sans fistule révèle une faute dans la prise en charge ;
- la phalloplasie par transfert libre de lambeau antebrachial est mal positionnée ce qui constitue une faute dans la réalisation de l'acte chirurgical ; l'expert conclut que les fistules sont en grande partie secondaires à la malposition partielle de la phalloplastie qui a dû être corrigée par l'équipe médicale du centre hospitalier de Lyon, qui a elle aussi relevé ce mauvais positionnement ; l'expert judiciaire relève également cette malposition de la verge dans l'évaluation du préjudice esthétique ; le sapiteur relève une phalloplastie légèrement rétractée à sa base présentant une rotation vers la droite ;
- l'échec d'implantation des prothèses testiculaires et péniennes résulte de la mauvaise prise en charge des fistules et ne peut être considéré comme un aléa thérapeutique ; l'échec des différentes tentatives de fermeture des fistules a retardé la possibilité de prétendre à une nouvelle intervention ; ce n'est qu'en 2021 qu'une telle pose a pu être effectuée ;
- il a subi deux infections nosocomiales, une première lors de son hospitalisation du 14 septembre au 2 novembre 2011, suite à la pose de prothèses testiculaires avec présence d'un abcès sus-vésical justifiant un cathétérisme sus-pubien pendant l'hospitalisation et une seconde le 23 avril 2013 suite à la pose d'une prothèse pénienne ; un complément d'expertise médicale est nécessaire pour évaluer les préjudices qu'il présente en lien avec ces infections ;
- la contre-expertise sollicitée par le centre hospitalier et la SHAM ne présente pas d'utilité ;
- le défaut d'information lui a causé une perte de chance de se soustraire au risque qui s'est finalement réalisé qui devra être indemnisé à hauteur de 15 000 euros ainsi qu'un préjudice d'impréparation à hauteur de 7 000 euros ;
- son déficit fonctionnel temporaire total doit prendre en compte les périodes d'hospitalisation postérieures au mois de mai 2015 et doit être évalué à la somme de 1 200 euros ; il a présenté un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50% sur l'ensemble des périodes intermédiaires compte tenu des troubles dans les conditions d'existence, des troubles psychiatriques majeurs, des troubles urinaires, des troubles sexuels, de l'incapacité à travailler et à effectuer les actes de la vie courante, qui doit être indemnisé à hauteur de 2 280 euros ;
- les souffrances endurées seront indemnisées à hauteur de 35 000 euros ;
- le préjudice esthétique temporaire s'élève à 12 000 euros et le préjudice esthétique permanent à 8 000 euros ;
- le préjudice sexuel temporaire s'élève à 3 000 euros et le préjudice sexuel permanent à 5 000 euros ;
- il présente un déficit fonctionnel permanent qui ne peut être inférieur à 15% et doit être évalué à 25 500 euros ; il n'a plus de pince dans les trois premiers doigts de la main gauche avec une perte de force significative, il présente des troubles urinaires et des troubles anxieux réactionnels ;
- son préjudice d'agrément doit être indemnisé à hauteur de 5 000 euros dès lors qu'il ne peut plus pratiquer la musculation, ni jouer de la guitare ;
- il a engagé des frais au titre des dépenses de santé actuelles pour un montant de 239,32 euros ;
- les frais de médecin-conseil, qu'il a dû réglés en l'absence d'assurance protection juridique, sont d'un montant de 375 euros ;
- il a dû consulter des spécialistes à Paris, Bordeaux et Lyon et a engagé des frais pour se rendre aux opérations d'expertise à Angers pour un montant total de 3 333,97 euros ;
- il a eu recours à une aide-ménagère quatre heures par jour durant les périodes de convalescence post opératoires pour un montant de 7 200 euros ;
- il a subi une incidence professionnelle caractérisée par sa dévalorisation sur le marché du travail du fait des troubles anxieux réactionnels qu'il présente qu'il y a lieu d'indemniser à hauteur de 15 000 euros ; il a cessé son activité professionnelle en qualité de plongeur dans la restauration ; il perçoit pour seul revenu l'allocation aux adultes handicapés pour un montant de 611,60 euros et une rente accident du travail de 291,10 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le CHU de Bordeaux et la SHAM, représentés par Me Milon, avocat, concluent à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'un complément d'expertise soit ordonné, qu'un taux de perte de chance de 50% soit appliqué aux frais d'hospitalisation du 13 au 24 décembre 2012 et du 22 avril 2013 au 5 mai 2013 et que seuls les frais relatifs à la fermeture des fistules soient mis à leur charge s'agissant de l'hospitalisation du 15 janvier au 28 janvier 2014.
Ils soutiennent que :
- aucun défaut d'information ne peut être relevé ;
- aucun retard de transfert du patient vers un service de chirurgie urologique ne peut être reproché au CHU en l'absence de recommandation dans la littérature médicale en ce sens ;
- aucune faute dans la réalisation de la phalloplastie n'est établie ; les fistules sont des complications connues de ce type de chirurgie et peuvent intervenir sans qu'un manquement aux règles de l'art ne soit relevé ;
- aucune faute ne peut être reprochée à l'établissement hospitalier du fait de l'échec d'implantation des prothèses testiculaires et péniennes ;
- aucune infection nosocomiale ne peut être relevée ;
- à titre subsidiaire, une perte de chance de 50% doit être appliquée ; il n'est pas établi qu'une prise en charge plus précoce par un chirurgien urologue aurait permis de soigner les fistules et le tabagisme du patient a pu jouer un rôle sur le succès des interventions réalisées ;
- une indemnité de 286 euros pourra être allouée au titre du déficit fonctionnel temporaire totale ; seules les hospitalisations du 15 janvier 2014 au 28 janvier 2014 et du 10 mai 2015 au 19 mai 2015 ont un lien avec les fistules présentées par le patient ;
- les demandes au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel de 50% doivent être rejetées et les demandes au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel de 25% doivent être limitées à 351 euros correspondant à 27 jours ;
- l'indemnisation des souffrances endurées évaluées à 5 sur une échelle de 7 par l'expert ne peut pas être supérieure à 12 000 euros ;
- le préjudice esthétique évalué à 4 sur une échelle de 7 ne peut pas dépasser la somme de 3 000 euros ;
- la demande relative au déficit sexuel temporaire devra être rejetée dès lors que seul le préjudice sexuel permanent peut être indemnisé ; la perte de libido invoquée par le requérant allant de janvier 2014 à janvier 2019 est incluse dans le déficit fonctionnel permanent ; le préjudice sexuel n'est pas établi ;
- le déficit fonctionnel permanent doit être réduit à 1% et son indemnisation ne pourra être supérieure à 1 100 euros ; à titre subsidiaire, ce déficit doit être fixé à 6% et son indemnisation ne pourra être supérieure à 7 000 euros ;
- aucun préjudice d'agrément imputable au manquement invoqué n'est établi ; le fait que M. A C ne puisse plus jouer de guitare du fait du prélèvement de lambeaux de l'avant-bras gauche est sans lien avec l'apparition des fistules ; le prélèvement de lambeaux n'était pas fautif ;
- les frais de protections urinaires ne sont pas justifiés ; les frais relatifs à la chambre particulière et ceux afférents au bénéfice d'une télévision et d'un téléphone constituent des frais de convenance personnelle qui doivent rester à la charge du patient ; les frais d'huissiers sont sans lien avec le dommage ;
- les frais de médecin-conseil ne sauraient être remboursés sans la preuve qu'ils n'ont pas été pris en charge par une éventuelle protection juridique du patient ;
- l'indemnité sollicitée au titre des frais de déplacement et de logement ne présentent pas de lien avec un quelconque manquement imputable au centre hospitalier ;
- l'indemnité allouée au titre de l'assistance par tierce personne ne peut excéder 1 320 euros ; il y a lieu de déduire les périodes de convalescence qui ont suivi des hospitalisations non imputables au manquement allégué du 13 au 24 décembre 2012 et du 22 avril 2013 au 2 mai 2013 ;
- l'incidence professionnelle n'est pas établie ; M. C ne justifie pas qu'il exerçait une activité professionnelle avant l'intervention ; les difficultés psychologiques et urinaires dont il est atteint sont secondaires à la dysphorie de genre traitée ainsi qu'à l'hypertonie vésicale et sont sans lien avec la faute alléguée du centre hospitalier ; il ne justifie pas de son suivi psychologique ;
- les demandes formées par la CPAM doivent être rejetées en l'absence de faute du centre hospitalier ; à titre subsidiaire, il y a lieu d'appliquer un taux de perte de chance de 50% et d'exclure les hospitalisations du 13 au 24 décembre 2012 et du 22 avril 2013 au 2 mai 2013 qui concernent la pose d'une prothèse pénienne ; en ce qui concerne l'hospitalisation du 15 janvier 2014 au 28 janvier 2014 pour changement des prothèses testiculaires et fermeture de fistules, seuls les frais liés à la fermeture des fistules pourront être mis à leur charge ; les frais relatifs à l'hospitalisation du 10 mai au 19 mai 2015 justifiée par la mise en place de mesures visant à la correction de fistules pourront être mis à leur charge ; ils ne peuvent être condamnés au paiement des frais médicaux et pharmaceutiques autres que ceux en lien avec la fermeture des fistules.
Par une ordonnance du 10 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 juin 2022.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 novembre 2022.
Vu :
- le rapport d'expertise ;
- l'ordonnance du 13 mai 2019, par laquelle le président du tribunal administratif de Bordeaux a taxé et liquidé les frais de l'expertise réalisée par le docteur G à la somme de 1 972,50 euros TTC ;
- l'ordonnance du 13 mai 2019, par laquelle le président du tribunal administratif de Bordeaux a taxé et liquidé les frais de l'expertise réalisée par le docteur B à la somme de 857,50 euros TTC ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Garaud, représentant la CPAM de la Gironde, de Me Pasquon, représentant M. C et de Me Kociemba représentant le CHU de Bordeaux et la SHAM.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E C, née le 7 juillet 1972, devenue M. A C, a fait l'objet d'une prise en charge pour une dysphorie de genre auprès du groupe transgender du centre hospitalier universitaire de Bordeaux au début de l'année 2006, où il a bénéficié d'un suivi psychiatrique associé à une hormonothérapie durant deux ans. Dans le cadre de sa réassignation sexuelle, M. C a subi une mastectomie le 5 mai 2008, une hystérectomie ainsi qu'une colpectomie le 15 décembre suivant, puis une phalloplastie le 11 mai 2009. Les suites opératoires ont été compliquées par l'apparition de plusieurs fistules nécessitant de nouvelles interventions en vue de les fermer, sans succès sur le long terme. La mise en place de prothèses testiculaires le 1er avril 2011 a quant à elle été suivie d'une désunion de suture d'une extérioration des prothèses, nécessitant une ablation de celles-ci le 23 avril 2013. Puis, le 7 février et le 10 juillet 2018, M. C a été opéré pour recentrage de la phalloplastie avec urétérostomie périnéale au centre hospitalier de Lyon Sud, dont les suites opératoires ont été simples.
2. Par une ordonnance du 19 septembre 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a ordonné la tenue d'une expertise en désignant un chirurgien plastique pouvant s'adjoindre d'un sapiteur urologue et a rejeté les conclusions présentées par M. C tendant à ce que le centre hospitalier universitaire de Bordeaux soit condamné à lui verser une provision en réparation de son préjudice. Le rapport d'expertise a été rendu le 10 mai 2019. Par des courriers respectivement du 23 juin 2020 et du 9 septembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Gironde et M. C ont saisi le centre hospitalier universitaire de Bordeaux de deux demandes d'indemnisation de leurs préjudices qui ont été implicitement rejetées. Par une requête n°2102963, la CPAM de Gironde demande au tribunal de condamner in solidum le centre hospitalier universitaire de Bordeaux et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser une somme de 184 217,87 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour son assuré M. A C, ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion. Par une requête n°2106447, M. C demande, d'une part, de condamner in solidum le centre hospitalier universitaire de Bordeaux et la SHAM à lui verser la somme totale de 143 553,29 euros en réparation des préjudices résultant des fautes commises lors de sa prise en charge, d'autre part, d'ordonner un complément d'expertise médicale sur l'existence d'une infection nosocomiale et de condamner in solidum le centre hospitalier universitaire de Bordeaux et la SHAM à lui verser à ce titre une indemnité provisionnelle de 20 000 euros en cas de contre-expertise.
Sur la jonction :
3. Les requêtes n°s 2102963 et 2106447 présentées pour la CPAM de la Gironde et pour M. C présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
4. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 novembre 2022, ses conclusions relatives à son admission provisoire à cette aide sont sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation :
5. La décision implicite par laquelle le centre hospitalier universitaire de Bordeaux a rejeté la demande indemnitaire préalable de la CPAM de la Gironde a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande indemnitaire. En formulant les conclusions indemnitaires analysées ci-dessus, la CPAM de la Gironde a donné à l'ensemble de sa requête le caractère de recours de plein contentieux. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Bordeaux :
En ce qui concerne la prise en charge médicale :
6. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise qu'après l'échec des différentes tentatives de fermeture par lambeaux des fistules par le chirurgien plastique du centre hospitalier universitaire de Bordeaux, M. C a été opéré dans le service de chirurgie urologique du centre hospitalier de Lyon Sud pour recentrage de la phalloplastie avec urétérostomie périnéale. Les suites opératoires ont été marquées par la disparition définitive des fistules sept mois après cette intervention, en septembre 2018.
8. Dans son rapport, l'expert judiciaire retient que la cicatrisation sans fistule doit pouvoir être obtenue dans un délai de deux à trois ans après le geste initial et qu'au-delà d'un tel délai, l'intervention d'un chirurgien urologue est nécessaire. Il considère que M. C aurait dû être confié à un chirurgien urologue connaissant les difficultés des techniques de la phalloplastie et indique que la prise en charge n'a pas été optimale, ni conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science. Il conclut que la cicatrisation aurait dû être obtenue durant l'été 2012. En défense, le centre hospitalier universitaire de Bordeaux fait valoir que la prise en charge de M. C a été réalisée par une équipe pluridisciplinaire au sein de laquelle se trouve un chirurgien urologue, qui a notamment opéré le patient d'une hystérectomie avec colpectomie et annexectomie le 15 décembre 2008, et soutient qu'il n'existe dans la littérature scientifique ni délai moyen de cicatrisation après une phalloplastie, ni stratégie thérapeutique, et qu'une telle intervention, très complexe, est réalisée par seulement quatre hôpitaux en France. Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux fait également valoir en défense que le centre hospitalier de Lyon a utilisé une technique de chirurgie plastique et non un geste endoscopique caractéristique des services de chirurgies urologiques classiques et que la guérison du patient est liée à la spécialisation de l'établissement dans ce type d'intervention particulière.
9. Il résulte de l'instruction qu'au regard de la persistance des fistules dans les suites de la phalloplastie réalisée le 11 mai 2009, M. C n'a été adressé au chirurgien urologue membre du programme transgender que le 9 septembre 2015, pour une consultation le 25 septembre suivant. Dans ces conditions, compte tenu de la persistance des fistules au-delà d'un délai de trois ans après l'intervention initiale réalisée le 11 mai 2009, le retard d'orientation de M. C vers un chirurgien urologue spécialisé dans les chirurgies de réassignation sexuelle constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
10. En deuxième lieu, M. C soutient que la phalloplasie par transfert libre de lambeau antebrachial n'a pas été réalisée conformément aux règles de l'art et fait valoir que celle-ci a été mal positionnée. Si dans sa réponse aux dires de l'avocate de M. C l'expert judiciaire indique qu'il n'y avait pas de malposition initiale puisque la sonde urinaire mise en place assurait la continuité urétrale, il relevait pourtant dans un premier temps qu'une malposition partielle était à l'origine de l'apparition des fistules et que celle-ci avait été corrigée par la dernière intervention réalisée au centre hospitalier universitaire de Lyon. Dans son courrier du 8 septembre 2017, le docteur H notait également un positionnement trop bas de la phalloplastie ainsi qu'une partie très extériorisée et très affinée à la base qui empêche la pose de prothèse et ne permet pas de rendre l'intervention fonctionnelle. Il résulte également de l'instruction que dès le mois de septembre 2018, M. C ne présentait plus de fistule, soit près de sept mois après l'intervention chirurgicale de repositionnement de la phalloplastie et mise à plat des fistules. Si les fistules sont constitutives d'un risque connu de la phalloplastie, leur persistance huit ans après l'intervention initiale et leur guérison dans les suites opératoires de l'intervention de correction du positionnement de la phalloplastie permettent de caractériser une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
11. En troisième lieu, aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement () n'est pas engagée (), une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique () / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". L'article L. 1142-1-1 du même code prévoit que : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales () correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article D. 1142-1 dudit code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 % ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial, une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
12. M. C soutient que l'échec de l'implantation des prothèses testiculaires et péniennes résulte de la mauvaise prise en charge des fistules et ne peut être considéré comme un aléa thérapeutique. Cependant, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les interventions avec tentative d'implantation prothétiques et le traitement des complications secondaires à l'extérioration de celles-ci ne présentent pas d'anomalie et correspondent aux normes actuelles de la science médicale avec l'aléa thérapeutique habituel. Dans ces conditions, aucune faute du centre hospitalier universitaire de Bordeaux ne peut être retenue dans la réalisation de ces interventions, ni la prise en charge des suites opératoires de celles-ci.
13. Il résulte toutefois de l'instruction que M. C a présenté deux infections qualifiées de nosocomiales par l'expert au cours de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux, l'une au cours de la pose de prothèses testiculaires avec présence d'un abcès sus-vésical justifiant la pose d'un cathéter sus-pubien lors de son hospitalisation du 14 septembre 2011 au 2 novembre 2011 et l'autre le 23 avril 2013 suite à la pose d'une prothèse pénienne. Compte tenu du délai d'apparition des infections suite aux tentatives de pose de prothèses, il y a lieu de considérer que ces infections se sont produites au décours des opérations citées et constituent dès lors des infections nosocomiales qui sont la cause des échecs d'implantation des prothèses testiculaires et péniennes de M. C. Dans ces conditions, et dès lors que le déficit fonctionnel permanent de M. C est inférieur au seuil de 25% prévu par les dispositions précitées et que le centre hospitalier universitaire de Bordeaux ne relève pas de cause étrangère, il appartient au centre hospitalier d'indemniser M. C des préjudices subis par lui en lien avec ces infections.
14. Enfin, si M. C a continué son intoxication tabagique dans les suites opératoires en dépit des informations qui lui ont été délivrées quant aux risques d'échec de la cicatrisation et des recommandations faites en ce sens par le chirurgien esthétique, il ne résulte pas de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que cela lui aurait fait perte une chance d'échapper au dommage.
En ce qui concerne le défaut d'information :
15. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser ". En application de ces dispositions, doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
16. L'article L. 6322-2 du même code dispose que : " Pour toute prestation de chirurgie esthétique, la personne concernée, et, s'il y a lieu, son représentant légal s'il s'agit d'un mineur, son mandataire dans le cadre du mandat de protection future, la personne exerçant l'habilitation familiale ou son tuteur lorsque leur mission de représentation s'étend à la protection de la personne, doivent être informés par le praticien responsable des conditions de l'intervention, des risques et des éventuelles conséquences et complications. () ". Il en résulte qu'en matière de chirurgie esthétique, le praticien est tenu d'une obligation d'information particulièrement étendue à l'égard de son client et qui doit porter sur les risques et inconvénients de toute nature susceptibles de résulter de l'acte envisagé.
17. Si M. C soutient qu'aucune information conforme aux dispositions de l'article L. 6322-2 du code de la santé publique ne lui a été délivrée avant la phalloplastie du 11 mai 2009 et les interventions de greffes de peau nécessaires à cette opération, il résulte de l'instruction qu'il n'a pas subi d'intervention de chirurgie esthétique, mais une opération à visée thérapeutique et reconstructrice, ainsi qu'en atteste sa prise en charge par la sécurité sociale. Par suite, M. C n'est donc pas fondé à se prévaloir desdites dispositions et seuls les risques connus qui présentent une fréquence statistique significative ou revêtent le caractère de risques graves, ainsi que les éventuelles alternatives thérapeutiques moins risquées, devaient être portés à sa connaissance dans les conditions fixées à l'article L. 1111-2 du code de la santé publique.
18. L'expert judiciaire déduit de la durée de la prise en charge de M. C au sein du programme transgender pendant 24 mois, de son caractère pluridisciplinaire et du courrier de son médecin généraliste du 28 mars 2006 aux termes duquel ce dernier lui aurait expliqué les difficultés et la longueur des démarches, que le patient aurait nécessairement reçu une information suffisante sur les risques et les alternatives thérapeutiques à la phalloplastie. Il résulte cependant de l'instruction que si M. C a signé plusieurs formulaires de consentement éclairé produits à l'instance, plusieurs de ces documents, qui sont pour la plupart incomplets, non-datés et ne précisent pas les risques encourus, ne permettent pas d'identifier l'intervention à laquelle ils se rapportent et notamment d'identifier la phalloplastie intervenue le 11 mai 2009, ni les opérations de greffes de peau nécessaires à celle-ci. Enfin, s'il est constant que M. C a été suivi au sein du programme trangender, aucun document produit à l'instance ne permet d'identifier les consultations préopératoires qu'il aurait suivies ni les spécialistes avec lesquels il aurait pu s'entretenir et ainsi déduire que des informations suffisantes lui auraient été communiquées quant aux risques de fistules et de cicatrices. Dans ces conditions, le défaut d'information préalablement à la phalloplastie et aux interventions nécessaires à celle-ci doit être retenu.
19. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
20. M. C fait valoir que ce défaut d'information, quant aux risques et aux alternatives thérapeutiques liées à la phalloplastie et aux greffes de peau afférentes, a entraîné pour lui une perte de chance de renoncer à l'intervention. Cependant, antérieurement à cette opération réalisée le 11 mai 2009, M. C s'était engagé dans un parcours de transition après orientation de son médecin généraliste par un courrier du 28 mars 2006. Ce parcours, d'une durée de deux ans, s'était accompagné d'une hormonothérapie dès 2006 ainsi que d'un suivi psychiatrique afin de prendre en compte le retentissement psychique entraîné par les transformations du corps. Dans ces conditions, au regard du fait que M. C était déjà très engagé dans sa démarche de réassignation de genre, il ne résulte pas de l'instruction que ce défaut d'information lui ait fait perdre une chance de se soustraire à la survenance du risque.
21. Toutefois, indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.
22. M. C est fondé à demander la réparation intégrale du préjudice d'impréparation résultant d'un défaut d'information.
Sur les préjudices :
23. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que l'état de santé de M. C est consolidé au 7 février 2019, soit un an après la dernière intervention de repositionnement de la phalloplastie.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des dépenses de santé :
24. Il résulte de l'instruction que M. C a engagé des frais à hauteur de 208 euros correspondant à un reste à charge lors de son hospitalisation au centre hospitalier universitaire de Lyon du 6 au 7 février 2018. Il y a lieu de mettre cette somme à la charge du centre hospitalier universitaire de Bordeaux. En revanche, si M. C fait valoir qu'il a également dû régler une somme de 31,32 euros au titre des frais de recouvrement par huissier de justice, il n'établit pas le lien de causalité entre ces frais et les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
25. M. C fait valoir qu'il engage chaque mois la somme de 100 euros pour l'achat de protection du fait des incontinences urinaires qu'il présente. Cependant, il ne résulte pas de l'instruction que ces incontinences présenteraient un lien avec les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
S'agissant des frais divers :
26. Il résulte de l'instruction que M. C a engagé des frais de médecin-conseil à hauteur de 375 euros. Il y a lieu de mettre ces frais à la charge du centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
27. Il résulte de l'instruction que M. C a été contraint de consulter plusieurs professionnels de santé à Paris le 24 mars 2016 puis à Lyon en février 2018, en juillet 2018 et en septembre 2021 et qu'il a engagé des frais de déplacement, de repas et d'hébergement. Il résulte toutefois de l'instruction que ses frais de transport entre le 8 juillet 2017 et le 11 juillet 2018 ont été pris en charge par la CPAM de la Gironde. Dans ces conditions, M. C est seulement fondé à solliciter le remboursement de la somme globale restant à sa charge de 1 511,80 euros.
28. Enfin, les frais engagés par M. C pour la réalisation d'un tatouage ne présentent pas de lien avec les fautes du centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
S'agissant de l'assistance tierce personne :
29. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. C a justifié qu'il bénéficie d'une aide-ménagère à raison de quatre heures par jour pendant les périodes de convalescence post-opératoires de quinze jours pour le ménage, les soins d'hygiène et la préparation des repas. Compte tenu des périodes d'hospitalisation en lien avec les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux du 22 avril au 2 mai 2013, du 15 janvier 2014 au 28 janvier 2014 et du 10 mai 2015 au 19 mai 2015 pour refermer les fistules, puis du 6 au 8 février 2018 et du 9 au 11 juillet 2018 au centre hospitalier de Lyon pour la reprise de la phalloplastie, et eu égard au montant horaire du SMIC incluant les charges sociales et les congés payés sur 412 jours annuels, le préjudice exposé doit être évalué à la somme de 4 581,67 euros.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
30. M. C sollicite l'indemnisation de l'incidence professionnelle que lui ont causé les fautes médicales commises par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Il fait valoir qu'il présente des séquelles caractérisées par des souffrances psychologiques importantes, une prise de poids de trente kilos ainsi que des manifestations d'œdème de Quincke, et précise qu'il a été placé en invalidité et qu'il bénéfice à ce titre de l'allocation aux adultes handicapés. Toutefois, si M. C fait valoir qu'il avait quitté son emploi au cours de l'année 2008 avec la perspective de reprendre une activité professionnelle une fois sa réassignation achevée, mais qu'il n'a pas pu retrouver d'activité depuis, il résulte de l'instruction et notamment des trois bulletins de salaire produits pour les mois d'avril, mai et juin 2008 que l'intéressé était en arrêt maladie antérieurement aux premières interventions chirurgicales. Dans ces conditions, M. C n'établit ni la réalité de son préjudice, ni que celui-ci présenterait un lien avec les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
31. Il résulte de l'instruction que M. C a été hospitalisé du 22 avril au 2 mai 2013 pour la reprise de la pose des prothèses, du 15 au 28 janvier 2014 et du 10 au 19 mai 2015 pour refermer les fistules puis du 6 au 8 février 2018 et du 9 au 11 juillet 2018 au centre hospitalier de Lyon pour la reprise de la phalloplastie, ainsi que le 20 juillet 2018 pour le retrait du cathéter. Si l'expert retient la période d'hospitalisation du 13 au 24 décembre 2012 dans l'évaluation des préjudices de M. C, il résulte de l'instruction que cette période correspond à la pose initiale des prothèses testiculaires et pénienne qui ne présente pas de lien avec les fautes relevées. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en mettant à la charge du centre hospitalier universitaire de Bordeaux la somme de 1 300 euros.
Quant aux souffrances endurées :
32. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. C en lien avec les fautes commises ont été évaluées à 5 sur une échelle de 7 par l'expert judiciaire au regard des nombreuses interventions chirurgicales subies par le requérant, les soins douloureux post-opératoires qui ont dû lui être prodigués ainsi que la souffrance psychologique qu'il a présentée dans les suites de ces interventions, tout en tenant compte du contexte psychologique difficile qui accompagne ce type de transformation corporelle. Il sera fait une juste appréciation du préjudice afférent, eu égard notamment à sa durée, en l'évaluation à la somme de 16 000 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
33. M. C fait valoir que l'expert n'a pas tenu compte de son état antérieurement à l'intervention chirurgicale du 7 février 2018 pour évaluer ses préjudices. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'expert a relevé que M. C avait présenté un préjudice esthétique temporaire caractérisé par la persistance de fistules urinaires, le rétrécissement de la base de la verge, la malposition de celle-ci, la présence de cicatrices liées aux prélèvements de lambeau de gracilis au niveau de la cuisse droite et du lâchage de sutures de fistules dans la région périnéale et a évalué son préjudice esthétique temporaire à 4 sur une échelle de 7. Eu égard à la durée de ce préjudice, il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 9 000 euros.
Quant au préjudice sexuel temporaire :
34. Il résulte de l'instruction que M. C a présenté un préjudice sexuel temporaire caractérisé par une baisse de libido et l'absence de prothèse pénienne. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu de sa durée, en l'évaluant à hauteur de 3 000 euros.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
35. L'expert judiciaire a considéré que M. C présentait un déficit fonctionnel permanent de 6% caractérisé par les séquelles cicatricielles liées aux reprises chirurgicales en lien avec les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux, ainsi que les souffrances psychologiques subies. M. C fait valoir que ses préjudices ont été sous-estimés et précise qu'il n'a plus de pince des trois premiers doigts de la main gauche ainsi qu'une baisse de force significative, et qu'il présente des troubles urinaires ainsi qu'une instabilité vésicale. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces troubles, secondaires à l'intervention initiale de phalloplastie, présentent un lien avec les fautes du centre hospitalier. Enfin, si M. C fait valoir qu'il souffre de troubles anxieux réactionnels et d'une perte d'estime de soi, il résulte de l'instruction que les souffrances morales ont été prises en compte par l'expert dans l'évaluation du préjudice. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice à la somme de 6 000 euros.
Quant au préjudice esthétique :
36. Il résulte de l'instruction que M. C présente, en lien avec les fautes du centre hospitalier universitaire de Bordeaux, une rotation vers la droite avec rétractation partielle de la néoverge, une cicatrice visible à la base de la verge et une cicatrice secondaire au prélèvement de lambeau de gracilis, rendu nécessaire par la reprise chirurgicale de la phalloplastie, pour lesquelles l'expert a évalué son préjudice à 2 sur une échelle de 7. Si l'intéressé fait valoir qu'il présente également une cicatrice inesthétique au niveau de l'avant-bras gauche il résulte de l'instruction que celle-ci est inhérente à la technique utilisée pour la phalloplastie de prélèvement de lambeau antébrachial et ne présentait pas de caractère fautif. De même, la circonstance que le lambeau de peau utilisé pour la greffe n'ait pas fait l'objet d'un détatouage afin de préserver ses qualités vasculaires est sans lien avec les fautes commises. Enfin, les préjudices invoqués par le requérant concernant la mastectomie ne présentent pas de lien avec les fautes relevées. Enfin, si M. C fait valoir qu'il présente une forte prise de poids de près de 30 kilogrammes depuis 2015, qu'il impute notamment à la prise d'anxiolytiques, il ne l'établit pas. Il y a lieu de faire une juste appréciation de préjudice, évalué à 2 sur une échelle de 7, en allouant la somme de 2 000 euros.
Quant au préjudice sexuel :
37. M. C fait valoir qu'il a subi un préjudice sexuel jusqu'au 29 septembre 2021, date à laquelle il a bénéficié de la pose de prothèses testiculaires et péniennes. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le requérant présente un préjudice sexuel en lien avec les fautes du centre hospitalier universitaire de Bordeaux du fait de la perte de libido qui doit être évalué à la somme de 1 500 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
38. M. C se prévaut d'un préjudice d'agrément lié à l'impossibilité pour lui de s'adonner à la musculation et à la pratique de la guitare du fait des séquelles présentées au niveau de son avant-bras gauche. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ce préjudice, à le supposer avéré, présenterait un lien avec les fautes du centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
Quant au préjudice d'impréparation :
39. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'impréparation et notamment de la souffrance morale subie par le requérant du fait du défaut d'information concernant les conséquences de la phalloplastie du 11 mai 2009 et des greffes de peau afférentes, en condamnant le centre hospitalier universitaire de Bordeaux à lui verser à ce titre une somme de 3 000 euros.
40. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une contre-expertise, que le centre hospitalier universitaire de Bordeaux et la SHAM sont condamnés à verser la somme de 48 476,47 euros à M. C en réparation de ses préjudices.
Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde :
41. Il résulte des pièces produites par la CPAM, et notamment de l'attestation d'imputabilité établie par son médecin-conseil, qu'elle établit avoir exposé en lien avec les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux des frais hospitaliers du 22 avril au 2 mai 2013, du 15 au 28 janvier 2014, du 10 au 19 mai 2015, du 6 au 8 février 2018 et du 9 au 11 juillet 2018 ainsi que des frais médicaux, pharmaceutiques, d'appareillages et de transport entre le 8 septembre 2017 et le 11 juillet 2018. L'hospitalisation du 13 au 24 décembre 2012 ne présente quant à lui pas de lien avec les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Enfin, il y a lieu de déduire les frais de franchise laissés à la charge de M. C. Par suite, le montant imputable doit être fixé à la somme totale 103 019 euros.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
42. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté. L'article 1er de l'arrêté susvisé du 15 décembre 2022 fixe les montants minimum et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à respectivement 115 euros et 1 162 euros.
43. Eu égard au montant des sommes accordées à la CPAM de la Gironde tel que mentionné au point 40 du présent jugement, cette caisse a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour le montant de 1 162 euros, soit le montant maximum fixé, à la date du présent jugement, par l'arrêté interministériel du 15 décembre 2022.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
44. La CPAM de la Gironde a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes qui lui sont attribuées à compter de la date de notification du présent jugement. Toutefois, et dès lors qu'à la date du présent jugement il n'était pas dû une année d'intérêts, il y a lieu de rejeter la demande présentée par la CPAM de la Gironde tendant à ce que lui soit allouée la capitalisation des intérêts, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil.
Sur les dépens :
45. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.
46. En premier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais des expertises taxés et liquidés par des ordonnances du 13 mai 2019 du juge des référés du tribunal à la somme de 1 972,50 euros en ce qui concerne les honoraires et frais de l'expert et à la somme de 857,50 euros en ce qui concerne les honoraires et frais du sapiteur, à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
47. En second lieu, si M. C fait valoir qu'il a été contraint d'engager des frais pour se rendre aux opérations d'expertise le 15 janvier 2019 au centre hospitalier universitaire d'Angers, il n'apporte aucun élément permettant de l'établir.
Sur les frais liés au litige :
48. M. C ne justifie pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dès lors, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
49. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge in solidum du centre hospitalier universitaire de Bordeaux et de la SHAM la somme de 1 000 euros au profit de la CPAM de la Gironde en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que la somme de 13 euros au titre du droit de plaidoirie.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux et la SHAM sont condamnés in solidum à verser à M. C la somme globale de 48 478,47 euros en réparation de son préjudice.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux et la SHAM sont condamnés in solidum à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde la somme globale de 103 019 euros au titre des débours qu'elle a exposés.
Article 4 : Le montant de l'indemnité forfaitaire de gestion que le centre hospitalier universitaire de Bordeaux et la SHAM verseront à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde est fixé à la somme de 1 162 euros.
Article 5 : Les frais et honoraires des expertises, taxés et liquidés à la somme de 1 972,50 euros en ce qui concerne l'expert et à la somme de 857,50 euros en ce qui concerne le sapiteur, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Bordeaux et de la SHAM.
Article 6 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux et la SHAM verseront in solidum à la CPAM la somme de 1 013 euros au titre des frais de procès et de plaidoirie.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde, au centre hospitalier universitaire de Bordeaux, à la société hospitalière d'assurances mutuelles, à Me Marie-Balloy et à M. A C. Copie du jugement sera adressée au docteur F G et au docteur D B.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,
- Mme de Gélas, première conseillère,
- Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La rapporteure,
M. BALLANGER
La première conseillère
faisant fonction de présidente,
B. MOLINA-ANDREO
La greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2102963 ; 2106447
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026