lundi 31 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2103058 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LE ROY-GOURVENNEC-PRIEUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juin 2021, M. B et la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France (MAIF), représentés par Me Schontz, demandent au tribunal :
1°) d'annuler le refus du département de la Gironde de réaliser les travaux de réfection de la voirie départementale n°109 au droit de sa maison d'habitation dans la commune de Pujols-sur-Ciron (Gironde) et de condamner celui-ci à verser à M. B une somme de 1 618,51 euros et à la MAIF une somme de 1 448 euros, à titre indemnitaire ;
2°) d'enjoindre au département de réaliser les travaux litigieux ;
3°) de mettre à la charge du département de la Gironde la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la dégradation du mur de la maison d'habitation est causée par le défaut d'entretien normal de la voirie départementale ;
- le préjudice matériel subi s'élève à la somme de 1 566,51 euros dont 1 448 euros doivent être versés à la MAIF, subrogée dans les droits de M. B et le reste, 118,51 euros, à celui-ci ;
- le préjudice de trouble de jouissance subi par M. B s'élève à la somme de 1 500 euros.
Par un mémoire enregistré le 2 septembre 2022, le département de la Gironde, représenté par le cabinet le Roy Gourvennec Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B et de la MAIF, chacun.
Il soutient que :
- il n'existe aucun lien de causalité entre les dommages allégués par M. B et le défaut d'entretien de la voirie départementale ;
- le dommage allégué n'est pas anormalement grave ni spécial ;
- le préjudice allégué n'est pas établi ;
- les dommages allégués ont été causés par la propre faute de la victime.
Un mémoire présenté pour M. B et la MAIF a été enregistré le 13 octobre 2022, mais n'a pas été communiqué.
Par ordonnance du 28 septembre 2022 la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 14 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Béroujon, rapporteur,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Schontz, représentant M. B et la MAIF, et de Me Dumontet, représentant le conseil départemental de la Gironde.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est propriétaire d'une maison à usage d'habitation située 2 route de Preignac, en bordure de la route départementale n°109 sur la commune de Pujols-sur-Ciron (Gironde). Suite aux dégradations du mur de sa maison d'habitation, la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France (MAIF) l'a indemnisé d'une somme de 1 448 euros et se trouve ainsi subrogée, à hauteur de cette somme, dans les droits de son assuré. Par la présente requête, M. B et son assureur demandent la condamnation du département de la Gironde à leur verser une somme globale de 2 998 euros.
Sur la responsabilité du département de la Gironde :
2. Pour obtenir réparation des préjudices qu'ils ont subis, les administrés qui ont la qualité de tiers par rapport à une opération de travaux publics, au fonctionnement ou à la présence d'un ouvrage public doivent démontrer d'une part le caractère anormal du dommage qu'ils invoquent et, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité entre ce dommage et le travail public. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse sur lui, il incombe au maître de l'ouvrage d'établir soit la faute de la victime, soit l'existence d'un évènement de force majeure.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport contradictoire de l'expert du 12 mai 2020 missionné par la MAIF et du constat d'huissier réalisé le 4 décembre 2020, qu'au pied du mur de la maison d'habitation de M. B, la chaussée de la route départementale n°109 est déformée et que par temps de pluie, d'importantes flaques d'eau se forment au niveau de cette déformation, ce qui entraîne, lors du passage des véhicules, des projections d'eau en façade générant des dépôts de salissure et le développement de mousse sur la façade et la clôture de l'habitation. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme rapportant la preuve du lien de causalité qui lui incombe entre l'ouvrage public et les dommages dont il se plaint.
4. Alors même que la réparation proposée par l'expert est d'un coût modéré, par leur nature, les désordres qui ne concernent que l'immeuble de M. B excèdent ce qu'un riverain d'une voie publique doit supporter du fait de cet ouvrage et présentent donc par voie de conséquence un caractère anormalement grave et spécial. Par suite, M. B est fondé à demander la réparation des préjudices causés par les projections d'eau causées par le défaut d'entretien de la voie départementale n° 109 au droit de sa maison d'habitation.
5. Le conseil départemental de la Gironde fait valoir que le préjudice est causé par la faute de la victime en raison du déversement sur la chaussée de ses eaux pluviales. Il résulte toutefois de l'instruction que M. B a réalisé des travaux de mise en conformité de son réseau d'évacuation des eaux pluviales en 2017 et que les désordres ont perduré, ainsi que cela ressort tant du rapport d'expertise du 12 mai 2020 que du constat d'huissier du 4 décembre 2020. Ce déversement, qui s'est interrompu en 2017, ne peut donc être regardé comme la cause, en 2020, de la déformation de la chaussée et des flaques dont la projection endommage le mur de la maison d'habitation. Dans ces conditions, la responsabilité du département de la Gironde se trouve engagée à l'égard de M. B pour les dommages causés à sa maison d'habitation du fait de la déformation de la chaussée de la voie départementale n° 109.
Sur les préjudices :
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le coût des travaux nécessaires pour remédier aux désordres s'élève à la somme de 1 573 euros. La MAIF justifie être subrogée dans les droits de M. B pour la réparation de ce préjudice à hauteur de 1 448 euros. Par suite, le département de la Gironde devra verser une somme de 1 448 euros à celle-ci ainsi que les frais de franchise dont M. B réclame le remboursement à hauteur de 118,51 euros.
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise contradictoire, que, de 2017 à 2022, M. B a subi des projections d'eaux pluviales régulières sur le mur façade et la clôture de son habitation, et a vécu avec le mur façade et la clôture de son habitation présentant, de manière récurrente, des tâches de saleté ainsi que de la moisissure. Il sera fait une juste appréciation de ce trouble de jouissance en lui allouant une somme de 500 euros, à la charge du département de la Gironde.
Sur la demande d'injonction sous astreinte :
8. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.
9. Pour la mise en œuvre des pouvoirs décrits ci-dessus, il appartient au juge, saisi de conclusions tendant à ce que la responsabilité de la personne publique soit engagée, de se prononcer sur les modalités de la réparation du dommage, au nombre desquelles figure le prononcé d'injonctions, dans les conditions définies au point précédent, alors même que le requérant demanderait l'annulation du refus de la personne publique de mettre fin au dommage, assortie de conclusions aux fins d'injonction à prendre de telles mesures. Dans ce cas, il doit regarder ce refus de la personne publique comme ayant pour seul effet de lier le contentieux.
10. Il résulte de ce qui précède que le refus du département de la Gironde né du silence gardé sur la demande en ce sens formulée par M. B le 2 mars 2021, de réaliser les travaux de mise en conformité de la voirie départementale n° 109 au droit de la maison d'habitation, est illégal et doit être annulé. Il résulte de l'instruction qu'aucun motif d'intérêt général ni aucun droit de tiers ne justifie le refus du département de la Gironde. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au département de la Gironde de réaliser les travaux de réfection de la voirie départementale n° 109 au droit de la maison d'habitation de M. B dans un délai de 6 mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation " ;
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de condamner le département de la Gironde à verser à M. B et à la MAIF une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, les mêmes dispositions font obstacle à ce que M. B et la MAIF soient condamnés à payer au département de la Gironde la somme qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le département de la Gironde versera à M. B la somme de 618,51 euros à titre indemnitaire.
Article 2 : Le département de la Gironde versera à la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France la somme de 1 448 euros à titre indemnitaire.
Article 3 : Le refus du département de la Gironde de réaliser les travaux de mise en conformité de la voirie départementale n° 109 au droit de la maison d'habitation de M. B est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au département de la Gironde de réaliser les travaux de réfection de la voirie départementale n° 109 au droit de la maison d'habitation de M. B dans un délai de 6 mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : Le département de la Gironde versera à M. B et à la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6: Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France et au département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pauziès, président,
M. Béroujon, premier conseiller,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 31 octobre 2022.
Le rapporteur,
F. BÉROUJON Le président,
J.-C. PAUZIÈS
La greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2103058
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026