mercredi 3 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2103280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | AARPI ELEOM MONTPELLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 juin 2021 et 15 septembre 2022, l'association départementale pour adultes et jeunes handicapés B Vienne, représentée par Me Smallwood, demande au tribunal:
1°) d'annuler la décision du 28 avril 2021 par laquelle le président du conseil régional B région Nouvelle-Aquitaine a refusé de lui attribuer l'aide européenne pour les dossiers relatifs à l'installation de chaufferies bois et réseaux de chaleur ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au président B région Nouvelle-Aquitaine de lui délivrer l'aide européenne d'un montant total de 541 290 euros, dans un délai de quinze jours à compter B notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, soit les sommes de :
- 131 454 euros pour le foyer de vie/institut médico-éducatif Roger Godin situé à Vivonne ;
- 101 340 euros pour l'institut médico-éducatif Henri Wallon situé à Châtellerault ;
- 96 480 euros pour le foyer de vie Les Minimes situé à Châtellerault ;
- 212 016 euros pour la maison d'accueil spécialisée du Parc située à Targé ;
3°) d'enjoindre, a minima, au président B région Nouvelle-Aquitaine de lui délivrer l'aide européenne d'un montant de 364 339,31 euros, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, soit les sommes de :
- 125 876,01 euros pour son foyer de vie/institut médico-éducatif Roger Godin situé à Vivonne ;
- 70 338,88 euros pour l'institut médico-éducatif Henri Wallon situé à Châtellerault ;
- 32 360,16 euros pour le foyer de vie Les Minimes situé à Châtellerault ;
- 135 704,26 euros pour la maison d'accueil spécialisée du Parc située à Targé ;
4°) d'enjoindre à minima à cette même autorité, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, de procéder au réexamen de sa demande et de lui attribuer dans le délai d'un mois à compter B notification du jugement à venir des aides européennes à hauteur B somme de 541 290 euros ou à défaut, de 364 339,31 euros ;
5°) de mettre à la charge B Région Nouvelle-Aquitaine la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- faute de justifier d'avoir sollicité pour avis l'instance de consultation des partenaires, la décision est entachée d'un vice de procédure ; le document produit n'est que le rôle B séance et non l'avis motivé. Il n'est pas signé et n'indique pas le nom des personnes présentes dans cette instance.
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que la région se fonde sur une norme inexistante. Le régime d'aide ne lui est pas applicable : elle n'est pas une entreprise car elle ne propose aucun service rémunéré et ses missions sont financées par les autorités de tarification. Par ailleurs, aucun autre organisme n'est positionné sur le territoire pour ce type d'établissement. Elle n'exerce pas une activité lucrative sur le plan fiscal ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure dès lors qu'elle n'a jamais été informée d'une interdiction de cumul.
Par un mémoire enregistré le 1er août 2022, la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet B requête.
Elle fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.
- le règlement n° 1303/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;
- le règlement délégué n° 480/2014 B Commission européenne du 3 mars 2014 ;
- le règlement délégué n° 532/2014 B Commission européenne du 13 mars 2014 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2016-279 du 8 mars 2016 ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Paz,
- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lefaire, représentant l'association départementale pour adultes et jeunes handicapés B Vienne.
Considérant ce qui suit :
1. L'association départementale pour adultes et jeunes handicapés (A) B Vienne a déposé en mars 2017 une demande d'octroi d'aides européennes au titre du programme opérationnel FEDER/FSE Poitou-Charentes 2014/2020 pour les dossiers relatifs à l'installation de chaufferies bois et réseaux de chaleur à la maison d'accueil spécialisé du parc à Targé à hauteur de 212 016 euros, au foyer de vie Les Minimes à Châtellerault à hauteur de 96 480 euros, à l'institut médico-éducatif Roger Godin à Vivonne à hauteur de 131 454 euros et à l'institut médico-éducatif Henri Wallon à Châtellerault à hauteur de 101 340 euros, soit un montant total de 541 290 euros. Par une décision du 18 juillet 2019, le président B région Nouvelle-Aquitaine a rejeté sa demande. A la demande de l'APAJH B Vienne, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé cette décision par un jugement du 11 janvier 2021 et a enjoint au président du conseil régional B Nouvelle Aquitaine de procéder au réexamen B demande. C'est dans ce contexte que la région Nouvelle Aquitaine a de nouveau refusé cette subvention au titre du programme opérationnel FEDER/FSE précité, par une décision du 28 avril 2021, dont l'association requérante demande l'annulation.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 107 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " Sauf dérogations prévues par les traités, sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États ou au moyen de ressources d'État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions. ". Aux termes de l'article L. 1511-1-1 du code général des collectivités territoriales : " L'Etat notifie à la Commission européenne les projets d'aides ou de régimes d'aides que les collectivités territoriales et leurs groupements souhaitent mettre en œuvre sous réserve de leur compatibilité avec les stratégies de développement de l'Etat, telles qu'elles sont arrêtées en comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire. / () Les obligations résultant B procédure prévue à l'article 88 du traité instituant la Communauté européenne et B mise en œuvre des règlements d'exemption pris en application de l'article 89 dudit traité s'imposent aux collectivités territoriales et à leurs groupements lorsqu'elles concernent leurs dispositifs d'aide aux entreprises. ".
3. En vertu B jurisprudence B Cour de justice, la qualification d'aide d'État au sens de l'article 107 du traité suppose la réunion de quatre conditions, à savoir qu'il existe une intervention de l'État ou au moyen de ressources d'État, que cette intervention soit susceptible d'affecter les échanges entre les États membres, qu'elle accorde un avantage sélectif à son bénéficiaire et qu'elle fausse ou menace de fausser la concurrence. Il résulte à ce titre d'une jurisprudence constante B Cour de justice qu'aux fins d'apprécier, parmi les quatre conditions requises, la sélectivité B mesure en cause, il convient d'examiner si, dans le cadre d'un régime juridique donné, ladite mesure constitue un avantage pour certaines entreprises par rapport à d'autres se trouvant, au regard de l'objectif poursuivi par ce régime, dans une situation factuelle et juridique comparable.
4. Aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles : " I. - Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : () 2° Les établissements ou services d'enseignement qui assurent, à titre principal, une éducation adaptée et un accompagnement social ou médico-social aux mineurs ou jeunes adultes handicapés ou présentant des difficultés d'adaptation (). 7° Les établissements et les services, y compris les foyers d'accueil médicalisé, qui accueillent des personnes adultes handicapées, quel que soit leur degré de handicap ou leur âge, ou des personnes atteintes de pathologies chroniques, qui leur apportent à domicile une assistance dans les actes quotidiens B vie, des prestations de soins ou une aide à l'insertion sociale ou bien qui leur assurent un accompagnement médico-social en milieu ouvert (). II. ' Les conditions techniques minimales d'organisation et de fonctionnement des établissements et services relevant des catégories mentionnées au présent article, à l'exception du 12° du I, sont définies par décret après avis B section sociale du Comité national de l'organisation sanitaire et sociale. Les établissements mentionnés aux 1°, 2°, 6° et 7° du I s'organisent en unités de vie favorisant le confort et la qualité de séjour des personnes accueillies, dans des conditions et des délais fixés par décret (). III. ' Les lieux de vie et d'accueil qui ne constituent pas des établissements et services sociaux ou médico-sociaux au sens du I doivent faire application des articles L. 311-4 à L. 311-8. Ils sont également soumis à l'autorisation mentionnée à l'article L. 313-1 et aux dispositions des articles L. 313-13 à L. 313-25, dès lors qu'ils ne relèvent ni des dispositions prévues au titre II du livre IV relatives aux assistants maternels, ni de celles relatives aux particuliers accueillant des personnes âgées ou handicapées prévues au titre IV dudit livre. Un décret fixe le nombre minimal et maximal des personnes que ces structures peuvent accueillir et leurs règles de financement et de tarification (). ".
5. Pour rejeter la demande d'attribution d'aides européennes à l'association requérante, le président du conseil régional s'est fondé sur un unique motif tiré B méconnaissance du régime d'aide d'Etat et B circonstance que le niveau de financement, en tenant compte des aides B région et de l'ADEME précédemment accordées, était atteint.
6. Il ressort des pièces du dossier que l'association A 86, reconnue utilité publique, assure au sein du département B Vienne, la gestion de nombreux établissements et services sociaux et médico-sociaux et emploie 539 salariés. Ainsi qu'elle le fait valoir, ses missions sont entièrement financées par les autorités de tarification concernées et l'admission des personnes en situation de handicap est prononcée sur décision d'orientation B commission des droits de l'autonomie et des personnes handicapées. L'octroi de subventions FEDER dans le but de mettre en place des chaufferies afin d'améliorer les performances énergétiques de d'établissements sociaux ou médicaux sociaux et de favoriser le confort et la qualité de séjour des personnes accueillies ne peut être regardée comme accordant un avantage susceptible d'affecter les échanges entre Etats membres, de sorte qu'elle n'a pas le caractère d'une aide d'Etat. Par suite, l'APAJH 86 est fondée à soutenir que le président du conseil régional B Nouvelle-Aquitaine a commis une erreur de droit en refusant l'attribution d'aides européennes pour le motif susmentionné.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'APAJH 86 est fondée à demander l'annulation B décision du 28 avril 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. L'exécution du présent jugement implique que la demande d'attribution d'aides européennes présentée par l'association départementale pour adultes et jeunes handicapés B Vienne soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la région Nouvelle-Aquitaine de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter B notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge B région Nouvelle-Aquitaine, qui est dans la présente instance la partie perdante, la somme de 1 500 euros au profit de l'APAJH 86 au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 28 avril 2021 est annulée.
Article 2 : Il y a lieu d'enjoindre à la région Nouvelle-Aquitaine de procéder au réexamen B demande présentée par l'APAJH 86 dans un délai d'un mois à compter B notification du présent jugement.
Article 3 : La région Nouvelle-Aquitaine versera la somme de 1 500 euros à l'APAJH 86 sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions B requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association départementale pour adultes et jeunes handicapés B Vienne et à la région Nouvelle-Aquitaine.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Zuccarello, présidente,
- Mme De Paz, première conseillère,
- Mme Denys, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.
La rapporteure,
D. DE PAZ
La présidente,
F. ZUCCARELLO
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au préfet B région Nouvelle-Aquitaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution B présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2103280
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026