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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103372

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103372

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103372
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge social
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2021, M. A, représenté par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales à rejeter sa contestation du bien fondé d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 332,70 euros sur la période du 1er septembre au 30 juin 2018 ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales à rejeter sa contestation du bien fondé d'un indu de prime d'activité d'un montant de 1 060,83 euros sur la période du 1er décembre 2019 au 30 juin 2020 ;

3°) d'annuler la décision du 25 juillet 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales à rejeter sa contestation du bien fondé d'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152, 45 euros au titre de l'année 2019 ;

4°) de le décharger de l'obligation de remboursement des indus en cause ;

5°) d'enjoindre au département et à l'Etat de lui restituer les sommes déjà versées ;

6°) de mettre à la charge solidaire du département et de l'Etat la somme de 1 224 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi

du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision relative au revenu de solidarité active a été rendue suivant une procédure irrégulière dès lors que la convention qui a été signée entre le département et la caisse d'allocations familiales ne comporte pas de clause relative à la consultation de la commission de recours amiable privant ainsi les allocataires qui relèvent de son ressort de la garantie pourtant prévue et par voie de conséquence cette décision porte atteinte au principe d'égalité ; cette convention porte atteinte dans cette mesure au droit au recours effectif ;

- la décision relative à l'aide exceptionnelle de fin d'année est irrégulière en ce qu'elle ne comporte aucune signature ;

- les décisions en litige sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- les bases de liquidation des créances en cause n'ont jamais été mentionnées et dès lors la réalité de la dette n'est pas établie ;

- aucune preuve n'est rapportée que l'agent qui a effectué le contrôle de sa situation à l'issue duquel la procédure de recouvrement a été engagée, a été habilité par le directeur de la caisse d'allocations familiales et qu'il était assermenté et agréé ;

- le montant des indus réclamés ne peut qu'être contesté dès lors qu'aucun élément de calcul n'a été communiqué.

Par un mémoire enregistré le 14 juin 2022, la caisse d'allocations familiales de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions de la requête ne sont pas recevables en l'absence de recours préalable dans les conditions prévues par les textes correspondants à chacune des prestations contestées ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 avril 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme B a, au cours de l'audience publique, présenté son rapport.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La caisse d'allocations familiales de la Gironde a demandé à M. A, dans les suites d'un contrôle de sa situation qui s'est déroulé le 26 février 2020, de rembourser des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 9 332,70 euros sur la période du 1er juillet 2018 au 30 juin 2020, de prime d'activité d'un montant de 1 060,83 euros sur la période du 1er décembre 2019 au 30 juin 2020 et, par courrier du 25 juillet 2020 d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros au titre des années 2018 et 2019. Dans la présente requête, M. A conteste le bien-fondé de ses indus mais en ce qui concerne l'aide exceptionnelle de fin d'année, il doit être regardé comme contestant seulement l'indu portant sur l'année 2019.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la caisse d'allocations familiales de la Gironde :

En ce qui concerne le revenu de solidarité active :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A ait adressé au président du conseil départemental le recours administratif visé par l'article L. 262-47 précité. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par la caisse d'allocations familiales ne peut qu'être accueillie.

En ce qui concerne la prime d'activité :

3. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision de récupération d'un indu de prime d'activité ne peut faire l'objet, à peine d'irrecevabilité, d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de la commission de recours amiable. Il ne résulte pas de l'instruction que tel soit le cas. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par la caisse d'allocations familiales ne peut qu'être accueillie.

En ce qui concerne l'aide exceptionnelle de fin d'année :

4. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". Cette obligation s'applique aux décisions prises par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci, en matière de revenu de solidarité active. Les décrets des 27 décembre 2012, 30 décembre 2013 et 30 décembre 2014 relatifs aux aides exceptionnelles de fin d'année attribuées à certains allocataires du revenu de solidarité active prévoient qu'une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de l'année considérée, à condition que les ressources du foyer n'excèdent pas un certain montant. Ils précisent que cette aide est à la charge de l'Etat et versée par l'organisme débiteur du revenu de solidarité active. Cette aide exceptionnelle est ainsi attribuée au nom de l'Etat et, par suite, les litiges relatifs à son attribution ou à la récupération d'un paiement indu à ce titre n'entrent pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

6. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

7. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci (). ". Si la décision en litige comporte le nom, le prénom et la qualité de son auteur, la signature de ce dernier n'y figure pas.

8. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". ll résulte de ces dispositions qu'une décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre notamment de l'aide exceptionnelle de fin d'année doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu. Il résulte de l'instruction que la décision en litige ne mentionne pas le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 prévoyant l'attribution de cette prime. Par suite, M. A est fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.

9. Aucun autre moyen n'est susceptible de justifier l'annulation de la décision attaquée.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à solliciter l'annulation de la décision litigieuse pour les seuls motifs tirés d'un vice de forme.

Sur le bien-fondé de l'indu de prime exceptionnelle d'activité au titre de l'année 2019 :

11. En vertu du décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019, une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul, tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci.

12. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête diligenté le 26 février 2020 qu'au cours de l'année 2019, M. A a perçu un montant de revenus à hauteur de 9 093 euros liés à une activité dissimulée. Les relevés bancaires, consultés par l'agent de contrôle au titre du droit à communication, ont révélé que ces revenus provenaient en particulier de versements Airnb et Mangopay, d'indemnités de chômage ainsi que d'activités salariées effectuées au cours des périodes courant du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2018 et du 9 septembre au 31 décembre 2019 et, au surplus des revenus d'activités non déclarés au cours de l'année 2020 d'une société de transport de luxe dont il était le gérant. Ces relevés ont également fait apparaître des virements depuis avril 2019 à hauteur de 9 300 euros au titre de pension alimentaire versées par sa mère ainsi que le dépôt de chèques en juin 2018 et, par ailleurs en janvier 2020. M. A a perçu également 983 euros au titre d'indemnités lié à un accident du travail en octobre 2019. Il résulte de ce même rapport que M. A percevait le revenu de solidarité active depuis le 24 octobre 2017 et qu'il a bénéficié de ce revenu au cours de l'année 2018 alors que depuis le mois de mai 2018, il n'a pas déclaré les revenus réellement perçus et ses situations professionnelles réelles. Il résulte de l'instruction que la réintégration de l'ensemble des revenus perçus par M. A pour l'année en litige, à l'exception des virements bancaires effectués par sa mère, ont fait apparaitre que le montant des ressources du foyer dépassait le montant forfaitaire fixé pour l'année 2019 à 839,61 euros pour un couple avec un enfant. Dès lors, le couple ne pouvait prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active et donc à l'aide exceptionnelle de fin d'année. Il résulte de ce qui précède que la caisse d'allocations familiales de la Gironde a pu à bon droit estimer que le requérant ne remplissait pas la condition prévue à l'article L. 262-2 requise pour bénéficier de l'aide exceptionnelle de fin d'année et lui réclamer le remboursement de la somme indument perçue. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 juillet 2020 lui notifiant un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 doivent être rejetées. En tout état de cause, les conclusions à fin de décharge de cet indu d'un montant de 152,45 euros ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure.

14. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a seulement lieu d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Gironde de prendre une nouvelle décision dûment motivée relative à l'aide exceptionnelle de fin d'année pour 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la caisse d'allocations familiales de la Gironde du 25 juillet 2020 relative à l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année pour 2019 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de prendre une nouvelle décision dûment motivée relative à l'aide exceptionnelle de fin d'année pour 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées

Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

La magistrate désignée,

P. B La greffière,

C. AHIN

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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