lundi 17 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2103495 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | GATA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juillet 2021, M. B E A, représenté par Me Gata, avocat, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de dire et juger que le département de Gironde a commis une faute en supprimant l'aisance de voirie dont bénéficiait la parcelle cadastrée YA n°78 et en refusant de la rétablir, et porté ainsi atteinte à son droit de propriété ainsi qu'à celui de sa tante, anciennement propriétaire ;
2°) à titre subsidiaire, de dire et juger que le département de la Gironde a engagé sa responsabilité sans faute en supprimant l'aisance de voirie dont bénéficiait la parcelle cadastrée n°78 et en refusant de la rétablir, portant ainsi atteinte à son droit de propriété ainsi qu'à celui de sa tante ;
3°) d'enjoindre au département de la Gironde de rétablir l'aisance de voirie permettant l'accès à la route départementale 674 de la parcelle cadastrée YA n°78 dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
4°) de condamner le département de la Gironde au paiement d'une somme qui ne saurait être inférieure à 80 000 euros au titre des préjudices subis dans la jouissance de sa propriété ;
5°) de mettre à la charge du département de la Gironde la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le département a commis une faute en supprimant en 2005 son aisance de voirie pour accéder à sa parcelle depuis la RD 674 sans concertation ni information préalable de sa propriétaire ;
- il a commis une faute en supprimant son aisance de voirie matérialisée par un busage de six mètres qui n'est pas motivée par des nécessités de sécurité publique, la route étant en ligne droite avec une bonne visibilité ;
- le département a commis une faute en refusant de la rétablir suite à ses demandes à compter de 2016 ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité sans faute du département est engagée du fait du préjudice subi dans la jouissance de sa propriété du fait des travaux de voirie ;
- il est en droit de demander l'indemnisation des préjudices découlant de ces fautes, évalué à 80 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2022, le département de la Gironde, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucune faute ne peut être imputée département de la Gironde et que sa responsabilité sans faute ne peut également pas être engagée et par suite, les préjudices invoqués par le requérant ne sauraient être indemnisés.
Par une ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la voirie routière ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mounic, rapporteure,
- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public,
- les observations de Me Hervouet, substituant Me Gata, représentant M. A et de Mme C, représentant le département de la Gironde.
Considérant ce qui suit :
1. Le département de la Gironde a, lors de travaux d'aménagement de la route départementale (RD) n° 674, édifié en 2005 le long de la parcelle cadastrée section YA n° 78 un muret condamnant l'accès de cette parcelle à la voie publique départementale. Malgré les nombreuses demandes formulées par la précédente propriétaire du terrain, le département de la Gironde a refusé de rétablir cette aisance de voirie. M. B E A, propriétaire de la parcelle en litige depuis le 21 mai 2018, suite à une première requête rejetée pour irrecevabilité par le jugement n°1804962 du 15 octobre 2020 du tribunal administratif a demandé au département de la Gironde, par courrier du 12 mars 2021, réceptionné le 16 mars 2021, l'indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du refus du département de rétablir un accès à la voirie départementale, auquel il n'a pas été répondu, faisant ainsi naître une décision implicite de rejet le 16 mai 2021. Par la présente requête, M. A demande l'indemnisation des préjudices subis du fait du refus qu'il estime fautif du département de lui rétablir l'aisance de voirie depuis sa parcelle.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du département de la Gironde
2. Aux termes de l'article L. 3221-4 du code général des collectivités territoriales : " Le président du conseil départemental gère le domaine du département. A ce titre il exerce les pouvoirs de police afférents à cette gestion, notamment en ce qui concerne la circulation sur ce domaine () ". Aux termes de l'article L. 113-2 du code de la voirie routière : " () l'occupation du domaine public routier n'est autorisée que si elle a fait l'objet, soit d'une permission de voirie dans le cas où elle donne lieu à emprise, soit d'un permis de stationnement dans les autres cas. Ces autorisations sont délivrées à titre précaire et révocable. "
3. Sauf dispositions législatives contraires, les riverains d'une voie publique ont le droit d'accéder librement à leur propriété. L'autorité gestionnaire de la voie, ne peut, conformément aux dispositions du code de la voirie routière, refuser une permission de voirie ou programmer des travaux qui porteraient atteinte au libre accès des riverains à la voie publique, lequel constitue un accessoire du droit de propriété, que si ce refus est justifié par des motifs tirés de la conservation et de la protection du domaine public ou de la sécurité de la circulation sur la voie publique.
4. En premier lieu, le requérant soutient que le département a construit le muret sans aucune concertation ni même information de Mme A, tante du requérant, alors propriétaire du terrain. Or, aucune procédure ne prévoit de concertation ou d'information préalable à la suppression d'un accès riverain. La suppression d'une aisance de voirie n'entre dans aucune des catégories de décision devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. S'agissant d'un droit accessoire au droit de propriété du riverain de la voie publique qui n'est pas octroyé par le gestionnaire de la voirie, sa suppression, par conséquent, ne peut être regardée comme l'abrogation d'un acte créateur de droit ni comme une décision individuelle devant faire l'objet d'une procédure contradictoire. Enfin, il ne s'agit pas d'une décision prise en considération de la personne entrant dans le champ d'application du principe des droits de la défense. Ce moyen doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la RD 674 supporte un trafic moyen journalier compris entre 4 500 et 5 200 véhicules, dont une proportion significative de véhicules poids lourds variant de 2,8% à 3,1%. Il ressort de deux études réalisées en 1997 et 1998 à la demande du département, à savoir un diagnostic de sécurité réalisé par la direction départementale de l'équipement et une étude d'aménagement de sécurité de la traversée de Coutras par la RD 674, qu'il existe, dans le secteur de Laubardemont, une vitesse élevée des véhicules en approche d'un virage assez important en entrée d'agglomération dit D et la nécessité de protéger les piétons, et que le muret remplit ainsi trois fonctions de sécurité : d'une part, contribuer à l'effet de rétrécissement de la bande de roulement, d'autre part, protéger les piétons par l'existence d'un cheminement piéton derrière le muret ; enfin, préserver les véhicules d'une chute dans une partie de la section où il y a un talus important. Dans ces conditions, l'édification du muret est justifiée par des motifs de sécurité de la voirie départementale.
6. Par ailleurs, si la parcelle voisine n°77 a conservé un accès de 4 mètres, interrompant ainsi le muret en litige, il résulte de l'instruction que cette parcelle est enclavée et ne possède pas d'autre accès à la voie publique si ce n'est par la RD 674 alors que la parcelle n°78 n'a jamais été enclavée dès lors qu'elle dispose d'un accès via la halte nautique du Fragnard, classée dans le domaine public communal, et la rue du Fragnard, les parcelles du domaine communal n°4 et n°5 étant désormais classées par la commune dans le domaine public routier de Coutras. Dans ces conditions, aucune rupture d'égalité devant les charges publiques ne saurait être constituée dès lors que les deux parcelles se trouvent dans des situations différentes et la suppression de l'aisance de voirie n'a pas eu pour effet de supprimer au requérant tout accès à sa parcelle.
7. Il résulte de ce qui précède que le président du conseil départemental de la Gironde a fondé la décision attaquée sur un motif d'intérêt général lié à la sécurité de la voirie départementale. Dès lors, en refusant de faire droit à la demande de M. A de rétablir son aisance de voirie, le département de la Gironde n'a pas commis de faute susceptible d'engager sa responsabilité. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par le requérant doivent être rejetées.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute
8. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut se dégager de sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.
9. Le requérant demande à titre subsidiaire l'engagement de la responsabilité sans faute du département de la Gironde pour les dommages subis par la suppression de l'aisance de voirie justifiée par la sécurité publique et du fait qu'il a ainsi été privé de tout accès à la voie publique depuis sa parcelle. Comme évoqué au point 6, le requérant disposait d'un autre accès à sa parcelle et ne démontre pas dès lors pas le caractère anormal et spécial de son préjudice et par suite, n'est pas fondé à rechercher la responsabilité sans faute du département.
10. Il résulte de tout ce qui précède, en l'absence d'engagement de la responsabilité du département de la Gironde, que les conclusions du requérant à fin d'indemnisation doivent être rejetées et par suite celles présentées à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Gironde, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au président du département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 juillet 2023
La rapporteure,
S. MOUNIC
Le président,
Ph. DELVOLVÉ
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2103495
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026