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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103787

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103787

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103787
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge social
Avocat requérantSANCHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2021, Mme A, représentée par Me Sanchez, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette du 16 avril 2021 par lequel un indu de revenu de solidarité active a été mis à sa charge pour un montant de 22 819,78 euros au titre de la période du 1er juin 2016 au 31 mai 2020 ;

2°) de mettre à la charge du conseil départemental de la Gironde une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis des sommes à payer est entaché d'un défaut de motivation ;

- le revenu de solidarité active perçu a été dédié à ses besoins quotidiens et à ceux de ses enfants et elle n'en a pas retiré d'enrichissement personnel ;

- elle n'a jamais été informée que son conjoint percevait des revenus, notamment le revenu de solidarité active et en tout état de cause elle n'en a retiré aucun bénéfice et pas davantage pour ses enfants.

Une mise en demeure a été adressée le 25 juillet 2022 au conseil départemental de la Gironde qui n'a produit aucun mémoire.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

-les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Un contrôle effectué le 4 juin 2020 a révélé que l'activité professionnelle en qualité d'auto entrepreneur du conjoint de la requérante exercée depuis le 26 août 1991 n'avait pas été déclarée. La prise en compte des revenus réellement perçus par le foyer qui ressortaient des relevés de comptes bancaires a alors fait apparaitre notamment un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 22 819,78 euros au titre de la période courant du 1er juin 2018 au 31 mai 2020. Le conseil départemental de la Gironde, chargé du recouvrement de cet indu, a émis un titre de recette le 16 avril 2021. Dans la présente instance, Mme A en demande l'annulation. Elle doit être également regardée comme demandant la remise gracieuse de sa dette.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, en se bornant à soutenir que " les dispositions légales imposent la motivation des décisions administratives qui sont défavorables " et que " cette motivation doit comporter des considérations de droit ou de fait ", sans invoquer la méconnaissance d'une quelconque règle de droit et sans préciser la consistance des manquements susceptibles selon elle d'affecter la régularité de l'avis des sommes à payer pour avoir paiement de la somme de 22 819,78 euros au titre d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active, Mme A n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

3 . En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ".

4. L'article R. 262-23 du même code dispose : " Selon les modalités prévues aux articles R. 262-18 à R. 262-22, le président du conseil départemental arrête l'évaluation des revenus professionnels non salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active. A cet effet, il tient compte, soit à son initiative, soit à la demande de l'intéressé, des éléments de toute nature relatifs aux revenus professionnels de l'intéressé. ".

5. Il résulte de ces dispositions que pour les travailleurs indépendants prétendant à l'allocation du revenu de solidarité active, sont prises en compte toutes les ressources ayant le caractère de revenus professionnels tirés d'une activité salariée ou non salariée ou qui en tiennent lieu, de quelque nature qu'elles soient. La détermination des ressources ayant le caractère de revenus professionnels et les modalités d'évaluation de ces ressources ont été fixés par voie réglementaire. En ce qui concerne l'évaluation des revenus professionnels des travailleurs indépendants, celle-ci est réalisée au vu du dernier chiffre d'affaires annuel connu qui ne doit pas excéder un niveau fixé aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts. C'est sur la base de ce chiffre d'affaires et des éléments de toute nature relatifs aux revenus professionnels de l'intéressé que le président du conseil départemental doit arrêter l'évaluation des revenus professionnels non-salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active.

6. Il résulte de l'instruction qu'une enquête conduite au cours du mois de juin 2020 a révélé que le conjoint de la requérante exerçait une activité professionnelle depuis le 1er novembre 1991, génératrice de revenus en sa qualité d'auto entrepreneur alors que sur les déclarations trimestrielles, il était mentionné une absence de revenus pour le foyer. Les revenus ainsi constatés notamment par l'examen des relevés de comptes bancaires, ont été pris en compte dans le calcul des ressources pour la détermination du montant du revenu de solidarité active. La requérante n'apporte aucun élément tendant à justifier les dépenses qu'elle invoque d'achats de matériaux ni des charges diverses pesant sur l'activité d'auto entrepreneur susceptibles de venir en déduction des sommes retenues. Par suite, c'est à bon droit que le département de la Gironde a procédé à la notification de l'indu en litige d'un montant de 22 819 ,78 euros pour la période du 1er juin 2006 au 31 mai 2020 correspondant au montant total de l'allocation versée à la requérante et à son conjoint sur cette période.

7. Si la requérante invoque la précarité de sa situation, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé de la créance.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation du titre exécutoire émis à son encontre ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur la remise gracieuse :

9. D'une part, l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et l'article R. 262-37 du même code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental (), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause notamment dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

11. Enfin, lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

12. Il résulte de l'instruction que Mme A qui allègue ne pas avoir été informée des revenus de son conjoint, a cependant déclaré dans un courrier du 9 février 2021, produit au dossier, qu'il y avait lieu de prendre en compte les achats liés à l'activité de son conjoint et qu'elle pouvait produire des tableaux faisant apparaitre ces frais ainsi que " les entrées ", " les charges de chantier ", " le résultat réel " et " les décomptes des banques ". Il résulte de l'instruction que depuis l'année 1991, la requérante et son conjoint se sont délibérément abstenus de déclarer les ressources perçues par le foyer. Si la requérante soutient qu'elle était dépourvue de toute activité de sorte qu'elle n'était pas en capacité de subvenir à ses besoins quotidiens ni à ceux de ses deux enfants, au demeurant âgés de 23 ans et 20 ans, cette circonstance ne saurait être regardée comme une justification pour avoir manqué à ses obligations déclaratives. Eu égard à l'ensemble des éléments qui viennent d'être décrits, l'indu trouve sa cause dans une fausse déclaration par omission délibérément commise qui procède d'une volonté manifeste de dissimulation caractérisant un manquement à ses obligations déclaratives constitutive d'une fraude. Dès lors, et quelle que soit la précarité de sa situation, Mme A ne peut prétendre à aucune remise de dette.

13. Il résulte de ce qui précède que la demande de remise gracieuse présentée par Mme A ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au conseil départemental de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

La magistrate désignée,

P. BLa greffière,

C.AHIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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