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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103794

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103794

lundi 24 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103794
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP KAPPELHOFF-LANCON - THIBAUD - VALDES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 22 juillet 2021 et 1er avril 2022, Mme A, représentée par Me Hiriart, avocate, demande au tribunal :

1°) de condamner l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Château Gardères à lui allouer une indemnité globale de 20 000 euros en réparation des préjudices subis dans le déroulement de sa carrière suite aux discriminations dont elle est victime ;

2°) de mettre à la charge de l'EHPAD Château Gardères une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ses mérites professionnels ont toujours été reconnus comme en témoignent ses fiches de notation ;

- les tableaux d'avancement des années 2008 à 2018 montrent que certains de ses collègues, moins bien notés, auraient avancé plus rapidement ;

- avant son départ à la retraite, le passage au 9ème échelon lui a été irrégulièrement refusé alors qu'il a été accordé à certains agents et que certains ont bénéficié d'avancements de trois échelons en un an et demi et qu'un de ses collègues, se trouvant au 10ème échelon a pu obtenir une augmentation d'indice ;

- à la date de son recrutement en 2006, elle était titulaire du grade d'aide-soignante de classe supérieure depuis le 20 juin 2003 ce qui aurait dû lui permettre de bénéficier d'une ancienneté de 3 ans et 3 mois dans l'échelon et de passer dès l'année 2006 à l'échelon supérieur ; l'EHPAD Château Gardères a ainsi méconnu les règles d'avancement d'échelon ;

- l'EHPAD aurait dû l'informer qu'elle pouvait prétendre à une prestation complémentaire auprès du comité des œuvres sociales ;

- elle a subi une rupture d'égalité de traitement entre fonctionnaires d'un même corps et une discrimination illégale ;

- ces fautes sont de nature à engager la responsabilité de l'EHPAD Château Gardères ;

- son préjudice financier, qui peut être évalué à 15 000 euros, consiste en la perte de chance de pouvoir obtenir un traitement plus important et de bénéficier d'une meilleure pension de retraite ;

- son préjudice moral résultant de son sentiment de mise à l'écart et d'injustice dans le déroulé de sa carrière peut être évalué à la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2022, l'EHPAD Château Gardères, représenté par Me Laveissiere, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mai 2022.

Un mémoire complémentaire de l'EHPAD Château Gardères, enregistré le 3 mai 2022 n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mounic, rapporteure,

- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public,

- les observations de Me Valdes, substituant Me Hiriart, représentant Mme A,

- et les observations de Me Laveissière, représentant l'EHPAD Chateau Gardères.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a travaillé au sein de l'EHPAD Château Gardères pendant quinze années en tant qu'aide-soignante titulaire et a été admise à la retraite le 1er mai 2021. Malgré de bonnes notations, Mme A se dit victime de discrimination tout au long de sa carrière et considère que son évolution de carrière n'est pas conforme à ses compétences et son ancienneté et qu'elle a ainsi fait l'objet d'un traitement différent de ses collègues, constitutif selon elle, d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'EHPAD Château Gardères. Par la présente requête, Mme A demande de condamner l'EHPAD Château Gardères à lui allouer une indemnité globale de 20 000 euros en réparation des préjudices financier et moraux qu'elle estime avoir subis.

En ce qui concerne la responsabilité de l'EHPAD Château Gardères pour rupture d'égalité de traitement et discrimination :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sous réserve des dispositions des articles L. 131-5, L. 131-6 et L. 131-7 ".

3. De manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 522-2 du code général de la fonction publique : " L'avancement d'échelon est accordé de plein droit. Il a lieu de façon continue d'un échelon à l'échelon immédiatement supérieur. Il est fonction de l'ancienneté. Il se traduit par une augmentation de traitement ". Aux termes de l'article L. 522-34 du même code : " Sauf pour les emplois mentionnés à l'article L. 344-1, l'avancement de grade dans la fonction publique hospitalière a lieu, selon les proportions définies par les statuts particuliers des corps, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : /1° Au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle du fonctionnaire () " et de L. 522-36 dudit code : " Le fonctionnaire hospitalier remplissant les conditions de grade et d'ancienneté requises peut être inscrit au tableau d'avancement en application, selon le cas, des modalités prévues au 1° ou au 2° de l'article L. 522-34, ou participer au concours mentionné au 3° du même article, selon les principes et les modalités fixés par les statuts particuliers (). Les promotions ont lieu dans l'ordre du tableau ou de la liste de classement ". Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " L'appréciation de la valeur professionnelle d'un fonctionnaire se fonde sur une évaluation individuelle donnant lieu à un compte rendu qui lui est communiqué ".

5. Mme A soutient avoir été victime d'une rupture d'égalité de traitement et de discrimination dans le déroulement de sa carrière, dès lors que plusieurs de ses collègues auraient bénéficié d'une évolution de carrière plus favorable que la sienne, en avançant d'échelon à la durée minimum, que le passage au 9ème échelon de son grade lui aurait été irrégulièrement refusé, qu'elle aurait dû passer au 8ème échelon dès 2006 et que l'EHPAD aurait dû l'informer qu'elle pouvait prétendre à une prestation complémentaire auprès du comité des œuvres sociales.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, que Mme A a bénéficié de quatre avancements d'échelon en 2010, 2013, 2016 et 2019 dont un à la durée intermédiaire en 2010 sur proposition de l'EHPAD Château Gardères et les trois autres à la durée moyenne. Si elle fournit différents tableaux d'avancement d'échelon et cite deux agents qui auraient bénéficié d'un déroulement de carrière plus favorable, elle ne fournit pas les tableaux où elle a avancé d'échelon en 2010 et 2013 ni d'élément permettant d'apporter un commencement de preuve d'un traitement plus défavorable. En tout état de cause, elle n'avait aucun droit pour la période postérieure à 2016 à avancer plus rapidement qu'à la durée moyenne. S'il est constant que les fiches de notation de la requérante de 2017 à 2020 sont positives et attestent de ses mérites, la requérante omet de préciser qu'elle a bénéficié d'un avancement au grade d'aide-soignante de classe exceptionnelle le 1er janvier 2009 suite à son inscription au tableau d'avancement, ce qui témoigne que l'EHPAD Château Gardères a bien pris en compte lesdits mérites.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, contrairement à ce que soutient la requérante, qu'elle ne pouvait réglementairement pas prétendre à un avancement au 9ème échelon de son grade car ayant bénéficié d'un avancement au 8ème échelon le 1er mars 2019 et conforment à la grille indiciaire, la durée moyenne dans l'échelon étant de trois ans, elle n'aurait pu prétendre au 9ème échelon que le 1er mars 2022 soit après son admission à la retraite le 1er mai 2021. Si elle soutient que d'autres agents auraient obtenu cet échelon irrégulièrement, auraient bénéficié de trois avancements d'échelon en un an ou auraient obtenu une augmentation d'indice, elle n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations.

8. En troisième lieu, contrairement à ce qu'allègue la requérante, elle a bien bénéficié d'un avancement au 8ème échelon le 1er juin 2007, soit quatre ans après son précédent avancement d'échelon ce qui est conforme aux textes applicables. Il résulte également de l'instruction qu'elle a correctement bénéficié des reclassements statutaires entre 2006 et 2021 en application des décrets ayant concerné les agents de catégorie C dont les échelles de rémunération ont été revalorisées. Quand bien même son reclassement au 25 juin 2007 au 7ème échelon au grade d'aide-soignante de classe supérieure semble erroné car la classant à l'échelle de rémunération 5 alors que l'article 3 du décret n°89-241 du 18 avril 1989 portant statut particulier des aides-soignants prévoyait une rémunération à l'échelle 4, ce reclassement ainsi que le suivant au 1er juillet 2008 ont permis à la requérante d'améliorer ses indices brut et majoré jusqu'à son avancement de grade. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que si l'EHPAD a commis une erreur dans l'application des règles d'avancement d'échelon, celle-ci aurait causé à la requérante un quelconque préjudice.

9. Enfin en dernier lieu, si elle prétend que l'EHPAD aurait dû l'informer qu'elle pouvait prétendre à une prestation complémentaire auprès du comité des œuvres sociales (COS), elle ne conteste pas qu'elle a bien bénéficié de cette prestation dès lors qu'un dossier complet a été transmis au COS, ce moyen étant dès lors inopérant.

10. Dans ces conditions, la requérante ne peut être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de laisser présumer l'existence d'une situation de discrimination. Les moyens tirés de la rupture d'égalité de traitement et de la discrimination dont elle serait victime ne sont dès lors pas fondés. Ils doivent, par suite, être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède, qu'en l'absence de faute de l'EHPAD Château Gardères, Mme A, n'est pas fondée à demander la condamnation de l'établissement à lui verser une indemnité. Ses conclusions à fin d'injonction doivent donc en tout état de cause être rejetées en conséquence.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EHPAD Château Gardères, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que réclame Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'EHPAD Château Gardères présentées sur le fondement des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'EHPAD Château Gardères sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'EHPAD Château Gardères.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delvolvé, président,

- Mme Mounic, première conseillère,

- Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2023.

La rapporteure,

S. MOUNIC Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2103794

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