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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2104372

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2104372

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2104372
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CABINET REMY LE BONNOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

G une requête et un mémoire enregistrés les 26 août 2021 et 10 mars 2023, M. F A, représenté G la SELAS Cabinet Rémy Le Bonnois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 97 171, 54 euros en réparation des préjudices résultant de l'accident dont il a été victime le 31 mars 2018 ;

2°) de surseoir à statuer dans l'attente de devis liés à l'aide dont il a besoin pour entretenir sa parcelle ;

3°) à titre subsidiaire, avant-dire droit, de prescrire une expertise portant sur la nature et l'étendue des préjudices résultant de l'accident dont il a été victime le 31 mars 2018 et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros à titre de provision ;

4°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- il est fondé à engager la responsabilité pour faute de l'Etat dès lors que l'accident dont il a été victime résulte du fonctionnement, défectueux en raison de la méconnaissance des règles de vétusté préconisées G le fabricant, du bouchon allumeur de la grenade qu'il tenait dans sa main avant qu'elle n'explose prématurément ;

- cette faute est à l'origine de l'ensemble des préjudices qu'il a subis ;

- il est fondé à engager la responsabilité sans faute de l'Etat, dès lors que l'accident dont il a été victime le 31 mars 2018 a été reconnu imputable au service, pour obtenir la réparation des préjudices patrimoniaux autre que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle qu'il a subis ainsi que ses préjudices personnels ;

- sa perte de gains professionnels avant consolidation, liée à la perte de la majoration de ses heures travaillées de nuit et le dimanche, doit être évaluée à la somme de 195,09 euros ;

- son besoin en aide humaine temporaire, qui a été évalué à 2 heures G jour pendant la période du 1er au 18 avril 2018 puis 1 heure 30 G jour jusqu'au 30 juin suivant constitue un préjudice qui doit être évalué à la somme de 3 392,50 euros ;

- le préjudice lié à l'aménagement de son véhicule, qui doit comporter une boîte automatique, doit être évalué à la somme de 7 824,75 euros, correspondant aux frais de l'aménagement ainsi qu'au renouvellement de la boîte de vitesse tous les six ans ;

- il y a lieu de surseoir à statuer afin d'évaluer son besoin en aide humaine définitif, qui correspond à une aide ponctuelle pour le jardin et les gros travaux de bricolage ;

- les frais qu'il a engagés pour la réalisation de l'expertise du docteur D et l'achat d'une débroussailleuse autoportée constituent des préjudices qui doivent être évalués à la somme globale de 7 517 euros ;

- son déficit fonctionnel temporaire doit être indemnisé à hauteur de 3 242 20 euros ;

- ses souffrances endurées, qui ont été évaluées à 3,5/7, doivent être indemnisées à hauteur de 12 000 euros ;

- son préjudice esthétique temporaire doit être évalué à la somme de 2 000 euros ;

- son déficit fonctionnel permanent, évalué à 15 %, doit être indemnisé à la somme de 26 000 euros ;

- son préjudice d'agrément, compte tenu de sa pratique sportive, doit être évalué à la somme de 3 000 euros ;

- son préjudice esthétique définitif, évalué à 2/7, doit être indemnisé à hauteur de 5 000 euros ;

- à titre subsidiaire, si le tribunal ne s'estimait pas suffisamment éclairé G l'expertise réalisée G le docteur D, la prescription d'une expertise médicale présenterait un caractère d'utilité ;

- il serait alors fondé à solliciter une provision correspondant à la somme de 30 000 euros dès lors que le rapport d'expertise établi le 24 septembre 2019 fait état de préjudices dont l'évaluation ne peut qu'être supérieure à cette somme.

G des mémoires en défense enregistrés les 22 février et 16 mars 2023, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'expertise judiciaire que sollicite le requérant est dépourvue d'utilité ;

- le requérant n'est pas fondé à rechercher la responsabilité pour faute de l'Etat dès lors qu'il n'est pas établi que la grenade qu'il a utilisée présentait un défaut technique ;

- la provision demandée G le requérant n'est pas justifiée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- et les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, major de police exerçant ses fonctions à la circonscription de sécurité publique (CSP) de Bordeaux, a été victime, le 31 mars 2018, d'un accident alors qu'il intervenait dans le cadre d'une opération tendant à encadrer une manifestation sportive. G un arrêté du 19 juin 2018, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest a reconnu l'imputabilité au service de cet accident. G deux courriers du 21 mai 2021 réceptionnés le 26 mai suivant, l'intéressé a présenté une demande indemnitaire au ministre de l'intérieur ainsi qu'au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest, tendant à obtenir la réparation des préjudices résultant de cet accident. Ces demandes ont été implicitement rejetées. M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à réparer les préjudices résultant de l'accident dont il a été victime le 31 mars 2018.

Sur la responsabilité de l'Etat :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, le 31 mars 2018, M. A a utilisé une grenade à main de désencerclement composé d'un bouchon allumeur muni d'un retard compris entre 1,5 et 2,5 secondes. Si l'intéressé soutient que l'explosion prématurée de cette grenade résulte d'un dysfonctionnement du bouchon allumeur de la grenade qui aurait été utilisée après l'expiration de sa durée de validité, il n'établit pas que la durée de vie opérationnelle de la grenade lacrymogène comme du bouchon allumeur qu'il a manipulé était arrivée à expiration à la date de l'accident en cause, ni que son matériel avait été distribué plus de six mois auparavant, contrairement aux préconisations du sous-directeur de la logistique du ministre de l'intérieur. Au surplus, il résulte de l'expertise diligentée G l'administration et réalisée G M. C E, qui porte sur l'état des bouchons allumeurs du même lot que celui utilisé G M. A, que ceux-ci ne présentent pas de défaut de conception ni d'altération suite à un mauvais stockage ou à une mauvaise manipulation. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en lui fournissant un matériel défaillant.

3. En deuxième lieu, les dispositions instituant la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité ont pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée G un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces chefs de préjudices sont réparés forfaitairement dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

4. Il résulte de l'instruction que, G une décision du 19 juin 2018, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest a reconnu l'imputabilité au service de l'accident dont M. A a été victime le 31 mars 2018. Il résulte des termes de la requête de l'intéressé que celui-ci souhaite obtenir l'indemnisation des préjudices subis qui ne sont pas réparés G le régime évoqué au point précédent. Dans ces conditions, le requérant est en droit de demander, même sans faute de son employeur, une indemnité complémentaire visant à réparer lesdits préjudices personnels qu'il estime avoir subis.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux invoqués :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 3 que la perte de gains professionnels invoquée G M. A, en l'absence de faute de la part de l'Etat, ne peut être pris en charge que dans le cadre des dispositions instituant la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise réalisée le 24 décembre 2019 à l'initiative de M. A G le Dr D, dont les conclusions ne sont pas contestées en défense, que l'assistance d'une tierce personne pour les besoins de la vie quotidienne a été rendue nécessaire G les conséquences de l'accident qu'a subi l'intéressé le 31 mars 2018, à raison de deux heures G jour pendant la période du 1er au 18 avril 2018 puis à raison d'une heure trente jusqu'au 30 juin 2018. Il y a lieu de fixer à 1 865,50 euros la somme destinée à réparer ce préjudice.

7. En troisième lieu, en se bornant à se prévaloir des conclusions de l'expertise réalisée G le docteur D, qui indiquent qu'il est préférable que l'intéressé utilise un véhicule doté d'une boîte automatique, M. A n'établit pas que l'aménagement de son véhicule serait rendu nécessaire G les séquelles de l'accident en cause. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'indemniser ce poste de préjudice.

8. En quatrième lieu, si le requérant fait valoir qu'il n'est plus en mesure de réaliser l'ensemble des travaux que nécessite l'entretien de son jardin sans une aide humaine qui intervient à titre ponctuel, il ne résulte pas de l'instruction que le préjudice invoqué, qui ne saurait se confondre avec le préjudice lié à l'assistance d'une tierce personne pour les besoins de la vie quotidienne, serait distinct du préjudice d'agrément.

9. En cinquième lieu, si le requérant soutient qu'il n'est plus en mesure de procéder à la tonte et au débroussaillage de sa parcelle sans cet outil, il ne résulte pas de l'instruction que l'achat d'une débroussailleuse autoportée ait été rendue nécessaire G les séquelles de l'accident qu'il a subi le 31 mars 2013. En revanche, il y a lieu d'indemniser M. A, qui a engagé des frais auprès de Dr D en vue d'obtenir une expertise médicale portant sur les préjudices liés à l'accident en cause, en lui allouant la somme de 927,00 euros afin de réparer son préjudice.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux invoqués :

10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise réalisée le 24 décembre 2019 G le Dr D, dont les conclusions ne sont pas contestées en défense, que l'intéressé a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 31 mars 2018 au 1er avril 2018, puis les 25 mai et 15 juin 2018. Il a également subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 60 % du 2 au 18 avril 2018 puis un déficit fonctionnel temporaire partiel de 40 % du 19 avril au 24 mai 2018, du 26 mai au 14 juin 2018 et du 16 juin au 30 juin 2018. Enfin, il a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % jusqu'au 8 mars 2019. Au vu de ces éléments, il sera fait une juste évaluation de ce chef de préjudice en fixant à 1 500 euros la somme destinée à le réparer.

11. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la violence de l'agression du 31 mars 2018, l'effroi, les trois interventions subies, la kinésithérapie et la durée des soins hospitaliers ont engendré de manière directe et certaine pour M. A des souffrances physiques et morales évaluées G le Dr D à 3.5 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste évaluation de ce chef de préjudice en fixant à 5 500 euros la somme destinée à le réparer.

12. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. A, compte tenu des soins liés aux interventions dont sa main a fait l'objet, a subi un préjudice esthétique temporaire estimé G le Dr D à 2,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.

13. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction qu'après consolidation de son état de santé, M. A conserve des séquelles physiques constituées d'un déficit du grip de l'outil de la main droite et d'un acouphène droit avec légère perte de l'audition, constitutives d'un déficit fonctionnel permanent estimé à 15 % G le Dr D. Compte tenu de l'âge du requérant à la date de la consolidation de son état de santé, soit 51 ans, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant à 20 000 euros la somme destinée à le réparer.

14. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise réalisée le 24 décembre 2019 G le Dr D, dont les conclusions ne sont pas contestées en défense, que M. A éprouve une gêne pour réaliser des activités sportives sollicitant les membres supérieurs et a besoin d'une aide ponctuelle pour réaliser les travaux d'entretien de sa parcelle. Compte tenu, en particulier, des activités sportives pratiquées G l'intéressé avant l'accident en cause, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément subi G l'intéressé en fixant à 1 500 euros la somme destinée à le réparer.

15. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que M. A, compte tenu de la cicatrice et de la déformation de ses doigts, visible à distance sociale, a subi un préjudice esthétique permanent estimé, G le Dr D, à 2 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 2 100 euros.

16. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer dans l'attente de la production, G le requérant, de devis liés à l'aide dont il souhaite disposer pour l'entretien de sa parcelle, ni de prescrire une expertise judiciaire et d'allouer une provision à l'intéressé, il y a lieu de condamner l'Etat à lui verser la somme de 34 392,50 euros.

Sur les frais liés au litige :

17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 34 392,50 euros

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme De Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public G mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.

La rapporteure,

A. B

La présidente,

F. ZUCCARELLO La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°210437

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