mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2104516 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP GRAVELLIER - LIEF - DE LAGAUSIE - RODRIGUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 septembre 2021, 15 mars, 20 juillet et 22 septembre 2022, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 28 juillet 2023, Mme C E, M. B E, Mme A E et Mme D E, agissant tant en leurs noms propres qu'en leur qualité d'ayants-droit de M. F E, représentés par Me Papin, avocate, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier Sud-Gironde à leur verser en leur qualité d'ayants-droit la somme de 33 716,62 euros au titre des préjudices subis par M. F E, décédé le 2 novembre 2019 ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Libourne à verser à Mme C E, en sa qualité d'ayant-droit, la somme de 8 429,15 euros au titre des préjudices subis par M. F E ;
3°) de condamner le centre hospitalier de Libourne et le centre hospitalier Sud-Gironde à verser à Mme C E la somme de 71 547,72 euros en réparation de ses préjudices ;
4°) de condamner le centre hospitalier Sud-Gironde à verser la somme de 5 250 euros chacun à M. B E, Mme A E et Mme D E, en réparation de leurs préjudices d'affection ;
5°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Libourne et du centre hospitalier Sud-Gironde la somme de 6 100 euros à verser à Mme C E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
6°) de mettre à la charge du centre hospitalier Sud-Gironde la somme de 1 500 euros à verser à M. B E, Mme A E et Mme D E chacun en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les responsabilités du centre hospitalier de Libourne et du centre hospitalier Sud-Gironde doivent être engagées à raison des fautes qu'ils ont commises dans la prise en charge de M. F E et qui ont entraîné un retard de diagnostic ;
- M. F E a subi une perte de chance de bénéficier d'une prise en charge adaptée et plus précoce de 70%, imputable à 50% au centre hospitalier de Libourne et à 50% au centre hospitalier Sud-Gironde ;
- la tenue d'une nouvelle expertise n'est ni utile, ni justifiée ;
- M. F E a subi des préjudices se décomposant comme suit : 13 565,71 euros au titre de l'assistance par une tierce personne, 1 620 euros au titre des frais d'assistance par un médecin-conseil, 28 147,50 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire, 50 000 euros au titre des souffrances endurées, 3 000 euros au titre de son préjudice esthétique ;
- son épouse, Mme C E, a subi un préjudice d'affection qu'elle évalue à 40 000 euros, un préjudice d'accompagnement à hauteur de 36 900 euros, un préjudice économique estimé à 19 548,03 euros et a engagé des frais d'obsèques à hauteur de 5 763 euros ;
- les trois enfants de M. E ont été indemnisés par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) de la part de leurs préjudices imputable au centre hospitalier de Libourne ;
- ils ont subi un préjudice d'affection à hauteur de 15 000 euros chacun qui doit être indemnisé par le centre hospitalier Sud-Gironde.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 janvier et 30 août 2022 et 27 novembre 2023 et un mémoire enregistré le 8 septembre 2023 qui n'a pas été communiqué, le centre hospitalier Sud-Gironde, représenté par Me Rodrigues, conclut dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête et des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoit à statuer dans l'attente de la décision de l'ONIAM, à titre infiniment subsidiaire, à ce que la perte de chance soit fixée à 5% ou, à défaut, à ce que les prétentions des parties soient ramenées à de plus justes prétentions.
Il soutient que :
- le retard de diagnostic doit être fixé à trois mois et n'a pas fait perdre de chance à M. E dès lors qu'il présentait un tableau clinique déjà très défavorable aux urgences du centre hospitalier de Libourne, que le diagnostic était complexe et qu'un délai de deux mois s'est écoulé entre la biopsie et le début de la chimiothérapie ;
- à titre subsidiaire, la perte de chance devra être fixée à 5% ;
- en tout état de cause, au vu du tableau initial, la prise en charge de M. E aurait été la même si celle-ci avait débuté immédiatement, de sorte qu'aucune indemnisation ne saurait intervenir au titre des préjudices allégués ;
- à titre subsidiaire, il est nécessaire que le tribunal sursoie à statuer le temps que l'ONIAM réponde à la demande de substitution formée par les requérants ;
- à titre infiniment subsidiaire, les sommes demandées devront être limitées, en ce qui concerne les préjudices de M. F E, à 567 euros au titre des frais d'assistance par un médecin-conseil, à 2 321 euros au titre de l'assistance par une tierce personne, à 5 619 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, à 1 750 euros au titre des souffrances endurées, à 595 euros au titre du préjudice esthétique, en ce qui concerne les préjudices de Mme C E, à 6 300 euros au titre du préjudice d'affection et à 1 050 euros au titre du préjudice d'accompagnement, en ce qui concerne M. B E, à 4 200 euros au titre de son préjudice d'affection et, en ce qui concerne Mme A E et Mme D E, à la somme de 1 400 euros chacune au titre de leur préjudice d'affection.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16, 28 février et 10 octobre 2022, le centre hospitalier de Libourne, représenté par Me Zandotti, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et des demandes de la CPAM de Paris, à titre subsidiaire, à ce qu'une nouvelle expertise soit ordonnée et à titre infiniment subsidiaire, à ce que les demandes des requérants soient réduites après application d'un taux de perte de chance qui ne saurait excéder 28%.
Il soutient que :
- il n'a commis aucune faute dès lors qu'il a adressé M. E à un podologue ou un dermatologue à l'issue de sa consultation aux urgences et que le diagnostic était complexe à poser ;
- à titre subsidiaire, le retard de diagnostic n'a pas fait perdre de chance à M. E dont le pronostic vital était déjà engagé dès le mois de juin 2016 compte tenu de l'évolution et de l'agressivité de sa tumeur ;
- aucun lien de causalité direct et certain ne peut être établi ;
- à titre subsidiaire, une nouvelle expertise doit être ordonnée aux fins de se prononcer sur la qualité des soins dont M. E a bénéficié, les conséquences d'un éventuel manquement compte tenu de l'évolution prévisible de l'état antérieur du patient et déterminer les éventuels préjudices ;
- à titre subsidiaire, la perte de chance imputable à d'éventuelles fautes de sa part devra être limitée à 28% ;
- à titre subsidiaire, les demandes des requérants devront être limitées comme suit : en ce qui concerne les préjudices de M. F E, 1 285,20 euros au titre de l'assistance par une tierce personne, 4 728,78 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 1 400 euros au titre des souffrances endurées, 280 euros au titre du préjudice esthétique, en ce qui concerne les préjudices de Mme C E, à 5 040 euros au titre du préjudice d'affection, 5 040 euros au titre du préjudice d'accompagnement et au rejet de ses autres demandes ainsi que des demandes des enfants de M. E qui ont été indemnisés par l'ONIAM.
Par des mémoires, enregistrés les 8 juin, 28 septembre et 16 décembre 2022 et le 19 janvier 2023, la CPAM de Paris, représentée par Me de Boussac-Di Pace, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner in solidum le centre hospitalier de Libourne et le centre hospitalier Sud-Gironde à lui verser la somme de 140 299,81 euros en remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de son assuré et la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et de mettre à la charge in solidum de ces deux établissements publics de santé la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de 13 euros au titre des droits de plaidoirie.
Elle soutient que :
- les responsabilités du centre hospitalier de Libourne et du centre hospitalier Sud-Gironde doivent être engagées du fait des fautes qu'ils ont commises qui ont entraîné un retard de diagnostic de quatre mois d'un mélanome malin du 5ème orteil gauche ;
- elle a engagé, pour le compte de son assuré, ainsi qu'en atteste son médecin conseil, des frais supplémentaires du fait du retard de diagnostic composés comme suit : 77 411,63 euros au titre des frais hospitaliers, 32 866,33 euros au titre des frais médicaux, 29 518,80 euros au titre des frais pharmaceutiques, 288,91 euros au titre des frais d'appareillage et 214,14 euros au titre des frais de transport, auxquels il faut imputer la franchise d'un montant de 191,18 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, l'ONIAM, représenté par Me Fitoussi, avocat, conclut à ce qu'il soit mis hors de cause, au rejet de tout autre demande et à ce qu'il soit mis à la charge de la partie perdante la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il s'est substitué au centre hospitalier de Libourne et a versé la somme de 15 583,17 euros à M. B E, Mme A E et Mme D E ;
- il doit être mis hors de cause en l'absence d'accident médical non fautif en lien avec les préjudices de M. E ;
- la responsabilité des centres hospitaliers de Libourne et Sud-Gironde doit être engagée ;
- M. E a subi une perte de chance en lien avec les fautes des centres hospitaliers qu'il y a lieu d'évaluer à 70%.
Le tribunal a adressé le 28 septembre 2023 à Mme C E, M. B E, Mme A E et Mme D E une demande de pièces pour compléter l'instruction. Ces pièces, réceptionnées le 28 septembre 2023, ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- les observations de Me de Lagausie, représentant le centre hospitalier de Libourne,
- et les observations de Me Cuordifede, représentant le centre hospitalier Sud-Gironde.
Considérant ce qui suit :
1. M. F E, né le 23 juin 1953, a consulté aux urgences du centre hospitalier de Libourne en raison d'un orteil purulent au niveau du pied gauche le 19 juin 2016. L'examen clinique a objectivé la perte de la matrice unguéale du cinquième orteil imputée à une onychomycose et des soins de pansements, un bilan podologique ainsi qu'un bilan biologique pour une recherche de diabète lui ont été prescrits. Il a ensuite bénéficié en cabinet libéral de soins de pédicurie le 23 juin 2016, sans toutefois que son état ne s'améliore. Le 20 juillet 2016, son médecin traitant a relevé une nécrose de l'extrémité de son orteil et lui a prescrit une antibiothérapie. Le même jour, M. E s'est présenté aux urgences du centre hospitalier Sud-Gironde où une radiographie a été réalisée et a permis d'exclure une ostéonécrose. Il a alors bénéficié d'un nettoyage de la plaie avant de regagner son domicile avec poursuite des soins locaux et prise d'un rendez-vous auprès d'un chirurgien-orthopédiste. Ce dernier, consulté le 25 juillet 2016, lui a prescrit la poursuite du traitement antibiotique et des soins infirmiers à domicile. Le 28 septembre 2016, une biopsie a mis en évidence la présence d'un mélanome ulcéré du cinquième orteil gauche, confirmée par un pet scanner réalisé le 26 octobre suivant, justifiant qu'une immunothérapie soit mise en place à compter du 28 novembre 2016. Le 30 novembre 2016, M. E a subi une amputation du cinquième orteil avec exérèse du mélanome. Le 27 janvier 2017, un curage inguinal et un curage iliaque gauche ont été réalisés et ont révélé chacun la présence de deux ganglions métastatiques du mélanome connu sans rupture capsulaire. En janvier 2018, une localisation métastatique du mélanome a été retrouvée au niveau péritonéal et intra-péritonéal et un nouveau traitement par immunothérapie a été initié. En février 2018 ont été constatées la progression des lésions péritonéales ainsi que la présence d'une atteinte osseuse en L5. Une progression importante du mélanome avec des localisations au niveau sus-claviculaire splénique et nodulaire pulmonaire et cérébral a été relevée au mois de novembre 2018. Une imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale réalisée le 29 mars 2019 a montré trois localisations et la présence d'un discret effet de masse qui a conduit à la mise en place d'une radiothérapie. M. E est décédé le 2 novembre 2019.
2. M. E et son épouse ont saisi le 10 janvier 2019 la commission de conciliation et d'indemnisation des victimes d'accidents médicaux (CCI) d'Aquitaine qui a désigné un collège d'experts dont le rapport a été rendu le 13 septembre 2019. Par un avis du 19 décembre 2019, la CCI a considéré que la réparation du dommage subi par M. E et son épouse, compte tenu d'un taux de perte de chance de 70%, incombait au centre hospitalier de Libourne et au centre hospitalier Sud-Gironde à hauteur de 50% chacun et a sursis à avis jusqu'aux conclusions d'une expertise. Un nouveau rapport d'expertise a été déposé le 2 mars 2021. Le 15 avril 2021, la CCI a confirmé son précédent avis quant au partage de responsabilité. Les ayants-droit de M. E ont formé des demandes indemnitaires auprès du centre hospitalier de Libourne et du centre hospitalier Sud-Gironde le 27 mai 2021 qui ont été refusées respectivement les 5 et 20 juillet 2021. M. B E, Mme A E et Mme D E ont conclu avec l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), qui s'est substitué à l'assureur du centre hospitalier de Libourne en application des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, un accord transactionnel respectivement les 28 mai, 30 mai et 1er juin 2022 en vue de l'indemnisation de leurs préjudices subis, tant en leur qualité d'ayants-droit qu'en leurs noms propres. Par leur requête, Mme C E, M. B E, Mme A E et Mme D E demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner le centre hospitalier Sud-Gironde à les indemniser des préjudices subis par M. F E, en leur qualité d'ayants-droit, de condamner le centre hospitalier de Libourne et le centre hospitalier Sud-Gironde à verser à sa veuve la somme de 71 547,72 euros en réparation de ses préjudices propres et de condamner le centre hospitalier Sud-Gironde à verser à chacun de leurs enfants la somme de 5 250 euros en réparation de leurs préjudices d'affection.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne les fautes :
3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : "'Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute'".
4. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, qu'à son arrivée aux urgences du centre hospitalier de Libourne le 19 juin 2016, M. E présentait une mycose pigmentée caractérisée par la perte de la matrice unguéale du cinquième orteil du pied gauche. Selon les experts, ce type de lésion cutanée est exceptionnel et doit faire l'objet de prélèvements adaptés afin d'écarter la présence d'un mélanome, qui doit être le diagnostic envisagé jusqu'à ce que la preuve contraire soit rapportée. Les experts précisent que, face à ce tableau clinique, le patient aurait dû être dirigé vers un dermatologue le plus rapidement possible. Or, le médecin urgentiste du centre hospitalier de Libourne n'a pas évoqué le diagnostic du mélanome, a préconisé un retour du patient au domicile et lui a prescrit des soins de pansements et de pédicurie. Les experts concluent que le centre hospitalier de Libourne a commis des manquements dans la prise en charge de M. E qui ont entraîné un retard dans la prise en charge de son mélanome, pour lequel il a bénéficié d'une chimiothérapie à compter du 28 novembre 2016. En défense, si le centre hospitalier de Libourne fait valoir que le médecin urgentiste aurait indiqué au patient de consulter un podologue ou un dermatologue, il résulte de l'instruction que compte tenu du caractère exceptionnel de la lésion, une consultation sans délai de ce dernier spécialiste, plus adapté, aurait dû être organisée, alors en outre que le centre hospitalier de Libourne bénéficie d'un service de dermatologie. Enfin, si le centre hospitalier fait valoir que le retard de diagnostic ne serait pas fautif compte tenu de la difficulté de celui-ci, il résulte de l'instruction que la lésion présentait un stade avancé, avec une perte de la matrice unguéale et que la nature de celle-ci, du fait de son caractère exceptionnel, aurait dû, selon les experts, alerter les professionnels de santé. Dans ces conditions, la prise en charge de M. E par le centre hospitalier de Libourne n'a pas été conforme aux règles de l'art.
5. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. E s'est rendu aux urgences du centre hospitalier Sud-Gironde le 20 juillet 2016 où il a été constaté un orteil rouge et inflammatoire, un ramollissement de la peau du bout du pied ainsi qu'une odeur nauséabonde. Si les experts relèvent que l'aspect inflammatoire de la lésion permettait d'évoquer un processus infectieux, ils considèrent que le caractère pigmenté de la lésion cutanée aurait dû amener les professionnels de santé à diriger M. E vers un dermatologue plutôt qu'un chirurgien orthopédique, comme cela a pourtant été le cas. Les experts concluent que ce défaut d'orientation a été à l'origine d'un retard dans la prise en charge du patient. Si en défense le centre hospitalier fait valoir que le diagnostic de mélanome était difficile à poser, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a déjà été dit, que le stade avancé de la lésion, son évolution défavorable depuis plusieurs semaines, ainsi que son caractère exceptionnel auraient dû conduire les professionnels de santé à évoquer un tel diagnostic et à diriger le patient vers le spécialiste le plus approprié. Dans ces conditions, la prise en charge de M. E par le centre hospitalier Sud-Gironde n'a pas été conforme aux règles de l'art.
En ce qui concerne la perte de chance :
6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. Lorsqu'une pathologie prise en charge dans des conditions fautives a entraîné une détérioration de l'état du patient ou son décès, c'est seulement lorsqu'il peut être affirmé de manière certaine qu'une prise en charge adéquate n'aurait pas permis d'éviter ces conséquences que l'existence d'une perte de chance ouvrant droit à réparation peut être écartée.
8. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport des experts que les centres hospitaliers de Libourne et Sud-Gironde ont commis des fautes qui ont entraîné un retard dans la prise en charge du mélanome de M. E. Si aucun élément médical ne permet d'établir avec certitude la taille et l'étendue de la tumeur que le patient présentait à son arrivée aux urgences du centre hospitalier de Libourne le 19 juin 2016 et le 20 juillet suivant au centre hospitalier Sud-Gironde, ni l'existence à ces dates d'une atteinte ganglionnaire, les experts considèrent qu'au vu des caractéristiques de la lésion et de son caractère avancé, l'hypothèse d'un mélanome de stade " T3 " est à privilégier. Ils relèvent que dans le cas d'une tumeur dont l'indice de Breslow est de 2 millimètres, la mortalité à quinze ans est de l'ordre de 28,3% et que ce taux passe à 74% pour les tumeurs dont l'indice de Breslow est supérieur à 4 millimètres, comme cela était le cas pour M. E le 30 novembre 2016, date de l'exérèse du mélanome. Dans ces conditions, s'il n'est pas certain que le décès à moins de quinze ans de M. E aurait pu être évité par une prise en charge de son mélanome plus précoce, il résulte de l'instruction que le retard fautif imputable aux centres hospitaliers de Libourne et Sud-Gironde lui a fait perdre une chance d'éviter l'aggravation de son état ayant mené à son décès qu'il y a lieu d'évaluer à 50%.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, que les responsabilités du centre hospitalier de Libourne et du centre hospitalier Sud-Gironde doivent être engagées du fait du retard fautif dans la prise en charge de M. E. Ils doivent être condamnés, à part égale, à indemniser les préjudices directement imputables aux manquements relevés, en tenant compte de la perte de chance retenue au point 8.
Sur la réparation des préjudices :
10. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers. Le droit à réparation du préjudice résultant pour elle de la douleur morale qu'elle a éprouvée du fait de la conscience d'une espérance de vie réduite en raison d'une faute du service public hospitalier dans la mise en œuvre ou l'administration des soins qui lui ont été donnés, constitue un droit entré dans son patrimoine avant son décès qui peut être transmis à ses héritiers. Il n'en va, en revanche, pas de même du préjudice résultant des revenus futurs perdus par suite d'une mort précoce dès lors que cette perte n'apparaît qu'au jour du décès de la victime et n'a pu donner naissance à aucun droit entré dans son patrimoine avant ce jour. Le préjudice lié aux ressources futures non perçues par la victime ne peut donc pas faire l'objet d'un droit à réparation susceptible d'être transmis à ses héritiers.
11. Il appartient au juge administratif, qui doit assurer à la victime la réparation intégrale de son préjudice, de prendre les mesures nécessaires en vue d'empêcher que son jugement n'ait pour effet de lui procurer, par suite des indemnités qu'elle a pu obtenir par ailleurs, une réparation supérieure au montant total du préjudice subi.
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
12. En premier lieu, les requérants justifient que M. E s'est acquitté des honoraires d'un médecin-conseil pour l'assister durant les opérations d'expertise pour un montant de 1 620 euros. Cette somme doit être mise à la charge du centre hospitalier de Libourne et du centre hospitalier Sud-Gironde, sans qu'il n'y ait lieu de tenir compte du taux de perte de chance fixé au point 8.
13. En second lieu, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
14. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. E a nécessité l'assistance d'une tierce personne jusqu'à son décès, en dehors de ses périodes d'hospitalisation. Cette aide, qui lui a été apportée par son épouse et ses enfants pour faire les courses et le ménage, doit être évaluée à cinq heures par semaine. Eu égard au coût horaire moyen du salaire minimum de croissance majoré pour tenir compte des charges, des congés payés ainsi que des jours fériés, sur la période allant du 19 décembre 2016 au 1er novembre 2019, le besoin d'assistance représente, dès lors que les requérants n'établissent pas par les pièces qu'ils produisent la nécessité de rémunérer une aide à un tarif supérieur, un total de 5 608 euros après déduction du taux de perte de chance qu'il y a lieu de mettre à la charge des centres hospitaliers de Libourne et Sud-Gironde.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
15. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. E a subi un déficit fonctionnel temporaire total au cours de ses hospitalisations et durant ses séances de radiothérapie et d'immunothérapie le 19 décembre 2019, le 15 juillet 2017, le 19 janvier 2019, du 24 au 26 janvier 2019, les 12 et 26 février, 12 mars, 10 et 23 avril, 7 et 25 mai, 18 juin, 2, 16 et 27 juillet, 2 août, 12 et 24 octobre, 21 novembre et 21 décembre 2018, 12 février, 23 mai, 18 juin, 8 et 24 juillet et 20 août 2019 puis du 3 au 4 octobre 2019 et du 16 au 27 octobre 2019, soit quarante-deux jours. En dehors de ces périodes, M. E a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel qu'il y a lieu d'évaluer à 75%. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, après application du taux de perte de chance retenu, en l'évaluant sur la base de la somme de 21 euros par jour à la somme totale de 8 371 euros.
16. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les experts ont évalué les souffrances endurées par M. E jusqu'à son décès à 3,5 sur une échelle de 7. Il y a lieu de faire une juste appréciation de ce poste de préjudice et d'allouer aux requérants la somme de 1 500 euros à ce titre, compte tenu du taux de perte de chance retenu.
17. En troisième lieu, si les requérants sollicitent l'indemnisation du préjudice esthétique de M. E du fait de l'amputation de son cinquième orteil, il résulte de l'instruction et notamment des rapports d'expertise que cette intervention est en lien avec l'état antérieur du patient qui aurait bénéficié d'une telle amputation même en l'absence de retard de diagnostic des centres hospitaliers de Libourne et Sud-Gironde. Dans ces conditions, ce préjudice ne présente pas de lien de causalité avec les fautes commises. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes présentées à ce titre.
18. Il résulte de ce qui précède que le montant des préjudices subis par M. E, transmis à ses héritiers, s'élève à la somme totale de 17 099 euros après application du taux de perte de chance retenu au point 8.
19. Il résulte toutefois de l'instruction que M. B E, Mme A E et Mme D E ont chacun signé un protocole transactionnel avec l'ONIAM qui s'est substitué au centre hospitalier de Libourne pour indemniser les préjudices subis par M. F E à hauteur d'un montant total de 9 073,17 euros au titre de l'assistance par une tierce personne, du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées et du préjudice esthétique. Il y a lieu de déduire ce montant de la somme mise à la charge des centres hospitaliers pour ces seuls postes de préjudice de la somme de 15 479 euros correspondant à l'évaluation totale des préjudices de la victime directe retenue par le tribunal, à l'exclusion des frais de médecin-conseil qui n'ont pas été intégrés dans le protocole transactionnel de l'ONIAM. Par suite, il est mis à la charge du centre hospitalier Sud-Gironde la somme de 7 215,83 euros à verser à Mme C E, M. B E, Mme A E et Mme D E et à la charge du centre hospitalier de Libourne la somme de 810 euros à verser à Mme C E.
En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :
S'agissant des préjudices de Mme C E :
20. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'épouse de M. E, avec lequel elle était mariée depuis 1977, a subi un préjudice d'affection du fait de son décès qui doit être évalué à 25 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu, il est mis à la charge du centre hospitalier de Libourne et du centre hospitalier Sud-Gironde la somme de 12 500 euros.
21. En deuxième lieu, l'épouse de M. E fait valoir qu'elle a subi un préjudice d'accompagnement dès lors qu'elle a été confrontée à la souffrance de son époux, à sa dégradation physique, qu'elle a partagé ses inquiétudes et sa peur de mourir et qu'elle l'a accompagné lors de l'annonce de l'échec du traitement et de l'impasse thérapeutique. Il y a lieu de lui allouer à ce titre la somme de 8 000 euros après déduction de la perte de chance retenue.
22. En troisième lieu, le préjudice économique subi par une personne du fait du décès d'un membre de son foyer est constitué par la perte des revenus de la victime qui étaient consacrés à son entretien, compte tenu de ses propres revenus. Pour évaluer le préjudice économique subi par l'épouse de M. E, il y a lieu d'évaluer les revenus que percevait le foyer avant le décès, de déduire de ce montant la part de ces revenus correspondant à la consommation personnelle du défunt et de comparer le solde aux revenus perçus par l'épouse après le décès.
23. Il résulte de l'instruction, et notamment des avis d'imposition qui ont été produits, que durant l'année 2018, précédant le décès de M. E intervenu en novembre 2019, le foyer percevait la somme de 43 300 euros de revenus bruts imposables. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de retenir une part propre de consommation de M. E de 40 %. Le revenu annuel qui était normalement disponible pour Mme C E était dès lors de 26 100 euros. Après le décès de son époux, Mme E a déclaré des revenus à hauteur de 37 380 euros pour l'année 2021 et de 29 603 euros pour l'année 2022, composés de sa pension de retraite et de la pension de réversion de son époux. Par conséquent, la perte économique de Mme C E du fait du décès de son époux a été compensée et la demande au titre de la perte de revenus doit être rejetée.
24. En dernier lieu, l'épouse de M. E fait valoir qu'elle a engagé des frais d'obsèques à hauteur de 5 763 euros. Compte tenu du taux de perte de chance, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Libourne et du centre hospitalier Sud-Gironde la somme 2 881,50 euros.
25. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de mettre à la charge des centres hospitaliers de Libourne et Sud-Gironde la somme totale de 23 381,50 euros à verser à Mme C E au titre de son préjudice propre.
S'agissant des préjudices de M. B E, Mme A E et Mme D E :
26. Les enfants de M. E font valoir qu'ils ont subi un préjudice d'affection et sollicitent la condamnation du centre hospitalier Sud-Gironde. Il y a lieu de fixer leur préjudice d'affection à la somme de 3 250 euros chacun après application du taux de perte de chance retenu au point 8.
27. Il résulte de l'instruction que les enfants de M. E ont, chacun, signé un protocole transactionnel avec l'ONIAM qui s'est substitué au centre hospitalier de Libourne pour indemniser les préjudices subis en lien avec la faute imputable à ce dernier dans la prise en charge médicale de leur père. Au titre du préjudice d'affection, l'ONIAM leur a versé à chacun la somme de 2 170 euros. Compte tenu de cette somme déjà versée, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Sud-Gironde la somme de 1 080 euros à verser à chacun des enfants de M. E.
28. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier Sud-Gironde est condamné à verser à M. B E, Mme A E et Mme D E et à Mme C E la somme de 7 215,83 euros en leur qualité d'ayants-droit de M. E, à Mme C E 50% de la somme de 23 381,50 euros et à M. B E, Mme A E et Mme D E la somme de 1 080 euros chacun au titre de leur préjudice personnel. Le centre hospitalier de Libourne est condamné à verser la somme de 810 euros à Mme C E en sa qualité d'ayant-droit ainsi que 50% de la somme de 23 381,50 euros en réparation de son préjudice personnel.
Sur les demandes de la CPAM de Paris :
29. La CPAM de Paris, justifie, par une attestation du médecin-conseil de l'assurance maladie, du montant des débours qu'elle a acquittés en lien exclusif avec les fautes imputables aux centres hospitaliers de Libourne et Sud-Gironde comme suit : 77 411,63 euros au titre des frais hospitaliers, 32 866,33 euros au titre des frais médicaux, 29 518,80 euros au titre des frais pharmaceutiques, 288,91 euros au titre des frais d'appareillage et 214,14 euros au titre des frais de transport. Elle établit donc avoir engagé la somme totale de 140 299,81 euros au titre des dépenses de santé actuelles. Cette somme, ramenée à 70 054,32 euros compte tenu du taux de perte de chance et des franchises versées par le patient, doit être mise à la charge solidaire des centres hospitaliers de Libourne et Sud-Gironde.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
30. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté. L'article 1er de l'arrêté susvisé du 15 décembre 2022 fixe les montants minimum et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à respectivement 115 euros et 1 162 euros.
31. Eu égard au montant des sommes accordées à la CPAM de Paris tel que mentionné au point 29 du présent jugement, cette caisse a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour le montant de 1 162 euros, soit le montant maximum fixé, à la date du présent jugement, par l'arrêté interministériel du 15 décembre 2022.
Sur les frais liés au litige :
32. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Libourne et du centre hospitalier Sud-Gironde la somme de 750 euros à verser chacun de manière globale à Mme C E, M. B E, Mme A E et Mme D E et de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Libourne et du centre hospitalier Sud-Gironde et la somme de 1 000 euros à verser à la CPAM de Paris en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La CPAM de Paris n'ayant pas été représentée à l'audience, ses conclusions présentées au titre du droit de plaidoirie doivent être rejetées. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées par l'ONIAM sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier Sud-Gironde est condamné à verser à Mme C E, M. B E, Mme A E et Mme D E la somme de 7 215,83 euros en leur qualité d'ayants-droit de M. F E.
Article 2 : Le centre hospitalier de Libourne est condamné à verser à Mme C E la somme de 810 euros en sa qualité d'ayant-droit de M. F E.
Article 3 : Le centre hospitalier de Libourne et le centre hospitalier Sud-Gironde sont condamnés à verser à part égale à Mme C E la somme de 23 381,50 euros au titre de son préjudice personnel.
Article 4 : Le centre hospitalier Sud-Gironde est condamné à verser à M. B E, Mme A E et Mme D E la somme de 1 080 euros chacun en réparation de leurs préjudices personnels.
Article 5 : Le centre hospitalier de Libourne et le centre hospitalier Sud-Gironde sont condamnés solidairement à verser à la CPAM de Paris la somme de 70 054,32 euros au titre de ses débours.
Article 6 : Le centre hospitalier de Libourne et le centre hospitalier Sud-Gironde sont condamnés solidairement à verser à la CPAM de Paris la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 7 : Le centre hospitalier de Libourne et le centre hospitalier Sud-Gironde verseront chacun la somme globale de 750 euros à Mme C E, M. B E, Mme A E et Mme D E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 8 : Le centre hospitalier de Libourne et le centre hospitalier Sud-Gironde verseront solidairement la somme de 1 000 euros à la CPAM de Paris en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 9 : le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 10 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, désignée représentante unique, au centre hospitalier de Libourne, au centre hospitalier Sud-Gironde, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Mariller, présidente,
- Mme de Gélas, première conseillère,
- Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
La rapporteure,
M. BALLANGERLa présidente,
C. MARILLER
La greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026