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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2104891

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2104891

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2104891
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU-5ème chambre
Avocat requérantSCP BAYLE JOLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 septembre 2021 et le 22 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Pierre Davous, demande au tribunal :

1°) de condamner Bordeaux Métropole à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis suite à l'accident du 29 janvier 2020 ;

2°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de Bordeaux Métropole est engagée pour défaut d'entretien normal d'un ouvrage public ;

- elle a subi des pertes de gains professionnels, un préjudice d'agrément et un préjudice moral pour lesquels elle demande respectivement les sommes de 3 000, 4 000 et 3 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2022, Bordeaux Métropole conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- sa responsabilité ne saurait être engagée dès lors qu'elle a pris les précautions nécessaires pour signaler les dangers liés aux travaux réalisés et que Mme B ne démontre pas un défaut d'aménagement ou d'entretien normal ;

- à titre subsidiaire, sa responsabilité sera exonérée du fait de la faute commise par la victime qui n'a pas fait preuve d'attention alors que les travaux étaient signalés ;

- en tout état de cause, les préjudices ne sont pas établis.

Par une ordonnance du 28 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 28 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Chauvin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aurélie Chauvin, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Mariane Champenois, rapporteure publique,

- et les observations de Me Davous, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 janvier 2020, vers 19 heures, alors qu'elle circulait à pied sur le trottoir, Mme B a chuté sur ses genoux à hauteur du 80 rue François de Sourdis à Bordeaux. Elle a été transportée par les sapeurs-pompiers au service des urgences de la clinique mutualiste de Pessac, où, après la réalisation d'une radiographie, une contusion du genou gauche a été diagnostiquée, sans lésion osseuse visible sur les clichés pratiqués, et pour laquelle un glaçage antalgique et une immobilisation par attelle pour 10 à 15 jours ont été prescrits, sans arrêt de travail. Le lendemain 30 janvier, ne pouvant poser le pied à terre, Mme B a été contrainte à un arrêt de travail jusqu'au 5 février 2020 pour traumatisme du genou gauche. Imputant sa chute à un trou non signalé sur la voie publique, elle a sollicité auprès de Bordeaux Métropole, par lettre recommandée du 21 mai 2021, réceptionnée le 25 mai 2021, l'indemnisation de ses préjudices. Dans la présente instance, Mme B demande la condamnation de Bordeaux Métropole à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'accident dont elle a été victime le 29 janvier 2020.

Sur la responsabilité :

2. Il appartient à l'usager victime d'un dommage survenu du fait d'un ouvrage public de rapporter la preuve du lien de causalité direct et certain entre l'état de l'ouvrage et le dommage dont il se plaint. Le maître de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Il est constant que l'accident dont a été victime Mme B, à l'origine d'un traumatisme du genou gauche, s'est produit au niveau du 80 rue François de Sourdis à Bordeaux. Il résulte de l'instruction et notamment des témoignages et photographies qu'elle produit, qu'à cet endroit, il manquait sur le trottoir plusieurs rangées de pavés créant, sur une largeur d'environ cinquante centimètres, une différence de niveau dans laquelle il n'est pas contesté que la requérante a trébuché. Si Bordeaux Métropole justifie d'importants travaux de réaménagement réalisés rue François de Sourdis durant la période en litige, il n'établit pas que l'accident aurait eu lieu dans une zone de chantier fermée aux piétons, ni que la dégradation du trottoir en question ou tout autre danger lié à ces travaux étaient indiqués aux usagers à la date de l'accident. Dans ces conditions, la défectuosité du trottoir à l'origine de la chute de Mme B doit être regardée comme constitutive d'un défaut d'entretien normal de la voie publique susceptible d'engager la responsabilité de Bordeaux Métropole.

4. Toutefois Mme B n'a pas fait preuve de la vigilance qu'impose la circulation piétonne sur une dépendance de la voie publique, y compris dans un autre quartier que celui de sa résidence, dès lors que les travaux rue François de Sourdis et la défectuosité dont il s'agit, située au milieu du trottoir, étaient visibles même la nuit, pour une personne normalement attentive. Ainsi la faute de la victime est de nature à atténuer la responsabilité de Bordeaux Métropole dans une proportion de 50 %.

Sur les préjudices :

5. Si Mme B, qui exerce la profession d'avocate à titre libéral, soutient avoir subi une perte d'honoraires qu'elle évalue à 3 000 euros, l'attestation qu'elle produit d'une personne qu'elle présente comme un potentiel client, laquelle indique s'être tournée vers un autre conseil concernant une procédure de divorce, n'est pas de nature à justifier du caractère certain du préjudice invoqué. Sa demande tendant à la réparation d'une perte de gains professionnels doit par suite être rejetée.

6. La requérante ne justifie pas non plus du lien entre l'accident dont elle a été victime à l'origine d'une simple contusion de son genou gauche et l'impossibilité alléguée de pratiquer la danse classique depuis cet accident. Elle n'est ainsi pas fondée à demander réparation de son préjudice d'agrément, qui n'est pas établi.

7. En dernier lieu, si Mme B demande l'indemnisation de son préjudice moral, elle se borne à se prévaloir de l'angoisse résultant des nombreuses heures d'attente lors de son passage aux urgences, et à invoquer un blocage au niveau de ses jambes ayant eu des répercussions sexuelles, sans démontrer que l'accident dont elle a été victime serait à l'origine de telles séquelles, ni même en lien avec les séances de kinésithérapie prescrites près d'un an après.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la demande d'indemnité de Mme B n'est pas fondée et doit, en conséquence, être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Bordeaux Métropole, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par Bordeaux Métropole au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Bordeaux Métropole au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à Bordeaux Métropole.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La présidente désignée,

A. ChauvinLa greffière,

C. Lalitte

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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