jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2105077 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CAROLINE LAVEISSIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 septembre 2021 et le 30 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Noel, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Caubeyres à lui verser les sommes de 10 000 euros au titre du préjudice professionnel et de 20 000 euros au titre du préjudice moral, avec intérêts au taux légal à compter du 31 mai 2021, date de réception de la réclamation indemnitaire préalable, et capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Caubeyres une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est victime depuis 2014 de faits de harcèlement moral et de discrimination ;
- le préjudice professionnel doit être évalué à 10 000 euros, et le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence à 20 000 euros.
Le défenseur des droits a présenté des observations, enregistrées le 3 février 2022, en application de l'article 33 de la loi organique n° 2011-333 du 29 mars 2011.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 avril 2022 et le 22 août 2022, la commune de Caubeyres conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 22 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 septembre 2022.
Mme B a produit un mémoire le 21 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi organique n° 2011-333 du 29 mars 2011 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Munoz-Pauziès,
- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public,
- les observations de Me Noel, représentant Mme B,
- et les observations de Me Proust, représentant la commune de Caubeyres.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B est adjoint technique territorial de 2ème classe au sein des effectifs de la commune de Caubeyres et exerce les fonctions d'agent d'entretien polyvalent depuis 2001 en temps partagé entre la commune de Caubeyres et celle de Saint-Léon. Elle demande au tribunal de condamner la commune de Caubeyres à l'indemniser des faits de harcèlement moral et de discrimination qu'elle estime avoir subi depuis 2014.
Sur le harcèlement moral :
2. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. Mme B soutient qu'elle est victime depuis 2014 de faits constitutifs de harcèlement moral et de discrimination de la part de la maire de Caubeyres.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B, dont, selon sa fiche de poste, 60% du temps de travail en été est consacré à l'entretien des espaces verts, bénéficiait jusqu'en 2019 d'horaires d'été lui permettant de ne pas travailler pendant les heures les plus chaudes (prise de poste à 7h deux jours par semaine). Par décision du 18 février 2019, le maire de Caubeyres a décidé que les 16h30 de travail hebdomadaires de l'intéressé devait être effectuées à raison de 12 heures en hiver, du 1er octobre au 31 mars, et de 21 heures en été, du 1er avril au 30 septembre, et a fixé son emploi du temps, imposant une prise de fonction à 8 heures et mettant ainsi fin aux horaires aménagés d'été. Mme B a été victime le 23 juillet 2019 d'un malaise et a été admise aux urgences du Centre hospitalier Marmande-Tonneins, dont le compte rendu d'hospitalisation mentionne un " malaise vagale dans un contexte de canicule ". Cet accident a été reconnu imputable au service par arrêté du 29 juillet 2019. Malgré cet accident, le maire de Caubeyres a refusé par courrier du 28 avril 2020 de faire droit au courriel du 17 avril 2020 dans lequel Mme B lui demandait de revenir aux horaires aménagés l'été. Si la commune de Caubeyres fait valoir en défense qu'il était parfaitement loisible à Mme B d'effectuer les taches en extérieur le matin et celles en intérieur l'après-midi, toutefois, alors que 60 % du temps de travail de l'intéressé se déroule en extérieur, l'emploi du temps prévu par la décision du 18 février 2019 ne prévoit son intervention le matin que pour deux matinées de 8 heures à 12 heures, soit huit heures sur les 21 heures de travail hebdomadaire en été. De surcroit, il résulte de l'instruction que le collègue de Mme B, qui exerce les fonctions d'agent polyvalent à raison de 14 heures hebdomadaires, a lui conservé des horaires aménagés durant la période estivale, puisqu'il a été autorisé à commencer ses journées à 6 heures du matin. En se bornant à faire valoir que cet agent n'effectue que 14 heures hebdomadaires par an pour la commune de Caubeyres quand Mme B en effectue 16h30, la commune ne donne pas d'explication satisfaisante à cette différence de traitement.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction qu'en 2016, les clés de la mairie, qui étaient dans le local technique à la disposition de Mme B et de son collègue depuis près de quinze ans, ont été retirées de ce local pour être uniquement confiées à ce dernier. Si la commune soutient que les horaires de travail de l'intéressée lui permettent d'effectuer ses taches d'entretien des locaux durant les heures d'ouverture de la mairie, soit uniquement le lundi de 9 heures à 17 heures, il est constant toutefois que cette mesure réduit les possibilités de Mme B d'organiser son travail, notamment lorsque la météo ne permet pas de travailler à l'extérieur, et la contraint à effectuer l'entretien des locaux en présence du public. Par ailleurs, la commune de Caubeyres ne donne aucun motif expliquant la différence de traitement entre la requérante et son collègue, alors même que ce dernier n'est pas chargé de l'entretien des locaux ni d'aucune tache à l'intérieur de la mairie.
7. En troisième lieu, Mme B s'est vu retirer le droit, dont elle disposait avec son collègue, de commander des petites fournitures grâce au carnet de bons. Si la commune de Caubeyres soutient qu'il a été constaté que des achats importants avaient été effectués, notamment du papier essuie-main pour un montant de 487,20 euros, et produit à l'appui de ses dires une facture en date du 16 octobre 2014, il ne résulte de l'instruction ni que ses achats auraient donné lieu à l'émission de bons, ni qu'ils auraient été réalisés par Mme B, alors qu'il n'est pas contesté qu'elle est la seule à s'être vu retirer ce droit.
8. En quatrième lieu, l'accès du tracteur tondeuse a été interdit à Mme B, alors que la tonte des pelouses représentait la moitié de son temps de travail, et cette tâche a été confiée uniquement à son collègue. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui, conformément aux recommandations du service de médecine préventive, ne peut plus porter de charges de plus de 5 kg depuis un accident de service survenu en 2016, a demandé l'installation d'une pompe pour pouvoir remplir le bidon servant au remplissage du réservoir d'essence du tracteur tondeuse. La commune de Caubeyres, qui se borne à faire valoir que la tonte ne représenterait pas la moitié du temps de travail de l'intéressée, n'explique pas pourquoi elle a préféré lui enlever cette tache plutôt que de réaliser un aménagement pour un coût très modique.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme B soumet au tribunal des faits susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement, et que la commune de Caubeyres ne produit pas d'argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause seraient justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. Par suite, Mme B est fondée à soutenir qu'elle a subi des agissements répétés de harcèlement moral et à demander que la commune de Caubeyres soit condamnée à l'indemniser du préjudice en résultant.
Sur les préjudices :
10. En premier lieu, Mme B se prévaut d'un préjudice professionnel, qu'elle évalue à la somme de 10 000 euros. Elle fait valoir que le refus de la commune de l'évaluer pour les dernières années lui interdit de prétendre à un avancement, alors que cela correspondrait au désir de la commune de Saint-Léon. Toutefois, faute d'établir la volonté de la commune de Saint-Léon de la faire bénéficier d'un avancement, elle n'établit pas la réalité du préjudice professionnel ainsi allégué.
11. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis par l'intéressée en condamnant la commune de Caubeyres à lui verser sur ce fondement la somme de 3 000 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
12. Mme B a droit aux intérêts de la somme de 3 000 euros à compter de la réception le 31 mai 2021 de sa réclamation préalable.
13. Mme B a demandé la capitalisation des intérêts dans sa requête introductive d'instance. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 31 mai 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais de l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas partie perdante, la somme que la commune de Caubeyres demande au titre des frais de l'instance. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à ce titre à la charge de la commune de Caubeyres la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Caubeyres est condamnée à verser à Mme B la somme de 3 000 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 31 mai 2021. Les intérêts échus seront capitalisés à compter du 31 mai 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : La commune de Caubeyres versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Caubeyres tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune de Caubeyres et au défenseur des droits.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Bilate, premier conseiller,
M. Bourdarie, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
Le premier assesseur,
X. BILATELa présidente-rapporteure
F. MUNOZ-PAUZIÈS
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026