jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2105328 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 octobre 2021 et 26 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Hiriart, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté d'agglomération bergeracoise à lui payer la somme de 80 000 euros en réparation de son préjudice ;
2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération bergeracoise la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la communauté d'agglomération bergeracoise s'est rendue coupable de harcèlement moral ; depuis 2013, elle fait l'objet de discriminations et constate sa mise à l'écart ainsi que la dégradation de ses conditions de travail ; il lui a été interdit de mener des missions d'accompagnement social ; sa demande de congé pour formation professionnelle lui a été refusée sans explication ; elle a été à compter de 2014 affectée en qualité d'hôtesse d'accueil téléphonique, dans une pièce de 8m2 à 2 km de son service, ce qui ne correspondait ni à ses compétences, ni à ses expériences professionnelles, entrainait une perte totale de responsabilité et démontrait la volonté de la mettre à l'écart ; ses demandes de changement de poste sont restées vaines, alors qu'il existait des postes compatibles avec ses compétences et son état de santé, tel les postes au service social pour les gens du voyage qui ont été confié à deux agents extérieures sans que les postes n'aient été publiés ; après son retour de maladie en 2016, et malgré ses nombreuses demandes, aucune perspective d'évolution n'a été envisagée alors que le poste n'était plus compatible avec son état de santé ; au mois d'octobre 2016, elle a été détachée d'office auprès de la commune de Bergerac pour une durée de 6 mois mais ce poste s'est avéré incompatible avec son état de santé ; au mois de février 2017, elle est passée à 80%, le temps complet n'étant plus compatible avec son état de santé ; en juin 2017, elle a été affectée au service politique de la ville comme chargée de mission politique de la ville, mais aucune mission ne lui a été confiée ; elle a candidaté pour le poste de coordinatrice d'entretien des locaux mais n'a pas été retenue alors qu'elle était la seule compétente ; en 2017, il lui a été demandé de réaliser trois plans de lutte, sans qu'aucun moyen ne soit mis à sa disposition, et alors qu'elle n'était même pas conviée aux réunions officielles sur ces sujets ; son plan de lutte contre les discriminations sur le territoire remis en octobre 2019 n'a été étudié puis validé en conseil communautaire qu'en avril 2021 ; au mois de septembre 2020, elle a été affectée à mi-temps à la ludothèque et à mi-temps à la politique de la ville, cumul incompatible avec son état de santé et qui l'obligeait à travailler six jours sur sept, et ce n'est qu'en juin 2021 qu'elle a pu revenir à plein temps au service politique de la ville ;
- elle a droit à la somme de 80 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence, dès lors qu'elle a développé un syndrome anxio-dépressif réactionnel, ainsi qu'un stress professionnel, ce dont ses nombreux arrêts maladie témoignent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2022, la communauté d'agglomération bergeracoise, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un courrier du 4 septembre 2023, Me Boissy a informé le tribunal du décès de Mme B.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Munoz-Pauziès ;
- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public ;
- et les observations orales de Me Dubois pour la communauté d'agglomération bergeracoise.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a été recrutée en 1996 par la mairie de Bergerac et affectée à compter de 2012 au centre communal d'action sociale de la commune. Elle a été mutée en 2012 au seins de la communauté d'agglomération bergeracoise et affectée peu de temps après au service " accueil des gens du voyage ", en qualité de régisseur sur les aires d'accueil et de grand passage, puis a occupé divers postes au sein des services de la communauté d'agglomération bergeracoise. Estimant être victime de harcèlement moral de la part de son employeur, elle demande au tribunal de condamner la communauté d'agglomération bergeracoise à lui payer la somme de 80 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence.
2. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. Mme B soutient qu'elle est victime depuis 2013 de faits constitutifs de harcèlement moral.
5. Il résulte de l'instruction que Mme B, assistante socio-éducatif, a été affectée au service " accueil des gens du voyage " de la communauté de l'agglomération bergeracoise, en qualité de régisseur sur les aires d'accueil et de grand passage. Elle a réalisé en 2013 un bilan de compétences, à la suite duquel elle a été admise à l'université de Bordeaux pour intégrer un master 2 " management des organisations médicales et médico-sociales " se déroulant de janvier à décembre 2015 à raison d'une semaine de cours par mois. En vue de suivre cette formation, elle a sollicité le soutien financier de la communauté d'agglomération bergeracoise à trois reprises, les 11 mars, 2 mai et 11 juin 2014, et par courrier du 17 juillet 2014, le président l'a informée de son refus.
6. La communauté de l'agglomération bergeracoise ayant confié la mission relative à l'accueil des gens du voyage à un prestataire extérieur, Mme B a été affectée au service des transports urbains bergeracois à compter du 1er juillet 2014. Si elle soutient avoir été isolée à 2 km de son service dans une pièce de 8 m2, elle ne l'établit pas, et il ne résulte pas de l'instruction que son employeur aurait eu la volonté de la mettre à l'écart. Il est en revanche exact que ce poste ne correspondait pas à ses compétences professionnelles, comme le reconnait d'ailleurs le vice-président de la communauté de l'agglomération bergeracoise dans son courrier adressé à des représentants de la CGT en date du 18 juillet 2014, qui indique : " Nous sommes tout à fait conscients que la C.A.B. ne peut offrir à Mme B un poste correspondant à sa formation professionnelle dans la mesure où notre collectivité n'exerce pas de compétences dans ce domaine ". A cet égard toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que des postes correspondant au profil de Mme B auraient été disponibles, et si la requérante soutient qu'en septembre 2015, deux personnes extérieures à la communauté d'agglomération bergeracoise auraient été recrutées au sein du service social pour les gens du voyage, elle n'apporte aucun élément au soutien de ces allégations, qui sont contestées en défense, et alors qu'au demeurant, la communauté de l'agglomération bergeracoise a confié la mission relative à l'accueil des gens du voyage à un prestataire extérieur.
7. En 2016, pour lui permettre d'occuper un poste correspondant à ses aspirations, la communauté de l'agglomération bergeracoise lui a proposé un détachement au sein du centre social rive gauche de la commune de Bergerac, mais par courrier du 4 janvier 2017, elle a refusé ce détachement au motif qu'il n'était pas compatible avec son état de santé.
8. En juin 2017, Mme B a été affectée au service " politique de la ville " comme chargée de mission. Si elle soutient qu'aucune mission ne lui a été confiée, il ressort toutefois de la fiche d'évaluation professionnelle de l'année 2017 et des propres écritures de l'intéressée, qu'il lui a été demandé, notamment, de participer à la réalisation d'un plan de lutte contre les violences faites aux femmes, un plan de lutte contre les discriminations et un plan de lutte contre le cyber-harcèlement. Mme B n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations relatives à l'absence de moyen mis à sa disposition, et il résulte de la fiche d'évaluation 2018 que les problèmes qu'elle a rencontrés proviennent de ses nombreuses absences, en raison de sa formation de sophrologue, de soucis de santé et de son manque d'expérience sur un tel poste. A cet égard, son efficacité a augmenté dès l'année 2019 et elle a remis en octobre 2019 son plan de lutte contre les discriminations. Si Mme B regrette que ce plan n'a été étudié puis validé en conseil communautaire qu'en avril 2021, cette circonstance ne peut en aucun cas être mise sur le compte de l'animosité dont son employeur ferait preuve à son égard.
9. S'agissant du poste à mi-temps de coordinatrice d'entretien des locaux, sur lequel Mme B a candidaté par courrier du 2 octobre 2017, le refus de la communauté de l'agglomération bergeracoise de l'attribuer à l'intéressée ne saurait à lui seul révéler une situation de harcèlement moral. Il résulte au contraire de l'instruction que dès le 25 avril 2016, la communauté de l'agglomération bergeracoise a donné son accord pour la prise en charge financière, à concurrence de 7 336 euros pour le cycle 1 et de 3 256 euros pour le cycle 2, de la formation de sophrologue suivie par Mme B dans le cadre d'un projet personnel de reconversion professionnelle, du 14 mai 2016 au 29 octobre 2017 et du 1er janvier au 27 mai 2018, à raison de deux jours par mois, le samedi et dimanche, les périodes de formation étant comptabilisées comme du travail effectif donnant lieu à récupération (vendredi après-midi, lundi toute la journée et mardi matin).
10. Un poste de ludothécaire a été déclaré vacant et Mme B a déposé sa candidature par courrier du 22 mai 2020. Elle a été affectée à compter de septembre 2020 à mi-temps à la ludothèque et à mi-temps à la politique de la ville, mais elle soutient que ce cumul s'est révélé incompatible avec son état de santé, sans toutefois que l'intéressée n'établisse qu'elle aurait été obligée de travailler six jours sur sept. Il ne résulte pas de l'instruction que cette affectation à temps partiel serait motivée par des raisons étrangères à l'intérêt du service. Mme B a sollicité par courrier du 16 décembre 2020 de revenir au service politique de la ville à temps complet, et son souhait a été exaucé dès le mois de juin 2021.
11. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B aurait été victime de discrimination en raison de son handicap.
12. Ainsi, si la carrière de Mme B a été un peu erratique, en raison notamment de l'absence de poste correspondant à son profil et des problèmes de santé dont elle souffre, les faits dont se prévaut la requérante ne sauraient être regardés comme des agissements répétés de harcèlement moral. Elle ne démontre pas davantage avoir été victime de discrimination. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en lui faisant subir de tels agissements, la communauté de l'agglomération bergeracoise aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur ce fondement par la communauté d'agglomération bergeracoise.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération bergeracoise tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié aux ayants droits de Mme A B et à la communauté d'agglomération bergeracoise.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Bilate, conseiller,
M. Bourdarie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La présidente-rapporteure
F. MUNOZ-PAUZIÈS
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau
X. BILATE
La présidente-rapporteure
F. MUNOZ-PAUZIÈS
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau
X. BILATE
La greffière,
C. POTTIER
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026