mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2105487 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DEFFIEUX-GARRAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 octobre 2021 et le 9 janvier 2023, la société Soblaco, représentée par Me Barthelemy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement les sociétés Dufort, JSD entreprise, Atelier Ferret architectures, Forseco et Francis Klein à lui verser la somme de 123 543,70 euros correspondant aux condamnations prononcées par le tribunal judiciaire de Bordeaux au profit de M. A, Mme B et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde ;
2°) de mettre à la charge solidaire des sociétés Dufort, JSD entreprise, Atelier Ferret Architectures, Forseco et Francis Klein une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les sociétés Dufort, JSD entreprise, Atelier Ferret architectures et Francis Klein ont commis de nombreux manquements qui ont conduit à la réalisation de l'accident du 28 juillet 2014 ;
- la responsabilité de la société Atelier Ferret architectures, titulaire de la maîtrise d'œuvre est engagée dès lors qu'elle avait en charge la direction de l'exécution des travaux et, à ce titre, était tenue de coopérer tant avec l'entreprise en charge de l'ordonnancement, du pilotage et de la coordination (OPC), qu'avec le coordonnateur en charge de la sécurité, de la protection et de la santé (SPS), de prendre en compte leurs observations et de proposer des solutions pour le bon déroulement de l'exécution des travaux et d'établir les comptes rendus du chantier ;
- la société Francis Klein a commis un manquement dans sa mission de coordonnateur OPC, dès lors qu'il lui incombait de prévenir les risques liés à la co-activité des entreprises présentes sur le chantier et alors qu'aucun balisage du chantier n'avait été mis en place ;
- la société Forseco a commis un manquement en sa qualité de coordonnateur de sécurité et de protection de la santé (SPS) ;
- la société JSD entreprise a commis un manquement à ses obligations d'organisation et de sécurité qu'il lui incombait de mettre en place, notamment au regard de l'absence de signalisation de la zone de levage de la grue utilisée par la société Soblaco ;
- la société Dufort est responsable en sa qualité d'employeur de la victime du dommage ;
- alors qu'elle n'est titulaire que du lot n° 3 " Charpentes métalliques ", elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité, la chute de la poutrelle ne pouvant lui être imputée alors que le rapport de l'inspection du travail n'a pas identifié la cause de cette chute et que le matériel utilisé n'était pas inadapté ;
- sa responsabilité ne peut être recherchée pour n'avoir pas organisé préalablement au démarrage de ces travaux une réunion afin de planifier les conditions de son intervention ;
- elle est fondée à se prévaloir de la responsabilité sans faute des sociétés susvisées pour dommage de travaux publics, en sa qualité de tiers au chantier.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 janvier et 9 décembre 2022, la société Francis Klein, représentée par Me Garraud, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête de la société Soblaco et des demandes formées à son encontre par la société Atelier Ferret architectures ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation solidaire des sociétés JSD entreprise, Forseco et Atelier Ferret architectures à la relever indemne de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de la société Soblaco ou toute autre partie perdante une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les condamner aux entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la société Soblaco n'indique pas agir en qualité de subrogée dans les droits de la victime et ne justifie pas du règlement des sommes au versement desquelles elle a été condamnée ;
- dès lors que la responsabilité sans faute de la société Soblaco a été engagée devant le juge judiciaire, elle n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute des sociétés intervenantes au chantier litigieux ;
- aucun intervenant n'a commis de faute en lien avec la survenance du dommage ;
- elle n'a commis aucun manquement dans sa mission de coordonnateur OPC dès lors que la co-activité entres les sociétés JSD entreprise et Soblaco est sans lien avec l'accident, ainsi que celle entre les sociétés Dufort et Soblaco ;
- n'étant pas chargée de la coordination en matière de sécurité et de protection de la santé, mission dévolue à la société Forseco, il ne peut lui être reproché un quelconque manquement à cet égard ;
- la société Soblaco, à qui il incombait de prévenir la chute d'objet en application de l'article 4.4 du plan général de coordination sécurité protection de la santé (PGCSPS), a commis une faute ;
- la société JSD entreprise a commis un manquement en lien avec la survenance de l'accident dès lors qu'une obligation de sécurité lui incombait, selon le PGCSPS, le rapport d'inspection du travail relevant à ce titre qu'aucun balisage n'avait été réalisé dans la zone d'évolution de la grue ;
- la société Forseco, qui aurait dû interdire les superpositions des postes de travail ainsi que la circulation des ouvriers sur le temps du levage de la charpente conformément aux articles 5.1 et 5.4 du PGCSPS, a commis une faute dans l'exercice de sa mission SPS en ne prenant pas de mesure de sécurité spécifique suite à la modification des interventions des différentes entreprises ;
- la société Atelier Ferret architectures a commis une faute ayant concouru à la survenance de l'accident dès lors qu'en sa qualité de maître d'œuvre, elle était en charge de l'établissement du PGSPS et qu'elle n'a pas mis en œuvre les mesures complémentaires afin d'assurer la sécurité sur le chantier et conformément à l'article 5.1 du PGSPS.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, la société Atelier Ferret architectures, représentée par Me Declercq, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête de la société Soblaco ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation des sociétés Francis Klein, JSD entreprise, Dufort et Forseco à la relever indemne de toutes condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de la partie perdante une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la société Soblaco ne justifie pas s'être acquittée du règlement des sommes qu'elle a été condamnée à payer ;
- elle n'a commis aucune faute dans ses missions de maître d'œuvre, au regard notamment des dispositions de l'article 9 du décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 relatifs aux missions de la maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrages publics à des prestataires de droit privé ; sa mission de direction de l'exécution des travaux se borne à la vérification du respect des règles techniques par les entreprises et n'implique aucunement d'opérer une surveillance constante du chantier ;
- elle a pleinement satisfait à ses missions en mettant notamment en demeure l'ensemble des entrepreneurs de procéder au nettoyage du chantier et, postérieurement à l'accident, elle a pris les diligences nécessaires à la sécurité des travaux ainsi qu'à leur bon déroulement ;
- la société Soblaco ne peut rechercher la responsabilité sans faute pour dommage de travaux publics des sociétés intervenantes au chantier dès lors que ce régime ne peut être soulevé qu'à l'encontre du maître d'ouvrage ;
- la société Francis Klein a commis un manquement à sa mission d'OPC ayant contribué à la réalisation de l'accident dès lors qu'elle a laissé s'exercer la coactivité des sociétés Soblaco et Dufort ;
- la société Dufort a commis un manquement en sa qualité d'employeur dès lors qu'elle était tenue de garantir la sécurité de ses salariés ;
- en l'absence de balisage et de renforcement des mesures de sécurité de la zone d'évolution de la grue, la société Forseco a commis un manquement en sa qualité de coordinateur SPS ;
- la société JSD entreprise a commis une faute en sa qualité de titulaire du lot " Démolition - Gros œuvre " en ne procédant pas au nettoyage du chantier, ce manquement ayant compromis la réalisation des travaux conformément aux exigences de sécurité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, la société JSD entreprise, représentée par Me Cachelou, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête de la société Soblaco et à ce que cette dernière lui verse une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet des appels en garantie formés à son encontre, à la condamnation solidaire des sociétés Atelier Ferret architectures, Francis Klein et Forseco à la garantir de l'intégralité des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre et à ce que ces sociétés lui versent une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la société Soblaco n'apporte aucun élément permettant d'établir que les sommes réclamées dont elle se prévaut ont bien été versées à M. A, à Mme B ainsi qu'à la CPAM de Gironde ;
- la société Soblaco ne peut rechercher la responsabilité sans faute pour dommage de travaux publics puisqu'elle n'a pas la qualité de tiers auxdits travaux ;
- elle n'a commis aucune faute à ses obligations de signalisation et de sécurité du chantier en sa qualité de titulaire du lot n°1 et il n'est pas établi qu'elle n'aurait pas assuré la signalisation intérieure et extérieure du chantier ;
- d'une part, la société Soblaco, en qualité de titulaire du lot n° 3 " Charpentes métalliques " était responsable des protections collectives correspondantes à ses propres ouvrages en application de l'article 5.6 du PGCSPS et, d'autre part, il appartenait à l'ensemble des sociétés intervenantes d'éviter les encombrements des circulations en application de l'article 3.1.9 du PGCSPS ;
- alors que les salariés travaillant sur le site ont été préalablement avertis de l'opération à venir de la société Soblaco, l'exiguïté du chantier et sa configuration ont justifié l'absence de balisage de la zone d'évolution de la grue ;
- au demeurant, le lien de causalité entre l'absence de signalisation qui lui est reprochée et la survenance du dommage n'est pas établi ;
- l'accident ne résulte ni d'un défaut de nettoyage du chantier, ni d'un encombrement de la circulation qui serait de nature à engager sa responsabilité ;
- l'accident est imputable aux opérations d'utilisation de la grue araignée par la société Soblaco ;
- la société Soblaco a commis une faute dès lors qu'elle n'a pas opposé devant le juge judiciaire la faute de M. A lequel avait été informé qu'il ne devait pas évoluer dans la zone d'évolution de la grue ;
- la société Atelier Ferret architectures a commis des manquements à ses obligations en qualité de maître d'œuvre au regard des dispositions de l'article R. 2431-16 du code de la commande publique et ayant concouru à la survenance du dommage, dès lors qu'elle a permis la co-activité des sociétés Soblaco et Dufort ;
- la société Francis Klein a commis des manquements à ses obligations en qualité de coordonnateur OPC au regard des dispositions des articles R. 2431-17 du code de la commande publique et 5.2 du PGCSPS, dès lors qu'elle a décidé de faire intervenir la société Soblaco alors même que l'étaiement ayant permis la surélévation du porche était encore présent ;
- la société Forseco a commis une faute dans sa mission de coordonnateur SPS au regard des dispositions des articles R. 4532-11 du code du travail et 5.4 du PGCSPS.
Par un mémoire, enregistré le 30 janvier 2023, la société Forseco, conclut au rejet des conclusions la mettant en cause.
Elle soutient qu'elle a respecté ses obligations de coordonnateur en charge de la sécurité et de la protection de la santé en alertant l'ensemble du chantier de son état de rangement défectueux et en relançant la société Soblaco qui n'a pas réalisé l'inspection commune obligatoire visée à l'article R. 4532-13 du code du travail qui aurait permis d'appréhender les risques de chute et les zones de travail.
La procédure a été communiquée à la société Dufort ainsi qu'à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Gironde qui n'ont pas produit d'observation.
Par une ordonnance du 12 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 13 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code du travail ;
- le décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 relatifs aux missions de la maîtrise d'œuvre confiées par des maître d'ouvrage publics à des prestataires de droit privée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chauvin,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Le Pennec, représentant la société Atelier Ferret architectures, Me Cran-Rousseau, représentant la société Francis Klein, Me Cachelou représentant la SARL JSD entreprise
Considérant ce qui suit :
1. Le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Bordeaux a fait réaliser, courant 2014, des travaux au sein de ses installations dénommées " CROUS AROVEN " situées 89-91 cours Aristide Briand à Bordeaux, consistant en la réalisation et la construction de dix-huit logements. La maitrise d'œuvre de ce chantier a été confiée à la SARL Atelier Ferret architectures, la mission d'ordonnancement, pilotage et coordination des travaux (OPC) à la SAS Francis Klein et la mission de coordonnateur sécurité et protection de la santé (SPS) à la SARL Forseco. Le lot n° 1 du marché " démolition gros œuvre " a été attribué à la SARL JSD entreprise, le lot n° 2 " ravalement travail de pierre " à la SARL Dufort et le lot n° 3 " charpentes métalliques " à la SAS Soblaco.
2. Le 28 juillet 2014, M. A, salarié de la société Dufort, a été victime d'un accident du travail alors qu'il circulait sur le chantier et a été blessé à la tête par la chute d'une poutrelle métallique transportée par une grue louée par la société Soblaco auprès de la société Sabi location. Une enquête de l'inspection du travail a débuté le 4 août 2014 et a donné lieu à un rapport daté du 30 mai 2016. Le 12 octobre 2016, M. A a assigné devant le tribunal de grande instance de Bordeaux les sociétés Soblaco et Sabi location afin qu'elles soient condamnées à l'indemniser de ses préjudices. Par un jugement du 11 janvier 2019, le tribunal de grande instance de Bordeaux a déclaré la société Soblaco, titulaire du lot n° 3 " charpentes métalliques " et locataire de la grue transportant la poutre métallique ayant heurté M. A, entièrement responsable de son préjudice, l'a condamnée au paiement d'une provision de 10 000 euros et a ordonné une expertise médicale. Par un jugement du 26 avril 2021, le tribunal judiciaire de Bordeaux a condamné la société Soblaco à verser à M. A la somme de 71 239 euros en réparation de ses préjudices, 5 000 euros à Mme B, compagne de M. A, en raison de son préjudice d'affection, et 40 247,17 euros à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Gironde en remboursement de ses débours, 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et 1 629,08 euros au titre des frais échus et des frais futurs à échoir, ainsi que des indemnités au visa de l'article 700 du code de procédure civile. Par une ordonnance du 6 juillet 2021, le juge de la mise en état a toutefois déclaré le tribunal judiciaire de Bordeaux incompétent pour statuer sur les demandes en appel en garantie formulées par la société Soblaco à l'encontre des sociétés intervenantes au chantier, le litige relevant de la juridiction administrative, et a renvoyé les parties à mieux se pourvoir.
3. Par la présente requête, la société Soblaco demande au tribunal de condamner solidairement les sociétés Dufort, JSD entreprise, Atelier Ferret architectures, Francis Klein et Forseco à lui verser la somme de 123 543,70 euros exposée pour réparer les préjudices subis par M. A, Mme B et la CPAM de la Gironde, sur les fondements, d'une part, de leur responsabilité quasi-délictuelle et, d'autre part, de leur responsabilité sans faute pour dommage de travaux publics.
Sur la responsabilité quasi-délictuelle :
4. Dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires. Il peut en particulier rechercher leur responsabilité du fait d'un manquement aux stipulations des contrats qu'ils ont conclus avec le maître d'ouvrage.
En ce qui concerne la responsabilité de la société Atelier Ferret architectures :
5. Aux termes de l'article 9 du décret du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privée, dans sa version applicable au litige : " La direction de l'exécution du ou des contrats de travaux a pour objet : a) De s'assurer que les documents d'exécution ainsi que les ouvrages en cours de réalisation respectent les dispositions des études effectuées ; b) De s'assurer que les documents qui doivent être produits par l'entrepreneur, en application du contrat de travaux ainsi que l'exécution des travaux sont conformes audit contrat ; c) De délivrer tous ordres de service, établir tous procès-verbaux nécessaires à l'exécution du contrat de travaux, procéder aux constats contradictoires et organiser et diriger les réunions de chantier ; d) De vérifier les projets de décomptes mensuels ou les demandes d'avances présentés par l'entrepreneur, d'établir les états d'acomptes, de vérifier le projet de décompte final établi par l'entrepreneur, d'établir le décompte général ; e) D'assister le maître de l'ouvrage en cas de différend sur le règlement ou l'exécution des travaux ".
6. Il résulte de l'instruction que la société Atelier Ferret architectures a conclu le 12 octobre 2012 un marché public avec le CROUS de Bordeaux en qualité de maître d'œuvre du chantier de réhabilitation des locaux de l'" Aroeven " de Bordeaux. La société Soblaco qui se borne à rappeler les missions incombant au maitre d'œuvre en application des dispositions précitées, n'apporte aucun élément ni aucune précision sur la faute qu'aurait commise la société Atelier Ferret architectures et ne justifie pas du lien de causalité avec l'accident survenu le 28 juillet 2014. La demande d'engagement de la responsabilité de la société Atelier Ferret architectures, qui n'est pas assortie de précision suffisante, ne peut qu'être rejetée.
En ce qui concerne la responsabilité de la société Francis Klein :
7. Selon l'article 5.1 de la convention d'ordonnancement pilotage coordination, signée par la SARL Francis Klein le 24 juin 2013 avec le CROUS, " la mission de coordination confiée à l'OPC consiste à assurer dans un but d'efficacité et de respect du planning, la liaison entre les différentes parties concourant à la réalisation de la construction ". Sont listées parmi les tâches incombant à l'OPC durant la phase de suivi des travaux : " contrôle et mise à jour des plannings généraux ; prévisions des écarts éventuels, enregistrement de ces écarts et informations aux différents interlocuteurs, proposition des mesures immédiates de rattrapage, décalage du planning en accord avec le maitre d'œuvre et le maitre d'ouvrage ".
8. Il résulte de l'instruction que, par un courriel du 3 juin 2014, la société Francis Klein, en charge de la mission OPC, a informé la société Soblaco qu'il n'était pas envisageable d'arrêter les travaux " gros œuvre " dont était chargée la société JSD Entreprise, titulaire du lot n° 1 durant le mois et demi prévu de mise en place de la charpente ainsi que des loggias et lui a demandé d'envisager un mode opératoire compatible avec la poursuite des travaux de gros œuvre. Si la demande de la société Francis Klein a ainsi conduit à des interventions simultanées entre ces deux sociétés, en méconnaissance des dispositions de l'article 5.4 du code général de la commande publique, les difficultés résultant de ce chevauchement, qui n'ont pas fait l'objet d'une inspection commune pourtant obligatoire sont, en tout état de cause, sans lien avec l'accident subi par M. A qui n'était l'employé d'aucune de ces sociétés. Par ailleurs, si la requérante fait valoir que l'accident de ce dernier sur le chantier est imputable à un défaut de coordination, elle ne justifie pas d'un manquement de la SARL Francis Klein à ses obligations contractuelles qui consistaient, pour l'essentiel, à veiller au respect du planning et à assurer le bon avancement du chantier, sans mission de coordination relative à la sécurité et à la santé, celle-ci étant dévolue à la société Forseco. La société Soblaco n'est dès lors pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité quasi-délictuelle de la société Francis Klein.
En ce qui concerne la responsabilité de la société JSD entreprise :
9. Il résulte de l'instruction que la société JSD entreprise, titulaire du lot n° 1, était chargée de la signalisation intérieure et périphérique comprenant notamment la mise en place de tous les panneaux nécessaires à la sécurité des usagers et du personnel de chantier, les signalisations intérieures et de sortie de chantier ainsi que les protections collectives.
10. Il est constant que le jour de l'accident, la zone d'évolution de la grue que louait la société Soblaco, laquelle a servi à la manipulation de la poutre métallique qui a heurté M. A, n'avait fait l'objet d'aucun balisage ni signalisation. Il résulte toutefois de l'instruction et notamment du rapport de l'inspectrice du travail datée du 30 mai 2016 que " cette absence de balisage était justifiée pour l'ensemble des intervenants du chantier notamment en raison de l'exiguïté du chantier " et qu'" une information sur l'interdiction de circuler avait été régulièrement donnée par le chef d'équipe de la société Soblaco le matin de l'accident ". La société Soblaco, qui ne conteste pas cette justification tenant à l'exiguïté du chantier, non remise en cause par l'inspection, n'établit pas que la société JSD entreprise aurait manqué à ses obligations contractuelles. Dans ces conditions, l'absence de balisage le jour de l'accident n'est pas constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la société JSD Entreprise.
En ce qui concerne la responsabilité de la société Dufort :
11. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que l'ensemble des sociétés intervenantes sur le chantier ont été informées le jour de l'accident de l'utilisation de la grue araignée par la société Soblaco, dans la zone proche du porche où évoluaient les employés de la société Dufort, et d'une interdiction de circuler durant la manœuvre. Si la société Soblaco met en cause l'employeur de la victime, titulaire du lot n°2 " Ravalement travail de la pierre ", elle n'apporte aucune précision quant à la faute que ce dernier aurait commise. Ses conclusions dirigées à son encontre ne peuvent par suite qu'être rejetées.
En ce qui concerne la responsabilité de la société Forseco :
12. Les conclusions formées par la société Soblaco à l'encontre de la société Forseco ne sont pas assorties des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Elles doivent par suite être rejetées.
Sur la responsabilité pour dommages de travaux publics :
13. Même en l'absence de faute, le maître d'ouvrage ainsi que, le cas échéant, le maître d'œuvre et les entrepreneurs chargés des travaux sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution de travaux publics, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.
14. Il est constant que la société Soblaco est un des constructeurs participants aux travaux litigieux, titulaire du lot n° 3 " charpentes métalliques " du marché du Crous Aroven, et n'a dès lors pas la qualité de tiers par rapport au dommage. Par suite, la requérante n'est pas fondée à invoquer la responsabilité sans faute des constructeurs pour dommages de travaux publics causés aux tiers.
15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par la société Soblaco doivent être rejetées.
Sur les conclusions d'appel en garantie :
16. Compte tenu du rejet des conclusions indemnitaires de la requête, l'ensemble des appels en garantie dont le tribunal est saisi, présentés par les sociétés Francis Klein, Atelier Ferret architectures et JSD entreprise sont dépourvus d'objet et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
17. La présente instance ne comprend aucun dépens. Par suite, les conclusions relatives à la charge des dépens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sociétés Dufort, JSD entreprise, Atelier Ferret architectures, Forseco et Francis Klein, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes, versent à la société Soblaco une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante les sommes que demandent les sociétés JSD Entreprise, Atelier Ferret Architectures et Francis Klein au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Soblaco est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Soblaco et aux sociétés Dufort, JSD entreprise, Atelier Ferret architectures, Francis Klein et Forseco.
Copie pour information sera dressée à la caisse primaire d'assurance maladie de Gironde.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
La première assesseure,
C. DE GÉLASLa présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026