lundi 19 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2105585 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge social |
| Avocat requérant | CHAMBERLAND-POULIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2021, M. A, représenté par Me Chamberlan-Poulin, forme opposition à la contrainte qui lui a été décernée le 20 août 2021 par la caisse d'allocations familiales de la Gironde en vue d'avoir paiement de la somme de 8 370,09 euros correspondant à des indus de prime d'activité au titre des périodes du 1er décembre 2017 au 31 décembre 2019, du 1er décembre 2019 au 30 avril 2020 et du 1er au 31 décembre 2020.
Il demande également au tribunal :
2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Gironde de lui restituer les sommes prélevées et de le rétablir dans ses droits sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la contrainte est insuffisamment motivée et entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pu bénéficier d'une procédure amiable de recouvrement en raison de cette contrainte ;
- la contrainte s'inscrit dans le cadre des contestations portant sur le bien-fondé des indus réclamés qui résultent de la reprise de sommes qui n'avaient pas à être déclarées s'agissant d'indemnités d'assurances et d'emprunts familiaux et en toute hypothèse, si ces emprunts devaient être retenus, ils devraient être regardés comme des libéralités en application de l'article R. 262-14 du code de l'action sociale et des familles ;
- il ne lui appartenait pas de déclarer l'avantage en nature dont il bénéficie dès lors qu'il participe aux charges du logement dans lequel il réside ;
- en toute hypothèse, il est de bonne foi ;
- l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu en ce qu'il ne peut être contraint de rembourser des sommes dont il a besoin pour créer sa société en particulier les emprunts familiaux et, en outre, cette demande de remboursement comporte des conséquences sur sa vie familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2022, la caisse d'allocations familiales de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu n'est pas subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation l'organisme concerné. Dès lors les moyens soulevés par M. A tendant à contester le bien-fondé des indus dans le cadre de son opposition à la contrainte qui lui a été décernée ne sont pas recevables.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de Mme B a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, marié, avec un enfant à charge, perçoit de la caisse d'allocations familiales de la Gironde le revenu de solidarité active et la prime d'activité. Par courrier du 17 juin 2019, le requérant a été informé d'une vérification de sa situation par un agent de contrôle le 3 juillet suivant. A la suite d'un rapport d'enquête du 3 janvier 2020, concluant à une suspicion de fraude, au motif de très nombreuses omissions de déclarations, la caisse d'allocations familiales a notifié à l'intéressé, par décision du 10 janvier 2020, une dette d'un montant global de 9 822,43 euros relative à des indus de revenu de solidarité active et prime d'activité. Sur demande de M. A qui sollicitait des informations sur les retenues effectuées, la caisse d'allocations familiales de la Gironde lui a adressé un courrier daté du 23 juin 2020 lui rappelant notamment le caractère frauduleux des indus et l'impossibilité de soumettre ses recours gracieux à la commission de recours amiable ainsi que le montant restant à rembourser à cette date. Par jugement n° 2102966 du 3 octobre 2022, la requête de M. A tendant notamment à l'annulation de la décision précitée du 10 janvier 2020 a été rejetée. Dans la présente instance, le requérant forme opposition à la contrainte qui lui a été décernée en vue d'avoir paiement de la somme de 8 370,09 euros correspondant à des indus de prime d'activité au titre des périodes du 1er décembre 2017 au 31 décembre 2019, du 1er décembre 2019 au 30 avril 2020 et du 1er au 31 décembre 2020.
2. En premier lieu, la contrainte en litige comporte une description précise de l'origine des indus ainsi que les considérations de droit qui la fondent. Elle est dès lors suffisamment motivée. En tout état de cause, le requérant ne peut se prévaloir, à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation, que l'absence d'informations a fait obstacle à ce qu'il puisse contester les décisions prises à son encontre. Au demeurant, il a saisi la présente juridiction à deux reprises.
3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la contrainte qui lui a été décernée a fait obstacle à la mise en place d'une procédure de recouvrement amiable, il résulte de l'instruction que le rapport de contrôle rédigé par l'agent assermenté lui a été adressé le 18 février 2020 et qu'il a produit des observations le 24 février et 25 mai, que le 7 mars et le 3 juin 2020, il a adressé un recours administratif et une réclamation à la caisse d'allocations familiales de la Gironde, que le 12 juin 2020 par l'intermédiaire de son conseil il a sollicité des explications sur les sommes retenues et que par courrier du 23 juin 2020, la caisse d'allocations familiales a répondu à ces différentes contestations. En outre, en dépit de plusieurs relances sollicitant le remboursement des indus invitant l'intéressé à contacter la caisse d'allocations familiales si l'intéressé rencontrait des difficultés, M. A ne s'est pas manifesté. Eu égard aux éléments qui précèdent, et en tout état de cause, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.
4. En troisième et dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. " . Aux termes de l'article L. 845-3 du même code : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale, : " L'action en recouvrement de prestations indues s'ouvre par l'envoi au débiteur par le directeur de l'organisme compétent d'une notification de payer le montant réclamé par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception. Cette lettre précise le motif, la nature et le montant des sommes réclamées et la date du ou des versements donnant lieu à répétition. Elle mentionne l'existence d'un délai de deux mois imparti au débiteur pour s'acquitter des sommes réclamées et les modalités selon lesquelles les indus de prestations pourront être récupérés, le cas échéant, par retenues sur les prestations à venir. Elle indique les voies et délais de recours ainsi que les conditions dans lesquelles le débiteur peut, dans le délai mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 142-1, présenter ses observations écrites ou orales. / A l'expiration du délai de forclusion prévu à l'article R. 142-1 ou après notification de la décision de la commission instituée à ce même article, le directeur de l'organisme créancier compétent, en cas de refus du débiteur de payer, lui adresse par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception une mise en demeure de payer dans le délai d'un mois qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, les voies et délais de recours et le motif qui, le cas échéant, a conduit à rejeter totalement ou partiellement les observations présentées " ;
5. Enfin, aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles / () / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié () par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification () " ;
6. Il résulte de ces dispositions qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales ordonnant le reversement d'un indu de prime d'activité n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse dans les conditions qu'elles prévoient ; en revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif ; toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point 4.
7. M. A en soutenant que la caisse n'avait pas à prendre en compte dans l'assiette de calcul de la prime d'activité à laquelle il pouvait prétendre les sommes correspondant à des indemnisations versées par sa compagnie d'assurances, ni les prêts contractés auprès de ses proches et qu'elle ne pouvait pas davantage tenir de l'avantage en nature dont il bénéficiait en ce qu'il participait aux charges d'eau et d'électricité, a entendu, à l'appui de son opposition à contrainte, contester le bien-fondé des indus réclamés. Cependant, il ne résulte pas de l'instruction qu'il ait formé un recours préalable obligatoire comme il le lui incombait. Dès lors, en application des règles précitées, les moyens qu'il invoque ne sont pas recevables.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.
La magistrate désignée,
P. BLa greffière,
C. AHIN
La République mande et ordonne au ministre de la solidarité, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026