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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2105959

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2105959

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2105959
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDIROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 novembre 2021 et le 10 novembre 2022, la société à responsabilité limitée " le Shogun and Co ", représentée par Me Dirou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner Bordeaux Métropole à lui payer la somme de 57 710 euros en réparation du préjudice commercial caractérisé par la perte de marge sur chiffre d'affaires de l'année 2020 qu'elle estime imputable aux travaux publics d'extension de la ligne A du tramway sur la commune de Mérignac ;

2°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les irrecevabilités entachant la requête initiale ont été couvertes par son mémoire complémentaire ;

- elle a subi un préjudice sur l'année 2020 qui ne peut être imputé à la seule pandémie de la covid 19 et est en lien direct avec les travaux du tramway dès lors qu'ils ont contraint les clients fréquentant son restaurant, disposant d'un temps de pause limité pour déjeuner, à un détour entrainant une majoration de 20 à 30 minutes pour accéder à son commerce ;

- elle justifie, par des pièces comptables, de la perte de marge sur son chiffre d'affaires de l'année 2020.

Par des mémoires en défense enregistrés le 19 septembre 2022 et le 24 août 2023, Bordeaux Métropole, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'expose pas les faits et moyens et les conclusions soumises au juge, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, qu'elle demande l'annulation d'un avis insusceptible de recours contentieux et que ses conclusions indemnitaires ne sont pas chiffrées ;

- la société requérante, qui n'est pas directement riveraine du chantier du tramway et n'apporte pas d'élément de preuve d'une difficulté excessive d'accès à son commerce, n'établit pas un préjudice anormal et certain ; par ailleurs, elle a déjà été indemnisée pour la période de juillet à décembre 2019 et son chiffre d'affaires a commencé à baisser dès avant le début des travaux ;

- le lien de causalité entre le préjudice et les travaux, qui ne peut résulter d'une simple baisse de chiffre d'affaires sur l'année 2020, laquelle s'explique par la crise sanitaire du covid-19, n'est pas davantage établi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,

- les observations de Me Dirou, représentant la société " Le Shogun and Co ",

- et les observations de Mme A, représentant Bordeaux Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée " le Shogun and Co " exploite un restaurant japonais sous l'enseigne " Le Shogun " situé 69 avenue J.F. Kennedy à Mérignac. Estimant avoir subi des préjudices résultant de la réalisation des travaux d'extension de la ligne A du tramway, la société Le Shogun and Co, après avoir obtenu une indemnisation par voie transactionnelle sur la période de juillet à décembre 2019, a déposé, le 17 avril 2021, un nouveau dossier d'indemnisation auprès de la commission d'indemnisation amiable de Bordeaux Métropole, couvrant la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2020. Par une décision du 27 septembre 2021, Bordeaux Métropole a rejeté sa demande d'indemnisation. Dans la présente instance, la société Le Shogun and Co demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner Bordeaux Métropole à lui verser la somme de 57 710 euros en réparation du préjudice commercial qu'elle estime avoir subi du fait des travaux d'extension de la ligne A du tramway pour l'année 2020.

2. Même en l'absence de faute, le maître d'ouvrage ainsi que, le cas échéant, le maître d'œuvre et l'entrepreneur chargés des travaux sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution de travaux publics, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Il appartient à la victime qui entend obtenir réparation des dommages qu'elle estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle elle a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués et, d'autre part, le caractère grave et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter, sans contrepartie, les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général. Par ailleurs, si, en principe, les modifications apportées à la circulation générale et résultant soit de changements effectués dans l'assiette, la direction ou l'aménagement des voies publiques, soit de la création de voies nouvelles, ne sont pas de nature à ouvrir droit à indemnité, il en va autrement dans le cas où ces modifications ont pour conséquence d'interdire ou de rendre excessivement difficile l'accès des riverains à la voie publique.

3. Il n'est pas contesté que les travaux d'extension de la ligne A du tramway ont été effectués pour le compte de Bordeaux Métropole, maître d'ouvrage, et ont dès lors le caractère de travaux publics à l'égard desquels la société " le Shogun and Co " a la qualité de tiers.

4. D'une part, s'il résulte de l'instruction que les travaux en litige ont eu pour conséquence, notamment, de modifier temporairement la circulation dans le quartier du commerce exploité par la SARL " le Shogun and Co ", il n'est pas contesté que l'accès au restaurant, situé 69 avenue J.F. Kennedy à Mérignac, bien que devenu incommode, a toujours été possible tout comme le stationnement à proximité immédiate de cet établissement. Si la requérante allègue une baisse de fréquentation sur la période en litige, elle n'établit pas, par les pièces versées à l'instance, une diminution du nombre de couverts, en particulier sur le service du midi, ni que cette baisse, à la supposer établie, aurait eu pour cause déterminante l'allongement des temps de parcours de ses clients, généré par les déviations et la circulation alternée résultant des travaux en litige, alors en outre que l'année 2020 inclut la période de confinement sanitaire lié à la pandémie de covid-19 qui a particulièrement eu un impact sur la fréquentation des établissements de restauration. D'autre part, si la requérante soutient avoir subi une diminution de son chiffre d'affaires sur l'année 2020, alors qu'elle avait connu sur le premier semestre de l'année 2019 une progression de 6,21 % par rapport au premier semestre de l'année 2018, il ressort de l'analyse des résultats comptables communiqués dans le cadre des dossiers d'indemnisation complétés par ses soins, que son chiffre d'affaires avait commencé à baisser dès avant le début des travaux. En outre, elle n'établit pas une perte significative de son chiffre d'affaires sur la période en litige allant de janvier à décembre 2020, alors que cette période inclut le confinement en raison de la crise sanitaire et une économie importante de masse salariale sur un quart de l'année. Il suit de là que son préjudice n'apparait pas établi, ni le lien de causalité directe et certain avec les travaux d'extension du tramway, lesquels n'ont pas été de nature à rendre impossible, ni même excessivement difficile, l'accès des clients au commerce qu'elle exploitait.

5. Par suite, ne démontrant pas que la gêne causée par les travaux d'extension de la ligne A du tramway aurait excédé les sujétions normales que doivent supporter, sans indemnité, les riverains d'une voie publique, la société requérante n'est pas fondée à demander réparation du préjudice commercial qu'elle estime avoir subi.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense par Bordeaux Métropole, que la requête de la société " le Shogun and Co " doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société " Le Shogun and Co " est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL " le Shogun and Co " et à Bordeaux Métropole.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La première assesseure,

C. DE GÉLASLa présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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