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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106014

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106014

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106014
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP KAPPELHOFF-LANCON - THIBAUD - VALDES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés sous le numéro 2105338, les 12 octobre 2021, 9 août 2022 et 23 janvier 2023, la société Cenergia, venant aux droits de la société Sageces, représentée par Me Valdès, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la société civile immobilière (SCI) " Campus de la Formation Professionnelle ", ci-après SCI, à lui verser la somme de 280 470,59 euros HT, outre la TVA en vigueur, assortie des intérêts moratoires capitalisés à compter du 23 juin 2020 en règlement du solde des lots 11 et 12 d'un marché de travaux ayant pour objet la rénovation et la création " d'outils de formation " au campus de la formation professionnel à Boulazac ;

2°) à défaut, de condamner in solidum la SCI Campus de la Formation Professionnelle, la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de la Dordogne et la chambre des métiers et de l'artisanat (CMAI 24) de la Dordogne à lui verser la somme de 280 470,59 euros HT, outre la TVA en vigueur, assorties des intérêts moratoires capitalisés à compter du 23 juin 2020 en règlement du solde du marché pour les lots 11 et 12 ;

3°) de mettre à la charge de la SCI Campus de la Formation Professionnelle, la CCI de la Dordogne et la CMAI 24 une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la date de réception du chantier, d'abord fixée au 15 janvier 2019 pour une durée des travaux de 22 mois, a finalement été prononcée le 3 février 2020 avec un retard de 54 semaines ;

- elle a réalisé des travaux supplémentaires en raison, d'une part, de besoins nouveaux du maître d'ouvrage, d'autre part, de l'allongement des délais d'exécution ;

- le retard pris dans l'exécution du marché résulte des fautes du maître d'ouvrage dans l'exercice de son pouvoir de direction et de contrôle du déroulement du chantier ainsi que de ses missions de conception du marché ;

- ce retard lui a occasionné des préjudices financiers dont elle est fondée à demander l'indemnisation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 février 2022, 1er septembre 2022 et 10 février 2023, la SCI Campus de la Formation Professionnelle, représentée par Me Roux, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum du groupement de maîtrise d'œuvre, de la SAEM du Périgord, ainsi que des sociétés APMS 16, BET Intech, A21, Viam, la SARL Espaces et QCS Services, en leur qualité de bureaux d'études techniques, à la garantir de la condamnation éventuellement prononcée à son encontre ;

3°) à la condamnation de la société Sageces à lui verser une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle entend, d'une part, s'en remettre à la sagesse du tribunal concernant la suppression du plancher chauffant et la mise en place d'un système VRV de climatisation et soutient, d'autre part, que :

- les sommes réclamées au titre des surcoûts et travaux supplémentaires correspondent à des travaux prévus au marché et par avenant ;

- les retards pris dans l'exécution des travaux ne sont pas imputables à la maîtrise d'ouvrage mais aux aléas climatiques et aux fautes commises par le maître d'œuvre, par l'assistant à maîtrise d'ouvrage, par la société en charge de l'ordonnancement, du pilotage, et de la coordination ainsi que par les bureaux d'études.

Par un mémoire enregistré le 30 avril 2024, la CMAI 24 conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société CENERGIA au titre des frais exposés pour l'instance ; subsidiairement à ce que l'assistant à maîtrise d'ouvrage, le groupement de maîtrise d'œuvre, la société APMS 16 et les bureaux d'études techniques soient condamnés à la garantir des condamnations prononcées à son encontre.

Elle entend, d'une part, s'en remettre à la sagesse du tribunal concernant la suppression du plancher chauffant et la mise en place d'un système VRV de climatisation et soutient, d'autre part, que :

- les sommes réclamées au titre des surcoûts et travaux supplémentaires correspondent à des travaux prévus au marché et par avenant ou à des travaux qui n'ont pas été réalisés ;

- les retards pris dans l'exécution des travaux ne sont pas imputables à la maîtrise d'ouvrage mais aux aléas climatiques et aux fautes commises par le maître d'œuvre, par l'assistant à maîtrise d'ouvrage, par la société en charge de l'ordonnancement, du pilotage, et de la coordination ainsi que par les bureaux d'études.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le numéro 2106014 les 12 novembre 2021, 9 août 2022, 23 janvier 2023, la société Cenergia venant aux droits de la société Sageces, représentée par Me Valdès, conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans l'instance n°2105338.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 février 2022, 1er septembre 2022 et 10 février 2023, la SCI Campus Formation de la Formation Professionnelle, représentée par Me Roux, conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans l'instance n°2105338.

Par un mémoire enregistré le 30 avril 2024, la CMAI 24 conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans l'instance n°2105338.

Par lettre en date du 3 juillet 2024, rectifiée le 29 juillet suivant, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la SCI "Campus de la Formation Professionnelle" en tant qu'elles tendent à sa condamnation en sa seule qualité de mandataire du maître de l'ouvrage.

Une note en délibéré a été enregistrée pour la société Cenergia le 17 septembre 2024.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgeois,

- les conclusions de Mme Caste, rapporteure publique,

- les observations de Me Valdès, représentant la SAS Cenergia et de Me Roux, représentant la SCI Campus de la Formation Professionnelle, la chambre de commerce et d'industrie de la Dordogne et la chambre de métiers et de l'artisanat de la Dordogne.

Considérant ce qui suit :

1. La chambre de commerce et d'industrie (CCI) de la Dordogne et la chambre de métiers et de l'artisanat de la Dordogne (CMAI) ont décidé de créer un " campus de la formation professionnelle " à Boulazac (24) en procédant à la restructuration et à la rénovation des deux centres de formations des apprentis leur appartenant ainsi qu'à la construction, en commun, de nouveaux équipements. A cette dernière fin, elles ont créé une société civile immobilière, la SCI Campus de la Formation Professionnelle (SCI), dont leurs dirigeants sont les deux gérants. La CCI et la CMAI ont également confié à cette SCI deux mandats pour les représenter dans le cadre de la passation et de l'exécution des marchés nécessaires à la création de ce campus. Par acte d'engagement du 13 novembre 2014, le groupement de commandes composé de la CCI, de la CMAI et de la SCI a confié à la société Semiper l'assistance à maîtrise d'ouvrage des marchés subséquents. Par acte d'engagement du 1er octobre 2015, la maîtrise d'œuvre des travaux a été confiée à un groupement solidaire d'entreprises composé de l'agence d'architectes Cauty et Laparra, mandataire, des bureaux d'études Intech et A2I, de la société QCS Services, de la société Viam Acoustique et de la société Espaces. Une mission d'ordonnancement, de pilotage et de coordination de chantier a également été confiée le 29 juin 2016 à la société APMS 16. Enfin, par deux actes d'engagement signés le 13 mars 2017, le groupement de commandes a confié à la société Sagaces les lots n°11 " Plomberie sanitaire ", et n°12 " Chauffage Ventilation " du marché de travaux correspondant. Le lot n°11 a été réceptionné sans réserve le 3 mars 2020. Le lot n°12 a été réceptionné le même jour mais sous réserve. Les décomptes généraux établis par chacun des maîtres d'ouvrage pour les ouvrages les concernant et correspondant aux lots n°11 et 12 ont été notifiés à la société Sagaces le 17 mars 2021. Par une lettre reçue par la SCI le 19 avril suivant, celle-ci a formé une réclamation tendant au paiement des travaux supplémentaires qu'elle aurait réalisés ainsi qu'à l'indemnisation des préjudices qu'elle aurait subis à raison du retard pris dans le planning des travaux pour un montant total de 304 825,86 euros. Cette réclamation a été rejetée le 11 mai 2021.

2. Par les requêtes n°2105338 et n°2106014, la société Cenergia demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner la SCI Campus de la Formation Professionnelle à lui verser, en sa qualité de mandataire, la somme de 280 470,59 euros HT assortie des intérêts capitalisés, subsidiairement de condamner in solidum la SCI Campus de la Formation Professionnelle, la CCI et la CMAI à lui verser la même somme.

Sur la jonction :

3. Les requêtes n°2105338 et n°2106014, présentées pour la société Sagaces présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur la recevabilité des conclusions de la société Cenergia :

4. Il résulte de l'article 3 de la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 codifiée à l'article L. 2422-5 du code de la commande publique qu'il appartient aux constructeurs, s'ils entendent obtenir la réparation de préjudices consécutifs à des fautes du mandataire du maître d'ouvrage dans l'exercice des attributions qui lui ont été confiées, de rechercher la responsabilité du maître d'ouvrage, seule engagée à leur égard, et non celle de son mandataire, y compris dans le cas où ce dernier a signé les marchés conclus avec les constructeurs, dès lors qu'il intervient au nom et pour le compte du maître d'ouvrage, et n'est pas lui-même partie à ces marchés. Le cas échéant, le maître d'ouvrage dont la responsabilité est susceptible d'être engagée à ce titre peut appeler en garantie son mandataire sur le fondement du contrat de mandat qu'il a conclu avec lui.

5. La responsabilité du mandataire du maître d'ouvrage à l'égard des constructeurs, qui ne peut jamais être mise en cause sur le terrain contractuel, ne peut l'être, sur le terrain quasi-délictuel, que dans l'hypothèse où les fautes alléguées auraient été commises en-dehors du champ du contrat de mandat liant le maître d'ouvrage et son mandataire. En revanche, les constructeurs ne sauraient rechercher la responsabilité du mandataire du maître d'ouvrage en raison de fautes résultant de la mauvaise exécution ou de l'inexécution de ce contrat.

6. Il résulte de ce qui précède que la société Cenergia n'est pas recevable à rechercher la responsabilité de la SCI en sa qualité de mandataire du groupement de commandes. Par suite ses conclusions en ce sens, présentées à titre principal, doivent être rejetées. Il y a lieu, en revanche de statuer sur les conclusions présentées à titre subsidiaires par la société Cenergia à l'encontre des maîtres d'ouvrage.

Sur les travaux supplémentaires :

7. L'entrepreneur a le droit d'être indemnisé du coût des travaux supplémentaires indispensables à la réalisation d'un ouvrage dans les règles de l'art ou demandés par le maître de l'ouvrage.

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le différentiel existant entre les travaux initialement prévus sous la rubrique 007-16 CCI TS1 et les travaux réellement réalisés, pour une somme de 4,40 euros, a été pris en compte par l'avenant n°3 au lot n°12. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'il s'agirait de travaux supplémentaires qui n'ont pas été prévus au contrat et n'ont fait l'objet d'aucune rémunération.

9. En deuxième lieu, si la requérante soutient que le dévoiement des réseaux AEP et Gaz dans l'emprise du bâtiment ESAAL n'était pas prévu au contrat dès lors que la présence de ces réseaux ne figurait pas sur le plan de masse communiqué par la maitrise d'ouvrage, il résulte au contraire de l'instruction que le dévoiement des réseaux existants était prévu par les stipulations des articles 1.1.7 et 2 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du lot n°11 et que son coût était dès lors implicitement compris dans les prix unitaires proposés par les candidats compte tenu du caractère forfaitaire du marché. En outre, la nécessité de ce dévoiement dans l'emprise du bâtiment ESAAL était explicitement mentionnée sur le plan de masse produit par la société Cenergia.

10. En troisième lieu, la société requérante fait valoir qu'elle a procédé au déplacement et au raccordement de deux anciennes centrales et produit les devis qu'elle a présentés, en vain, afin d'obtenir la prise en compte du raccordement de ces centrales et, en particulier, la pose de mitigeurs thermostatiques. Toutefois, ce déplacement a fait l'objet de l'avenant n°5 au contrat tandis que les travaux de raccordement des centrales de nettoyage en cuisine étaient expressément prévus par les stipulations de l'article 9.1.3.22 du CCTP du lot 11, y compris la pose de mitigeurs thermostatiques. Ainsi, les travaux de raccordement des deux centrales déplacées ne correspondent pas à des travaux supplémentaires dont elle serait en droit de demander le paiement.

11. En quatrième lieu, si la société Cenergia soutient qu'après pose de la hotte four conformément aux stipulations contractuelles, elle a procédé, à la demande du maître d'œuvre, à des travaux permettant son pivotement, elle ne l'établit pas en se bornant à produire un devis correspondant au seul rehaussement de cette hotte et qui n'a pas été accepté par la maîtrise d'ouvrage.

12. En cinquième lieu, il ressort des écritures mêmes de la SCI et de la CCI que la maîtrise d'ouvrage a demandé, au cours de l'exécution du marché, la modification du système de plancher chauffant contractuellement prévu dans la maison des associations par la mise en place d'un système VRV de climatisation. En outre les maîtres d'ouvrage ne contestent pas le coût de ces travaux supplémentaires tel qu'il figure sur le devis présenté par la société requérante. Enfin, il résulte de l'instruction, en particulier du CCTP, que la maison des associations ou des métiers, est propriété de la seule SCI et que ces travaux n'ont donc été utiles qu'à celle-ci. Ainsi, la société requérante est seulement fondée à demander la condamnation de la SCI, prise en sa qualité de maître d'ouvrage et non de mandataire des maîtres de l'ouvrage, à lui verser, à ce titre, la somme de 10 064,65 euros HT.

13. En sixième lieu, si la société Cenergia soutient qu'elle a réalisé, pendant un an, la maintenance de la chaufferie de deux bâtiments et des installations en raison du décalage des travaux, elle ne produit, à l'appui de cette allégation, que les attestations de mise en service contractuellement prévues ainsi que des relevés de débit d'air non datés et un rapport d'intervention relative à des travaux de reprise rendus nécessaire par l'existence d'un déséquilibre des débits de soufflage quelques semaines avant la réception des travaux et non à la maintenance de ces chaufferies et installations.

Sur les fautes commises par le maître d'ouvrage :

14. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.

15. La requérante attribue les importants retards pris par les travaux (54 semaines) aux retards pris dans l'exécution de certains lots ainsi qu'aux demandes du maître de l'ouvrage de réaliser des travaux non prévus par les différents lots et de modifier certaines dates d'interventions à la demande des utilisateurs des bâtiments. Elle produit, à l'appui de ces allégations, un compte rendu de chantier de l'entreprise en charge de l'ordonnancement, pilotage, et coordination (OPC) daté du 16 décembre 2019 dont il ressort, d'une part, que les entreprises titulaires d'autres lots et le maître d'œuvre ont été confrontés à des difficultés imprévues ou ont commis des fautes dans l'exécution de leurs obligations contractuelles qui ont entraîné des retards significatifs dans l'avancement de certains lots, d'autre part, que la maîtrise d'ouvrage a imposé plusieurs modifications de plannings à la suite de demandes des utilisateurs ainsi que la réalisation, en quelques occurrences, de travaux modificatifs dont l'incidence sur la durée du chantier n'est explicitée que dans un unique cas.

17. En premier lieu, en l'absence de toute précision sur les circonstances ayant présidé aux modifications de travaux et de plannings ainsi qu'aux implications que ces modifications auraient eu sur la durée ou le déroulement des travaux qui lui ont été confiés, la société Cenergia n'établit ni que ces modifications caractériseraient des erreurs du maître de l'ouvrage dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre ni, au demeurant, qu'il existe un lien de causalité direct et certain entre ces modifications et les préjudices dont elle se prévaut.

18. En second lieu, la société requérante soutient que la maîtrise d'ouvrage a commis une faute en ne faisant pas usage de ses pouvoirs de direction du chantier et, en particulier, de son pouvoir de contrainte ainsi que l'a estimé le comité consultatif interrégional de règlement amiable. Toutefois, il résulte de l'instruction, d'une part, que l'architecte mandataire du groupement de maître d'œuvre a commis des fautes dans la mission de direction et de contrôle des travaux et a, notamment, cessé d'établir les comptes-rendus des réunions de chantier à compter de juin 2019 ainsi que de participer à ces réunions durant l'été suivant alors que cette période était critique pour l'avancement des travaux réalisés en majorité en site occupé, d'autre part, que la société APMS 16, en charge de la mission d'ordonnancement, de pilotage et de coordination de chantier, n'a pas donné suite aux demandes de la maîtrise d'ouvrage tendant à l'application de pénalités à l'encontre des entreprises cumulant les retards mais a indiqué, dans sa lettre du 21 août 2018, qu'il était difficile de déterminer les responsabilités des uns et des autres et qu'en l'absence de toute notification des plannings aux entreprises, qui était pourtant au nombre de ses missions, il n'était pas possible d'infliger des pénalités à ces entreprises, qu'après avoir également interpellé, à cet égard, l'assistant à maîtrise d'ouvrage, la SCI a elle-même organisé une réunion le 30 mai 2018 avec l'ensemble des intervenants pour leur rappeler les délais de phasage, fixer de nouvelles modalités de réunion et les priorités pour les différents lots, puis a demandé, par écrit, le 26 février 2019, à la maîtrise d'œuvre et à l'OPC " de travailler de concert et non les uns contre les autres " et, en particulier, de cesser " de régler leurs différends en réunion de chantier ", qu'enfin, la SCI a adressé des mises en demeure aux titulaires de trois lots retardataires.

19. Ainsi, le groupement de maîtrise d'ouvrage n'est pas demeuré inactif face aux retards accumulés par les entreprises en charge de certains lots et a, au contraire, tenté, y compris par l'usage de mesures coercitives, d'y remédier mais a été entravé dans ces efforts par les insuffisances en la matière des entreprises pourtant chargées de la direction et du pilotage du marché. Dans ces conditions, la société Cenergia n'établit pas que le groupement de maîtrise d'ouvrage, qui n'avait en la matière qu'une obligation de moyens, aurait lui-même commis des fautes dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société Cenergia tendant à l'indemnisation des préjudices que lui a causés l'allongement du marché doivent être rejetées.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

21. L'article R2192-10 du code de la commande publique prévoit que : " Le délai de paiement prévu à l'article L. 2192-10 est fixé à trente jours pour les pouvoirs adjudicateurs, y compris lorsqu'ils agissent en tant qu'entité adjudicatrice. "

22. La somme que la SCI est condamnée à verser à la société Cenergia était due à cette dernière à compter du trentième jour suivant le 19 avril 2021, date à laquelle le décompte général du lot n°12 signé par cette société et assorti d'une réclamation a été reçu par la maîtrise d'ouvrage. Dès lors, en application des dispositions précitées du code de la commande publique, il y a seulement lieu d'assortir la somme que la SCI est condamnée à verser à la société Cenergia des intérêts moratoires à compter à compter du 19 mai 2021. En outre, en application des dispositions de l'article 1343-2 du code civil, ces intérêts seront capitalisés à compter du 19 juin 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les appels en garantie :

23. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI doit seulement être condamnée à verser à la société requérante la somme de 10 064,65 euros HT au titre de la mise en place d'un système VRV de climatisation. En outre, la SCI n'établit ni même ne soutient que cette modification de programme résulterait d'une faute de conception ou de réalisation de l'ouvrage imputable à un ou plusieurs de ses co-contractants. Par suite, elle n'est pas fondée à demander à être garantie de cette condamnation par ces derniers.

24. II n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties tendant à l'application de l'article l. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La SCI Campus de la Formation Professionnelle est condamnée à verser à la société Cenergia une somme de 10 064,65 euros HT outre la TVA en vigueur sur les travaux concernés. Cette somme sera assortie des intérêts moratoires à compter du 19 mai 2021 les intérêts échus à la date du 19 juin 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Cenergia, à la chambre des commerces et de l'industrie de la Dordogne, à la chambre de métiers et de l'artisanat de la Dordogne, à la société Campus de la Formation Professionnelle et aux sociétés Semiper, QCS Services, Viam Acoustique, APMS 16 et Espaces, à l'agence d'architectes Cauty et Laparra, et aux bureaux d'études Intech et A2I.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Bourgeois, président,

- Mme Jaouën, conseillère,

- M. Josserand, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le président-rapporteur,

M. BOURGEOIS

L'assesseure la plus ancienne,

S. Jaouen

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos2105338, 2106014

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