jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2106130 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés respectivement le 18 novembre 2021, le 1er août et le 30 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Arm, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté de communes Convergence Garonne à lui verser la somme globale de 85 000 euros au titre des différents préjudices subis se décomposant en :
20 000 euros pour l'atteinte à son intégrité psychique ;
15 000 euros au titre du préjudice moral ;
10 000 euros au titre de l'atteinte à sa réputation et à sa dignité ;
15 000 euros pour les préjudices relatifs aux troubles dans les conditions d'existence ;
20 000 euros au titre du préjudice lié au déroulement de carrière ;
5 000 euros au titre du préjudice financier ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Convergence Garonne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur le harcèlement moral :
- la communauté de communes Convergence Garonne a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité à raison de faits constitutifs de harcèlement moral :
- En ce qui concerne la surcharge de travail, elle s'est vue confier des tâches relevant des catégories B ou A alors qu'elle est de catégorie C et sa hiérarchie l'a surchargée de travail afin de l'épuiser sans lui donner les moyens nécessaires d'y faire face ni la former ;
- elle a été discriminée, en méconnaissance du principe d'impartialité, car elle effectuait des tâches similaires à d'autres de ses collègues sans bénéficier des mêmes droits à rémunération, formation et congés, ceux-ci étant différenciés selon la collectivité d'origine, avant fusion ; son bilan de compétences, prévu en juin 2021, a été reporté à deux reprises en raison des carences de son employeur ; l'avenant à la convention signé par les parties ne lui a toujours pas été transmis ;
- elle a été déconsidérée, rabaissée et humiliée par la collectivité, notamment la direction générale, qui n'a jamais reconnu son véritable positionnement hiérarchique ; des missions lui ont été retirées, ce qui a contribué à accroître la perte de sens de son travail et sans que cela entraine automatiquement une baisse de la surcharge de travail ;
- l'intitulé de son poste sur l'organigramme est passé de " adjointe à la cheffe de service " à " responsable administration " au sein du pôle enfance jeunesse ;
- le service des ressources humaines a commis plusieurs erreurs dans la gestion de son dossier, ses demandes de participation à des formations comportementales n'ont pas été acceptées, sa santé n'a pas été préservée malgré les alertes qu'elle a adressées à sa hiérarchie ;
- ses conditions matérielles de travail étaient insatisfaisantes :
Sur les préjudices :
- elle a connu un profond état dépressif dont il a été reconnu imputable au service à compter du 16 décembre 2019, ce qui démontre le lien de causalité entre les fautes commises par la communauté de communes Convergence Garonne et les préjudices qu'elle a subis ;
- elle subit une atteinte à son intégrité psychique du fait du harcèlement moral, de son isolement, de sa surcharge de travail, des directives contradictoires de sa hiérarchie et des pressions de cette dernière si bien qu'elle a dû être placée en arrêt de travail le 16 décembre 2019 ; elle évalue la réparation de ce chef de préjudice à 20 000 euros ;
- la réparation de son préjudice moral, qui découle de sa souffrance liée à son état anxio-dépressif et de ses conditions de travail, est évaluée à 15 000 euros ;
- elle a subi une atteinte à sa dignité et à sa réputation en raison de la contestation par son employeur de l'imputabilité au service de son état ; la communauté de communes Convergence Garonne a diligenté une enquête interne sans l'entendre, elle a d'abord conclu à l'absence d'imputabilité au service ; son travail n'a pas été reconnu même lorsqu'elle assurait les tâches normalement dévolues à sa cheffe ; la réparation de ce chef de préjudice est évaluée à 10 000 euros ;
- le préjudice relatif aux troubles dans les conditions d'existence découle de sa perte d'intérêt pour les activités quotidiennes, du goût de vivre et de son isolement social ; les membres de sa famille, qui sont les seules personnes avec lesquelles elle entretient des relations, subissent par ricochet des troubles dans les conditions d'existence ; ce chef de préjudice sera réparé par le versement d'une somme de 15 000 euros ;
- le préjudice lié au déroulement de carrière, en raison de l'erreur commise par le service ressources humaines, découle de la privation d'une promotion sur un emploi de catégorie B et du climat d'incertitude quant à la suite de sa carrière qu'a entretenu son employeur ; il est évalué à 20 000 euros ;
- le préjudice financier, évalué à 5 000 euros, provient de l'erreur de liquidation de sa paye de septembre 2020 à hauteur de plus de 100 euros et du retard dans la perception d'un complément de salaire de l'ordre de 400 euros, dont seule une partie a été régularisée ultérieurement ; elle a dû faire face à une demande de remboursement d'un trop-perçu de 619 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 13 juillet et le 17 août 2022, la communauté de communes Convergence Garonne, représenté par Me Boissy, conclut :
- au rejet de la requête ;
- à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 18 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 18 octobre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 juillet 1984 ;
- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;
- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourdarie, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public ;
- et les observations de Me Valdès, substituant Me Arm, représentant Mme A, et de Me Dubois du cabinet SARL Boissy Avocats et Associés, représentant la communauté de communes Convergence Garonne.
Une note en délibéré présentée par Me Arm pour Mme A a été enregistrée le 25 octobre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ajointe d'animation principale, a été recrutée et titularisée dans les effectifs de la communauté de communes Podensac, à laquelle a succédé au 1er janvier 2017 la communauté de communes de Podensac, des Coteaux de Garonne et de Lestiac-sur-Garonne, Paillet, Rions, devenue communauté de communes Convergence Garonne au 1er janvier 2018. Elle a formé une demande préalable indemnitaire le 3 août 2021 que le président de la communauté de communes Convergence Garonne a rejetée le 27 septembre suivant. Par sa requête, Mme A demande au tribunal de condamner la communauté de communes Convergence Garonne à lui verser la somme globale de 85 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur le harcèlement moral :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa rédaction alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ". Pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. D'une part, dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service n'est pas constitutive de harcèlement moral. D'autre part, dès lors qu'ils n'excèdent pas de telles limites, des recommandations, remarques et reproches justifiés par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, ne sont pas constitutives d'un harcèlement moral au sens des dispositions précitées. A cet égard, une souffrance psychologique liée à des difficultés professionnelles ne saurait caractériser à elle seule un harcèlement moral, qui se définit également par l'existence d'agissements répétés de harcèlement et d'un lien entre ces souffrances et ces agissements.
3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. Mme A soutient qu'elle est victime de faits de harcèlement moral depuis l'année 2017 à raison d'un ensemble de comportements fautifs de la part de son employeur.
En ce qui concerne la surcharge de travail :
5. Il résulte de l'instruction que Mme A a été affectée au sein du pôle enfance jeunesse de la communauté de communes fusionnée en qualité de directrice itinérante et d'adjointe à la coordination. Elle soutient qu'en raison des dysfonctionnements et de la désorganisation des services résultant de la fusion des collectivités intervenue au 1er janvier 2017, elle a dû assumer l'exécution de tâches relevant d'agents de catégories B ou A et a dû gérer une surcharge de travail sans que sa hiérarchie ne lui donne les moyens d'y faire face. Selon elle, une grande partie de ses difficultés résulte du climat général de désorganisation consécutif à la création de l'intercommunalité qui l'emploie. Cet accroissement d'activité est reconnu par l'administration dans les comptes rendus d'évaluation relatifs aux années 2018 et 2019 qui soulignent que Mme A avait fait face à une surcharge de travail et à des responsabilités plus importantes en raison de l'absence de sa cheffe de service ainsi que d'absences d'autres agents. Le congé maternité de sa cheffe de service en 2018 a été anticipé comme l'établit un courriel de cette dernière, adressé le 1er août 2018 au directeur général des services, explicitant les modalités de réorganisation du service pour y faire face et précisant que ces dernières avaient été vues avec Mme A, laissant ainsi entendre que celle-ci acceptait d'assumer une partie des tâches dévolues à sa supérieure hiérarchique alors même qu'elle bénéficiait à cette époque d'une quotité de travail à 80 % pour s'occuper de son enfant de moins de trois ans. Cette cheffe de service, dans le compte-rendu d'entretien pour 2017, notait la complexité d'une gestion du service en sous-effectif dans un cadre dépourvu d'harmonisation entre les unités issues des collectivités fusionnées. Les objectifs assignés à Mme A à partir de son évaluation relative à l'année 2017 comportaient précisément l'harmonisation des différentes pratiques entre services ou unités issues des collectivités fusionnées au 1er janvier 2017. Bien que les dysfonctionnements soient reconnus par l'employeur, il ne résulte pas de l'instruction que les difficultés organisationnelles relevées seraient propres au pôle enfance jeunesse et qu'elles révèleraient l'existence de faits de harcèlement moral à l'encontre de l'intéressée.
En ce qui concerne la diminution des missions et la discrimination au regard d'autres agents :
6. Mme A soutient sans l'établir que le retrait de missions ne s'est pas accompagné d'une diminution de sa charge de travail mais a contribué à accroître la perte de sens de son travail. Par ailleurs, elle estime avoir été discriminée dans la mesure où elle exerçait des tâches similaires à celles d'autres agents sans bénéficier des mêmes droits à rémunération, congé et formation que ceux-ci. La situation différenciée d'agents exerçant des fonctions analogues résultait des modes de gestion antérieurs des collectivités ayant fusionné, ainsi que Mme A le relève elle-même comme cause des dysfonctionnements des services.
En ce qui concerne le sentiment d'humiliation, de rabaissement et de dénigrement :
7. Dans les comptes-rendus d'évaluation des années 2017 et 2018, la hiérarchie de Mme A note ses aptitudes à diriger un service. Il est mentionné qu'elle a suppléé de fait sa cheffe de service pendant le congé maternité de celle-ci en 2018. Il ne résulte pas de ces appréciations que l'employeur ait entendu rabaisser ou ne pas reconnaitre la qualité du travail accompli. Il en va de même pour la quantité de travail assumée dès lors que la surcharge de travail absorbée en 2018 et 2019 a été expressément notée dans les comptes-rendus d'évaluation afférent à ces années.
En ce qui concerne son positionnement hiérarchique :
8. Mme A a demandé à plusieurs reprises que son positionnement hiérarchique soit clarifié, notamment dans son courrier du 16 novembre 2020. Son employeur l'a qualifiée d'adjointe à la coordination et directrice itinérante, puis de directrice adjointe et enfin de responsable administration respectivement au titre des années 2017, 2018 et 2019. Le contenu des missions assignées n'est en revanche pas sensiblement différent d'une année sur l'autre hormis la suppléance de fait de la cheffe de service. Il résulte de l'organigramme produit par la requérante pour l'année 2018 qu'elle y apparaît avec la qualité d'adjointe à la responsable du pôle enfance jeunesse mais située au même niveau hiérarchique que les agents relevant de deux autres unités. Le contenu de la fiche de poste de responsable administrative du pôle enfance jeunesse la place sous l'autorité directe de la cheffe de service animation jeunesse, ce qui était déjà le cas en 2017 au vu de la fiche du poste de responsable adjointe pôle enfance jeunesse, où elle était sous l'autorité de Mme C, cheffe du service Enfance Jeunesse. Par ailleurs, les exigences requises sur les deux fiches de poste sont du même niveau, II. Ainsi, le nouvel intitulé de son poste, " responsable administration ", sur la même ligne hiérarchique que les responsables Animation Jeunesse et Responsable Petite Enfance, ne révèle pas une diminution de sa place au sein de l'organigramme des services 2020 au regard de ce qu'elle était en 2017.
En ce qui concerne l'erreur du service des ressources humaines :
9. Mme A reproche à son employeur d'avoir commis une erreur matérielle dans son dossier présenté à la CAP de l'année 2019, à la suite de son succès, fin 2018, à l'examen professionnel relatif au cadre d'emploi d'animateur principal de 2ème classe, lui donnant la possibilité d'accéder à un emploi de catégorie B à la condition d'être recrutée sur un poste adéquat dans les 4 ans maximum suivant la réussite à cet examen. Son dossier a effectivement été présenté pour le grade d'animateur à l'ancienneté, donc au choix, au lieu du grade d'animateur principal obtenu après réussite à l'examen professionnel. Elle en déduit qu'elle a perdu une chance sérieuse d'accéder à un emploi de catégorie B dès lors que 6 postes étaient ouverts lors de la CAP de 2019, contre 3 lors de la CAP de l'année suivante au cours de laquelle son dossier a été représenté. Cependant, pour regrettable que soit cette erreur, le fait de recueillir un avis favorable de la CAP en 2019 n'aurait pas impliqué automatiquement sa nomination sur un emploi de catégorie B d'autant qu'elle ne conteste pas que 42 dossiers étaient présentés en 2019 pour pourvoir les 6 postes ouverts. Cette erreur de gestion, isolée, n'est pas de nature à caractériser une malveillance de son employeur à son égard.
En ce qui concerne les refus ou les retards dans la mise en œuvre des formations sollicitées :
10. Les évaluateurs successifs de Mme A relèvent ses difficultés à gérer le stress et les situations urgentes. Les formations demandées au cours de l'année 2018, dont celles relatives au développement personnel et professionnel et à la prévention du stress en milieu professionnel, ont reçu un avis favorable du supérieur hiérarchique mais n'ont pas été réalisées du fait de l'absence de places sur les sessions demandées. Si Mme A reproche à la communauté de communes Convergence Garonne d'avoir retardé la réalisation de son bilan de compétences, ce dernier, après avoir été refusé par la mobilisation de son compte formation professionnelle en 2020, a été accepté l'année suivante. Il ne résulte pas de ces circonstances que la communauté de communes Convergence Garonne ait entendu, par un comportement répété, faire obstacle au suivi par Mme A des formations demandées. Le faible taux de formations suivies par les agents de la collectivité n'est pas de nature à révéler que Mme A se serait heurté à un refuis fautif de son employeur.
En ce qui concerne l'absence de prise en compte des alertes :
11. Aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. ". Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale. A ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte, dans les conditions prévues à l'article 24 de ce même décret, les propositions d'aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, que les médecins du service de médecine préventive sont seuls habilités à émettre.
12. Au cours des années 2017 et 2018, Mme A a principalement fait part des difficultés existant à l'échelle du service plus que de celles qui lui étaient propres. Elle a fait part de son sentiment de déconsidération de la part de la collectivité dans un courrier du 3 juillet 2019, principalement centré sur l'erreur matérielle commise par le service des ressources humaines. Elle a clairement exprimé son mal-être au travail dans son compte-rendu d'évaluation relatif à l'année 2019, réalisé le 15 novembre 2019. Y sont mentionnés la grande fatigue psychologique ressentie en fin d'année par l'intéressée, ainsi qu'un sentiment de reconnaissance insuffisante de la part de la collectivité et d'un mal-être résultant d'une absence d'écoute. Elle a été reçue par le vice-président en charge des ressources humaines le 9 décembre 2019 au cours d'un entretien relatif à la souffrance au travail exprimée par l'agent, d'une durée de deux heures. Le compte-rendu relate les difficultés liées à la fusion, le sentiment d'injustice découlant de l'erreur de gestion lors de la présentation de son dossier à la CAP et des difficultés liées à l'environnement général de travail, trop fondé selon l'intéressée sur des procédures de contrôle et une communication par trop descendante. Elle a été reçue pour la première fois par le médecin de prévention fin 2019, et a bénéficié d'un arrêt maladie le 19 décembre 2019. Sa maladie a été reconnue comme imputable au service par la commission de réforme du 4 novembre 2020 de sorte que le président de la communauté de communes Convergence Garonne a pris un arrêté d'imputabilité au service de sa maladie professionnelle le 11 décembre 2020. La circonstance que ce dernier n'ait pas été pris spontanément mais après saisine de la commission de réforme, après une première décision de non imputabilité au service de la maladie de Mme A, n'est pas de nature à révéler l'existence de faits de harcèlement moral à l'encontre de cette dernière, de même que la circonstance que toutes les demandes de réorganisation et de recrutements supplémentaires n'aient pas été suivies d'effet.
En ce qui concerne les conditions matérielles de travail :
13. Les difficultés liées à l'utilisation du logiciel métier du pôle enfance jeunesse découlent des insuffisances du prestataire. Les éventuelles carences de la communauté de communes Convergence Garonne pour y remédier ne sont pas de nature à révéler une intention de gêner Mme A dans l'exercice de ses missions. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme A travaillait de façon régulière dans un bureau de 13 m² avec deux autres personnes. Si tel était le cas, ces agents, soumis à l'obligation de discrétion professionnelle, ne l'empêchait pas de recevoir des usagers ou des appels relatifs à des données personnelles. Si ce bureau, situé dans une ancienne gare, semblait effectivement exigu au vu de la photographie produite, la circonstance que sa table de travail ne mesurait qu'un mètre de large en forme de demi-lune n'est pas, en soi, à même de porter atteinte à son intégrité physique ou mentale. Mme A, dans son courriel du 8 mars 2018 à sa cheffe de service, indiquait qu'elle avait exprimé son désaccord à la perspective d'un éclatement du pôle enfance jeunesse sur plusieurs sites, suggérée par un membre du CHSCT afin de résoudre le problème des conditions matérielles d'accueil et d'installation. Il est donc difficile dans ces conditions de déplorer l'extrême difficulté découlant de l'exiguïté des locaux et de leur exposition aux nuisances sonores liées à la proximité d'une voie ferrée et d'un site économique qualifié de bruyant.
14. Au vu de ce qui précède, il ne résulte pas de l'instruction que la communauté de communes Convergence Garonne se serait rendue coupable d'agissements répétés de harcèlement moral de nature à engager sa responsabilité.
Sur les conclusions indemnitaires et relatives aux frais d'instance :
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur ce fondement par la communauté de communes Convergence Garonne.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes Convergence Garonne tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la communauté de communes Convergence Garonne.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Bilate, premier conseiller,
M. Bourdarie, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
Le rapporteur,
H. BOURDARIE
La présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026