lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2106154 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | JU-6ème chambre |
| Avocat requérant | BALTAZAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires en production de pièces et complémentaires enregistrés les 19 novembre 2021, 10 janvier et 26 septembre 2022, l'Office public de l'habitat (OPH) de Bordeaux Métropole dit " A ", représentée par Me Baltazar, avocate, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 12 663,44 euros en réparation des différents chefs de préjudice résultant du refus de la préfète de la Gironde de lui accorder le concours de la force publique, pour la période du 1er avril 2020 au 27 octobre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration ayant tardé, sans motif légitime, à accorder le concours de la force publique pour l'exécution d'une décision de justice, elle a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- en admettant qu'un motif légitime puisse justifier le refus de concours de la force publique, la responsabilité de l'Etat peut être engagée pour rupture d'égalité des citoyens devant les charges publiques, dès lors que son préjudice est à la fois anormal et spécial ;
- la période de responsabilité de l'Etat court du 1er avril 2020 au 27 octobre 2020, date à laquelle le concours de la force publique a été octroyé ;
- son préjudice se caractérise par une privation de jouissance de son bien, qui peut être évalué à hauteur de 2 000 euros, ainsi que par une privation de loyers, évalué à 4 211,31 euros ; il a également subi des troubles de gestion liés à la contrainte d'engager diverses actions pour assumer l'exécution de sa mission dans le domaine du logement social, qui peuvent être évalués à 500 euros ; il a enfin subi un préjudice lié aux frais de remise en état du logement, à hauteur de 5 952,13 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut à la limitation de l'indemnisation accordée à l'OPH requérant à la somme de 1 083,86 euros, à la subordination du paiement de cette indemnité à la subrogation de l'Etat dans les droits que détiendraient l'OPH A au titre de l'occupation irrégulière de son bien et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Elle soutient que :
- compte tenu de la trêve hivernale et des mesures gouvernementales prises dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19, aucun concours de la force publique ne pouvait être octroyé avant le 11 juillet 2020 ; compte tenu de l'enquête réalisée pour obtenir des données d'appréciation relatives à la situation de M. Comte et de l'impossibilité de lui proposer une solution de relogement dans un contexte de crise sanitaire, aucune faute lourde ne peut lui être reprochée ;
- la responsabilité de l'Etat ne peut être engagée que sur le fondement de la responsabilité sans faute, pour rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- la période de responsabilité de l'Etat n'a couru que du 11 juillet 2020 à la date du départ effectif de l'occupant du logement, le 1er octobre 2020 ;
- la réalité du préjudice de privation de jouissance et des troubles de gestion n'est justifiée par aucune pièce ; les frais de remise en état du logement ne sont pas davantage indemnisables, dès lors qu'il n'est pas établi que les dégradations aient été commises durant la période de responsabilité de l'Etat ;
- compte tenu du montant du loyer fixé à 400 euros par mois, l'office requérant peut prétendre, sur la période de responsabilité de l'Etat, à une somme de 1 083,86 euros.
Par ordonnance du 12 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre 2022 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- la loi n° 2020-546 du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions ;
- l'ordonnance n° 2020-331 du 25 mars 2020 relative au prolongement de la trêve hivernale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par ordonnance du 9 juillet 2019, le juge des référés du tribunal d'instance de Bordeaux a constaté que M. Comte occupait sans droit ni titre, un logement appartenant à l'office public de l'habitat (OPH) A situé résidence Haendel, 18 rue des frères Portmann à Bordeaux. Le juge a autorisé l'office à faire procéder à son expulsion immédiate ainsi qu'à celle de tous occupants de son chef, au besoin avec l'assistance de la force publique. Le 24 juillet 2019, un commandement de quitter les lieux au plus tard le 24 septembre 2019 a été délivré par un huissier de justice à l'occupant du logement. Ce commandement de quitter les lieux a été notifié le lendemain aux services de la préfecture de la Gironde. A défaut de libération des lieux, un huissier de justice a, le 7 octobre 2019, requis le concours de la force publique auprès de la préfecture de la Gironde. Par application des dispositions de l'article R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution, une décision implicite de refus de concours à la force publique est née le 7 décembre 2019. Puis, par décision du 1er octobre 2020, la préfète de la Gironde a finalement accordé le concours de la force publique pour l'expulsion de l'occupant sans droit ni titre de leur logement. L'OPH a repris possession des lieux le 27 octobre 2020. Par la présente requête, l'OPH A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 12 663,44 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison du retard avec lequel la préfète de la Gironde lui a accordé le concours de la force publique.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat et la période indemnisable :
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / () Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. () ". Aux termes de l'article L. 412-6 de ce code : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. () ". Enfin, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-331 du 25 mars 2020 relative au prolongement de la trêve hivernale : " Pour l'année 2020, la période mentionnée aux troisième alinéa de l'article L. 115-3 du code de l'action sociale et des familles et premier alinéa de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution est prolongée jusqu'au 31 mai 2020. " et aux termes de l'article 10 de la loi du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions : " I. - Pour l'année 2020, la période mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 115-3 du code de l'action sociale et des familles et au premier alinéa de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution est prolongée jusqu'au 10 juillet 2020 inclus. () ".
3. Il résulte des dispositions de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution citées au point 2 que le représentant de l'Etat, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution que l'autorité de police dispose, sous réserve des dispositions relatives à la trêve hivernale, d'un délai de deux mois pour assurer l'exécution forcée d'un jugement d'expulsion et que, passé ce délai, le justiciable nanti d'un tel jugement est en droit d'obtenir réparation intégrale des préjudices dont l'inexécution de la décision de justice, quelle qu'en soit la cause, est à l'origine, de manière directe et certaine.
4. Il résulte de l'instruction que l'OPH A a sollicité le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de M. Comte du logement lui appartenant, par acte d'huissier réceptionné par la préfète de la Gironde le 7 octobre 2019. Compte tenu du délai de deux mois dont disposait l'autorité de police pour donner suite à la demande de concours de la force publique et de la période de trêve hivernale qui a été prolongée, en 2020, jusqu'au 10 juillet inclus, la responsabilité de l'Etat s'est trouvée engagée à compter du 11 juillet 2020, pour se terminer le 27 octobre 2020, date à laquelle il a été constaté la libération des lieux.
En ce qui concerne les préjudices indemnisables :
5. Le montant dont l'Etat est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité.
6. Il est constant que l'indemnité mensuelle d'occupation, correspondant au montant du loyer et des charges, s'élevait à 400 euros en 2020. Eu égard à la période indemnisable du 11 juillet 2020 au 27 octobre 2020, il y a lieu de condamner l'Etat à verser à l'OPH A la somme de 1 419,20 euros.
7. Il sera fait une juste appréciation des troubles de gestion résultant pour la société requérante de la décision de refus de concours de la force publique en les évaluant à la somme de 1 000 euros.
8. En se bornant à faire état de l'immobilisation de son bien à raison du refus de concours de la force publique pour expulser l'occupant sans titre du logement lui appartenant, l'office requérant n'établit pas qu'il aurait subi un préjudice de jouissance distinct de la perte subie sur les loyers et charges déjà prise en compte au point 6. Par suite, il y a lieu de rejeter sa demande indemnitaire présentée à ce titre.
9. L'OPH A demande également la condamnation de l'Etat au versement de la somme de 5 952,13 euros au titre des dégradations commises par l'occupant sans droit ni titre du logement. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le bien en cause, qui était loué depuis 1985 à l'oncle de M. Comte et qui a seulement été occupé par ce dernier depuis le décès du locataire en 2017, ait été dégradé au cours de la courte période de trois mois et demi de responsabilité de l'Etat. Par suite, la demande d'indemnisation au titre de la dégradation du bien doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à l'OPH A la somme de 2 419,20 euros.
Sur la subrogation de l'Etat dans les droits du propriétaire sur les occupants :
11. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il détermine le montant et la forme des indemnités allouées par lui, de prendre, au besoin d'office, les mesures nécessaires pour que sa décision n'ait pas pour effet de procurer à la victime d'un dommage, par les indemnités qu'elle a pu ou pourrait obtenir en raison des mêmes faits, une réparation supérieure au préjudice subi. Par suite, lorsqu'il condamne l'Etat à indemniser le propriétaire auquel le préfet a refusé le concours de la force publique pour exécuter un jugement ordonnant l'expulsion des occupants d'un local, le juge doit, au besoin d'office, subroger l'Etat, dans la limite de l'indemnité mise à sa charge, dans les droits que le propriétaire peut détenir sur les occupants au titre de l'occupation irrégulière de son bien pendant la période de responsabilité de l'Etat.
12. Il y a lieu de subordonner le versement à l'OPH A de l'indemnité fixée par le présent jugement à la subrogation de l'Etat, dans la limite du montant de cette indemnité, dans les droits que détiendrait cette dernière sur l'occupant des locaux en litige au titre de son occupation irrégulière pendant la durée de responsabilité de l'Etat.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à l'OPH A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à l'office public de l'habitat A la somme de 2 419,20 euros.
Article 2 : Le paiement de l'indemnité est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits de l'office public de l'habitat A.
Article 3 : L'Etat versera à l'office public de l'habitat A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'office public de l'habitat A et à la préfète de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
La magistrate désignée,
B. MOLINA-ANDREO La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026