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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106514

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106514

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106514
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge social
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2021, Mme A, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 août 2021 par laquelle le département de Lot-et-Garonne a confirmé, sur recours préalable obligatoire, l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 178,09 euros au titre de la période du 1er janvier 2019 au 30 novembre 2020, notifié le 17 mai 2021 et refuser de procéder à un nouvel examen de son dossier ;

2°) de prononcer la décharge du paiement des indus de revenu de solidarité active ;

3°) d'enjoindre au département de Lot-et-Garonne de rembourser les retenues effectuées ;

5°) d'annuler la décision du 17 mai 2021 par laquelle une pénalité d'un montant de 114,27 euros lui a été infligée ;

4°) de mettre à la charge du département de Lot-et-Garonne la somme de 1 224 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;

- il n'est pas établi que l'agent de contrôle était agréé et assermenté ;

- la situation de concubinage n'est pas établie et la charge de la preuve incombe à l'administration.

Par courrier du 28 février 2022, la Mutualité sociale agricole de Lot-et-Garonne a informé le tribunal de ce qu'il appartenait seulement au département de produire des écritures en défense.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, la présidente du conseil départemental du Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2021.

Les parties ont été informées, par courrier du 13 mars 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la décision du 17 mai 2021 infligeant des pénalités à Mme A étant inexistante, les conclusions présentées à son encontre ne sont pas recevables.

Une réponse au moyen d'ordre public a été enregistrée pour Mme A le 13 mars 2023. Il est mentionné que le contentieux relatif à la pénalité est pendant devant le tribunal judicaire d'Agen.

Un mémoire a été enregistré le 20 mars à 10h17 pour Mme A. Ce mémoire n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 17 mai 2021, confirmée sur recours préalable le 30 août, le département de Lot-et-Garonne, en se fondant sur le rapport d'enquête qui avait mis en évidence une situation de concubinage depuis le début de l'année 2018, a réclamé à Mme A des indus d'un montant total de 8 178,09 euros correspondant à des dettes de revenu de solidarité active sur la période du mois de janvier 2019 au mois de novembre 2020, de prime d'activité au titre du mois de février 2019 et des mois de mars à novembre 2020 et de prime exceptionnelle de fin d'année pour novembre 2019 et enfin d'une prime COVID. Par courrier du 16 juillet 2021, Mme A a exercé le recours préalable obligatoire auprès du président du conseil départemental de Lot-et-Garonne pour les allocations concernées en y incluant la prime exceptionnelle de fin d'année, toutefois non soumise à un tel recours. Par une décision du 30 août 2021, ce recours a été rejeté. Dans la présente instance, Mme A demande l'annulation de cette décision.

2. Mme A sollicite également l'annulation d'une décision du 17 mai 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental, estimant qu'elle avait commis une faute en dissimulant sa situation de concubinage depuis l'année 2018, lui a infligé une pénalité d'un montant de 114,27 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 mai 2021 relative à la pénalité administrative :

3. Il ne résulte pas de l'instruction que la décision du 17 mai 2021 relative à la pénalité administrative était jointe au dossier pour être soumise à l'appréciation du juge. En admettant qu'une telle décision aurait été édictée, il n'appartient pas la juridiction administrative d'en connaître. Au demeurant, Mme A, en réponse au moyen d'ordre public qui lui avait été adressé, a indiqué que cette décision était pendante devant le tribunal judicaire d'Agen. Dans ces conditions, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 août 2021 :

En ce qui concerne la régularité de la décision en cause :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles : " () Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. () ". Selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs des organismes de sécurité sociale confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ". Il ressort de l'ensemble de ces dispositions que tant l'absence d'agrément que l'absence d'assermentation des agents de droit privé désignés par les caisses d'allocations familiales pour conduire des contrôles sur les déclarations des bénéficiaires du revenu de solidarité active sont de nature à affecter la validité des constatations des procès-verbaux qu'ils établissent à l'issue de ces contrôles et à faire ainsi obstacle à ce qu'elles constituent le fondement d'une décision déterminant pour l'avenir les droits de la personne contrôlée ou remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu.

5. S'il résulte de l'instruction et notamment des pièces produites en défense que seul l'un des deux agents de contrôle était à la fois assermenté et agrée pour procéder aux vérifications de la situation de la requérante, le second agent étant seulement assermenté à titre provisoire, cette circonstance n'a pas été de nature à affecter la validité des constatations du procès-verbal établi dès lors que l'un des deux agents était agrée et assermenté et par ailleurs, elle aurait seulement privé le rapport en cause de caractère probant.

6. En deuxième lieu, d'une part, si Mme A a demandé la communication du rapport d'enquête, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose la communication à l'allocataire de ce rapport. Au demeurant, l'intéressée ne conteste pas avoir été avisée des conclusions formulées. A cet égard, elle a pu faire valoir ses observations en exerçant le recours administratif préalable obligatoire dans lequel elle a contesté son intention de frauder ou de dissimuler des informations.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () " et aux termes de l'article R. 262-90 du même code : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. /Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. /L'avis de la commission et la décision du président du conseil départemental sont motivés. ".

8. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.

9. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.

10. En réponse au moyen invoqué par la requérante tiré de ce que la décision en litige a été prise sans que l'avis de la commission de recours amiable soit sollicité et obtenu, la présidente du conseil départemental a fait valoir que la convention signée entre le département et les caisses d'assurances sociales ne contenait aucune clause fixant le cadre et les modalités de la saisine à la date de son recours préalable. Toutefois, en l'absence de toute stipulation excluant la consultation de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales et conformément aux dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles, le recours de Mme A devait être soumis à cette commission. Dès lors, la décision attaquée aurait dû être précédée de cette consultation. Si la présidente fait également valoir que le comité de lutte contre la fraude institué au sein de la Mutualité sociale agricole, dans sa séance du 23 février 2021, a examiné le dossier de la requérante et compte tenu des éléments en sa possession conclut à un comportement frauduleux en raison de fausses déclarations, sa situation de concubinage n'ayant pas été déclarée depuis de nombreuses années, cet examen a été antérieur au recours formé par Mme A le 16 juillet 2021 contestant les indus notifiés par courrier du 17 mai 2021 pour le motif précité. Cependant, il résulte de l'instruction que si Mme A entend soutenir que sa situation de concubinage n'est pas établie, son compagnon ne vivant pas sous son toit mais dans un autre département, elle n'en apporte aucune preuve et en tout état de cause la seule circonstance d'un éloignement géographique ne suffit pas à établir l'absence d'une communauté de vie alors qu'il résulte de l'instruction qu'un enfant est né de leur union le 4 octobre 2019 et qu'un projet de mariage a été formé au cours de l'année 2021. En conséquence, eu égard à ce faisceau d'indices concordants établissant que Mme A vivait en couple, l'absence d'examen de son recours préalable obligatoire par la commission de recours amiable n'a eu aucune influence sur la décision querellée.

11. Il résulte ainsi des points 5 à 9 que le moyen tiré de la méconnaissance du respect du principe du contradictoire doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé :

12. Il résulte de l'instruction que l'origine des indus restant en cause se trouve dans la prise en compte par l'administration d'une situation de concubinage. Ainsi qu'il a été dit, il résulte de l'instruction que cette situation est établie par un faisceau d'indices concordants dont Mme A n'apporte pas la preuve contraire mais se borne seulement dans son recours préalable obligatoire à des considérations d'ordre général sur les caractéristiques d'une situation de concubinage. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à contester les indus qui lui ont été réclamés

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à la présidente du conseil départemental de Lot-et-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.

La magistrate désignée,

P. CLa greffière,

C. AHIN

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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