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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106615

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106615

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106615
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP KAPPELHOFF-LANCON - THIBAUD - VALDES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 décembre 2021 et 23 mars 2023, M. C A, représenté par Me Hiriart, demande au tribunal dans ses dernières écritures :

1°) d'annuler les titres de perception des 26 février 2021 et 16 mars 2021, ainsi que les décisions implicites de rejet de ses réclamations préalables présentées le 10 avril 2021 ;

2°) de le décharger des sommes de 5 674,87 euros et de 1 800,88 euros ;

3°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Bordeaux de lui rembourser les sommes restituées à tort sur le fondement des titres annulés ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 6 187,76 euros en réparation des préjudices qu'il a subis ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A fait valoir que :

- les titres de perception attaqués ne sont pas suffisamment motivés, faute de comporter les différents éléments de la dette, de comporter des indications sur le mode de calcul de la dette ou de renvoyer à un document précisant les éléments de calcul ayant servi à la déterminer ;

- s'agissant du titre du 26 février 2021, s'il ne conteste pas avoir continué à percevoir son traitement au mois d'août 2020 en plus de ses indemnités journalières, la créance mentionnée ne correspond pas aux sommes versées ;

- s'agissant du titre du 16 mars 2021, il n'a perçu aucun traitement au mois d'octobre 2020 ;

- ayant déjà procédé au paiement des sommes litigieuses, il est fondé à demander qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Bordeaux de lui restituer les sommes versées ;

- en émettant le titre litigieux, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- il est fondé à demander la somme de 1 187,76 euros au titre de son préjudice financier, la somme de 3 000 euros au titre de son préjudice matériel et celle de 2 000 euros au titre de son préjudice moral.

Par un mémoire enregistré le 13 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques d'Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun grief n'est dirigé contre la procédure de recouvrement. Le requérant ne contester que le bien-fondé de la demande, seul le rectorat est compétent pour défendre.

Par un mémoire enregistré le 27 février 2023, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-614 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°2016-1171 du 29 août 2016 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Paz,

- les conclusions de Mme Jaoüen, rapporteure publique,

- et les observations de Me Valdès, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A été recruté en qualité de professeur de technologie par la rectrice de l'académie de Bordeaux, depuis le 27 février 2013 sous couvert d'un contrat à durée déterminée, puis à compter du 10 janvier 2019 sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée. Ayant bénéficié d'un congé de maladie ordinaire à compter du 28 août 2019, il a continué à percevoir des rémunérations après le 23 décembre 2019, date à laquelle il a été placé en congé de maladie ordinaire sans traitement. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de deux titres de perception émis le 26 février 2021 et le 16 mars 2021, portant sur des indus de rémunération de 15 240,32 euros et de 1 800,88 euros ainsi que la décharge de l'obligation de payer ces sommes. Après avoir adressé à la rectrice de l'académie de Bordeaux une réclamation indemnitaire préalable le 10 décembre 2021, il recherche la responsabilité pour faute de l'Etat du fait des négligences commises par les services du rectorat dans la gestion de son dossier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. ". Pour satisfaire à ces dispositions, un état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

3. Il ressort des pièces du dossier que le titre de perception du 16 mars 2021 indique que l'objet de la créance, est un indu sur rémunération issu de la paye d'octobre 2020 à la suite des IJSS (indemnités journalières de sécurité sociale) perçues dans le cadre du congé de maladie ordinaire sur la période du 18 octobre au 22 décembre 2019. M. A a ainsi été en mesure, en se référant à ces éléments, de connaître les bases de la liquidation ainsi que les éléments de calcul des sommes réclamées. Ce titre de perception est suffisamment motivé.

4. En revanche, s'agissant du titre de perception émis le 26 février 2021, si celui-ci mentionne la période concernée par les trop-perçus de rémunération, le détail des cotisations et le montant restant à recouvrer pour chaque mois, ces éléments sont indiqués de telle manière qu'il est impossible de savoir quels éléments viennent en addition et lesquels viennent en soustraction, l'ensemble des éléments figurant en complet desordre dans la décision. L'absence de clarté des mentions portées sur le titre exécutoire fait obstacle à la possibilité pour son destinataire de connaître les bases de la liquidation de la dette ainsi que les éléments de calcul des sommes réclamées. Dans ces conditions, ce dernier titre de perception n'est pas suffisamment motivé. Par suite, M. A est seulement fondé à demander l'annulation du titre de perception du 26 février 2021.

Sur les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer :

5. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire.() / La rémunération des agents contractuels est fixée par l'autorité compétente en tenant compte des fonctions exercées, de la qualification requise pour leur exercice et de l'expérience de ces agents. Elle peut tenir compte de leurs résultats professionnels et des résultats collectifs du service ". Aux termes de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application de l'article 7 de la loi du 11 janvier 1984 précitée : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité administrative, en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience () ".

En ce qui concerne le titre de perception émis le 26 février 2021 :

6. Il résulte de l'instruction que M. A a été placé en congé de maladie ordinaire à compter du 29 août 2019, puis il a bénéficié d'un congé de maladie ordinaire avec demi-traitement du 17 octobre 2019 jusqu'au 22 décembre 2019, et enfin, il a été placé en congé de maladie ordinaire sans traitement à compter du 23 décembre 2019. M. A ne conteste pas qu'il a indûment perçu des salaires de janvier à septembre 2020 mais il soutient en produisant ses bulletins de paie et de ses relevés de comptes bancaires avoir perçu la somme de 9 565,45 euros et non la somme 15 240,32 euros réclamée dans le titre de perception précité. Les éléments de calcul mentionnés par la rectrice de l'académie de Bordeaux dans son mémoire en défense ne permettent pas de vérifier le bien-fondé de l'indu réclamé. Par suite, M. A est fondé à demander la décharge de la somme de 5 674,87 euros.

S'agissant du titre de perception émis le 16 mars 2021 :

7. Il résulte de l'instruction que si M. A n'a perçu aucun salaire de la part de rectrice de l'académie de Bordeaux pour le mois d'octobre 2020, toutefois, la somme de 1 800,88 euros mis sa charge par le titre de perception attaquée correspond aux indemnités journalières de sécurité sociale perçues du 1er octobre 2019 au 22 décembre 2019. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander la décharge de la somme de 1 800,88 euros.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. " Selon l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. " Enfin, l'article L. 911-3 du même code précise que : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

9. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que la rectrice de l'académie de Bordeaux restitue à M. A, compte-tenu du fait qu'il a déjà payé les sommes en litige, la somme de 5 674,87 euros. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce paiement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Il résulte de l'instruction que la rectrice de l'académie de Bordeaux, après avoir placé M. A en congé de maladie ordinaire sans traitement à compter du 23 décembre 2019, a continué à lui verser ses salaires pendant un an. Si cette erreur constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, il ne résulte pas de l'instruction que M. A, qui ne pouvait ignorer que cet argent lui était versé indument, aurait informé l'administration de ce dysfonctionnement. Par suite, ses conclusions tendant à ce que l'Etat soit condamné à lui verser la somme de 10 000 euros, somme ramenée à 6 187,76 euros en cours d'instance, en réparation de ses préjudices qu'il estime avoir subi du fait de la négligence de la rectrice dans la gestion de son dossier doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception du 26 février 2021 est annulée.

Article 2 : M. A est déchargé de l'obligation de payer la somme de 5 674,87 euros.

Article 3 : Il est enjoint à la rectrice d l'académie de Bordeaux de restituer la somme de 5 674,87 euros à M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'éducation nationale.

Copie sera adressée à la rectrice de l'académie de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme De Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.

La rapporteure

D. DE PAZ

La présidente

F. ZUCCARELLO

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2106615

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