lundi 3 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2106668 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge social |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2021, Mme A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Gironde a implicitement rejeté la demande de remise de dette formée le 17 juin 2021 à l'encontre de la décision du 13 avril 2021 lui notifiant des indus d'allocation de logement sociale au titre de la période du 1er avril 2019 au 31 août 2020 et de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er avril 2019 au 31 mars 2021 pour un montant total de 13 170,41 euros ;
2°) de procéder à la remise totale de sa dette ;
3°) de la décharger de la somme de 179,10 euros ;
4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Gironde de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Gironde une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision en cause a été fondée sur la base d'un traitement algorithmique et méconnaît les articles L. 311-3-1 et 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la commission de recours n'a pas été consultée ;
- le décompte de la créance n'a pas été produit et dès lors les bases de liquidation n'ont pas été connues ;
- il n'est pas établi que l'agent contrôleur était assermenté ;
- l'auteur de l'acte n'était pas régulièrement habilité ;
- les droits de la défense ont été méconnus en ce que la décision étant dépourvue de considération de droit et de fait, elle n'a pas été mise à même de se défendre, qu'elle n'a pas été destinataire du rapport de contrôle ;
- l'article 6 de la convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation dès lors que les versements de ses parents dont elle a bénéficié ne peuvent être considérés comme un revenu mais présente le caractère d'une aide de solidarité intra familiale qui a concouru à son insertion et à ses frais de logement ;
- elle doit bénéficier d'un droit à l'erreur d'autant qu'elle n'a pas reçu les informations qu'il incombait aux organismes sociaux de lui donner ;
- sa bonne foi ne peut être remise en cause et elle doit bénéficier d'une remise totale de sa dette dès lors qu'elle est placée dans une situation précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2022, la caisse d'allocations familiales conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
-le code de l'habitation et de la construction ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a bénéficié du revenu de solidarité active et de l'allocation de logement sociale. L'enquête menée dans le cadre du contrôle de son dossier au mois de mars 2021 a révélé le statut d'étudiante de l'intéressée sur la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2020 et l'absence de déclarations des aides versées par ses parents. La réintégration de ces ressources a alors généré un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 12 991,64 euros au titre de décompte pour la période du 1er avril 2019 au 31 mars 2021 et d'allocation de logement sociale
d'un montant initial de 316,00 € au titre de la période du 1er avril 2019 au 31 août 2020, outre des indus de prime exceptionnelle de fin d'année . Par courrier du 13 avril 2021, ces indus d'un montant total de 13 170,41 euros ont été notifiés à Mme A. Par courrier du 17 juin 2021, Mme A a sollicité la remise gracieuse de la dette pour ce qui concerne l'allocation de logement sociale et la prime exceptionnelle de fin d'année. Toutefois, par trois décisions du 28 juillet 2021, la directrice de la caisse d'allocations familiales a rejeté cette demande de remise de dette estimant que les agissements de Mme A présentaient un caractère frauduleux. La requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales a rejeté son recours formé contre la décision du 13 avril 2021 doit être regardée comme dirigée contre les décisions expresses du 28 juillet 2021.
2. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale rendu applicable par les dispositions de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation relatives aux modalités de recouvrement des aides personnelles au logement indûment versées : " () /la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. / () ".
3. Aux termes de l'article 6 du décret susvisé du 10 décembre 2019 : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. ".
4. Aux termes de l'article 6 du décret susvisé du 29 décembre 2020 : " I. Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. II Les articles () L. 553-2 du code de la sécurité sociale () sont applicables au recouvrement des montants indûment versés de l'aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret par les caisses d'allocations familiales ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, ou ne faisant que partiellement droit à cette demande, il appartient au juge administratif, non seulement d'apprécier la légalité de cette décision, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision mais de rechercher lui-même si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au RSA ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
Sur la légalité des décisions du 28 juillet 2021:
6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que les moyens tirés de l'incompétence, du défaut de motivation en droit et en fait et du vice de procédure en ce que la commission de recours amiable n'aurait pas été consultée, relevant des vices propres des décisions en litige, sont inopérants.
7. De la même manière, si Mme A soutient qu'elle n'a pas été mise à même de se défendre dès lors que le rapport de contrôle ne lui a pas été adressé, ce moyen tiré également d'un vice de procédure est inopérant. En tout état de cause, d'une part, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose une telle communication, d'autre part, Mme A a déclaré le 5 mars 2021 dans le cadre de la procédure contradictoire avoir pris connaissance des constats du contrôle et en être d'accord et a joint des observations manuscrites annexées à ce rapport rédigé le 5 mars.
8. En deuxième lieu, les décisions en cause se sont fondées sur les constatations du rapport d'enquête. Contrairement à ce que soutient la requérante, elles ne relèvent donc pas d'un traitement algorithmique. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles les articles L. 311-3-1 et 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit donc être écarté.
9. En troisième lieu, le moyen tiré du défaut de mention des bases de liquidation est inopérant à l'encontre des décisions rejetant une remise de dette. Par ailleurs et en tout état de cause, lorsque l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
10. En quatrième lieu, il résulte des pièces produites en défense, et non contestées, que l'agent chargé du contrôle du dossier de Mme A a prêté serment le 13 juin 2018 devant le juge du tribunal d'instance de Bordeaux qui lui a donné acte de cette prestation et il a été assermenté. Le moyen tiré du défaut d'assermentation de cet agent doit donc être écarté.
11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ". En l'espèce, Mme A fait valoir son " droit à l'erreur ", en application des dispositions précitées. Toutefois, une décision de refus de remise de dette ne constitue ni une sanction pécuniaire ni la privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
Sur les droits de Mme A :
12. Il résulte des constatations de fait du rapport d'enquête que Mme A est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis 2013. La requérante ne conteste pas qu'elle a été informée de ses obligations déclaratives lors de sa demande initiale et à chaque déclaration trimestrielle au cours de la période litigieuse. A cet égard, ce même rapport indique que Mme A n'a pas déclaré les versements effectués par ses parents depuis le mois de septembre 2018 destinés au règlement de son loyer. Or, de telles ressources doivent être prises en compte pour le calcul de l'allocation de logement sociale en application de l'article R.831-6 du code de la sécurité sociale. Contrairement à ce que soutient la requérante, et en tout état de cause, ces ressources ne sauraient être assimilées à des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire ou ne présentant pas un caractère régulier.
13. Mme A a déclaré être au chômage depuis le 20 août 2018 alors qu'il ressort du document précité qu'elle était étudiante entre le 1er septembre 2018 et le 31 juin 2020. Cette fausse déclaration a ainsi fait obstacle à l'appréciation de ses ressources et en particulier à leur évaluation forfaitaire ainsi qu'elle est prévue pour les étudiants qui sollicitent une aide personnelle au logement par les disposions des articles R.822-20 et suivants du code de la construction et de l'habitation.
14. Eu égard à la nature des omissions qui viennent d'être décrites et qui ont perduré, les créances résultent d'une fausse déclaration constitutive d'une fraude qui fait obstacle à toute remise gracieuse de sa dette, et ce indépendamment de la précarité de la situation de Mme A. Il suit de là que la directrice de la caisse d'allocations familiales n'a entaché sa décision d'aucune illégalité.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.
La magistrate désignée,
P. BLa greffière,
C. AHIN
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026