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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106671

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106671

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106671
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge social
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2021, Mme A, représentée par MeDesfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Gironde a implicitement rejeté le recours préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision du 13 avril 2021 lui réclamant le remboursement d'un indu de solidarité active d'un montant de 13 170,41 euros au titre de la période courant du mois d'octobre 2018 au mois d'avril 2019 ;

2°) de la décharger de sa dette d'un montant de 12 686,51 euros eu égard aux prélèvements déjà effectués ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de remettre l'intégralité de sa dette ;

4°) d'enjoindre au président du conseil départemental de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge du département de la Gironde une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision en cause est entachée d'incompétence ;

- la décision du 13 avril 2021est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- les droits de la défense ont été méconnus : aucune procédure contradictoire n'a été mise en œuvre ; le rapport de contrôle ne lui a pas été communiqué ; la commission de recours amiable n'a pas été consultée ;

- l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles a été méconnu dès lors que des prélèvements ont été effectués sans attendre l'expiration des voies et délais de recours ;

- le département ne devait pas prendre en compte les versements effectués par ses parents qui avaient pour objet de contribuer à son insertion et aux frais de loyer ;

- elle est de bonne foi dès lors qu'elle a informé la caisse dont elle relève de sa situation et qu'elle ne pouvait calculer elle-même le montant d'allocation auquel elle pouvait prétendre alors que surtout elle n'avait obtenu aucune information en méconnaissance de l'obligation qui résulte des articles L. 583-1 et R. 112-2 du code de la sécurité sociale ;

- elle a droit à l'erreur au regard des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

-au regard de sa bonne foi, sa dette doit être remise.

Par courrier, enregistré le 19 avril 2022, la caisse d'allocations familiales de la Gironde a informé le tribunal qu'il ne lui appartenait pas de produire un mémoire en défense en l'absence de toute délégation du département.

Le département de la Gironde n'a produit aucun mémoire.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 13 avril 2021, la caisse d'allocations familiales de la Gironde a informé Mme A d'un indu de solidarité active d'un montant de 13 170,41 euros. Le 7 juin 2021, Mme A a exercé le recours préalable obligatoire. du silence gardé par l'administration sur ce recours est née une décision implicite de rejet dont Mme A demande l'annulation dans la présente instance. Elle sollicite également la remise de sa dette.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ". Enfin, l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles dispose : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L.262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. ". Et aux termes de l'article R. 262-90 du même code : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. () ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.

4. Il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.

5. Il ne résulte pas de l'instruction, notamment de la convention de gestion du revenu de solidarité active du 4 mars 2021 signée entre le département de la Gironde, la caisse d'allocations familiales et la Mutualité sociale agricole de la Gironde, produite par la caisse d'allocations familiales, que ces stipulations excluraient la consultation de la commission de recours amiable. Par suite, dès lors que la convention n'en dispose pas autrement ainsi que l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles le précise, la commission de recours amiable de la Gironde devait être consultée. Il résulte de ce qui précède que Mme A a été privée d'une garantie et qu'elle est fondée à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Gironde a rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 170,41 euros.

6. Aucun autre motif n'est de nature à justifier l'annulation de la décision en litige.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

8. L'annulation prononcée par le présent jugement implique, eu égard à son motif, que Mme A soit déchargée de l'obligation de payer l'indu de revenu de solidarité active, sauf à ce que l'autorité administrative ne reprenne régulièrement, et sous réserve qu'aucune règle de prescription n'y fasse obstacle, dans un délai de deux mois suivant la date de notification du présent jugement, une nouvelle décision de récupération de cet indu. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au président du conseil départemental de la Gironde de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, à la décharge de l'obligation de payer l'indu de revenu de solidarité active, sous réserve de la régularisation de la décision annulée. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur la remise de dette :

9. Eu égard à ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de cette demande, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de remise de dette.

Sur les frais de l'instance :

10. Mme A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du département de la Gironde, au bénéfice du conseil du requérant, la somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Gironde a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A contre l'indu de revenu de solidarité active est annulée.

Article 2: Il est enjoint au président du conseil départemental de la Gironde de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, à la décharge de l'obligation de payer l'indu de revenu de solidarité active, sous réserve de la régularisation de la décision annulée.

Article 3: Il est mis à la charge du département de la Gironde la somme de 1 500 euros à verser à Me Desfarges, conseil de Mme A, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au département de la Gironde.

Copie sera adressée à la Caisse d'allocations familiales de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.

La magistrate désignée,

P. BLa greffière,

C. AHIN

La République mande et ordonne au préfète de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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