jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2106713 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CLEMENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 16 décembre 2021, le 22 septembre 2022 et le 6 mars 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'association Paysages de France, représentée par Me Clément, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'une part, de rejeter les conclusions de la commune de Bègles ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Bègles de faire constater les infractions aux règles de publicité par un agent habilité et de prendre, dans le délai fixé par le tribunal, les mesures prévues aux articles L. 581-27, L. 581-30 et L. 581-31 du code de l'environnement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard par dispositif en infraction, à compter de la date fixée par le tribunal ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bègles la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) d'autre part, d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la préfète de la Gironde a refusé d'adresser une demande au maire de la commune de Bègles en application de l'article L. 581-14-2 du code de l'environnement afin que celui-ci prenne les mesures prévues par ce code pour faire cesser les infractions qui lui avaient été signalées ;
5°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de demander au maire de la commune de Bègles, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de faire dresser les procès-verbaux de constatation d'infraction et de prendre les mesures prévues aux articles L. :581-27, L. 581-30 et L. 581-31 du code de l'environnement ;
6°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de prendre lui-même, sous un mois, ces mesures de mise en conformité ou de suppression après avoir fait constater les infractions dans le cas où le maire de la commune de Bègles ne prendrait pas ces mesures dans le mois suivant la demande formulée en ce sens par le préfet ;
7°) d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 150 euros par jour de retard et par dispositif en infraction à compter des dates fixées par le tribunal ;
8°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 18 000 euros à titre de dommages et intérêts ;
9°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête n'était nullement dépourvue d'objet lors de son introduction ; au surplus, une visite sur place le 3 septembre 2022 a permis de constater que les dispositifs faisant l'objet de la fiche n° 33-BEGLES-10 étaient toujours en place ; quant à l'enseigne en toiture de la fiche n° 33-BEGLES-09, si la commune de Bègles se prévaut de son retrait, elle a été remplacée par une enseigne et un logo apposés en façade du magasin, mais leurs caractéristiques ne respectent pas les exigences de l'article R. 581-60 du code de l'environnement ;
- les dispositifs en question constituent des enseignes au sens de l'article L. 581-3 du code de l'environnement ; l'enseigne en toiture (fiche n° 33-BEGLES-09) méconnaît les exigences de l'article L. 581-62 du code de l'environnement qui imposent que ses fixations ou supports soient dissimulés ; l'enseigne scellée au sol (fiche n° 33-BEGLES-10) ne respecte ni la hauteur ni la surface maximales prévues par l'article L. 581-65 du code de l'environnement ainsi que celles prévues par le règlement local de publicité intercommunal de Bordeaux Métropole adopté le 22 décembre 2017 ; les propriétaires des enseignes ne disposaient pas d'un délai jusqu'au mois de février 2024 pour les mettre en conformité avec la réglementation ;
- la préfète de la Gironde avait obligation de demander au maire de la commune de Bègles de faire cesser les infractions à la police de la publicité, des enseignes et des préenseignes et, en cas de carence de celui-ci, de mettre en œuvre les pouvoirs qu'elle tient de l'article L. 581-27 du code de l'environnement ;
- elle subit un préjudice moral découlant de l'inaction de la préfète de la Gironde à faire cesser la situation qu'elle a portée à maintes reprises à sa connaissance, cette situation accroissant ses difficultés pour défendre la cause pour laquelle elle s'est constituée et portant une atteinte grave aux intérêts qu'elle défend ;
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 15 décembre 2022 et le 29 février 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 août et 6 décembre 2022, la commune de Bègles, représentée par son maire en exercice, conclut :
- à titre principal, au non-lieu à statuer, les infractions relevées ayant été régularisées ;
- à titre subsidiaire, au rejet des conclusions indemnitaires ;
- à titre infiniment subsidiaire, au rejet des demandes en injonction ;
- à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association Paysages de France au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2023, la société Carrefour, représentée par Me Durand, conclut :
- à titre principal à l'irrecevabilité de la requête pour :
o défaut d'intérêt à agir de l'association requérante en l'absence de preuve de vote des membres du bureau pour habiliter le président à agir en justice ;
o défaut d'objet car, d'une part, il n'existe pas de décision implicite de rejet de la préfète de la Gironde de mettre en œuvre les pouvoirs qu'elle tient de l'article L. 581-14-2 du code de l'environnement puisqu'elle a bien fait droit le 23 février 2021 à la demande de l'association et a demandé à la commune de mettre en œuvre les mesures prévues par les articles L. 581-27, L. 581-28 et L. 581-31 du code de l'environnement et, d'autre part, le maire de la commune de Bègles a fait application de ses pouvoirs de police dans son courrier du 16 août 2021 et son arrêté du 9 juin 2022 et, enfin, les enseignes en litige ont été déposées, alors que le pylône ne peut pas être retiré puisqu'il supporte une antenne relais ;
- à titre subsidiaire, au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé ;
- et, en outre, à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l'association Paysages de France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 février 2024 à 12 heures.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le 8 mars 2024, le tribunal a informé les parties de ce qu'il était susceptible de fonder sa décision sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, du non-lieu à statuer des conclusions dirigées contre l'Etat résultant de l'abrogation, depuis le 1er janvier 2024, des dispositions de l'article L. 581-14-2 du code de l'environnement, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions en injonction dirigées contre le maire de la commune de Bègles en tant qu'elles ont été présentées après l'expiration du délai de recours contentieux ou en tant qu'elles sont présentées à titre principal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience et ne sont ni présentes, ni représentées.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourdarie,
- et les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Paysages de France, association agréée au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement, a dénoncé la situation d'enseignes et de logos de la marque Carrefour situés au sein du centre commercial " Rives d'Arcins " à Bègles. Elle estime que l'enseigne et le logo Carrefour situés en toiture du magasin et sur le totem situé chemin de Tartifume contreviennent aux prescriptions applicables en matière de publicité des enseignes et préenseignes. D'une part, l'association Paysages de France demande au tribunal d'enjoindre au maire de la commune de Bègles de faire constater par un agent habilité les infractions à la police de la publicité, des enseignes et des préenseignes et de les faire cesser en prenant les mesures prévues aux articles L. 581-27, L. 581-30 et L. 581-31 du code de l'environnement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard par dispositif en infraction. D'autre part, elle demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de demander au maire de la commune de Bègles de faire cesser les infractions à la police de la publicité, des enseignes et des préenseignes, de lui enjoindre, à titre principal, de demander au maire de la commune de Bègles de faire dresser les procès-verbaux constatant ces infractions et de prendre les mesures prévues par le code de l'environnement pour les faire cesser dans un délai de cinq jours suivant la notification du présent jugement, et, à titre subsidiaire, de prendre elle-même les mesures propres à faire cesser ces infractions en cas de carence du maire de la commune de Bègles à le faire dans le délai d'un mois suivant la demande préfectorale, le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard et par dispositif en infraction.
Sur les conclusions en injonction destinées au maire de la commune de Bègles :
2. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () ".
3. Si l'article L. 911-1 du code de justice administrative permet au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens, de prononcer des injonctions aux personnes morales de droit public ou aux organismes de droit privé chargés de la gestion d'un service public, elle ne peut le faire qu'en exécution de sa propre décision, rendue notamment dans le cadre de conclusions en annulation. En l'espèce, les conclusions en injonction présentées par l'association Paysages de France à l'encontre du maire de la commune de Bègles sont irrecevables, dès lors qu'elles sont présentées à titre principal.
Sur les conclusions en annulation et en injonction dirigées contre l'Etat :
4. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus opposé implicitement par la préfète de la Gironde à la demande de l'association tendant à ce qu'il demande au maire de la commune de Bègles de prendre les mesures nécessaires pour faire cesser les infractions au code de l'environnement qui lui avaient été signalées, présenté par la requérante sur le fondement des dispositions du de l'article L. 581-14-2 du code de l'environnement, réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour les autorités compétentes de prendre cette mesure.
5. Or, les dispositions de l'article L. 581-14-2 qui permettaient au préfet de demander au maire de prendre les mesures prévues aux articles L. 581-27, L. 581-28 et L581-31 et, le cas échéant, de se substituer au maire en cas de carence de ce dernier dans l'exercice de son pouvoir de police des publicités, enseignes et préenseignes, ont été abrogées à compter du 1er janvier 2024. Il s'ensuit que la requête de l'association Paysages de France tendant à l'annulation du refus de la préfète de faire usage de ses pouvoirs de police en vue de faire cesser les infractions constatées, qui ne peut plus donner lieu à aucune mesure d'exécution de sa part, est devenue sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. La responsabilité de l'Etat n'est susceptible d'être engagée à raison d'une abstention du préfet à exercer son pouvoir de substitution que pour autant que cette carence soit constitutive d'une faute lourde.
7. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction qu'en s'abstenant de prendre les mesures propres à faire cesser, avant le 31 décembre 2023, les infractions dénoncées par l'association requérante, la préfète de la Gironde aurait commis une faute lourde. Les conclusions indemnitaires présentées par l'association Paysages de France doivent, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l'association Paysages de France, la commune de Bègles et la société Carrefour au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Bègles et de la société Carrefour présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Paysages de France, au ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, à la commune de Bègles et à la société Carrefour. Copie en sera adressée au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Bilate, premier conseiller,
M. Bourdarie, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
Le rapporteur,
H. BOURDARIE
La présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026