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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106847

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106847

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106847
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL RIPERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 décembre 2021 et le 30 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Ripert, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes du sud Gironde à lui verser la somme de 8 841,55 euros en réparation des préjudices causés par son accident du travail survenu le 2 avril 2019, le manquement de son administration à son obligation de résultat de sécurité et du refus opposé à ses demandes de formation ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du sud Gironde les frais d'expertise taxés à hauteur de 1 200 euros ainsi que la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le déficit fonctionnel temporaire consécutif à son accident du travail peut être évalué à 251,55 euros ;

- les souffrances endurées doivent être indemnisées à hauteur de 2000 euros ;

- le préjudice moral peut être évalué à 3000 euros ;

- le refus de la collectivité de lui accorder une formation en sophrologie lui a causé un préjudice qu'il convient d'indemniser à hauteur du coût de celle-ci soit 3 590 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2022, la communauté de communes du sud Gironde conclut au rejet de la requête, subsidiairement à la réduction à de plus justes proportions des demandes indemnitaires de la requérante, et à ce que soit mis à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient à titre principal que la requête est irrecevable faute de demande indemnitaire préalable, et à titre subsidiaire que les conclusions relatives à l'indemnisation du préjudice né du refus de l'administration de lui accorder une formation en sophrologie sont irrecevables dès lors qu'elles ne présentent pas un lien suffisant avec l'objet de la requête, et que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 27 janvier 2021 par laquelle la présidente du tribunal a désigné le Dr B pour mener une expertise sur l'état de santé de Mme C.

- l'ordonnance du 10 janvier 2022 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr B.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bilate, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public ;

- et les observations de Me Choplin pour la communauté de communes du sud Gironde.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C était auxiliaire puéricultrice principale à la communauté de communes du sud Gironde. Le 2 avril 2019 elle a été victime d'un accident qui a été reconnu imputable au service. Elle a saisi le 15 juillet 2020 tribunal d'une demande tendant à ce que soit ordonnée une expertise aux fins d'évaluer les préjudices et les séquelles de cet accident. Le Dr B, désigné par une ordonnance de la présidente du tribunal du 27 janvier 2021, a remis son rapport le 17 novembre 2021. Par une demande indemnitaire introduite auprès de l'administration le 18 décembre 2021, Mme C a demandé l'indemnisation des préjudices nés de cet accident.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la communauté de communes du sud Gironde :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C a adressé une demande préalable indemnitaire à la communauté de communes du sud Gironde que celle-ci a réceptionnée le 18 décembre 2021. En conséquence, la fin de non-recevoir tirée du défaut de décision préalable doit être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

En ce qui concerne l'accident de service survenu le 2 avril 2019 :

4. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version alors en vigueur : " () Le fonctionnaire en activité a droit : 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

5. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, pas obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.

6. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la communauté de communes du sud Gironde est engagée même en l'absence de faute de sa part. Mme C peut prétendre à la réparation des préjudices patrimoniaux qu'elle a subi du fait des conséquences de son accident reconnu imputable au service par un arrêté du 15 octobre 2019.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du Dr B, que Mme C a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 10% du 2 avril au 23 juillet 2019 et de de 5% du 24 juillet au 31 décembre 2019, ainsi que des souffrances évaluées à 2 sur une échelle de 7 entre le 2 avril et le 31 décembre 2019.

8. S'agissant du déficit fonctionnel temporaire, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant, sur la base de la somme de 500 euros par mois pour un déficit fonctionnel temporaire total, rapportée à la durée de son incapacité temporaire partielle de 10% du 2 avril au 23 juillet 2019 et de 5% du 24 juillet au 31 décembre 2019, à la somme de 315 euros.

9. S'agissant des souffrances endurées qui ont été évaluées à 2 sur une échelle de 7 par l'expert, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à la requérante une somme de 2 000 euros.

En ce qui concerne le manquement à l'obligation de sécurité de l'administration :

10. Aux termes de l'article 2-1 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. " Aux termes de l'article 24 du même décret, dans sa rédaction applicable à l'arrêté en litige : " Les médecins du service de médecine préventive sont habilités à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions, justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. / Ils peuvent également proposer des aménagements temporaires de postes de travail ou de conditions d'exercice des fonctions au bénéfice des femmes enceintes. / Lorsque l'autorité territoriale ne suit pas l'avis du service de médecine préventive, sa décision doit être motivée et le comité d'hygiène ou, à défaut, le comité technique doit en être tenu informé (). "

11. Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale. A ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte, dans les conditions prévues à l'article 24 de ce même décret, les propositions d'aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, que les médecins du service de médecine préventive sont seuls habilités à émettre.

12. Mme C soutient que l'administration a manqué à son obligation de sécurité en méconnaissant les préconisations du médecin de prévention. Toutefois, si dans les fiches médicales des 2 mars 2017, 10 juillet 2017, 25 juillet 2018 et 2 juillet 2019, le médecin de prévention a recommandé de laisser l'intéressée avec les enfants de grande section et a interdit le port de charge de plus de huit kg, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C aurait été mise en situation de s'occuper d'enfants plus jeunes que les élèves de grande section et que son employeur aurait manqué à ses obligations de sécurité. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées sur ce fondement doivent être rejetées.

En ce qui concerne le refus de lui attribuer le bénéfice d'une formation en sophrologie :

13. Mme C soutient que la communauté de communes du sud Gironde, par un courrier daté du 22 janvier 2020, a rejeté sa demande d'utilisation de son compte personnel de formation afin de financer une formation de certification professionnelle de sophrologie d'un montant de 3 590 euros. Il ressort toutefois de la lecture de ce courrier que la communauté de communes lui a donné son accord afin de bénéficier des heures cumulées sur son compte personnel de formation, mais lui a refusé un financement complémentaire, à défaut de crédits disponibles eu égard au montant élevé de la formation sollicitée. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions indemnitaires présentées sur ce fondement.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la communauté de communes du sud Gironde doit être condamnée à verser à Mme C la somme de 2 315 euros.

Sur les frais d'expertise :

15. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent la contribution pour l'aide juridique prévue à l'article 1635 bis Q du code général des impôts, ainsi que les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise confiée au Dr B, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros par ordonnance de la présidente du tribunal du 10 janvier 2022, à la charge définitive de la communauté de communes du sud Gironde.

Sur les frais de l'instance :

17. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

18. Il y a lieu de mettre à la charge de la communauté de communes du sud Gironde la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la communauté de communes du sud Gironde sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La communauté de communes du sud Gironde est condamnée à verser à Mme C la somme de 2 315 euros.

Article 2 : Les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros, sont mis à la charge de la communauté de communes du sud Gironde.

Article 3 : La communauté de communes du sud Gironde versera à Mme C la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la communauté de communes du sud Gironde présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la communauté de communes du sud Gironde.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

M. Bilate, premier conseiller,

M. Bourdarie, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le rapporteur,

X. BILATE

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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