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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200039

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200039

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200039
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2022, la société Camping club d'Arcachon, représentée par la SELARL Cabinet Ferrant, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres de recettes n° 2581 à 2592 émis à son encontre par la commune d'Arcachon pour un montant total de 55 466,19 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Arcachon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres exécutoires sont irréguliers car ils n'ont pas été émis par l'autorité compétente pour ce faire ;

- ils n'ont pas été signés, en violation des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration issues de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 ;

- ils sont insuffisamment motivés faute d'indiquer les bases de leur liquidation et le détail des sommes dues, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- la convention de délégation de service public ne justifie pas le montant de la redevance dont le paiement est recherché par l'émission de ces titres de recettes : elle méconnaît l'article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales.

Par un mémoire enregistré le 14 octobre 2022, la commune d'Arcachon, représentée par son maire en exercice et ayant pour avocat la SELARL Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé et que le recours est abusif.

Vu les titres exécutoires attaqués et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives ;

- le décret n° 2012-1246 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourdarie, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public ;

- et les observations de Me Guillout, représentant la société Camping club d'Arcachon, et de Me Sebert, représentant la commune d'Arcachon.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Arcachon a conclu le 26 janvier 2010 avec la société Camping club d'Arcachon un contrat de délégation de service public pour l'exploitation d'un terrain de camping aménagé. Le terme de ce contrat a été fixé au 31 décembre 2020 par un avenant n° 4 du 3 juin 2019. Le 5 novembre 2021, la commune d'Arcachon a émis à l'encontre de la société Camping club d'Arcachon onze titres de recettes n° 2581 à 2591 d'un montant unitaire de 4 622,18 euros et un titre n° 2592 d'un montant de 4 622,21 euros en recouvrement de la part variable de la redevance d'occupation du domaine public calculée à partir du chiffre d'affaires de l'année 2020. La société Camping club d'Arcachon demande au tribunal l'annulation de ces douze titres de recette pour la somme totale de 55 466,19 euros et la décharge de l'obligation de payer cette somme.

2. En premier lieu, aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans leur rédaction applicable au litige : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ". Il résulte de ces dispositions du code général des collectivités territoriales, éclairées par les travaux préparatoires de la loi n° 2009-526 du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures d'où ses deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens de l'article 4 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, codifié depuis lors au premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, de même par voie de conséquence que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur.

3. Il résulte de l'instruction que les extraits des titres de recettes émis à l'encontre de la société Camping club d'Arcachon et adressés à cette dernière comportaient les nom, prénom et qualité de l'adjoint aux finances du maire d'Arcachon, M. B A mais ne comportaient pas la signature de ce dernier. Il résulte également de l'instruction que le bordereau n° 232 récapitulant ces titres de recettes a été signé par cet adjoint de façon électronique par un procédé certifié conformément aux dispositions de l'article 8 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives alors applicable, codifié depuis lors à l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration. Il résulte par ailleurs de l'arrêté du maire de la commune du 8 juillet 2021 portant délégation de signature à M. A que ce dernier avait compétence pour signer tous les actes en matière d'affaires financières et notamment l'ordonnancement des dépenses et des recettes prévues au budget de la ville et des budgets annexes. Par suite, les titres exécutoires litigieux ne sont pas entachés d'incompétence et n'ont pas méconnu les dispositions de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000.

4. En deuxième lieu, en vertu de l'article 24 du titre 1er du décret relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, applicable aux créances émises par les collectivités territoriales : " () / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Il résulte de l'instruction que chacun des titres de recettes, dans la zone " Objet ", précise qu'il s'agit de la redevance variable sur le chiffre d'affaires 2020 en vertu de l'article 25 du contrat au titre du mois concerné et que son montant est égal à 5 % du chiffre d'affaires soit 5 % de 1 109 323,77 euros. Les titres mentionnent ainsi les éléments de nature à permettre au débiteur de déterminer les bases de leur liquidation et de comprendre l'objet de la créance. Le moyen tiré du défaut de motivation des titres exécutoires manque en fait.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales dans sa version applicable lors de la signature du contrat de délégation de service public : " () / Les montants et les modes de calcul des droits d'entrée et des redevances versées par le délégataire à la collectivité délégante doivent être justifiés dans ces conventions. () ". À supposer que la convention ne justifie pas les montants et modes de calcul des redevances versées par le délégataire au délégant, une telle omission, qui ne donne pas un caractère illicite au contrat ni n'affecte les conditions dans lesquelles les deux parties ont donné leur consentement et peut, au demeurant, être régularisée, n'est pas de nature à justifier, en l'absence de toute autre circonstance particulière, que l'application de ce contrat soit écartée et que les parties se soustraient aux obligations, notamment financières, qui en découlent.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société Camping club d'Arcachon tendant à l'annulation des douze titres exécutoires émis à son encontre par la commune d'Arcachon le 5 novembre 2021 pour un montant global de 55 466,19 euros ne peuvent qu'être rejetées.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Arcachon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Camping club d'Arcachon demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Camping club d'Arcachon la somme de 1500 euros au titre des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête présentée par la société Camping club d'Arcachon est rejetée.

Article 2 : La société Camping club d'Arcachon versera à la commune d'Arcachon la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative .

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Camping club d'Arcachon et à la commune d'Arcachon.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

M. Bilate, premier conseiller,

M. Bourdarie, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

H. BOURDARIE

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈS

La greffière,

C. POTTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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