lundi 20 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2200061 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MEILLON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 janvier et 17 mai 2022, Mme C A, représentée par Me Laveissière, avocate, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux à lui verser la somme de 20 650 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute du centre hospitalier est engagée en application des décisions Moya-Caville du 4 juillet 2003, req. n° 211106 et Centre hospitalier de Royan du 16 décembre 2013, req. n° 353798 du Conseil d'Etat du fait de l'accident de service dont elle a été victime le 10 février 2015 ;
- elle est fondée à solliciter l'indemnisation de ses préjudices ; en premier lieu, son état de santé résultant de son accident de service a rendu nécessaire l'assistance d'une tierce personne à raison de 2 heures par semaine jusqu'à la date de consolidation, de sorte que ce préjudice doit être indemnisé à hauteur de 5 700 euros ; en deuxième lieu, elle a subi un déficit fonctionnel temporaire qui doit être évalué à la somme de 2 300 euros ; en troisième lieu, ses souffrances endurées doivent être indemnisées à hauteur de 3 100 euros ; en quatrième lieu, elle subit un déficit fonctionnel permanent qui peut être évalué à hauteur de 5 550 euros ; en cinquième lieu, son préjudice d'agrément doit être évalué à hauteur de 3 000 euros ; en dernier lieu, les frais d'expertise, taxés et liquidés à hauteur de 1 000 euros, devront être mis à la charge du centre hospitalier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux, représenté par Me Meillon, avocat, conclut à la réduction à de plus justes proportions des prétentions indemnitaires de Mme A et au rejet de ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les demandes formées par la requérante au titre de l'assistance à tierce personne et du préjudice d'agrément doivent être rejetées ;
- les demandes formées par la requérante au titre des autres chefs de préjudices doivent être réduites à de plus justes proportions.
Par une ordonnance du 19 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 juin 2022.
Vu :
- le rapport d'expertise ;
- l'ordonnance n°2000870 en date du 26 mai 2021, par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 1 000 euros TTC ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,
- les observations de Me Roncin, substituant Me Laveissière, représentant Mme A,
- et les observations de Me Meillon, représentant le CHU de Bordeaux.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 février 2015, Mme A, infirmière titulaire au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux, a été victime, sur son lieu de travail et dans l'exercice de ses fonctions, d'un accident qui a été reconnu comme imputable au service par son employeur par décision du 20 février 2015. Elle a repris ses fonctions le 13 avril 2016 à temps partiel thérapeutique pour une durée de six mois, puis a de nouveau été placée en congé de maladie le 28 septembre 2016. Mme A a repris le travail sur un poste d'infirmière à temps plein et sans port de charge lourde le 17 avril 2019. Par une décision du 2 décembre 2019, le directeur du CHU de Bordeaux a fixé la date de consolidation de l'accident de service au 2 octobre 2019 et a retenu un taux d'incapacité permanent partiel de 5%. Mme A a sollicité le retrait de cette décision par un courrier du 30 janvier 2020. Par un arrêté du 13 mars 2020, le directeur du CHU a indiqué à Mme A se borner à suspendre les effets de la décision du 2 décembre 2019 jusqu'à l'issue de la procédure juridictionnelle. Par jugement n° 2001689 du 16 mars 2022, le tribunal a annulé les décisions des 2 décembre 2019 et 13 mars 2020 en tant que le CHU de Bordeaux a refusé de prendre en charge les arrêts de travail et les soins post-consolidation de Mme A en lien avec son accident de service. En parallèle, Mme A a saisi le juge des référés du tribunal qui, par une ordonnance du 6 juillet 2020, a ordonné une expertise judiciaire, dont le rapport a été déposé le 3 mai 2021. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal, après rejet implicite de sa demande indemnitaire préalable, de condamner le CHU de Bordeaux à lui verser la somme de 20 650 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du CHU de Bordeaux :
2. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
3. Ainsi, conformément à ce qui a été dit au point précédent, Mme A peut prétendre, même en l'absence de faute démontrée du CHU de Bordeaux, à la réparation de l'ensemble des préjudices personnels et patrimoniaux qui ont résulté de son accident de service du 10 février 2015, exception faite des préjudices résultant des pertes de revenus et de l'incidence professionnelle.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
4. Mme A sollicite le versement d'une indemnisation au titre de l'assistance d'une tierce personne dont elle aurait eu besoin à raison de deux heures par semaine avant la consolidation de son état de santé. Toutefois, l'expert, interrogé sur ce point dans le cadre de la mission qui lui a été confiée, n'a pas relevé que l'état de santé de Mme A avait nécessité qu'elle se fasse assister dans les actes de la vie courante avant la consolidation de son état de santé. En se bornant à produire une attestation insuffisamment circonstanciée datée du 4 janvier 2022 de son époux, Mme A n'apporte pas d'élément de nature à justifier la réalité de l'assistance par tierce personne dont elle aurait eu besoin. Par suite, la demande d'indemnisation de ce chef de préjudice doit être rejetée.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que Mme A a subi, du fait de l'accident de service survenu le 10 février 2015, un déficit fonctionnel temporaire total les 5 novembre 2015, 12 octobre et 30 novembre 2016, durant les trois jours correspondant aux infiltrations foraminales subies par l'intéressée, puis un déficit fonctionnel temporaire partiel de 10 % du 10 février au 4 novembre 2015, du 6 novembre 2015 au 12 avril 2016, du 29 septembre au 11 octobre 2016, du 13 octobre au 29 novembre 2016, et enfin du 1er décembre 2016 au 17 avril 2019, date de sa reprise du travail à temps plein, soit pendant une durée non contestée de 1 350 jours. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice de déficit fonctionnel temporaire total et partiel subi par Mme A en l'évaluant, sur la base d'un montant d'indemnisation de 21 euros par jour pour une incapacité totale, à la somme de 2 900 euros.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a enduré des souffrances évaluées par l'expert à 2,5 sur une échelle de 7 compte tenu des trois infiltrations foraminales sous scanner, d'une infiltration du canal carpien, de la réalisation de trois électromyogrammes et de très nombreuses séances de kinésithérapie. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant la somme de 2 800 euros.
7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise médicale, que Mme A reste atteinte d'un déficit fonctionnel permanent imputable à l'accident de service dont elle a été victime le 10 février 2015 qui a été évalué à 5 % compte tenu de la limitation douloureuse de la mobilité du rachis cervical sans déficit radiculaire franc et de la très discrète limitation de la mobilité de l'épaule gauche non dominante. Alors que la requérante était âgée de 54 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant une indemnité de 5 500 euros.
8. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme A a été contrainte de réduire son activité de cavalière sur la période allant du 2 octobre 2019 au mois de juillet 2020 en raison de l'accident de service du 10 février 2015. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'agrément en lui allouant une indemnité de 500 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède que le CHU de Bordeaux doit être condamné à verser à Mme A une somme de 11 700 euros en réparation des préjudices résultant de l'accident de service survenu le 10 février 2015.
Sur les frais liés au litige :
10. En premier lieu, les frais et honoraires de l'expertise ont été taxés et liquidés par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux par ordonnance du 26 mai 2021, à la somme de 1 000 euros. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais à la charge définitive du CHU de Bordeaux.
11. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Bordeaux une somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le CHU de Bordeaux est condamné à verser à Mme A une somme de 11 700 euros en réparation des préjudices consécutifs à l'accident de service dont elle a été victime le 10 février 2015.
Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 000 euros, sont mis à la charge définitive du CHU de Bordeaux.
Article 3 : Le CHU de Bordeaux versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
Copie en sera adressée au docteur B, expert.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.
La rapporteure,
C. PASSERIEUX
Le président,
Ph. DELVOLVÉ
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2200061
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026