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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200110

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200110

lundi 19 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200110
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge social
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2022, Mme A, représentée par Me Moutassamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la mutualité sociale de Lot-et-Garonne a confirmé sur recours préalable celle du 17 mai 2021 relative à un indu de prime d'activité d'un montant de 171,95 euros pour la période de février 2019 et de 4 864,14 euros au titre de la période courant du mois de mars au mois de novembre 2020 ;

2°) de prononcer la décharge des sommes précitées ;

3°) d'enjoindre au département de Lot-et-Garonne de lui rembourser les sommes déjà prélevées ;

4°) de mettre à la charge du département de Lot-et-Garonne la somme de 1224 euros sur le fondement de l'article 700 du Code de procédure civile et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnu ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;

- il n'est pas établi que les agents de contrôle étaient agréés et assermentés ;

- la situation de concubinage n'est pas établie et la charge de la preuve incombe à l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2022, la mutualité sociale agricole de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est tardive.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue.

Considérant ce qui suit :

1. Dans la présente instance, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 29 septembre 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la mutualité sociale de Lot-et-Garonne a confirmé sur recours préalable celle du 17 mai 2021 relative à un indu de prime d'activité d'un montant de 171,95 euros pour la période de février 2019 et de 4 864,14 euros au titre de la période courant du mois de mars au mois de novembre 2020.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les décisions du bureau d'aide juridictionnelle () peuvent être déférées () au président de la cour administrative d'appel (). Ces autorités statuent sans recours. Les recours contre les décisions du bureau d'aide juridictionnelle peuvent être exercés par l'intéressé lui-même lorsque le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui a été refusé, ne lui a été accordé que partiellement ou lorsque ce bénéfice lui a été retiré. () ". Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter () 3° De la date à laquelle le demandeur à l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée () ". Aux termes de l'article 56 dudit décret : " La décision du bureau, de la section du bureau ou de leur président est notifiée à l'intéressé par le secrétaire du bureau ou de la section du bureau par lettre simple en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale () ".

3. Il résulte des pièces du dossier que Mme A a eu connaissance du rejet de son recours préalable obligatoire le 8 octobre 2021. Elle a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 12 octobre suivant, soit dans le délai de recours contentieux. Elle a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2021. Sa requête a été enregistrée le 10 janvier 2022 et en toute hypothèse n'est pas tardive. La fin de non-recevoir opposée par la mutualité sociale agricole doit donc être écartée.

Sur la contestation de Mme A :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, applicable aux organismes de sécurité sociale en vertu de l'article L. 100-3 du même code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes de l'article R. 142-4 du code de la sécurité sociale : " La commission donne, sur les affaires qui lui sont soumises, son avis au () conseil d'administration (), qui statue et notifie sa décision à l'intéressé. (). / Le () conseil d'administration () peut déléguer tout ou partie de ses pouvoirs à la commission dans les conditions qu'il détermine. En cas de partage égal des voix au sein de la commission, il est statué par le conseil, le conseil d'administration ou l'instance régionale. / Le secrétariat de la commission est assuré par un ou plusieurs agents de l'organisme désignés par le () conseil d'administration (). Sauf délibération contraire du conseil ou du conseil d'administration, le secrétaire réalise l'ensemble des actes de procédure relevant de la commission ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours amiable doit contenir outre la signature de son auteur, la mention en caractères lisibles de ses nom, prénom et qualité. S'agissant d'un organisme collégial, il est satisfait à ces exigences dès lors que la décision prise comporte la signature de son président, ou de l'ensemble de ses membres présents, accompagnée des mentions en caractères lisibles prévues par cet article. Enfin, l'article L. 212-2 du même code dresse la liste des décisions dispensées de la formalité prescrite par l'article L. 212-1.

5. La décision de la commission de recours amiable de la mutualité sociale agricole qui n'est pas au nombre de celles qui sont dispensées des formalités requises, ne comporte ni l'indication des nom, prénom, et qualité, ni la signature de son président ou de l'ensemble des membres présents. Si la lettre de notification de la décision de la commission de recours amiable est signée par une responsable, celle-ci n'est pas au nombre des membres composant la commission, et dès lors sa signature ne saurait suppléer l'absence de signature et d'indication des nom, prénom et qualité de son président ou de l'ensemble des membres.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 29 septembre 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la mutualité sociale de Lot-et-Garonne a confirmé sur recours préalable celle du 17 mai 2021 relative à un indu de prime d'activité d'un montant de 171,95 euros pour la période de février 2019 et de 4 864,14 euros au titre de la période courant du mois de mars au mois de novembre 2020.

7. Aucun autre motif n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision en litige.

Sur les conclusions à fin de décharge :

8. Compte-tenu du motif de l'annulation de la décision, et dès lors que les autres moyens de la requête ne sont pas de nature à justifier la décharge de l'indu de prime d'activité en litige, le présent jugement n'implique pas la décharge de cet indu.

Sur les conclusions à fin de remboursement :

9. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu de prime d'activité a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure. Il y a lieu d'ordonner à la caisse d'allocations familiales de restituer, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, les sommes qui auraient déjà été recouvrées, sauf à régulariser sa décision de récupération dans ce délai.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes des articles L. 843-1 et L. 845-1 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole statuent sur les recours préalables en matière de prime d'activité sont prises pour le compte de l'Etat. Les conclusions présentées par Mme A tendant à mettre à la charge du département de la Gironde les frais liés au litige sont ainsi mal dirigées. Elles doivent donc être rejetées

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 septembre 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la mutualité sociale de Lot-et-Garonne est annulée.

Article 2: Il est enjoint à la mutualité sociale agricole de restituer à Mme A les sommes déjà prélevées dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, sauf à régulariser la décision du 29 septembre 2021.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie sera adressée à la mutualité sociale agricole de Lot-et-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2023.

La magistrate désignée,

P. BLa greffière,

C. AHIN

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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