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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200186

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200186

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200186
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL BIROT-RAVAUT ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 7 janvier 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Pau a transmis au tribunal la requête présentée par Mme A B épouse F, M. C F, Mme G D et Mme E F.

Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2021 au greffe du tribunal administratif de Pau, et un mémoire, enregistré le 28 septembre 2022, Mme A B épouse F, M. C F, Mme G D et Mme E F, représentés par Me Dana, avocat, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) et le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux à leur verser la somme totale de 6 307 063,14 euros en réparation des préjudices résultant de l'acte thérapeutique qu'a subi Mme F B le 17 juin 2017 au sein du CHU de Bordeaux ;

2°) de condamner le CHU de Bordeaux à verser à Mme F B la somme totale de 100 000 euros en réparation du préjudice moral d'impréparation résultant du défaut d'information délivré sur sa prise en charge thérapeutique ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM et du CHU de Bordeaux la somme globale de 10 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- suivant l'avis de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux et les conclusions de l'expertise, les préjudices subis par Mme F B résultent de l'acte thérapeutique non fautif dont elle a été victime le 17 juin 2017 et d'un défaut d'information du praticien ayant réalisé cet acte ;

- l'ensemble des préjudices en résultant doit être pris en charge par l'ONIAM à hauteur de 75% au titre de la solidarité nationale et par le CHU de Bordeaux à hauteur de 25% ;

- les conditions légales pour l'indemnisation de leurs préjudices par l'ONIAM sont réunies ;

- le préjudice moral d'impréparation subi par Mme F B doit être intégralement réparé par le CHU de Bordeaux et doit être évalué à 100 000 euros ;

- Mme F B, avant consolidation de son état de santé, a été exposée à des dépenses de santé actuelle et à des frais divers dont le montant s'élève à 6 848,84 euros, a subi un déficit fonctionnel temporaire évalué à 19 383, 25 euros, ainsi que des souffrances endurées évaluées à 40 000 euros, un préjudice esthétique temporaire évalués à 25 000 euros, et a du bénéficier de l'assistance d'une tierce personne pour un montant de 463 617 euros ;

- après consolidation de son état de santé, les préjudices subis par Mme F B doivent être indemnisés à hauteur de 217 500 euros s'agissant du déficit fonctionnel permanent, 3 297 911,05 euros s'agissant de l'assistance à tierce personne, 42 313 euros pour les frais d'adaptation de son logement, 38 990 euros pour les frais d'adaptation de son véhicule, 25 000 euros s'agissant du préjudice esthétique permanent, 70 000 euros s'agissant du préjudice d'agrément, 40 000 euros s'agissant du préjudice sexuel, ainsi que du montant du remplacement de son fauteuil roulant si ces frais ne sont pas pris en charge par l'assurance maladie ;

- M. F a subi un préjudice financier et moral qui doit être indemnisé à hauteur de 50 000 euros ;

- Mme D et Mme F ont subi un préjudice moral qui doit être indemnisé à hauteur de 20 000 euros pour chacune.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 avril 2022 et 27 janvier 2023, l'ONIAM, représenté par la SELARL Birot Ravaut et associés, conclut à titre principal au rejet de la requête, et à titre subsidiaire à ce qu'il soit ordonné une nouvelle expertise.

Il soutient que :

- le dommage subi par Mme F B ne présente pas le caractère d'anormalité requis ;

- à titre subsidiaire, l'expertise ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux n'ayant pas été réalisée contradictoirement en sa présence et les conclusions de cette expertise étant contestables, il convient, avant de prononcer toute condamnation à son encontre, de réaliser une nouvelle expertise.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er juin 2022, 4 janvier et 16 février 2023, le CHU de Bordeaux, représenté par l'AARPI ACLH Avocats, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal au rejet de la requête et des prétentions de la caisse primaire d'assurance maladie ;

2°) à titre subsidiaire à ce qu'il soit condamné à verser à Mme F B la somme de 2 000 euros au titre de son préjudice d'impréparation ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, à ce qu'il soit constaté que le CHU de Bordeaux propose d'allouer à Mme F B la somme totale de 556 735,16 euros en réparation de ses préjudices, et de débouter ses proches de leurs prétentions indemnitaires, ou, à défaut d'en limiter le montant à 5 000 euros.

Il soutient que :

- la complication présentée par Mme F B lors de sa prise en charge au sein de l'établissement relève d'un accident médical non fautif ;

- aucun manquement à l'obligation d'information ne peut être retenu à son endroit dès lors que Mme F B ne disposait d'aucune alternative thérapeutique et qu'il ne peut être légitimement soutenu qu'elle se serait soustraite à toute intervention compte tenu de la gravité de l'accident vasculaire cérébral qu'elle présentait et des risques d'aggravation neurologique et de décès qu'elle encourrait sans intervention ;

- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où un préjudice d'impréparation serait retenu, celui-ci ne pourrait être indemnisé qu'à hauteur de 2 000 euros ;

- les prétentions de la CPAM doivent être rejetées dès lors qu'elle n'apporte aucun commencement de preuve sur un prétendu manquement commis par le CHU et se limite à s'en remettre en justice concernant le taux de perte de chance applicable ;

- la CPAM ne communique aucun justificatif permettant d'établir de manière objective l'imputabilité des dépenses qu'elle affirme avoir exposées.

Par deux mémoires, enregistrés les 4 octobre 2022 et 18 janvier 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, représentée par Me Bardet, avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner le CHU de Bordeaux à lui verser la somme de 139 999,84 euros en remboursement des prestations versées pour le compte de Mme F B, ainsi que les frais futurs viagers au fur et à mesure qu'ils seront exposés par elle, à moins qu'il ne préfère se libérer de son obligation par le versement immédiat d'un capital de 487 330,46 euros ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux l'indemnité forfaitaire de gestion, d'un montant total de 1 114 euros ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité du CHU de Bordeaux est engagée sur le fondement des dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique ;

- elle est chargée de recouvrer les sommes versées par le régime social des indépendants ;

- elle sollicite le remboursement de ses débours, dont le montant s'élève à la somme de 139 999,84 euros ;

- le CHU de Bordeaux doit être condamné à lui rembourser les frais futurs viagers qu'elle engagera pour Mme F B au fur et à mesure qu'ils seront exposés par elle, à moins qu'il ne préfère se libérer de son obligation par le versement immédiat d'un capital, évalué à 487 330,46 euros ;

- la preuve du lien de causalité entre ses débours et le dommage est établie par l'attestation d'imputabilité du médecin-conseil de l'échelon local du service médical produite par elle ;

- elle n'a pas à fournir le détail de ses prestations sollicité par le CHU, faute pour elle de contrevenir à son obligation de confidentialité au regard du secret médical ;

- elle est fondée à solliciter le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion et des frais irrépétibles.

Par un mémoire enregistré le 31 janvier 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy de Dôme a informé le tribunal qu'elle n'entend pas intervenir à l'instance.

L'instruction a été close le 2 mars 2023 par une ordonnance du même jour, les parties ayant été préalablement informées du calendrier prévisionnel d'instruction conformément aux dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Gélas, rapporteure,

- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dana, représentant Mme F B, M. et Mme F et Mme D, H, représentant l'ONIAM et Me Vanuxem, représentant le CHU de Bordeaux.

Considérant ce qui suit :

1. Dans la matinée du 13 juin 2017, Mme A B, épouse F, a présenté des difficultés à la station debout ainsi que des troubles de la coordination des mouvements du bras gauche. Elle est admise au service des urgences de la polyclinique de la côte basque sud, qui diagnostique une possible lésion ischémique cérébelleuse supérieure et l'oriente vers l'unité neuro-vasculaire du centre hospitalier de la côte basque - Bayonne. Le scanner et l'imagerie par résonnance magnétique réalisés le jour même confirment un accident vasculaire ischémique cérébelleux supérieur gauche avec un aspect d'anévrysme disséquant de l'artère cérébelleuse supérieure gauche. Le 16 juin 2017, Mme F B est transférée au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux pour exclusion de la lésion anévrismale. Un traitement de l'anévrysme par embolisation est réalisé le lendemain au sein de cet établissement, mais Mme F B présente alors une aggravation de son état neurologique au décours de l'acte médical, entrainant une perte d'autonomie, de la station debout et de la marche. Estimant qu'elle a été victime d'un accident médical et d'une faute au cours de sa prise en charge au sein du CHU de Bordeaux, Mme F B, son époux, M. C F, et ses deux filles, Mmes G D et E F, demandent l'indemnisation de leurs préjudices.

Sur le principe de responsabilité :

2. Mme F B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales qui a diligenté une expertise, dont le rapport a été remis le 18 février 2021.

3. Il résulte de l'instruction que la prise en charge thérapeutique de Mme F B par le CHU de Bordeaux à compter du 16 juin 2016 a consisté en un traitement endovasculaire de l'anévrysme disséquant de l'artère cérébelleuse supérieure gauche par le biais de l'utilisation d'une colle acrylique. Pendant l'intervention est cependant survenue une complication par migration de la colle, en particulier en amont au niveau du tronc de l'artère cérébelleuse. L'expertise conclut, sans être contestée par les parties, que cette prise en charge était conforme aux règles de l'art, et constitue un accident médical non fautif.

En ce qui concerne le défaut d'information :

4. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. ( ). Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () ".

5. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 18 février 2021, que Mme F B n'a pas été préalablement informée par les médecins du CHU de Bordeaux du traitement endovasculaire de l'anévrysme qu'elle allait subir. La circonstance, à la supposer établie, qu'une information aurait éventuellement été délivrée par le centre hospitalier de la côte basque - Bayonne ne dispensait pas le CHU de Bordeaux, qui a réalisé l'acte de soin, de satisfaire à l'obligation mise à sa charge par les dispositions précitées de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique. Ces médecins ne se trouvaient ni dans l'urgence, dès lors que l'embolisation de l'anévrysme a été réalisée le lendemain de l'arrivée de Mme F B au CHU, ni dans l'impossibilité d'informer celle-ci, dès lors qu'elle était en état de recevoir cette information et d'exprimer un choix quant à une éventuelle alternative thérapeutique. Par suite, ce défaut d'information est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du CHU de Bordeaux.

7. Il résulte toutefois également de l'instruction que Mme F B présentait un anévrysme disséquant sur une artère intracérébrale de petit calibre, révélé par un accident vasculaire cérébral ischémique, dont, selon l'expertise, l'aspect morphologique était très inquiétant, induisant un risque élevé de récidive par ischémie ou hémorragie, à très court terme, qui aurait alors engagé son pronostic vital. Face au risque d'ischémie et d'hémorragie encourus, les médecins se sont accordés pour envisager un traitement radical. Les experts ont également souligné que la situation de l'anévrysme permettait d'envisager un traitement complet sans aggravation clinique obligatoire chez Mme F B, dont les séquelles de l'accident vasculaire cérébral initial révélateur n'étaient que modérées. Enfin, le CHU de Bordeaux indique sans être contredit qu'au regard de la localisation de l'anévrysme présenté par Mme F B, seule une injection de colle acrylique par un cathéter très souple permettait de l'atteindre. Dans ces circonstances, en l'absence d'alternatives thérapeutiques et eu égard à l'importance des risques qu'elle encourait, il résulte de l'instruction que Mme F B n'aurait pas renoncé au traitement endovasculaire si elle avait été informée des risques inhérents à cette intervention. Par suite, le manquement des médecins à leur devoir d'information n'a privé Mme F B d'aucune chance de se soustraire au risque qui s'est réalisé en renonçant à l'acte de soin. Dès lors, les conclusions indemnitaires de la requête présentées au titre de la perte de chance de se soustraire à ce risque doivent être rejetées.

En ce qui concerne le droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale :

8. Aux termes du paragraphe II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " II.- Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire () ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / () ".

9. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.

10. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'intervention litigieuse, Mme F B est demeurée atteinte d'un déficit fonctionnel permanent de 75 % imputable à cet acte de soin. Par suite, la condition de gravité du dommage prévue par les dispositions précitées du code de la santé publique doit être regardée comme remplie.

11. Toutefois, il résulte d'une part de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, qu'en l'absence de soins, Mme F B aurait été exposée à un important risque d'aggravation de son état de santé à court terme à raison, soit d'une récidive ischémique dans le même territoire par extension du caillot dans l'anévrysme disséquant, soit d'une rupture de l'anévrysme disséquant exposant alors la patiente à une hémorragie cérébro méningée " pouvant être très grave voire fatale ". Dans ces conditions, les conséquences de l'acte de soins subi par Mme F B doivent être regardées comme moins graves que celles auxquelles la patiente était exposée de manière suffisamment probable en l'absence de traitement.

12. D'autre part, il résulte des indications données par les experts qu'il n'est pas possible de donner des chiffres précis et spécifiques pour l'évaluation du taux de survenance de la complication présentée par Mme F B en l'absence d'études spécifiques sur les complications péri-procédurales de ce type de malformation, et sur l'utilisation de colle sur ce type d'anévrysme. Ils ont toutefois noté que le taux de complication propre à la technique utilisée et consistant en l'utilisation de produit liquide sur des anévrysmes de tous types, rompus ou non rompus, a été évalué par une étude réalisée en 2004 à 8,2%, avec une mortalité de 2%. Ils ont par ailleurs rapporté qu'une étude sur le traitement de 33 cas d'anévrysmes rompus ou non rompus sur l'artère cérébelleuse supérieure avait entrainé un taux de morbi-mortalité de 8%. Dans ces conditions, le risque qui s'est réalisé ne peut pas être regardé comme présentant une probabilité faible. Dès lors, les conséquences dommageables qui résultent de cette complication, ne présentent pas un caractère anormal au regard tant de l'état de santé initial de Mme F B que de l'évolution prévisible de celui-ci.

13. Par suite, Mme F B ne remplit pas l'ensemble des conditions prévues par le II précité de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique pour que les requérants puissent prétendre à une indemnisation au titre de la solidarité nationale. L'ONIAM est en conséquence mis hors de cause.

Sur l'indemnisation :

14. Le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques encourus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'impréparation, et notamment de la souffrance morale subie par la requérante du fait du défaut d'information concernant les conséquences de l'embolisation de l'anévrysme du 17 juin 2017, en condamnant le CHU de Bordeaux à lui verser à ce titre une somme de 5 000 euros.

Sur les conclusions de la CPAM Pau-Pyrénées :

16. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la caisse primaire d'assurance maladie Pau-Pyrénées n'est pas fondée à demander la condamnation du CHU de Bordeaux à lui rembourser une quelconque somme au titre de ses débours et au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du CHU de Bordeaux une somme de 1 500 euros à verser à Mme F B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

18. Ces mêmes dispositions font en revanche obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas partie perdante à l'instance, le versement d'une somme à Mme F B, M. F, Mme D et Mme F au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Pour les mêmes motifs, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la CPAM présentées sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux est mis hors de cause.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux versera à Mme B, épouse F, la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice d'impréparation résultant d'un défaut d'information sur l'intervention du 16 juin 2017.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux versera à Mme B, épouse F, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, épouse F, à M. C F, à Mme G D, à Mme E F, à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et au centre hospitalier universitaire de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

La rapporteure,

C. DE GÉLAS

La première conseillère,

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉOLa greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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