lundi 19 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2200187 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL BIROT-RAVAUT ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 7 janvier 2022, la présidente du tribunal administratif de Pau a transmis au tribunal administratif de Bordeaux le dossier de la requête de Mme F.
Par une requête enregistrée le 14 décembre 2021 au greffe du tribunal administratif de Pau, et un mémoire enregistré le 28 septembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux, Mme B F, représentée par Me Philippe Dana, demande au tribunal de condamner l'office national d'indemnisation des accidents médicaux et des affections iatrogènes (ONIAM), sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser, à titre de provision, la somme de 200 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive des préjudices subis des suites de l'intervention pratiquée le 17 juin 2017 au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux.
Elle soutient que :
- l'ONIAM est tenue d'indemniser, au titre de la solidarité nationale, les préjudices résultant de l'acte thérapeutique non fautif dont elle a été victime, soit en totalité, soit à hauteur de 75% si la responsabilité du CHU de Bordeaux était retenue ;
- sa vie ayant été totalement bouleversée depuis le 17 juin 2017, une provision substantielle de 200 000 euros lui permettrait notamment de faire des travaux à son domicile et d'acheter un véhicule adapté ;
- l'ONIAM n'est pas fondé à contester l'opposabilité de la mesure d'expertise ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) ;
- son dommage dépasse les seuils de gravité requis et présente le caractère d'anormalité exigé par l'article L. 1142-1 II du code de la santé publique.
Par un mémoire, enregistré le 15 avril 2022, l'ONIAM, représenté par Me Pierre Ravaut, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'expertise CCI n'a pas été réalisée à son contradictoire ;
- le dommage ne présente pas le caractère d'anormalité requis ouvrant droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale.
Par un mémoire enregistré le 1er juin 2022, le centre hospitalier universitaire de Bordeaux, représenté par Me Eline Fort-Ortet, s'en remet à la sagesse du tribunal.
Par une ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Chauvin, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Le 13 juin 2017, Mme F, alors âgée de 61 ans, a présenté des difficultés d'équilibre à la station debout ainsi que des troubles de la coordination des mouvements de son bras gauche qui l'ont conduite à consulter un ostéopathe, lequel l'a dirigée vers le service des urgences de la Polyclinique côte basque sud où elle a été admise à 11h18. Suite à la réalisation dans cet établissement d'un scanner sans injection de produit de contraste évoquant, après une relecture, une possible lésion ischémique cérébelleuse supérieure, Mme F a été transférée le jour même, à 16h45, vers l'unité neurovasculaire du centre hospitalier de la côte basque-Bayonne où un scanner de contrôle et une IRM encéphalique vont confirmer " un AVC ischémique cérébelleux supérieur gauche avec aspect d'anévrysme disséquant de l'artère cérébelleuse supérieure gauche ". Le 16 juin 2017, alors que son état de santé s'était amélioré sur le plan de l'équilibre pendant son hospitalisation au centre hospitalier de la côte basque-Bayonne, Mme F a été transférée, par hélicoptère, au déchocage des urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux afin de bénéficier d'une exclusion de la lésion anévrysmale. Pendant cet acte, qui a été réalisé le lendemain avec l'utilisation d'une colle acrylique, est survenue une complication avec migration de la colle, en particulier en amont, au niveau du tronc de l'artère cérébelleuse. Dans les suites opératoires, Mme F a présenté une aggravation de son état neurologique avec un déficit moteur du membre supérieur droit et un trouble de langage. Une IRM réalisée le 17 juin 2017 a mis en évidence une extension de la lésion ischémique avec une atteinte au niveau du pédoncule cérébelleux gauche et de la partie arrière du tronc cérébral ainsi que des stigmates artéfactuels du matériel d'embolisation. Le 19 juin 2017, la patiente a été transférée au service de neurologie du centre hospitalier de la côte basque-Bayonne, puis, dans un centre de rééducation à Bidart où elle a séjourné du 29 juin au 30 septembre 2017 avant de regagner son domicile le 1er octobre suivant.
2. Ayant conservé des séquelles importantes de l'intervention du 17 juin 2017, avec notamment un syndrome cérébelleux, un déficit hémi corporel droit, une dysarthrie et une diplopie, Mme F a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) d'Aquitaine, laquelle a diligenté une expertise médicale confiée au professeur D C, neuropsychiatre et au docteur A E, neurologue vasculaire. Sur la base du rapport d'expertise que ces derniers lui ont remis le 18 février 2021, et de leur réponse à une question complémentaire relative au taux de survenance de la complication présentée dans les suites de l'acte de soin pratiqué tenant compte de l'état de santé spécifique du patient, la CCI, par un avis du 17 juin 2021, a retenu que Mme F avait été victime d'un accident médical non fautif et que la réparation de ses préjudices incombait à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), au titre de la solidarité nationale, à hauteur de 75 % et, retenant un défaut d'information imputable au CHU de Bordeaux, à l'assureur de ce dernier " à hauteur de 25 % au titre de la perte de chance d'une part et du préjudice d'impréparation d'autre part ". Par la présente requête, Mme F demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser une provision de 200 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices.
3. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
4. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". L'article D. 1142-1 du même code définit le seuil de gravité prévu par ces dispositions.
5. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès. Une probabilité de survenance du dommage qui n'est pas inférieure ou égale à 5 % ne présente pas le caractère d'une probabilité faible, de nature à justifier la mise en œuvre de la solidarité nationale.
6. En l'occurrence, Mme F a présenté un AVC ischémique cérébelleux supérieur gauche avec un anévrysme disséquant de l'artère cérébelleuse supérieure gauche qui a justifié un geste d'embolisation de l'anévrysme à l'aide d'une colle acrylique. Il est constant que durant l'intervention d'embolisation réalisée le 17 juin 2017, la glue utilisée a diffusé à la fois en aval et en amont. Elle s'est étendue et a occlus de manière rétrograde l'ensemble de l'artère cérébelleuse supérieure jusqu'à son pied au niveau du tronc basilaire conduisant ainsi à l'aggravation de l'état neurologique de la patiente qui a présenté dans les suites opératoires une perte totale d'autonomie, une perte de la station debout et de la marche, une dysarthrie et une diplopie.
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expertise diligentée par la CCI, non contesté sur ce point, qu'en l'absence d'acte de soins, il existait un risque d'aggravation à court terme important, soit de récidive ischémique dans le même territoire par extension du caillot dans l'anévrysme disséquant, soit de rupture de l'anévrysme disséquant exposant la patiente à une hémorragie cérébro méningée " pouvant être très grave voire fatale ". Dans ces conditions, compte tenu du risque d'aboutir à un décès comparé aux séquelles conservées par Mme F, l'acte de soins réalisé le 17 juin 2017 ne peut être regardé comme ayant entraîné pour elle des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles la patiente était exposée de manière suffisamment probable en l'absence de traitement.
8. En second lieu, il est constant que Mme F présentait un type d'anévrysme qualifié de rare par les experts dont la prise en charge optimale n'était en outre pas codifiée dans les études scientifiques. Interrogés par la CCI sur le taux de survenue de la complication présentée dans les suites de l'embolisation du 17 juin 2017 en tenant compte de l'état de santé de la patiente, les experts ont d'abord précisé qu'il n'y avait pas, dans la littérature, d'études spécifiques sur les complications péri-procédurales de ce type de malformation et encore moins en cas d'utilisation de glue. Ensuite, après avoir indiqué que le cas de la patiente n'était pas concerné par le taux de complication permanente de 3,7% et compris entre 8 et 10% s'agissant du traitement d'un anévrysme sacciforme, ils ont relevé que le taux de complications propre à la technique utilisant des produits liquides du type de ceux utilisés dans le cas de Mme F avait été évalué, dans une étude en 2004, avec des anévrysmes de tous types, rompus ou non rompus, à " 8,2% avec une mortalité de 2% " et, s'agissant du traitement des anévrysmes situés comme en l'espèce, sur l'artère cérébelleuse supérieure, qu'une série rétrospective de 33 cas dans cette localisation rapportait " un taux de morbi-mortalité de 8% ". Or, il n'est pas établi, ainsi que le soutient la requérante, que le taux de complications serait inférieur pour les anévrysmes non rompus, ni qu'un patient présentant comme l'intéressée un AVC régressant spontanément, avait moins de risques de complications graves. Il n'est pas davantage justifié du taux compris entre 2 et 5% auquel les experts, dont l'interprétation non corroborée est contestée par l'ONIAM, ont enfin conclu. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, la probabilité de survenance du dommage n'apparait pas, dans les conditions particulières où l'acte a été accompli, présenter avec suffisamment de certitude, le caractère d'une probabilité faible telle que définie au point 6, de nature à justifier la mise en œuvre de la solidarité nationale.
9. Il résulte de tout ce qui précède, que l'obligation dont Mme F se prévaut ne peut être regardée comme étant non sérieusement contestable. Par suite, ses conclusions tendant à la condamnation de l'ONIAM à lui verser une provision doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F et à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM).
Fait à Bordeaux, le 19 décembre 2022.
Le juge des référés,
A. Chauvin
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026