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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201079

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201079

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201079
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantMAUJEUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance de renvoi n° 2117906 du 23 février 2022, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Bordeaux la requête enregistrée le 22 décembre 2021 par laquelle la SCEA Château La Tilleraie, représentée par Me Maujeul, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 juin 2021 par laquelle la directrice générale de l'établissement public national des produits de l'agriculture et de la mer, FranceAgriMer, lui a demandé de rembourser la somme de 15 156,09 euros ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public national des produits de l'agriculture et de la mer, FranceAgriMer, une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 25 juin 2021 est entachée d'un vice d'incompétence en l'absence de production d'une délégation de signature régulière au profit de Mme A B ;

- les deux décisions contestées sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit car FranceAgriMer ne pouvait plus retirer la décision du 26 mai 2014 qui est créatrice de droits dès lors qu'elle n'était pas illégale et que le délai de quatre mois pour ce faire était expiré ; en imposant la restitution de la somme versée en exécution de la décision du 26 mai 2014, la décision du 25 juin 2021 a pour effet de retirer la décision du 26 mai 2014 pourtant devenue définitive ; en tout état de cause, l'article 73 du règlement (CE) n° 796/2004 énonce que l'action en répétition, lorsque le bénéficiaire est de bonne foi, s'applique dans le délai de quatre années à compter de la mise en paiement des sommes litigieuses ; ce délai a expiré en juin 2018 ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où elle a respecté ses engagements en réalisant les actions prévues dans les délais impartis ; les dépenses qu'elle a exposées respectent les exigences posées par la décision n° INTV-POP-2017-47 du directeur général de FranceAgriMer du 22 août 2017.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2023, l'établissement public national des produits de l'agriculture et de la mer, FranceAgriMer, représenté par sa directrice générale, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, par lettre du 28 novembre 2023, le tribunal a informé les parties de ce qu'il était susceptible de retenir un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi. Celle-ci découlerait de l'inapplicabilité au litige des décisions du directeur général de FranceAgrimer, qui fondent la décision contestée, dont l'entrée en vigueur est postérieure à la date de signature de la convention du 26 mai 2014.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 796/2004 de la Commission du 21 avril 2004 ;

- le règlement (CE) n° 555/2008 de la Commission du 27 juin 2008 ;

- la décision n° INTV-POP-2014-44 du 4 juillet 2014 du directeur général de FranceAgriMer ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourdarie,

- et les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCEA Château La Tilleraie, dont le siège social se situe à Bergerac, exerce l'activité de viticulture en Dordogne. Elle a sollicité de l'établissement public national des produits de l'agriculture et de la mer, FranceAgriMer, une aide financière pour promouvoir ses vins dans des pays tiers à l'Union européenne au titre de la période du 1er janvier 2014 au 30 décembre 2016. Une convention a été signée à cette fin le 26 mai 2014 et FranceAgriMer a versé le 20 mars 2015 une avance d'un montant de 17 275,64 euros à la société. Par un courrier du 10 avril 2019, l'établissement public a informé la société qu'il envisageait de lui demander de rembourser la somme de 15 156,09 euros. En dépit de la contestation formée le 7 juin suivant par la SCEA Château La Tilleraie, accompagnée d'une demande de paiement complémentaire à son profit de 33 730,85 euros, FranceAgriMer a décidé le 25 juin 2021 de demander le remboursement de la somme de 13 778,26 euros correspondant à une partie de la somme perçue à titre d'avance par la SCEA Château La Tilleraie, augmentée de la majoration de 10 % soit 1 377,83 euros. La société a formé un recours gracieux reçu le 23 août 2021 contre cette décision dont FranceAgriMer a accusé réception le 13 septembre 2021. La société demande l'annulation de la décision du 25 juin 2021, notifiée le 29 juin suivant, valant titre exécutoire ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Une décision qui a pour objet l'attribution d'une subvention constitue un acte unilatéral qui crée des droits au profit de son bénéficiaire. Toutefois, de tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire, ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention. Il en résulte que les conditions mises à l'octroi d'une subvention sont fixées par la personne publique au plus tard à la date à laquelle cette subvention est octroyée.

3. La convention conclue le 26 mai 2014, qui vaut décision d'attribution de la subvention, sous réserve du respect par le bénéficiaire des conditions fixées, constitue, en tant qu'elle donne vocation à l'attributaire à percevoir l'aide qu'elle prévoit, un acte administratif unilatéral dont les conditions mises à l'octroi de la subvention sont fixées par la personne publique au plus tard à la date à laquelle cette subvention est octroyée. A cet égard, ces conditions sont précises et n'appellent pas, en tout état de cause, un pouvoir discrétionnaire d'appréciation de l'établissement public. Par la décision du 25 juin 2021, FranceAgriMer a déclaré inéligible une somme de 26 736,09 euros du fait d'une réfaction de dépenses à hauteur de 21 339,42 euros relevant de la promotion pure, de frais de voyages dans les pays tiers à concurrence de 4 368,36 euros et d'un plafonnement des frais généraux égal à 4 % des dépenses inéligibles soit 1 028,31 euros au motif que ces dépenses ne respectaient pas les prescriptions de la décision du directeur général n° INTV-POP-2014-44 du 4 juillet 2014. La majoration de 10 % découle de l'article 2 de la décision du directeur général n° INTV-POP-2014-81 du 15 décembre 2014. Or, à la date de conclusion de la convention entre FranceAgriMer et la SCEA Château La Tilleraie, les décisions du directeur général n° INTV-POP-2014-44 du 4 juillet 2014 et n° INTV-POP-2014-81 du 15 décembre 2014 n'étaient pas entrées en vigueur de sorte qu'elles ne peuvent valablement fonder la décision en litige. Du reste, la convention vise la décision du directeur général de FranceAgriMer n° AIDES/SACT/D 2013-37 du 1er juillet 2013. Par ailleurs, si l'article 11 de la convention prévoit qu'elle peut être modifiée par voie d'avenant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un tel avenant aurait été conclu postérieurement à l'entrée en vigueur des décisions du directeur général du 4 juillet 2014 et du 15 décembre 2014 ainsi que du règlement d'exécution (UE) du 6 août 2014. Enfin, il ressort des termes de la décision du 4 juillet 2014 et de ses annexes, notamment de son article 3.7, dont FranceAgriMer a fait application pour procéder à la réfaction de certaines dépenses, qu'elle ne reprend pas les dispositions de la décision du 1er juillet 2013, applicable au litige. Dans ces conditions, la décision de la directrice générale de FranceAgriMer du 25 juin 2021 est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut de base légale dès lors que FranceAgriMer s'est prononcé sur l'éligibilité des dépenses et a appliqué une majoration de 10 % au montant des aides à recouvrer sur la base de règles postérieures à la convention signée le 26 mai 2014.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer explicitement sur les autres moyens de la requête, que la décision du 25 juin 2021 valant titre exécutoire et la décision implicite de rejet du recours gracieux doivent être annulées.

Sur les frais d'instance

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer, FranceAgriMer, une somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige exposés par la SCEA Château La Tilleraie.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 juin 2021 de la directrice générale de l'établissement public national des produits de l'agriculture et de la mer, FranceAgriMer, valant titre de recette et la décision implicite de rejet du recours gracieux de la SCEA Château La Tilleraie sont annulées.

Article 2 : L'établissement public national des produits de l'agriculture et de la mer, FranceAgriMer, versera une somme de 1 500 euros à la SCEA Château La Tilleraie sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SCEA Château La Tilleraie est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Château La Tilleraie et à l'établissement public national des produits de l'agriculture et de la mer, FranceAgriMer.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

M. Bilate, premier conseiller,

M. Bourdarie, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

H. BOURDARIE

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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