mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201394 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CORNILLE - FOUCHET - MANETTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 mars 2022 et 17 mai 2024, M. C B et Mme D B, représentés par Me Cornille, demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Bordeaux à leur verser la somme totale de 60 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment subir du fait de la construction d'un gymnase en limite de leur propriété ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité sans faute de la commune de Bordeaux, maître de l'ouvrage, est engagée du fait de l'implantation en limite de leur propriété d'un gymnase ;
- l'implantation du gymnase à proximité immédiate de leur propriété et le refus de la commune de Bordeaux de les indemniser alors qu'ils se situent dans une situation similaire à celle de leur voisin constituent une rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- ils subissent une perte d'ensoleillement, de perspective, ainsi qu'un sentiment d'enfermement ;
- ils subissent également une perte de la valeur vénale de leur bien, qui peut être estimée à 60 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, la commune de Bordeaux conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les troubles de toute nature, notamment la diminution d'ensoleillement, ne donnent pas lieu à réparation dès lors que sont en cause des immeubles collectifs de grandes hauteurs, compte tenu des conditions d'habitation auxquelles les requérants doivent s'attendre en zone urbaine ou résidentielle ;
- la circonstance qu'un protocole transactionnel a été signé avec la propriété voisine des époux B ne vaut pas reconnaissance de responsabilité ;
- la perte d'ensoleillement et de vue était la même, notamment au rez-de-chaussée et au premier étage, que lors de l'acquisition du bien, en raison de l'existence d'un ensemble de hangars élevés construits sur le même terrain que le gymnase litigieux et démolis en 2014 ;
- la présence du gymnase n'a pas d'incidence sur l'ensoleillement de leur propriété en toute saison à partir de quatorze heures trente ;
- il existe une issue de secours en limite de propriété des époux B de telle sorte que le mur du gymnase se trouve en recul par rapport à cette limite ;
- la façade ouest de la propriété des requérants donnant sur un espace vacant, les époux B ne sauraient se prévaloir d'un sentiment d'enfermement ;
- le mur du gymnase n'impacte que 4,7 mètres linéaires sur la propriété des requérants, contrairement à la propriété de leur voisin dont le mur impacte sur 23 mètres linéaires leur propriété ;
- les préjudices invoqués ne sont pas anormaux et ne dépassent pas les sujétions qui peuvent normalement être imposées aux voisins d'un ouvrage public ; dès lors, il n'y a pas lieu d'indemniser une éventuelle perte de valeur vénale.
Vu :
- l'ordonnance du 4 juin 2021 par laquelle le président du tribunal a taxé et liquidé les frais de l'expertise réalisée par M. A à la somme de 2 903,04 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Gélas ;
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Eizaga, représentant M. et Mme B, présents.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B sont propriétaires d'une maison à usage d'habitation avec jardinet située au 6 impasse Delbos à Bordeaux, sur une parcelle cadastrée section SB n°15 pour une contenance de 119 m². Par décision du 21 mai 2019, la commune de Bordeaux a autorisé la construction d'un gymnase de 2 293 m² au numéro 22 de la rue Delbos. Estimant que la réalisation de cet équipement leur cause un préjudice, M. et Mme B ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux, qui, par une ordonnance du 8 juin 2020, a mandaté un expert. Ce dernier a rendu son rapport le 17 mai 2021. Par un courrier du 9 novembre 2021, reçu le 10 novembre suivant par la commune de Bordeaux, M. et Mme B ont sollicité l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment subir du fait de l'édification du gymnase litigieux. Par leur requête, M. et Mme B demandent au tribunal de condamner la commune de Bordeaux à leur verser la somme de 60 000 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement, dès lors que le lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage est établi et que le préjudice présente un caractère grave et spécial. Ne sont pas susceptibles d'ouvrir droit à indemnité les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics.
3. Pour apprécier le caractère grave d'un dommage, il revient au juge d'apprécier si les troubles permanents qu'entraîne la présence de l'ouvrage public sont supérieurs à ceux qui affectent tout résident d'une habitation située dans une zone urbanisée, et qui se trouve normalement exposé au risque de voir des immeubles collectifs édifiés sur les parcelles voisines. Il appartient au juge du plein contentieux de porter une appréciation globale sur l'ensemble des chefs de préjudices allégués, aux fins de caractériser l'existence ou non d'un dommage revêtant, pris dans son ensemble, un caractère grave et spécial.
4. Le gymnase situé au n°22 de la rue Delbos à Bordeaux est un ouvrage public à l'égard duquel M. et Mme B ont la qualité de tiers.
5. D'une part, s'agissant des troubles de jouissance invoqués, qui seraient liés à une perte d'ensoleillement, à la création d'un sentiment d'enfermement et à une perte de vue et de perspective, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire du 17 mai 2021 et des photographies versées aux débats, que le gymnase litigieux a été construit à 1,5 mètres de la limite de propriété des requérants, à une distance de 6,20 mètres de la façade sud de leur maison d'habitation, sur un terrain appartenant à la commune de Bordeaux où se trouvaient implantés, jusqu'en 2014, des hangars et que la hauteur du mur nord du gymnase, de 14,69 mètres, soit 12,56 mètres NGF, occulte partiellement la vue depuis la façade sud de la propriété de M. et Mme B, sans que cette vue ne présentât un intérêt particulier, ainsi que l'ensoleillement du jardin. Toutefois, il résulte également de l'instruction que la propriété de M. et Mme B est située en zone urbaine, dans le quartier du Bassin à Flot de Bordeaux, qui, ainsi que le relève l'expert, occupe une position stratégique " au cœur du développement nord de l'agglomération bordelaise de par la présence de la ligne B du tramway en premier lieu, puis de la récente construction en 2013 du point Jacques Chaban-Delmas. Ce secteur, au passé industriel et portuaire, voit depuis quelques années la reconversion de grandes emprises foncières peu à peu libérées par les anciennes activités y exercées, et laissées en friches. De très nombreux programmes immobiliers ont vu le jour depuis environ 7 ans (). Le projet urbain concernant ce secteur consiste à valoriser un potentiel qui bénéficie de deux infrastructures majeures, le tramway et le pont Chaban-Delmas. Il vise également le prolongement et le retournement des quais vers les Bassins à Flot afin d'assurer une continuité urbaine avec le centre-ville, la valorisation du site exceptionnel des Bassins à Flot, et le développement de l'offre de logements, notamment de logement social en centre-ville grâce la reconquête de friches économiques ". Il s'en suit que les sujétions résultant de la construction du gymnase litigieux n'apparaissent pas supérieures à celles qui peuvent affecter tout propriétaire d'une parcelle située en zone urbaine et qui se trouve normalement exposée au risque de voir des constructions édifiées sur les parcelles voisines. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la construction litigieuse leur causerait des sujétions excédant celles auxquelles peuvent être normalement soumis les riverains immédiats d'un ouvrage public dans l'intérêt général.
6. D'autre part, si les requérants invoquent une perte de valeur vénale de leur propriété, ils n'apportent à l'appui de leur recours aucun élément démontrant que l'édification d'un gymnase sur la parcelle voisine aurait eu pour effet de rendre leur propriété moins attractive sur le marché de l'immobilier que lorsqu'elle se trouvait au voisinage des hangars anciens.
7. Enfin, si M. et Mme B se prévalent d'une rupture d'égalité, leurs voisins ayant été indemnisés lors de l'édification du gymnase en cause, il résulte de l'instruction que l'incidence de la construction est plus importante sur cette propriété voisine dès lors que le mur du gymnase impacte 23 mètres linéaires de limite de propriété, au lieu de 4,7 mètres linéaires pour celle des requérants. Par suite, ils ne sont pas fondés à se prévaloir d'une inégalité de traitement.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.
Sur les dépens :
9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
10. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive de la commune de Bordeaux les frais de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 2 903,04 euros.
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bordeaux, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les frais de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 2 903,04 euros, sont mis à la charge définitive de la commune de Bordeaux.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme D B et à la commune de Bordeaux. Copie sera adressée à M. A.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Jaouën, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
C. DE GÉLAS
La présidente,
A. CHAUVINLa greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026