vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201453 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | ALJOUBAHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 10 mars 2022 et 13 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Aljoubahi, avocat, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable du directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées (EHPAD) Les Deux Séquoias de Bourdeilles (24), née le 5 janvier 2022, du silence gardé par l'établissement à sa demande ;
2°) d'annuler la décision expresse de rejet, confirmative de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable, en date du 12 janvier 2022 ;
3°) de juger que l'EHPAD Les Deux Sequoias a commis une illégalité fautive en recourant au procédé de contrat à durée déterminée (CDD) et en refusant de requalifier les onze contrats à durée déterminée en un contrat à durée indéterminée (CDI) ;
4°) de requalifier la rupture des relations contractuelles en licenciement illégal et abusif ;
5°) de condamner l'EHPAD Les Deux Séquoias à lui verser les sommes de 6 111 euros brut au titre de l'indemnité légale de licenciement, de 4 074 euros brut au titre des deux mois de préavis, de 5 000 euros en réparation du préjudice résultant de la rupture brusque, du non-respect d'un délai de prévenance et du maintien en état de précarité durant cinq années au titre du préjudice moral, de 746,90 euros au titre des congés payés non pris et de 30 000 euros au titre de dommages et intérêts pour licenciement illégal et abusif, ces sommes étant productives d'intérêt au taux légal à compter de la demande ;
6°) de mettre à la charge de l'EHPAD Les Deux Séquoias, la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
7°) de rejeter la demande de paiement de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ses contrats successifs auraient dû être conclus sur le fondement de l'article 9 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 dès lors qu'ils correspondent à un besoin permanent ;
- la motivation de ses contrats est une motivation stéréotypée, trop générale et répétée à onze reprises sans aucune nuance et modification et révèle l'absence de motif sérieux pour recourir au procédé du CDD ; ainsi le motif du recours au CDD est parfaitement illégal ;
- en refusant de requalifier ses CDD en un CDI, l'EHPAD a méconnu les dispositions des articles 9 et 9-1 de la loi du 9 juillet 1986 ;
- la fin de relation contractuelle doit être requalifiée en licenciement illégal ;
- elle peut prétendre à une somme de 6 111 euros bruts au titre de l'indemnité légale de licenciement sur le fondement des articles 49, 50 et 51 du décret n°91-155 du 6 février 1991 ;
- elle peut prétendre à une somme de 4 074 euros bruts correspondant aux deux mois de préavis non réalisés ;
- elle peut prétendre à une indemnité de 746,9 euros correspondant aux 11 jours de congés payés non pris ;
- l'EHPAD a commis une faute en mettant fin à son contrat ;
- la rupture brusque de contrat a entraîné un préjudice moral et des souffrances indemnisables dont il sera fait une juste appréciation à hauteur de 5 000 euros ;
- le recours illégal au contrat à durée déterminée et la rupture abusive des relations contractuelles ont causé à Mme A un préjudice économique (perte de salaire) et une perte de chance d'insertion professionnelle et donc un préjudice de précarité ; à ce jour elle est toujours en situation de demandeur d'emploi, elle n'a pas pu cotiser pour sa retraite et doit rembourser un prêt de 300 euros par mois pour l'acquisition d'un véhicule ; par suite elle peut prétendre à une somme de 30 000 euros à titre de dommages et intérêts.
Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires enregistrés les 19 octobre 2022, 21 juin 2023 et 14 février 2024, l'EHPAD Les Deux Sequoias, représenté par Me Baltazar, avocate, conclut :
- à titre principal à l'irrecevabilité des conclusions tendant à la requalification des contrats de travail, cette demande étant tardive car présentée au-delà du délai de deux mois à compter de la fin de son dernier contrat, en méconnaissance des dispositions de la loi n°2012-347 du 12 mars 2012 ;
- à titre subsidiaire au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés par Mme A n'étant fondés ;
- et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 16 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et d'administration ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n°91-155 du 6 février 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mounic, rapporteure,
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lagarde, substituant Me Baltazar, représentant l'EHPAD Les Deux Séquoias.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, a été recrutée par l'EHPAD Les Deux Sequoias en qualité d'aide médicale psychologique, par contrats à durée déterminée régulièrement renouvelés du 28 novembre 2015 au 31 décembre 2020. Le dernier contrat à durée déterminée pour la période du 1er juillet 2020 au 31 décembre 2020 n'a pas été renouvelé. Par courrier en date du 4 novembre 2021, reçu le 5 novembre 2021, elle a sollicité auprès de l'EHPAD Les Deux Sequoias, la requalification de ses contrats en contrat à durée indéterminée, le versement d'une indemnité de licenciement, d'une indemnité en raison du non-respect du préavis de licenciement et du paiement de ses congés payés ainsi que l'indemnisation des préjudices subis. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable née le 5 janvier 2022, du silence gardé par l'EHPAD Les Deux Sequoias, ensemble la décision expresse de refus en date du 12 janvier 2022, la condamnation de l'EHPAD Les Deux Sequoias pour recours abusif aux contrats à durée déterminée et licenciement illégal ainsi que le versement des indemnités dues et l'indemnisation des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation
2. La décision implicite, née le 5 janvier 2022 du silence gardé par l'EHPAD Les Deux Sequoias pendant deux mois, à la demande indemnitaire préalable formée par la requérante à laquelle s'est substituée la décision explicite du 12 janvier 2022 par laquelle l'EHPAD Les Deux Sequoias a confirmé ce refus, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la requérante, qui en formulant, les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère de recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. En l'espèce, la requérante n'apporte aucun moyen au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de cette décision. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire ne peuvent être que rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la requalification de ses contrats de travail
3. Aux termes de l'article 9 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 applicable au litige : " Par dérogation à l'article 3 du titre Ier du statut général, les emplois permanents mentionnés au premier alinéa de l'article 2 peuvent être occupés par des agents contractuels lorsque la nature des fonctions ou les besoins du service le justifient, notamment lorsqu'il n'existe pas de corps de fonctionnaires hospitaliers susceptibles d'assurer ces fonctions ou lorsqu'il s'agit de fonctions nouvellement prises en charge par l'administration ou nécessitant des connaissances techniques hautement spécialisées. / Les emplois à temps non complet d'une durée inférieure au mi-temps et correspondant à un besoin permanent sont occupés par des agents contractuels. / Les agents ainsi recrutés peuvent être engagés par des contrats d'une durée indéterminée ou déterminée. Lorsque les contrats sont conclus pour une durée déterminée, celle-ci est au maximum de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par décision expresse dans la limite d'une durée maximale de six ans. /Tout contrat de travail conclu ou renouvelé en application du présent article avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu, par décision expresse, pour une durée indéterminée (). Aux termes de l'article 9-1 du même texte : " I. - Les établissements peuvent recruter des agents contractuels pour assurer le remplacement momentané de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé annuel, d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie, d'un congé de longue durée, d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service, d'un congé pour maternité ou pour adoption, d'un congé parental, d'un congé de présence parentale, d'un congé de solidarité familiale, de l'accomplissement du service civil ou national, du rappel ou du maintien sous les drapeaux ou de leur participation à des activités dans le cadre des réserves opérationnelle, de sécurité civile ou sanitaire ou en raison de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière./ Le contrat est conclu pour une durée déterminée. Il est renouvelable, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence de l'agent à remplacer. / II. - Pour les besoins de continuité du service, des agents contractuels peuvent être recrutés pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante sur une période de cinq ans, un mois et trois jours a été embauchée par l'EHPAD Les Deux Sequoias en contrat à durée déterminée du 28 novembre 2015 au 31 décembre 2020 pour exercer les fonctions d'aide médicale psychologique, emploi classé en catégorie C. Toutefois, d'une part, la durée cumulée d'emploi non interrompu de Mme A est seulement de 5 ans et 1 mois. La requérante ne justifie ainsi pas remplir la condition prévue par les textes précités, qui prévoit la transformation d'un contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée lorsque l'agent justifie d'une durée continue de services publics effectifs de six ans. Elle ne saurait dès lors, se prévaloir d'un droit à la requalification de son contrat en CDI.
5. D'autre part, et en tout état de cause, si l'intéressée a effectivement bénéficié sur cette période de onze contrats, il ressort des pièces du dossier que les contrats signés entre le 28 novembre 2015 et le 31 décembre 2015 puis à compter du 1er février 2018 jusqu'au 31 décembre 2020 lui ont été octroyés sur le fondement de l'article 9-1 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 pour le " remplacement momentané d'un fonctionnaire ou d'agents contractuels ". Il ressort également des pièces du dossier qu'elle a bénéficié du 1er janvier 2016 au 31 janvier 2018 de deux contrats, également sur le fondement de l'article 9-1 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 mais pour pallier à une vacance de poste. Contrairement à ce que soutient la requérante, l'EHPAD en fournissant en défense un rapport circonstancié ainsi que les pièces justificatives relatifs aux absences palliées par la requérante, il apporte la preuve que Mme A a bien été recrutée pour pourvoir à des besoins non permanents tirés l'absence momentanée d'agents titulaires ou de vacance de poste. Dans ces conditions, et alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que le nom de l'agent à remplacer figure sur le contrat de travail, ces contrats ont été conclus pour un motif suffisamment précis, et Mme A n'est pas fondée à soutenir que 1'établissement aurait eu recours à des contrats à durée déterminée dans des conditions irrégulières aux fins de pourvoir un poste permanent. La seule circonstance qu'elle ait bénéficié de onze contrats ne suffit pas à caractériser l'existence d'un emploi permanent. Par suite, dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la requérante aurait été embauchée pour répondre à des besoins permanents, elle n'est pas fondée à demander la requalification de son contrat en CDI.
En ce qui concerne la fin de son contrat
6. Le titulaire d'un contrat à durée déterminée ne bénéficie d'aucun droit au renouvellement de son contrat et l'autorité compétente peut toujours, pour des motifs tirés de l'intérêt du service, décider de ne pas renouveler son contrat et mettre fin à ses fonctions. Si la décision de ne pas renouveler un contrat à durée déterminée n'a pas à être motivée, il appartient au juge en cas de contestation de celle-ci, de vérifier qu'elle est fondée sur l'intérêt du service.
7. Il ressort des pièces du dossier que le dernier contrat de la requérante a été conclu du 1er juillet 2020 au 31 décembre 2020. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier et n'est même pas allégué que cette fin de contrat n'aurait pas été fondée sur l'intérêt du service. En outre, comme évoqué précédemment au point 6, la requérante n'ayant aucun droit à voir son contrat transformé en CDI, elle n'est pas fondée à soutenir que le non-renouvellement de son contrat puisse être regardé comme un licenciement et qu'elle ait été privée des garanties attachées à une telle décision. Par suite, elle n'est pas fondée à solliciter l'indemnité de licenciement ni de préavis.
En ce qui concerne le recours abusif aux contrats à durée déterminée
8. Les dispositions précitées offrent la possibilité aux établissements hospitaliers de recourir, le cas échéant, à une succession de contrats à durée déterminée. Elles ne font toutefois pas obstacle à ce qu'un renouvellement abusif de contrat à durée déterminée ouvre à l'agent concerné un droit à l'indemnisation du préjudice qu'il subit lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Il incombe au juge, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 6, que la requérante a été employée pendant cinq ans et un mois par l'EHPAD Les Deux Sequoias et que la relation de travail avec son employeur s'est traduite par la conclusion de onze contrats à durée déterminée. Il ressort du rapport produit en défense, ainsi que des pièces justificatives produites, qu'elle a exercé les fonctions d'aide médico-psychologique pendant un mois en remplacement d'un agent momentanément absent, puis pendant deux ans par deux contrats d'un an, pour palier à la vacance de poste pour disponibilité pour convenance personnelle d'un autre agent, puis qu'elle a été recrutée à huit autres reprises pour pallier à des absences momentanés d'agents par des contrats allant de deux à six mois. Elle a par ailleurs changé de service en janvier 2019 à la suite du départ à la retraite d'un agent. Eu égard aux motifs de ces recrutements et à leur durée, et à leur nombre, le recours à des contrats à durée déterminée successifs ne caractérise pas en l'espèce un abus de l'EHPAD dans le recours à des contrats à durée déterminée. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à demander réparation de dommages et intérêts et du préjudice moral pour rupture abusive du contrat.
En ce qui concerne la faute résultant de la méconnaissance du délai de prévenance
10. Aux termes de l'article 41 du décret du 6 février 1991 : " Lorsque l'agent contractuel a été recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard : () 3° Deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure à deux ans. / () Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux 1°, 2° et 3° sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. "
11. En l'espèce, il résulte des dispositions citées au point 10 que la requérante, recrutée depuis le 28 novembre 2015 disposait d'un délai de prévenance de deux mois avant l'échéance de son contrat. Or, il n'est pas contesté que l'EHPAD n'a pas informé Mme A de son intention de ne pas procéder au renouvellement de son contrat, l'intéressée indiquant sans être contestée qu'elle a appris la fin de la relation contractuelle à la réception du certificat administratif et de l'attestation employeur destinée à Pôle emploi. Dans ces conditions l'EHPAD a commis une illégalité de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la faute tirée du défaut de paiement des congés payés
12. Aux termes de l'article 8 du décret n°91-155 du 6 février 1991 : " II. -En cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, de démission ou à la fin d'un contrat à durée déterminée, l'agent qui, du fait de l'administration en raison notamment de la définition par l'autorité investie du pouvoir de nomination du calendrier des congés annuels ou pour raison de santé, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice de congés annuels. / L'indemnité compensatrice de congés annuels est égale au 1/10 de la rémunération totale brute perçue par l'agent au cours de sa période d'emploi, entre le 1er janvier et le 31 décembre de l'année en cours. L'indemnité est proportionnelle au nombre de jours de congés annuels dus non pris ".
13. Il résulte de ces dispositions que l'agent non titulaire qui n'a pu bénéficier à la fin de son contrat à durée déterminée ou en cas de licenciement pour un motif autre que disciplinaire, de tout ou partie de ses congés annuels, faute pour l'administration de l'avoir informé de ses droits à congés et mis en mesure de les prendre ou en raison d'un empêchement imputable à celle-ci, a droit à une indemnité compensatrice pour les congés non pris. Il incombe à l'administration, lorsque l'agent établit que tout ou partie de ses congés accordés mais non pris restaient dus, de démontrer qu'elle a fait preuve de la diligence requise pour que celui-ci soit effectivement en mesure de prendre les congés annuels payés auxquels il avait droit.
14. En l'espèce Mme A fait valoir qu'elle n'a pas été en mesure de prendre ses congés payés, et que son employeur ne lui a réglé que 8 jours sur 11. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A sollicite le versement d'une indemnité compensatrice d'un montant de 746,90 euros équivalent au reliquat de congés non pris, en se bornant à produire le courrier du 12 janvier 2022 par lequel la directrice de l'EHPAD n'a pas formellement rejeté sa demande d'indemnisation de congés payés, indiquant être dans l'attente d'information de la personne en charge des ressources humaines, ce seul document ne permet pas, alors que la charge de la preuve lui incombe, d'établir le reliquat de congés annuels dont elle se prévaut et donc de justifier que tout ou partie de ses congés annuels lui restaient dus. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'EHPAD aurait commis sur ce point une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation
15. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme A, est seulement fondée à demander la condamnation de l'EHPAD Les Deux Sequoias à lui verser une indemnité au titre des préjudices subis au titre de la méconnaissance du délai de prévenance. La requérante ayant effectivement été privée de la possibilité d'anticiper la fin de son contrat, il sera alors fait une juste appréciation du préjudice moral subi en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.
Sur les frais liés à l'instance
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que réclame l'EHPAD Les Deux Sequoias au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'EHPAD Les Deux Sequoias au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : L'EHPAD Les Deux Séquoias est condamné à payer la somme de 2 000 euros à Mme A au titre de l'indemnisation des préjudices subis.
Article 2 : L'EHPAD Les Deux Séquoias versera une somme de 1 500 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Les Deux Séquoias.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Delvolvé, président,
- Mme Mounic, première conseillère,
- Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
La rapporteure,
S. MOUNIC Le président,
Ph. DELVOLVÉ
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026