jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201834 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BARRE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 mars 2022 et le 14 novembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Rolland Conseils et Prestations (RCP), représentée par Me Barré et Me Bourgeois, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre de l'exercice clôturé en 2015 pour une somme totale de 187 949 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les frais irrépétibles en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a apporté la justification de la constitution de la provision pour risque de perte sur frais financiers à hauteur de 329 020 euros tenant au risque d'insolvabilité de sa filiale du double fait de la dégradation de la situation économique de celle-ci et de celle de l'Argentine ;
- la doctrine fiscale et notamment le bulletin BOI-BIC-PROV-40-20 du 1er avril 2015, confirme son interprétation ;
- elle n'a pas à payer de pénalité pour manquement délibéré, la seule circonstance que l'administration fiscale ait refusé une provision pour risque de perte sur frais financiers lors d'un précédent contrôle fiscal n'est pas suffisante pour justifier de l'application d'une pénalité, une provision peut ne pas être justifiée en 2012 et l'être en 2015.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 septembre 2022 et le 6 décembre 2022, l'administrateur général des finances publiques, chef de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Rolland conseils et prestations ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,
- et les observations de Me Barré, représentant la société Rolland conseils et prestations.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Rolland conseils et prestations (RCP), exerce une activité de conseil et d'assistance dans le domaine viti-vinicole auprès de clients principalement étrangers. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 et à l'issue de laquelle, par une proposition de rectification datée du 10 avril 2017 confirmée le 6 juillet 2017, le service a notamment remis en cause la déduction du résultat fiscal d'une provision pour risque de perte sur des frais financiers facturés à sa filiale argentine la société anonyme Rolland wine and consulting (RWC) pour un montant en base de 329 020 euros. Par un courrier du 10 juin 2017, la société RCP a contesté cette rectification et à l'issue de la période contradictoire, les réhaussements ont été maintenus par l'administration fiscale qui a mis en recouvrement, par un avis du 14 septembre 2018, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés pour une somme totale de 187 949 euros, dont 138 007 euros de droits et 49 942 euros au titre de la pénalité pour manquement délibéré sur le fondement du a de l'article 1729 du code général des impôts. La direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest ayant rejeté sa réclamation contentieuse, la société Rolland conseils et prestations demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ayant fait l'objet de la réclamation contentieuse.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
S'agissant de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts applicable en matière d'impôts sur les sociétés, en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges comprenant () notamment : () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () ". Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent, en outre, comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'enfin, elles se rattachent par un lien direct aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise.
3. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
4. Il résulte de l'instruction que la société Rolland conseils et prestations (RCP) a déduit du résultat fiscal de l'exercice 2015 une provision pour risque de perte sur des frais financiers facturés à sa filiale argentine Rolland wine and consulting (RWC) au titre de plusieurs prêts qu'elle lui a consentis depuis 2008 et correspondant aux intérêts des exercices 2011 à 2015 pour un montant total en base de 329 020 euros et que le service a remis en cause cette provision au motif que la société n'apportait pas de justification clairement formalisée du caractère irrécouvrable de la créance. La société requérante soutient que la société argentine RWC rencontrait des difficultés financières, et elle fournit pour en attester un courrier du 1er avril 2014 par lequel sa filiale argentine sollicite la remise des intérêts échus et sa réponse du 10 avril 2014 de refus d'accéder à cette demande. En outre, à l'appui de sa situation financière dégradée, elle indique que son ratio de rentabilité est négatif, que la rotation des stocks de vin est de plus de trois ans, que sa capacité de remboursement des emprunts se dégrade avec un ratio d'endettement net sur capacité d'autofinancement de - 2,80% en clôture 2013, -13,80% en clôture 2014, +20,13% en clôture 2015 et -21,20% en clôture 2016, le ratio étant exceptionnellement positif en 2015 en raison de l'incidence du taux de change sur la conversion de dette mais sans que cela ne génère de trésorerie supplémentaire, et enfin des liquidités hors dette négatives, une dette croissante, des emprunts souscrits pour faire face à son besoin de trésorerie, un besoin en fonds de roulement augmenté et des retards de paiement des fournisseurs. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'administration fiscale en défense, la société RCP a continué de faire des avances à sa filiale et participé aux opérations d'augmentation de capital, sa filiale continue d'emprunter auprès d'organisme tiers, témoignant de l'absence d'inquiétude de ces derniers sur sa solvabilité et aucune procédure collective n'est ouverte à son encontre. En outre, si la société RCW ne s'est jamais acquittée des intérêts dus sur ces prêts depuis l'origine, elle a effectué des remboursements en capital à partir de 2014 permettant de rembourser sa dette au 31 juillet 2013 puis une partie de la dette due en 2014. Il résulte également de l'instruction que la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a émis dans sa séance du 1er juin 2018 un avis favorable au maintien de la rectification considérant que la provision ne répond pas aux conditions fixées par le 5° de l'article 39-1 du code général des impôts et indique " il a été admis en séance que les relations entre la SARL Rolland conseils et prestations et la SA Rolland Wine et consulting revêtaient un caractère financier ". De plus, si la société requérante soutient qu'elle s'est toujours efforcée de tenter de recouvrer ses intérêts auprès de sa filiale débitrice, la société RCP n'a pas mis en demeure la société RWC alors que les articles 7 et 8 des contrats de prêt le lui permettaient, notamment en cas d'arrêt de paiement dans les délais et conditions fixées par les contrats. Enfin, s'agissant de la situation économique de l'Argentine, la société requérante n'établit pas qu'elle ait un impact direct sur le risque d'insolvabilité de l'entreprise à court terme. Dans ces conditions, et alors que la requérante, à qui incombe la charge de la preuve, ne fait pas état d'évènements précis qui, survenus au cours de l'exercice à la clôture duquel la provision litigieuse a été constituée, auraient été de nature à permettre de regarder, avec un degré de probabilité suffisant, comme irrécouvrables les créances qu'elle détenait sur sa filiale, la société RCP ne justifie pas suffisamment de la provision constituée. Par suite, c'est par une exacte application du 5° de l'article 39-1 du code général des impôts que l'administration a réintégré en partie cette provision dans la base d'imposition de la société.
S'agissant de la doctrine fiscale :
5. La société requérante n'est pas fondée à se prévaloir des énonciations de la doctrine administrative référencée BOI-BIC-PROV-40-20 du 1er avril 2015, en particulier le n°140, laquelle ne contient pas d'interprétation d'un texte fiscal différente de celle dont il est ici fait application.
En ce qui concerne les pénalités :
6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a) 40% en cas de manquement délibéré ().". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration "
7. Ainsi que le fait valoir l'administration fiscale, la somme provisionnée d'un montant de 329 020 euros qui représente 55% du bénéfice fiscal et 15% du chiffre d'affaires net de la société, est importante. En outre, il résulte de l'instruction que lors d'un précédent contrôle fiscal l'administration avait corrigé une provision de 183 953,69 euros constituée sur l'exercice 2012 et correspondant aux intérêts des emprunts consentis par la société RCP à la société RWC pour les années 2009 à 2012, sur les mêmes fondements que ceux invoqués par la société pour constituer une provision pour risque sur l'exercice 2015. Ainsi, en arguant de l'importance de la somme provisionnée et du caractère réitéré du manquement, l'administration fiscale apporte la preuve, qui lui incombe, d'un manquement délibéré de la société requérante justifiant la majoration de 40% prévue par les dispositions précitées.
Sur les frais d'instance :
8. La société requérante ne précise pas sa demande de frais irrépétibles sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Au surplus, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Rolland conseils et prestations est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Rolland conseils et prestations et à l'administrateur général des finances publiques, en charge de la direction spécialisée du contrôle fiscal sud-ouest.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme A et Mme Fazi-Leblanc, premières conseillères,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
La rapporteure,
S. FAZI-LEBLANC
Le président,
D. FERRARILe greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026