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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201887

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201887

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201887
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantRIVIERE | AVOCATS | ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er avril 2022 et le 14 avril 2023, l’association Les Braises, représentée par sa co-présidente en exercice, ayant Me Aubisse pour avocate, demande au tribunal :

d’annuler la délibération n° 53-2021 adoptée le 16 décembre 2021 par le conseil communautaire de la communauté de communes du Grand Saint-Emilionnais ouvrant un poste d’attaché territorial et autorisant le recrutement d’un agent contractuel sur ce poste de directeur du syndicat mixte fermé de la zone d’activité aéroportuaire de Libourne-Saint-Emilion à temps plein pour une durée de trois ans ;
de condamner la communauté de communes du Grand Saint-Emilionnais à lui verser la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :

Sur la recevabilité :

- sa requête est recevable car la délibération n’a pas pour objet d’autoriser la signature d’un contrat mais bien de recruter un agent contractuel ; en tout état de cause, les actes d’approbation d’un contrat administratif postérieurs à sa signature et nécessaires à son entrée en vigueur sont des actes attaquables ; le préfigurateur du poste de directeur du syndicat mixte était recruté à la date du 16 décembre 2021 si bien que la délibération attaquée conditionnait seulement l’entrée en vigueur de ce contrat ; le contrat était déjà signé au 16 décembre 2021, la délibération précisant qu’un agent contractuel a été recruté ;
- elle dispose d’un intérêt à agir au vu de son objet statutaire et du lien direct et certain entre celui-ci et le projet d’expansion et de modification de l’aérodrome ;
- elle a respecté la procédure lui permettant d’agir en justice.
Sur la légalité de la délibération n° 53-2021 :

- les moyens soulevés ne font nullement référence à ceux développés dans le cadre de la requête n° 2200932 ;
- la délibération a été prise par une autorité incompétente car, en vertu des statuts du syndicat mixte, seul le comité syndical est compétent pour désigner le directeur du syndicat mixte en vertu des statuts de celui-ci adoptés par la délibération n° 49-2021 ;
- la procédure suivie pour adopter la délibération contestée est viciée dès lors d’une part, que le droit à l’information des élus consacré par l’article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales n’a pas été respecté, d’autre part, que la note de synthèse prévue par l’article L. 2121-12 du même code n’a pas été adressée aux élus ;
- la délibération est illégale car elle méconnait l’article 34 de la loi n° 84-83 du 26 janvier 1984 dès lors que le recrutement a été effectué avant que la création d’emploi ne soit votée, avant que la délibération portant création de cet emploi ne soit transmise en préfecture et avant la création du syndicat mixte ; en outre, la délibération de création de poste prévoit son attribution à un agent contractuel sans avoir recherché au préalable à le pourvoir par un fonctionnaire ;
- elle ne précise pas les mentions obligatoires relatives à la nature des fonctions, au niveau de rémunération et au motif de recours à un agent contractuel.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 25 novembre 2022 et le 15 juin 2023, la communauté de communes du Grand Saint-Emilionnais, représentée par son président en exercice, ayant pour avocate Me Rivière, conclut :
- à titre principal, à l’irrecevabilité de la requête dès lors d’une part que le recours pour excès de pouvoir ne peut être exercé à l’encontre d’un acte détachable d’un contrat administratif, d’autre part, que l’association requérante est dépourvue d’intérêt à agir et enfin que la procédure préalable à la saisine du juge n’a pas été respectée ;
- à titre subsidiaire, à son rejet ;
- à ce qu’une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l’association Les Braises.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juin 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bourdarie,
- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public,
- et les observations de Me Aubisse, représentant l’association Les Braises, et de Me Rivière, représentant la communauté de communes du Grand Saint-Emilionnais.






Considérant ce qui suit :

L’association Les Braises, créée en 2022, demande l’annulation de la délibération n° 53 - 2021 adoptée le 16 décembre 2021 par le conseil de la communauté de communes du Grand Saint-Emilionnais ouvrant un poste d’attaché territorial et autorisant le recrutement d’un agent contractuel sur ce poste de directeur à temps plein pour une durée de trois ans du syndicat mixte fermé chargé de la gestion de l’aérodrome et de la zone d’activité aéroportuaire de Libourne-Saint-Emilion.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
L’intérêt pour agir d’une association contre un acte administratif est subordonné à une double exigence d’adéquation entre son objet et l’acte attaqué, tant du point de vue de la nature des intérêts qu’elle défend que de son ressort géographique.
Il ressort des statuts de l’association Les Braises que celle-ci exerce son action sur le territoire du Grand Libournais, lequel comprend la communauté d’agglomération du Libournais et la communauté de communes du grand Saint-Emilionnais. Selon l’article 2 de ses statuts, son objet est défini pour « [protéger] le vivant dans sa globalité, dans une perspective humaniste afin de favoriser une société soutenable écologiquement, socialement et économiquement. (…) L’association agira notamment pour la protection de la santé publique, du cadre de vie, pour la défense de l’organisation urbanistique du territoire. Elle assurera la protection juridique de ses membres ». Parmi ses moyens d’actions définis à l’article 3, figure notamment la « contestation de projets dont les pollutions, nuisances et actes de toute nature dégraderaient ou détruiraient le vivant et la qualité de vie sociale ».
La délibération litigieuse a pour objet d’ouvrir le poste de préfigurateur de l’emploi de directeur du syndicat mixte de gestion de l’aérodrome et d’autoriser le recrutement d’un agent contractuel sur celui-ci.
L’objet statutaire de l’association requérante, principalement centré sur la qualité de vie dans son champ géographique d’intervention, ne présente pas de lien direct et certain avec celui de la délibération attaquée qui se rattache à la gestion des ressources humaines de la communauté de communes du Grand Saint-Emilionnais.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres fins de non-recevoir, que les conclusions à fin d’annulation de la délibération n° 53-2021 du 16 décembre 2021 de la communauté de communes du Grand Saint-Emilionnais sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.
Sur les frais d’instance :
Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes du Grand Saint-Emilionnais, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par l’association Les Braises sur leur fondement. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’association requérante la somme de 500 euros à verser à la communauté de communes du Grand Saint-Emilionnais au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de l’association Les Braises est rejetée.

Article 2 : L’association Les Braises versera la somme de 500 euros à la communauté de communes du Grand Saint-Emilionnais au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l’association Les Braises et à la communauté de communes du Grand Saint-Emilionnais.


Délibéré après l’audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Bilate, premier conseiller,
M. Bourdarie, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.


Le rapporteur,

H. BOURDARIE

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈS

La greffière,




M. A...



La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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