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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201888

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201888

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201888
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er avril 2022, le 27 octobre 2022 et le 28 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Sengel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Libourne à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice matériel et moral qu'il estime avoir subi en raison de la faute commise par cet établissement dans sa prise en charge administrative auprès de l'assurance maladie ;

2°) d'ordonner la compensation de cette somme avec sa créance dont le paiement est demandé par le centre hospitalier d'un montant de 8 992,03 euros ;

3°) d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale afin de confirmer que les soins qu'il a reçus lors de son hospitalisation du 18 au 25 février 2019 au sein du centre hospitalier de Libourne avaient un caractère urgent et que leur absence aurait mis en jeu son pronostic vital ou aurait pu conduire à une altération grave et durable de son état de santé ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Libourne une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- hospitalisé du 18 au 25 février 2019 au sein du centre hospitalier de Libourne, et non bénéficiaire de l'AME, cet établissement a commis une faute en ne procédant pas aux formalités permettant la prise en charge des frais relatifs à son hospitalisation et le paiement de ces prestations auprès de l'assurance maladie au titre des soins urgents et vitaux, de nature à engager sa responsabilité ;

- cette faute lui cause un préjudice matériel, du montant des frais médicaux qu'il doit régler au centre hospitalier, ainsi qu'un préjudice moral ; l'ensemble de ses préjudices doit être évalué à la somme de 10 000 euros ;

- cette somme se compensera avec la créance du centre hospitalier d'un montant de 8 992,03 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 août 2022, le 16 novembre 2022 et le 6 décembre 2022, le centre hospitalier de Libourne, représenté par Me Brocheton, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de principe de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucune faute n'a été commise dans la gestion administrative de la prise en charge de M. A.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de l'action en responsabilité fondée sur l'illégalité d'une décision à effets purement pécuniaires devenue définitive (avis des sommes à payer du 12 juin 2019), en application des jurisprudences Lafon (CE Section 2 mai 1959 Lafon, Recueil p. 282) et Delobel (CE, Section, 2 juillet 1965, Recueil p. 410, A).

Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public produit pour le requérant a été enregistré le 22 février 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Gélas,

- et les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 1er janvier 1987, a été pris en charge par le service des urgences du centre hospitalier de Libourne le 18 février 2019, puis admis au service de pneumonologie de cet établissement jusqu'au 25 février 2019 pour le traitement d'une pneumopathie. En l'absence d'ouverture constatée de droit à l'assurance maladie ou à l'aide médicale d'Etat de l'intéressé, le centre hospitalier a émis un avis de sommes à payer à son encontre le 12 juin 2019 pour un montant de de 8 854 euros représentant le coût de ses frais d'hospitalisation, puis, en l'absence de règlement, a notifié à son employeur une saisie administrative à tiers détenteur le 12 août 2020 d'un montant de 8 992,03 euros comprenant outre les frais d'hospitalisation du 18 au 25 février 2019, des soins du 2 avril 2019. M. A a contesté cette facture le 26 novembre 2020 et sollicité qu'elle soit prise en charge au titre des soins urgents. Le 28 décembre 2021, il a adressé une demande préalable indemnitaire au centre hospitalier de Libourne à laquelle il n'a pas été répondu. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Libourne à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis résultant de la faute commise par le centre hospitalier dans la facturation des soins dispensés et l'absence d'accomplissement des formalités qui auraient permis leur prise en charge par la caisse primaire d'assurance maladie au titre de la législation relative aux soins urgents prévue par les articles L. 254-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles.

Sur la recevabilité :

2. D'une part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance. Cette règle, qui a pour seul objet de borner dans le temps les conséquences de la sanction attachée au défaut de mention des voies et délais de recours, ne porte pas atteinte à la substance du droit au recours, mais tend seulement à éviter que son exercice, au-delà d'un délai raisonnable, ne mette en péril la stabilité des situations juridiques et la bonne administration de la justice, en exposant les défendeurs potentiels à des recours excessivement tardifs. Il appartient dès lors au juge administratif d'en faire application au litige dont il est saisi, quelle que soit la date des faits qui lui ont donné naissance.

3. D'autre part, l'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée.

4. Les conclusions présentées par M. A tendent à l'indemnisation d'un préjudice moral et d'un préjudice financier correspondant à l'obligation de payer la somme des titres exécutoires émis par le centre hospitalier de Libourne les 7 mai 2019 et 12 juin 2019 au titre des soins reçus par lui lors de son hospitalisation du 18 au 25 février 2019 et le 2 avril 2019. Ces conclusions ont ainsi la même portée que les conclusions qu'il aurait pu présenter en contestation de ces titres exécutoires. Or, il résulte de l'instruction qu'il a eu connaissance de la facture dont le paiement lui est réclamé au plus tard le 26 novembre 2020, date à laquelle il a contesté l'obligation de la régler auprès du centre hospitalier dans le cadre d'un recours gracieux. Dès lors, ces décisions à objet purement pécuniaire étaient devenues définitives à la date d'enregistrement de sa requête le 1er avril 2022. Par suite, ses conclusions indemnitaires sont, en l'absence de circonstances particulières, irrecevables.

5. Enfin, si M. A se prévaut d'un préjudice moral distinct, en tant qu'il porte sur une somme qui excède 8 992,03 euros correspondant à l'obligation de payer mise à sa charge par le centre hospitalier de Libourne, le préjudice moral allégué n'est pas établi.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la mesure d'expertise sollicitée, que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre hospitalier de Libourne, au demeurant non chiffrées, présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Libourne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier de Libourne, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Patard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La rapporteure,

C. DE GÉLAS

La présidente,

A. CHAUVINLa greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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