jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202066 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CHEVALIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 avril 2022 et le 21 février 2023, M. A B, représenté par Me Chevalier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le titre exécutoire du 4 octobre 2017 de l'agence de services et de paiement (ASP) notifié le 17 décembre 2021 au titre du remboursement d'un apport de trésorerie remboursable pour l'exercice 2016 émis par l'agence de services et de paiement pour un montant de 2 315,25 euros, ensemble la décision du 2 février 2022 rejetant son recours administratif ;
2°) de prononcer la décharge de cette somme ;
3°) de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement (AFP) la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la créance est prescrite en application de l'article 3 du règlement (CE, Euratom) n° 2988/95 du Conseil, du 18 décembre 1995 et de l'article 2224 du code ;
- l'ASP ne pouvait se fonder sur le fait que ses revenus non agricoles étaient devenus supérieurs à ses revenus agricoles pour supprimer son indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN), à cet égard, ses revenus non agricoles n'ont jamais excédé le SMIC ;
- le titre exécutoire litigieux est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne mentionne pas les éléments de calcul de la créance.
Par un mémoire en défense enregistrés le 25 janvier 2023 puis le 29 janvier 2023, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE, EURATOM) n°2988/95 du Conseil du 18 décembre 1995 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bilate,
- et les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. En 2015, 2016 et 2017, dans le cadre d'une réforme de la politique agricole commune et en raison du retard du versement de certaines aides en découlant, l'Agence de services et de paiement a versé aux agriculteurs les sollicitant des apports de trésorerie remboursables. L'entreprise de M. A B, la SCEA Bisons du Périgord, qui a exercé de 2003 à 2017 une activité d'élevage de bisons à Miallet, a bénéficié au titre de la campagne 2016 d'un apport de 12 484,68 euros. Par un courrier du 7 décembre 2021 réceptionné par le requérant le 17 décembre suivant, l'Agence de services et de paiement (ASP) a adressé à M. B un ordre de recouvrer un trop-perçu de 2 315,25 euros daté du 4 octobre 2017. Le requérant en demande l'annulation, ensemble le rejet de son recours gracieux introduit par un courrier en date du 15 janvier 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". Pour satisfaire à ces dispositions, un état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
3. Il résulte de l'instruction que l'ordre de recouvrer en litige du 4 octobre 2017 a été adressé à la SCEA Bisons du Périgord avant sa liquidation, puis a été notifié le 17 décembre 2021 à M. B. Le titre fait mention d'un montant de 2 315,25 euros, de l'année en cause, et renvoie par ailleurs pour les éléments de calcul au relevé de situation disponible sur l'application " Télépac ". Si le requérant soutient ne pas avoir accès à cette application au moment de la réception du titre contesté, au motif que sa société, au nom duquel le compte était actif, était dissoute, l'administration fait toutefois valoir que ce compte demeure actif et accessible par le gérant, indépendamment de la dissolution de la société. A cet égard les identifiants du compte Télépac sont rappelés par l'administration dans le courrier du 7 décembre 2021 accompagnant le titre de recette contesté, et l'ASP verse au dossier les relevés de situation de l'année 2016 pour la SCEA Bisons du Périgord tels qu'extraits de l'application Télépac. Ces documents présentent les éléments de calcul de la somme à rembourser. Il suit de là que le titre contesté doit être regardé comme indiquant les bases de liquidation de la créance.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1 du règlement (CE, Euratom) n° 2988/95 du Conseil du 18 décembre 1995 : " Est constitutive d'une irrégularité toute violation d'une disposition du droit communautaire résultant d'un acte ou d'une omission d'un opérateur économique qui a ou aurait pour effet de porter préjudice au budget général des Communautés ou à des budgets gérés par celles-ci, soit par la diminution ou la suppression de recettes provenant des ressources propres perçues directement pour le compte des Communautés, soit par une dépense indue ". L'article 3 de ce même règlement dispose que " Le délai de prescription des poursuites est de quatre ans à partir de la réalisation de l'irrégularité visée à l'article 1er paragraphe 1. Toutefois, les réglementations sectorielles peuvent prévoir un délai inférieur qui ne saurait aller en deçà de trois ans () ". Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".
5. D'une part, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du délai de prescription procédant de l'application du règlement (CE, Euratom) n° 2988/95 précité, le titre de recette en litige n'ayant ni pour objet ni pour effet de recouvrer des aides versées au titre de la PAC, mais exclusivement une avance de trésorerie remboursable. D'autre part, en vertu de l'article 2224 du code civil, les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. La prescription quinquennale ainsi prévue ne porte que sur le délai pour exercer l'action, non sur la détermination de la créance elle-même.
6. Le requérant indique dans son recours gracieux avoir reçu le versement des aides pour la campagne 2016 en 2017. Dès lors, l'administration a eu connaissance de sa créance au plus tôt le 1er janvier 2017. L'ordre de recouvrement litigieux ayant été adressé au requérant le 17 décembre 2021, soit avant l'expiration du délai de 5 ans susvisé, la créance contestée ne saurait être regardée comme prescrite.
7. En troisième lieu, M. B soutient que l'ASP ne pouvait se fonder sur le fait que ses revenus non agricoles étaient devenus supérieurs à ses revenus agricoles pour supprimer son indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN), ses revenus non agricoles n'ayant jamais selon lui excédé le SMIC. La décision ayant pour objet, comme vu précédemment, une avance de trésorerie remboursable, elle n'a ni pour objet, ni pour effet de refuser à l'agriculteur le bénéfice des aides de la PAC sollicitées. Il suit de là que le moyen tiré du bien-fondé du refus de cette aide est inopérant et doit en conséquence être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquences, que celles aux fins de décharge.
Sur les frais d'instance
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
10. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ASP, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. B demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de M. B la somme que demande l'Agence de services et de paiement sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'Agence de services et de paiement présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Agence de services et de paiement et au préfet de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Bilate, premier conseiller,
M. Bourdarie, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
Le rapporteur,
X. BILATE
La présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈS La greffière,
M.CORREIA
La République mande et ordonne au ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire et au ministre du Travail, du Plein emploi et de l'Insertion en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026