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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202085

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202085

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202085
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTAX TEAM ET CONSEILS SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 avril 2022 et le 28 décembre 2022, M. et Mme A, représentés par Me Calderini et Me Tafforeau, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la restitution à hauteur de 1 847 066 euros des contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis à la suite de la clôture de leur plan d'épargne en actions (PEA) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la clôture de leur PEA devant être fixée au 30 juin 2014, les contributions sociales acquittées postérieurement au 31 décembre 2017 étaient atteintes par la prescription.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête n'est pas fondée.

Vu la demande d'anonymisation du jugement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code monétaire et financier ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,

- et les observations de Me Tafforeau, représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était titulaire d'un plan d'épargne en actions (PEA) ouvert en 1999. L'opération d'apport des titres de la société Financière Senior Mendel à la société Financière Darwin I réalisée le 30 juin 2014 l'a conduit à détenir, avec les membres de sa famille, plus de 25 % des droits dans les bénéfices de la société Financière Darwin I dont les titres figuraient au compte titres de ce plan, en méconnaissance des dispositions du 3° du II de l'article L. 221-31 du code monétaire et financier. M. A n'a déclaré ce manquement à ses obligations que le 20 décembre 2019 à l'établissement gestionnaire de son PEA qui a décidé, le 27 janvier 2020, de clôturer ce plan à la date du 30 juin 2014 et a précompté la somme de 2 714 259,86 euros au titre des contributions sociales dues à cette date. M. et Mme A demandent au tribunal de leur accorder la restitution à hauteur de 1 847 066 euros des contributions sociales qui leur ont ainsi été prélevées.

Sur les conclusions aux fins de restitution :

2. L'article 163 quinquies D du code général des impôts prévoit que les plans d'épargne en actions sont ouverts et fonctionnent conformément à un ensemble de règles issues des dispositions de la loi du 16 juillet 1992 relative au plan d'épargne en actions, aujourd'hui codifiées, notamment, à l'article L. 221-31 du code monétaire et financier. Aux termes du 3° du II de l'article L. 221-31 de ce code : " Le titulaire du plan, son conjoint et leurs ascendants et descendants ne doivent pas, pendant la durée du plan, détenir ensemble, directement ou indirectement, plus de 25 % des droits dans les bénéfices de sociétés dont les titres figurent au plan ou avoir détenu cette participation à un moment quelconque au cours des cinq années précédant l'acquisition de ces titres dans le cadre du plan ". En vertu de l'article 1765 du code général des impôts, si l'une des conditions prévues pour l'application de la loi du 16 juillet 1992 relative au plan d'épargne en actions n'est pas remplie, le plan est clos " à la date où le manquement a été commis et les cotisations d'impôt résultant de cette clôture sont immédiatement exigibles. ".

3. Selon le II de l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale, relatif à la contribution sociale généralisée : " Sont également assujettis à la contribution selon les modalités prévues au premier alinéa du I, pour la part acquise à compter du 1er janvier 1997 et, le cas échéant, constatée à compter de cette même date en ce qui concerne les placements visés du 3° au 9° : () / 5° Le gain net réalisé ou la rente viagère lors () de la clôture d'un plan d'épargne en actions défini à l'article 163 quinquies D du code général des impôts dans les conditions ci-après : a) () le gain net est déterminé par différence entre, d'une part, la valeur liquidative du plan () et, d'autre part, la valeur liquidative () au 1er janvier 1997 majorée des versements effectués depuis cette date et diminuée du montant des sommes déjà retenues à ce titre lors des précédents retraits ou rachats () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le plan est clos à la date où le manquement a été commis et que la contribution sociale généralisée et, par suite, les autres prélèvements sociaux dus à raison des plus-values réalisées sont immédiatement exigibles.

5. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'opération d'apport des titres de la société Financière Senior Mendel à la société Financière Darwin I réalisée le 30 juin 2014, M. A détenait avec les membres de sa famille plus de 25 % des droits dans les bénéfices de la société Financière Darwin I dont les titres figuraient au compte titre du plan. Par suite, contrairement à ce que soutient l'administration, son PEA est réputé clos au 30 juin 2014 et les contributions sociales en litige étaient exigibles dès cette même date.

6. Toutefois, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes de l'article L. 190 du même livre : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire () ".

7. Il résulte de ces dispositions que la demande de remboursement d'une créance fiscale constitue une réclamation au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales et que la décision par laquelle l'administration fiscale rejette tout ou partie d'une telle réclamation n'a pas le caractère d'une procédure de reprise ou de redressement. Par suite, les dispositions de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales relatives au délai général de reprise s'imposant à l'administration pour procéder à des rectifications ne sont pas applicables lorsque l'administration statue sur une demande de remboursement d'une telle créance. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que les contributions sociales prélevées par l'établissement bancaire de M. A postérieurement à la date du 31 décembre 2017 étaient prescrites doit être écarté.

8. Enfin, les requérants ne sont pas fondés à invoquer les énonciations de la doctrine administrative figurant au BOI-CF-PGR-10-20 du 3 février 2016, au BOI-CF-PGR-10-10 du 16 juillet 2016, et au BOI-RPPM-RCM-40-40-50 du 12 septembre 2019 qui ne donnent pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de restitution présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'anonymisation du jugement :

10. Aux termes de l'article L. 6 du code de justice administrative " Les débats ont lieu en audience publique. ". Aux termes de l'article R. 741 2 de ce code : " La décision mentionne que l'audience a été publique, sauf s'il a été fait application des dispositions de l'article L. 731 1. Elle contient le nom des parties () ". Aux termes de l'article L.10 du même code : " Les jugements sont publics. (). Sous réserve des dispositions particulières qui régissent l'accès aux décisions de justice et leur publicité, les jugements sont mis à la disposition du public à titre gratuit sous forme électronique. Par dérogation au premier alinéa, les nom et prénoms des personnes physiques mentionnées dans le jugement, lorsqu'elles sont parties ou tiers, sont occultés préalablement à la mise à la disposition du public. Lorsque sa divulgation est de nature à porter atteinte à la sécurité ou au respect de la vie privée de ces personnes ou de leur entourage, est également occulté tout élément permettant d'identifier les parties, les tiers, les magistrats et les membres du greffe. () ". Aux termes de l'article L. 10-1 de ce code : " Les tiers peuvent se faire délivrer copie des jugements, sous réserve des demandes abusives, en particulier par leur nombre ou par leur caractère répétitif ou systématique. Les éléments permettant d'identifier les personnes physiques mentionnées dans le jugement, lorsqu'elles sont parties ou tiers, sont occultés si leur divulgation est de nature à porter atteinte à la sécurité ou au respect de la vie privée de ces personnes ou de leur entourage. () ".

11. Les dispositions précitées, qui prévoient l'occultation des noms et prénoms des parties, ainsi que des éléments susceptibles de permettre de les identifier, avant mise à disposition du public des jugements et avant leur communication à des tiers suffisent à assurer le respect de la vie privée de ces dernières. Les conclusions aux fins d'anonymisation du jugement présentées par M. et Mme A ne peuvent en conséquence être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle Aquitaine et du département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme C et Mme B, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

E. C

Le président,

D. FERRARI Le greffier,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2202085

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