mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202090 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DIROU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 avril 2022, la société Ecole de formation professionnelle du Bassin (EFPB), représentée par Me Dirou, demande au tribunal :
1°) de condamner la Caisse des dépôts et consignations à lui verser la somme de 33 244,80 euros au titre des factures non acquittées ;
2°) de condamner la Caisse des dépôts et consignations à lui verser la somme de 15 000 euros à titre de dommages et intérêts pour le préjudice financier subi du fait du retard de paiement ;
3°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 5 000 euros au titre des frais exposés pour l'instance.
Elle soutient que :
- en refusant le paiement des factures qu'elle lui a adressées pour un montant total de 33 244,80 euros, correspondant à des formations qu'elle a effectivement dispensées et en lui demandant de restituer les paiements effectués pour les premières formations, pour une somme de 49 161 euros, sans la prévenir, la Caisse des dépôts et consignations a démontré sa mauvaise foi dès lors qu'il lui appartenait de ne pas lui adresser de stagiaires et de ne pas la laisser dispenser des formations ne correspondant pas aux attentes ;
- la Caisse des dépôts et consignations a engagé sa responsabilité contractuelle au titre de son obligation de paiement des formations qu'elle lui a commandées et a ainsi méconnu l'article 1193 du code civil ;
- la Caisse des dépôts et consignations a méconnu son obligation d'information contractuelle en commandant des formations qu'elle savait non conformes et a ainsi méconnu l'article 1112-1 du code civil ;
- elle a subi un préjudice de trésorerie à la suite du refus de paiement des formations assurées, de sorte qu'elle est fondée à demander la condamnation de la Caisse des dépôts et consignations à lui payer des dommages et intérêts sur le fondement de l'article 1231-1 du code civil.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Nahmias et Me Givord, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société EFPB la somme de 6 000 euros au titre de L'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les articles du code civil dont se prévaut la société requérante sont inapplicables à l'espèce ;
- elle était fondée, en application de l'article R. 6333-6 du code du travail, à demander à la société requérante le remboursement des sommes indument versées et à refuser le paiement des actions de formation ayant fait l'objet des factures en cause dès lors que les actions de formation qu'elle proposait n'étaient pas au nombre des formations, limitativement énumérées à l'article L. 6323-6 du même code, éligibles au dispositif du compte personnel de formation (CPF) ;
- elle ne saurait être regardée comme ayant méconnu ses obligations contractuelles à l'égard de la société EFPB ; en tout état de cause, cette société a elle-même méconnu ses propres obligations ;
- la société requérante ne peut soutenir légitimement qu'elle ignorait les conditions d'éligibilité des actions de formation ;
- le préjudice allégué n'est établi par aucun élément circonstancié quant à sa nature, son quantum et le lien de causalité avec les fautes alléguées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaouën,
- les conclusions de Mme Caste, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dirou, représentant la société Ecole de formation professionnelle du Bassin, et de Me Cante pour Me Givord, représentant la Caisse des dépôts et consignations.
Considérant ce qui suit :
1. La Caisse des dépôts et consignations, chargée de la gestion du compte personnel de formation, a informé par courrier électronique du 26 mai 2020 la société Ecole de formation professionnelle du Bassin (EFPB), organisme de formation, que les actions de formation de cette société référencées sur la plateforme " MonCompteFormation " n'étaient pas conformes aux conditions réglementaires d'éligibilité au compte personnel de formation et l'a invitée à " archiver " ces actions de formation, sans quoi elle retirerait lesdites actions non conformes du catalogue. Par une décision du 10 août 2020, le directeur de la formation professionnelle de la Caisse des dépôts et consignations a informé la société EFPB qu'elle entendait procéder au déréférencement de cette société pour une durée de trois mois ainsi qu'au recouvrement des sommes éventuellement versées et ne prendrait plus en charge les dossiers de formation rattachés aux actions de formation inéligibles. Elle lui a accordé un délai d'un mois pour présenter ses observations. La société EFPB a présenté ses observations par courrier du 14 août 2020 et a adressé à la Caisse des dépôts et consignations, par l'intermédiaire de son conseil, un nouveau courrier du 23 septembre 2020. Par une décision du 4 décembre 2020, la Caisse des dépôts et consignations a refusé de procéder au règlement des actions de formation dispensées par la société EFPB pour la période de mars à juillet 2020.
2. Aux termes de l'article L. 6323-9 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " La Caisse des dépôts et consignations gère le compte personnel de formation, le service dématérialisé, ses conditions générales d'utilisation et le traitement automatisé mentionnés à l'article L. 6323-8 dans les conditions prévues au chapitre III du titre III du présent livre. Les conditions générales d'utilisation précisent les engagements souscrits par les titulaires du compte et les prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 ". Aux termes de l'article R. 6333-5 du même code : " La Caisse des dépôts et consignations définit dans les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé mentionnées à l'article L. 6323-9, les engagements souscrits par les titulaires du compte personnel de formation et les prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 ". Aux termes de l'article R. 6333-6 du même code : " Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent () ".
3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 6323-6 du code du travail : " I.- Sont éligibles au compte personnel de formation les actions de formation sanctionnées par les certifications professionnelles enregistrées au répertoire national prévu à l'article L. 6113-1, celles sanctionnées par les attestations de validation de blocs de compétences au sens du même article L. 6113-1 et celles sanctionnées par les certifications et habilitations enregistrées dans le répertoire spécifique mentionné à l'article L. 6113-6 comprenant notamment la certification relative au socle de connaissances et de compétences professionnelles. / II.- Sont également éligibles au compte personnel de formation, dans des conditions définies par décret : / 1° Les actions permettant de faire valider les acquis de l'expérience mentionnées au 3° de l'article L. 6313-1 ; / 2° Les bilans de compétences mentionnés au 2° du même article L. 6313-1 ; / 3° La préparation de l'épreuve théorique du code de la route et de l'épreuve pratique du permis de conduire des véhicules du groupe léger et du groupe lourd ; / 4° Les actions de formation d'accompagnement et de conseil dispensées aux créateurs ou repreneurs d'entreprises ayant pour objet de réaliser leur projet de création ou de reprise d'entreprise et de pérenniser l'activité de celle-ci / 5° Les actions de formation destinées à permettre aux bénévoles et aux volontaires en service civique d'acquérir les compétences nécessaires à l'exercice de leurs missions () ". Aux termes de l'article R. 6313-4 du même code : " Le bilan de compétences mentionné au 2° de l'article L. 6313-1 comprend, sous la conduite du prestataire effectuant ce bilan, les trois phases suivantes : / 1° Une phase préliminaire qui a pour objet : / a) D'analyser la demande et le besoin du bénéficiaire ; / b) De déterminer le format le plus adapté à la situation et au besoin ; / c) De définir conjointement les modalités de déroulement du bilan ; / 2° Une phase d'investigation permettant au bénéficiaire soit de construire son projet professionnel et d'en vérifier la pertinence, soit d'élaborer une ou plusieurs alternatives ; / 3° Une phase de conclusions qui, par la voie d'entretiens personnalisés, permet au bénéficiaire : / a) De s'approprier les résultats détaillés de la phase d'investigation ; / b) De recenser les conditions et moyens favorisant la réalisation du ou des projets professionnels ; / c) De prévoir les principales modalités et étapes du ou des projets professionnels, dont la possibilité de bénéficier d'un entretien de suivi avec le prestataire de bilan de compétences ". Aux termes de l'article D. 6323-7 du même code : " I.- Les actions de formation, d'accompagnement et de conseil éligibles au compte personnel de formation mentionnées au 4° du II de l'article L. 6323-6 sont réalisées dans le cadre du parcours prévu à l'article L. 6313-2 suivi par le créateur ou le repreneur d'entreprise. / Ces actions ont pour objet l'acquisition de compétences exclusivement liées à l'exercice de la fonction de chef d'entreprise concourant au démarrage, à la mise en œuvre et au développement du projet de création ou de reprise d'une entreprise et à la pérennisation de son activité, et qui ne sont pas propres à l'exercice d'un métier dans un secteur d'activité particulier () ".
4. L'article 4 des " conditions générales ", qui figure au nombre des documents, prévus par l'article L. 6323-9 du code du travail, précisant les engagements des organismes de formation, stipule que : " Les actions de formations publiées sur la plateforme : https://www.of.moncompteformation.gouv.fr/espace-prive doivent être éligibles au compte personnel de formation " et précise les catégories d'actions de formation éligibles à ce compte en application de l'article L. 6323-6 du code du travail. Aux termes de l'article 7.2 des mêmes " conditions générales " : " Les organismes de formation référencés sont responsables des informations qu'ils publient sur la plateforme (). Ils garantissent l'exactitude de toute information les concernant et relative à leur catalogue de formation. () La [Caisse des dépôts et consignations] se réserve le droit () de suspendre le référencement dudit organisme, dans les conditions définies à l'article 4 des [conditions particulières applicables aux organismes de formation] ". Aux termes de l'article 3 des " conditions particulières " applicables aux organismes de formation, qui constitue également l'un des documents précisant les engagements des organismes de formation au sens de L. 6323-9 du code du travail : " Les organismes de formation souhaitant être référencés par la [Caisse des dépôts et consignations] sur l'espace professionnel s'engagent, préalablement à leur inscription, à respecter les [conditions générales] et les présentes [conditions particulières] ". Enfin, l'article 4.1 des mêmes " conditions particulières " précise les types de sanctions applicables en cas de manquement d'un organisme de formation à ses obligations légales, en particulier la suspension des versements, le déréférencement temporaire de l'organisme de formation et le non-paiement des factures portant sur des formations non éligibles.
5. Il résulte des dispositions précitées que la décision du 10 août 2020 est une sanction administrative, prise sur le fondement des dispositions de l'article R. 6333-6 du code du travail par la Caisse des dépôts et consignations, personne morale de droit public chargée de la gestion du compte personnel de formation. Par suite, la société requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles 1193, 1112-1 et 1231-1 du code civil au soutien de ses conclusions pécuniaires et indemnitaires tendant au paiement des actions de formation qu'elle a dispensées et à la réparation de son préjudice financier.
6. En tout état de cause, d'une part, il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté que les actions de formation dispensées par la société requérante, qui portaient toutes sur le bien-être et l'esthétique, ne relevaient ni de bilans de compétence, catégorie à laquelle elles étaient initialement rattachées, ni d'actions de formation d'accompagnement et de conseil dispensées aux créateurs ou repreneurs d'entreprises, catégorie à laquelle elles ont ensuite été rattachées, ni d'une autre catégorie d'actions de formation susceptible d'être éligible au compte personnel de formation. Dès lors, c'est à bon droit que la Caisse des dépôts et consignations a refusé de verser à la société EFPB les montants correspondant aux factures éditées pour le paiement d'actions de formation qui n'étaient pas éligibles au compte personnel de formation.
7. D'autre part, la société requérante, qui a signé les documents prévus par les dispositions de l'article L. 6323-9 du code du travail et, notamment, les conditions générales et les conditions particulières applicables aux organismes de formation, ci-dessus rappelées, ne saurait sérieusement soutenir qu'il appartenait à la Caisse des dépôts et consignations de ne pas lui adresser de stagiaires et de ne pas la laisser dispenser des formations ne correspondant pas aux attentes et qu'elle n'aurait en outre pas été suffisamment informée des sanctions applicables en cas de manquement à ses obligations légales, au nombre desquelles figurent l'obligation de proposer des formations éligibles au compte personnel de formation.
8. Dans ces conditions, la société EFPB n'est pas fondée à demander que la Caisse des dépôts et consignations soit condamnée à lui verser la somme de 33 244,80 euros correspondant à des factures non acquittées et la somme de 15 000 euros à titre de dommages et intérêts. Il en résulte que ses conclusions pécuniaires et indemnitaires doivent être rejetées, ainsi, en tout état de cause, que ses conclusions relatives aux frais liés à l'instance, la Caisse des dépôts et consignations n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu mettre à la charge de la société Ecole de formation professionnelle du Bassin une somme de 1 000 euros à verser à la Caisse des dépôts et consignations sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Ecole de formation professionnelle du Bassin est rejetée.
Article 2 : La société Ecole de formation professionnelle du Bassin versera à la Caisse des dépôts et consignations une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Ecole de formation professionnelle du Bassin et à la Caisse des dépôts et consignations.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bourgeois, président,
- Mme Jaouën, première conseillère,
- M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
S. JAOUËN Le président,
M. BOURGEOIS
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026